"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Articles tagués “Lévi-Strauss

Primitifs vs Modernes : CLS renverse une idée reçue

L’idéologie progressiste (à forte connotation positiviste) a tendance à envisager l’histoire — notamment depuis le Néolithique — comme une lente et irrémédiable émancipation de l’Humanité.

On peut cependant voir les choses tout autrement. C’est ce qu’esquisse malicieusement Claude Lévi-Strauss dans une des trois conférences prononcées en 1986 à Tokyo que vient d’éditer le Seuil sous le titre L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne.

Extrait :

« […] Nous savons aujourd’hui que des peuples qualifiés de « primitifs », ignorant l’agriculture et l’élevage, ou ne pratiquant qu’une agriculture rudimentaire, parfois sans connaissance de la poterie et du tissage, vivant principalement de chasse et de pêche, de cueillette et de ramassage des produits sauvages, ne sont pas tenaillés par la crainte de mourir de faim et l’angoisse de ne pouvoir survivre dans un milieu hostile.

(suite…)


Noël selon Claude Lévi-Strauss : un rite initiatique moderne

On a déjà tenté, l’année dernière, de cerner le mystère des origines de Noël. Manquait cependant (entre autres) le point de vue, on ne peut plus éclairé et pertinent, de notre grand Sachem.

En 1952, suite aux « événements » du Noël dijonnais de l’année précédente (effigie du Père Noël pendue et brûlée sur le parvis de la cathédrale), il publiait dans la revue Les Temps modernes un article, intitulé « Le Père Noël supplicié » : une magistrale leçon d’anthropologie structurale appliquée qui nous permet d’entrevoir la fonction initiatique de la croyance au Père Noël.

Philosophie magazine en propose de larges extraits dans son numéro 35 (décembre 2009/janvier 2010). Pour ceux qui ne l’ont pas (encore ?) lu, en voici quelques lignes saillantes (cliquer sur Continue reading) :

(suite…)


Des « préhistos » parmi nous (5) : Claude Lévi-Strauss

Un petit hommage, donc, au grand bonhomme dont on a appris, hier après-midi, le décès, samedi dernier, aux abords du terme de sa cent-unième année.

On a déjà pas mal causé de lui, ici, notamment lors de son centenaire et d’une discussion sur le bricolage. Je vous invite à retourner y jeter un oeil.

Il n’aimait pas son époque, avouait-il lors de sa Radioscopie par Jacques Chancel, et ajoutait avoir dès lors « consacré sa vie à étudier les peuples qui témoignaient d’un autre temps et d’autres moeurs ».

Il montra surtout, par son travail, notamment sur la « pensée sauvage » (dont il réhabilita le terme) « qu’il n’y a pas un fossé entre la pensée des peuples dits primitifs et la nôtre […] ces formes de pensée sont toujours présentes, vivantes, parmi nous. Nous leur donnons souvent libre cours. » (De près et de loin, Odile Jacob, 1988). Bref que le « préhisto » est bel et bien parmi nous tous.

Une petite anecdote, parmi cent autres possibles, pour achever cette courte présentation et laisser place aux éventuels commentaires. Lorsqu’en 1965 on demanda à diverses personnalités de citer des faits, découvertes, inventions, livres, tableaux, datant des vingt dernières années et dignes d’être enfermées dans les vingt-cinq cases d’un coffre qui serait enfoui à l’intention des archéologues de l’an 3 000, voici la réponse qu’il donna : « Je mettrai dans votre coffre des documents relatifs aux dernières sociétés primitives en voie de disparition, des exemplaires d’espèces végétales et animales proches d’être anéanties par l’homme, des échantillons d’air et d’eau non encore pollués par les déchets industriels, des notices et illustrations sur des sites bientôt saccagés par des installations civiles et militaires. […] Mieux vaut donc laisser quelques témoignages sur tant de choses que, par notre malfaisance et celle de nos continuateurs, ils n’auront pas le droit de connaître : la pureté des éléments, la diversité des êtres, la grâce de la nature, la décence des hommes. » (Anthropologie structurale II, Plon, 1973)

Il n’aimait vraiment pas son époque… et a sans doute ouvert la voie de ce qui pourrait être la suivante.