"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Latouche

Le mythe du chef indien

« […] Une croyance largement répandue veut que la plupart des Amérindiens aient des chefs ou autres formes de figures d’autorité indigènes. Elle n’est pas juste. De nombreuses sociétés amérindiennes sont égalitaires par tradition. La vie quotidienne y subit bien moins qu’on ne le croit en général l’influence de dirigeants. L’idée mal avisée selon laquelle la plupart des peuples indigènes des Amériques auraient naturellement des structures monarchiques s’explique par diverses raisons.

Premièrement, nous avons tendance à projeter sur les autres les valeurs et les mécanismes de nos propres sociétés ainsi que nos façons de procéder. Comme il nous est difficile d’imaginer notre société sans dirigeants, d’un type ou d’un autre, dotés en particulier du pouvoir d’imposer les règles sociales, peut-être nous est-il difficile d’imaginer que des sociétés anciennes fonctionnent bien sans de telles règles.

Deuxièmement, la vision de nombreux Occidentaux est fortement influencée par Hollywood et les autres modes de représentations fictives de ces sociétés. Les films, en effet, peignent rarement les sociétés indiennes sans chefs à la personnalité dynamique.

Enfin, et peut-être surtout, les sociétés occidentales préfèrent que les Amérindiens aient des dirigeants avec lesquels traiter. Il est par exemple quasi impossible d’avoir accès aux terres indiennes, ou même de céder juridiquement des terres aux Indiens, sans représentant. Il est souvent arrivé, comme dans la région de Xingu au Brésil ou ailleurs aux Amériques, que les chefs soient inventés et, dans bien des cas, investis du pouvoir artificiel d’être les représentants juridiques de « leur » peuple, afin de faciliter l’accès économique aux possessions indiennes. […] »

(Daniel L. Everett, Le monde ignoré des Indiens pirahâs, Flammarion, 2010)

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…et les derniers seront les premiers ?

Une bonne partie de la population mondiale (en gros, les pays dits « du Sud ») n’est pas entrée dans la modernité. Parents pauvres de la mondialisation, ces « laissés-pour-compte » vivent — ou survivent — en dehors de l’économie marchande.

Et si, au lieu de s’acharner — plus ou moins charitablement — à tenter des les aider à « se développer » (c’est-à-dire « entrer dans notre logique ») on les abordait en pensant plutôt que ce sont eux qui ont des choses à nous apprendre ?

A l’heure où notre monde semble sur le point de s’écrouler et où nos arrogantes « lumières » tardent à parvenir à esquisser l’espoir d’une alternative réaliste, n’y a-t-il pas dans leur « art (savant) de la débrouille » l’expression d’une profonde (et très ancienne ?) sagesse sur laquelle pourrait bénéfiquement s’appuyer l’avenir de l’Humanité ?


Chronique de Craô (6) : Démocratie moderne ou primitive ?

On le sait, la démocratie est le plus beau fleuron de la modernité : né dans la Grèce antique, elle s’épanouit depuis la fin de l’Ancien Régime dans les pays les plus civilisés. Ces derniers en sont d’ailleurs si fiers qu’ils n’hésitent généralement pas à prendre les armes pour l’imposer à leurs voisins archaïques.

Rappelons le principe, en quelques mots, du « moins mauvais de tous les systèmes » comme on se plaît souvent à le qualifier :

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