"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

sauvage

Le retour du sauvage (1)

Réintroductions du loup et de l’ours, stages de survie ou de cueillette des plantes sauvages, néo-paganisme (plus ou moins ambigu), raves et autres teknivals extatiques, réveil des fêtes traditionnelles, engouement populaire pour les arts premiers, thérapie régressives, développement de la chasse et de la nourriture à base de gibier, attrait pour le nomadisme, etc… Le P.P. est loin d’être un cas à part, marginal : le « retour du sauvage » est un véritable phénomène d’époque.

Simple effet de mode ou changement de paradigme marquant l’entrée dans la « postmodernité » ?

Sergio Dalla Bernardina, professeur d’ethnologie, explore la question dans un petit bijou de pertinence et d’ironie publié aux Presses Universitaires de Rennes : Le retour du prédateur, mises en scène du sauvage dans la société post-rurale.

Je résumerais son étude ainsi : beaucoup de posture, de mise en scène et de fantasme dans cette « envie (urbaine) de sauvage » qui semble tout de même marquer la fin d’une civilisation rurale, issue du néolithique comme du christianisme, et notamment basée sur la claire distinction du domestique et du sauvage, assimilés au Bien et au Mal.

Mais prôner l’ensauvagement, n’est-ce pas dans le même temps une façon de vouloir le domestiquer, donc de lui ôter toute sa substance, un nouvel avatar de « la maladie qui se prend pour le remède » en quelque sorte ?


Berlin s’ensauvageonne…

A Berlin, depuis près de 8 ans, les sangliers reprennent progressivement possession de la ville. L’Office régional des forêts estime leur population « urbaine » de 5 à 8 000. Des « chasseurs urbains » ont été spécifiquement mandatés par les autorités municipales pour endiguer le fléau, les sangliers étant responsables de nombreux accidents de la route et de dégradations diverses (fouissage du sol, renversement des poubelles, etc). De moins en moins farouches, ils s’aventurent maintenant en bande, dans les cours d’immeubles, et même jusque dans des appartements de rez-de-chaussée !

Marc Franusch, porte parole de l’Office régional des forêts, observe avec philosophie que  » de toutes façons, on ne règlera pas la question avec la chasse. La population des sangliers augmente en flèche, le taux de reproduction tourne autour de 300%. Il faut apprendre à vivre avec eux, comme pour les renards, qui sont entre 1000 et 1500 dans Berlin. »

A Berlin, la sauvagerie reprend ses droits…