"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

debray

Debrayage (1)

« […] Aucune communauté de pensée n’échappe à la loi quasi animale de formation du moi comme du nous, qui est de se poser en s’opposant. Notre XVIIIe siècle, envers ses devanciers, a fait merveille de la devise léniniste : « tordre le bâton dans l’autre sens pour le remettre droit ». Et pourquoi ne pas lui rendre à notre à notre tour la pareille ?

Comme si l’Occident jouait à saute-mouton : chaque siècle transforme ce que son prédécesseur tenait pour de la petite bière en sa grande affaire à lui, puis, sa tâche remplie, courbe le dos pour que le suivant lui passe par-dessus. Tremplin et repoussoir, c’est la même chose. Le XVIIIe promet le cosmopolitisme ; débarquent les nationalités. Le XXe siècle s’enivre de mondialisation ; arrive la tribalisation. Après les plans pharaoniques, les joyaux du terroir. Systole, diastole. Lourde tâche, celle du prospectivisme. Chaque effet d’annonce à la tribune annonce un pied de nez en contrebas : les guerres de la Révolution et de l’Empire ont suivi les plans de paix perpétuelle, comme nos déchaînements micro-nationalistes, le nouvel ordre international naguère trompeté à l’ONU. Contretemps cocasse, réglé comme une horloge. […] »

(Aveuglantes Lumières, Journal en clair-obscur, Gallimard, 2006)

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Une proposition indécente

Dans Le moment fraternité de Régis Debray (voir article précédent) je lis, pages 286-287  :

« L’union des coeurs n’a pas de presse-bouton, soit, mais le flirt a ses travaux d’approche, qu’on retrouve à l’âge du silicium comme à celui du bronze. Il n’y a pas mille façons de faire du nous avec du on. Il y en a quatre, à valeur de constantes : la fête, le banquet, la chorale et le serment (elles peuvent se combiner et parfois ne faire qu’un). Telles sont les scènes primitives de l’effusion, les ritournelles de l’esprit d’ensemble — dont on trouve les traces archéologiques (depuis que traces il y a) dans l’histoire longue des cités, de Sumer à Mexico, et les traces littéraires, du Banquet de Platon au dernier volume des Hommes de bonne volonté. »

Je me dis du coup, que le PP et ses membres (ou sympathisants) gagneraient sûrement — fraternellement parlant — à organiser, en plus des multiples micro-événements déjà en cours, ne serait-ce qu’une fête annuelle, rituelle, autour d’un repas plus ou moins musical.

Je proposerais volontiers tous les 21 juin (ou le week-end le plus près) à la Petite Echelle. Vous en pensez quoi ?


On ne se déprend pas du sacré…

[…] Le sacré précède le religieux et lui survivra. “Religion” est un mot latin qui n’a pas de traduction en chinois, ni en hébreu, ni en persan, ni en grec. Cela signifie pour nous un Dieu, un clergé, des écritures et des dogmes, acquis tardifs. Au temps de Stonehenge, il n’y avait pas de religion, mais il y avait du sacré. Et quand une religion s’en va, un sacré repousse tout seul, puisque ainsi s’appelle ce qui permet à un tas d’individus de se vivre comme un tout. On ne se déprend pas du sacré en le sécularisant. Michelet l’a fort bien dit pour la Révolution. […]

(Régis Debray, entretien sur Causeur avec Elisabeth Lévy)