"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Serres

Couper l’humain en quatre ?

Philippe Descola (que l’on a coutume de désigner comme le successeur de Claude Lévi-Strauss) est spécialisé dans l’anthropologie comparée. Il s’intéresse tout particulièrement à ce qu’il appelle l’ « écologie des relations ».

Au terme de son immense travail (voir notamment Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005), il est parvenu à distinguer quatre types de cultures humaines, quatre façons d’appréhender le monde et la place de l’Humain dans celui-ci : le totémisme, l’animisme, l’analogisme et le naturalisme.

En quelques mots :

– les totémistes comprennent les différences entre les humains grâce à celles que montrent les espèces animales ou florale (et distinguent en conséquence des archipels affiliant des humains à des animaux et des plantes),

– les animistes voient, quant à eux, la même âme dans tous les êtres (chacun étant en quelque sorte habillé d’un corps singulier),

– les analogistes ne perçoivent que des ensembles indéfinis et disparates, des singularités toutes différentes, sans véritable lien entre elles,

– les naturalistes, enfin, distinguent l’humanité (et sa culture) de la nature.

Notre Modernité occidentale appartient bien évidemment à cette quatrième catégorie.

Et si la Post-Modernité, plutôt que de valoriser telle ou telle modalité d’existence au détriment des trois autres, prônait au contraire dans un premier temps la reconnaissance, puis le développement de toutes ces potentialités ?

« Sous le vernis moderne subsiste le préhisto » ne peut-il pas aussi se dire : Sous le vernis « naturaliste » survivent, en chacun de nous, un totémiste, un animiste et un analogiste qui ne demandent qu’à s’épanouir ?

Le travail de Descola ne reviendrait pas alors à diviser l’Humanité en quatre, mais au contraire à la réconcilier, voire la multiplier par ce même nombre.

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