"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Girard

Sur le sacrifice : la théorie girardienne… et sa critique

(suite de l’article précédent)

René Pommier s’est fait une spécialité de démonter les systèmes, déboulonner les statues, démystifier les imposteurs. Après notamment Freud et Barthes, il s’en est pris à Girard dans un ouvrage dont le titre coup de poing résume assez bien le ton et le contenu : René Girard, un allumé qui se prend pour un phare (Kimé, 2010).

Sur le fond, que ce soit pour la thèse du désir mimétique énoncée dans Mensonge romantique, vérité romanesque, ou dans ses extensions ultérieures avec la théorie du sacrifice du bouc émissaire ou sa lecture du christianisme, René Pommier dénonce un procédé qui ne peut bluffer que les lecteurs naïfs : René Girard assène des vérités extravagantes et arbitraires avec d’autant plus d’autorité, d’autant moins de nuance, qu’elles ne sont issues d’aucune recherche de terrain, tirées d’aucune observation concrète. Et s’il ne les étaye quasiment que d’illustrations tirées de la seule littérature, René Pommier démontre qu’il n’hésite pas à fausser et déformer les textes qu’il sollicite afin de leur faire dire ce que les auteurs n’avaient jamais songé à dire, voire tout le contraire de ce qu’ils avaient vraiment dit.

Sur la forme, il pointe et se moque de l’inaltérable mégalomanie du personnage, persuadé que ses thèses éclairent l’épopée humaine d’une aveuglante évidence. Quant aux savants, philosophes et autres grands esprits qui l’ont précédé, il ne leur manquait bien évidemment que sa théorie pour pouvoir véritablement aller au fond des choses. Le comble du comique, dans la présomption et l’outrecuidance, est atteint, selon René Pommier, lorsque René Girard, récemment converti, se prétend être le premier à avoir vraiment compris le sens profond des Evangiles et invite les chrétiens à abandonner au plus vite leur vision du christianisme  pour se rallier à la sienne.

Il est vrai qu’il est né un 25 décembre et que ce ne saurait être un simple hasard !

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Sur le sacrifice : la théorie girardienne…

René Girard est un de nos grands intellectuels. Professeur à Stanford, récent académicien, considéré par Michel Serres comme le « Darwin des sciences humaines » (excusez du peu !), il est célèbre pour sa théorie du désir mimétique et son corrolaire : celle du bouc émissaire.

Tentons de résumer la logique de la thèse (somme toute assez simple) qu’il ressasse et développe d’ouvrage en ouvrage : L’humain ne peut désirer que ce qu’un autre humain désire. Le congénère étant à la fois le modèle et le rival, cette imitation mène immanquablement au conflit. Le mécanisme du bouc émissaire est alors un dispositif apparu au cours de l’évolution (sans doute accidentellement mais conservé ensuite) permettant de canaliser la violence collective suscitée par ce désir mimétique en la rejetant sur un seul individu jugé responsable de la crise sociale. Une fois sacrifié, le bouc émissaire est ensuite sacralisé et les rituels de commémoration de cet assassinat primordial permettent tout autant de conjurer le retour du chaos qui menace que de structurer tabous, normes et organisation sociale.

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