"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

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Le retour du sauvage (1)

Réintroductions du loup et de l’ours, stages de survie ou de cueillette des plantes sauvages, néo-paganisme (plus ou moins ambigu), raves et autres teknivals extatiques, réveil des fêtes traditionnelles, engouement populaire pour les arts premiers, thérapie régressives, développement de la chasse et de la nourriture à base de gibier, attrait pour le nomadisme, etc… Le P.P. est loin d’être un cas à part, marginal : le « retour du sauvage » est un véritable phénomène d’époque.

Simple effet de mode ou changement de paradigme marquant l’entrée dans la « postmodernité » ?

Sergio Dalla Bernardina, professeur d’ethnologie, explore la question dans un petit bijou de pertinence et d’ironie publié aux Presses Universitaires de Rennes : Le retour du prédateur, mises en scène du sauvage dans la société post-rurale.

Je résumerais son étude ainsi : beaucoup de posture, de mise en scène et de fantasme dans cette « envie (urbaine) de sauvage » qui semble tout de même marquer la fin d’une civilisation rurale, issue du néolithique comme du christianisme, et notamment basée sur la claire distinction du domestique et du sauvage, assimilés au Bien et au Mal.

Mais prôner l’ensauvagement, n’est-ce pas dans le même temps une façon de vouloir le domestiquer, donc de lui ôter toute sa substance, un nouvel avatar de « la maladie qui se prend pour le remède » en quelque sorte ?


Debrayage (1)

« […] Aucune communauté de pensée n’échappe à la loi quasi animale de formation du moi comme du nous, qui est de se poser en s’opposant. Notre XVIIIe siècle, envers ses devanciers, a fait merveille de la devise léniniste : « tordre le bâton dans l’autre sens pour le remettre droit ». Et pourquoi ne pas lui rendre à notre à notre tour la pareille ?

Comme si l’Occident jouait à saute-mouton : chaque siècle transforme ce que son prédécesseur tenait pour de la petite bière en sa grande affaire à lui, puis, sa tâche remplie, courbe le dos pour que le suivant lui passe par-dessus. Tremplin et repoussoir, c’est la même chose. Le XVIIIe promet le cosmopolitisme ; débarquent les nationalités. Le XXe siècle s’enivre de mondialisation ; arrive la tribalisation. Après les plans pharaoniques, les joyaux du terroir. Systole, diastole. Lourde tâche, celle du prospectivisme. Chaque effet d’annonce à la tribune annonce un pied de nez en contrebas : les guerres de la Révolution et de l’Empire ont suivi les plans de paix perpétuelle, comme nos déchaînements micro-nationalistes, le nouvel ordre international naguère trompeté à l’ONU. Contretemps cocasse, réglé comme une horloge. […] »

(Aveuglantes Lumières, Journal en clair-obscur, Gallimard, 2006)