"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Frère Escargot

Autonome (avec son abri portatif) et lent (donc résistant aux leurres et vertiges de la vitesse), l’Escargot est déjà le symbole du Parti pour la décroissance.

Archaïque et discret bien qu’omniprésent (sous le « vernis » des feuilles humides), nulle doute qu’il a sa place ici, aux côtés du Lombric, d’autant plus qu’il a sûrement constitué une grande part de la gastronomie préhistorique.

N’est-ce pas le seul animal qui se « chasse » et « cueille » en même temps ?

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34 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Jules Renard :

    L’ESCARGOT

    Casanier dans la saison des rhumes, son cou de girafe rentré, l’escargot bout comme un nez plein.

    Il se promène dès les beaux jours, mais il ne sait marcher que sur la langue.

    (Histoires naturelles)

    juillet 22, 2011 à 10 h 14 min

  2. 120

    Ecrit par Ivan Illich :

    « […] L’escargot construit la délicate architecture de sa coquille en ajoutant l’une après l’autre des spires toujours plus larges, puis il cesse brusquement et commence des enroulements cette fois décroissants. C’est qu’une seule spire encore plus large donnerait à la coquille une dimension seize fois plus grande. Au lieu de contribuer au bien-être de l’animal, elle le surchargerait. Dès lors, toute augmentation de sa productivité servirait seulement à pallier les difficultés créées par cet agrandissement de la coquille au-delà des limites fixées par sa finalité. Passé le point limite d’élargissement des spires, les problèmes de la surcroissance se multiplient en progression géométrique, tandis que la capacité biologique de l’escargot ne peut, au mieux, que suivre une progression arithmétique […] »

    (Le genre vernaculaire, Seuil, 1983)

    juillet 22, 2011 à 10 h 29 min

  3. A propos de la « sagesse de l’escargot » évoquée par l’extrait d’Ivan Illich que vient de citer 120, Serge Latouche fait le commentaire suivant :

    « […] Ce divorce de l’escargot d’avec la raison géométrique, qu’il avait lui aussi épousée pour un tant, nous montre la voie pour penser une société de « décroissance », si possible sereine et conviviale. […] »

    juillet 22, 2011 à 10 h 36 min

  4. Trève de blabla !
    La seule façon vraiment « préhisto » d’honorer l’escargot est celle-ci :

    juillet 22, 2011 à 10 h 44 min

  5. 120

    Ecrit par Maurice Coyaud :

    Escargot, tout doux
    Escalade
    Le mont Fuji

    Issa

    *

    Escargot
    A quoi penses-tu
    Avec ta corne plus longue que l’autre

    Buson

    *

    A deux, avec le rossignol
    Puisque je m’en vais, garde la maison
    Escargot

    Issa

    *

    Lune du soir
    Il s’est mis torse nu
    L’escargot

    Issa

    (Fourmis sans ombre, Le livre du haïku, Phébus, 1978)

    juillet 22, 2011 à 11 h 02 min

  6. Une autre façon — muette — d’honorer l’escargot, cher Ourko :
    http://www.dailymotion.com/video/x3993i_sequence-escargot_shortfilms

    Séquence culte de Microcosmos après laquelle on a envie de dire à Jules Renard qu’ils ne font pas que marcher sur leur langue et qu’ils ont beaucoup à nous apprendre sur l’art et la manière de bien s’embrasser. 😉

    juillet 22, 2011 à 11 h 27 min

  7. 120

    Ecrit par Malcolm de Chazal :

    La volupté
    De l’escargot
    Est
    Filiforme.

    (La bouche ne s’endort jamais, Saint-Germain-des-Prés, 1980)

    juillet 23, 2011 à 9 h 15 min

  8. 120

    Ecrit par Pascal Quignard :

    L’escargot

    L’escargot apparut il y a 650 millions d’années avec les coraux au fond des mers. Sa coquille a la forme d’une vis.
    Il marche par crispations, errant lentement sur sa bave brillante.
    Il marche comme l’océan sous la lune : par étirement.

    *

    Bave qui n’est pas une trace mais l’amorce du chemin qu’elle permet à son pied.
    L’escargot n’aime que l’aube — ou le soleil qui revient dans la pluie finissante.

    (Abîmes, Dernier royaume III, Grasset&Fasquelle, 2002)

    juillet 23, 2011 à 9 h 24 min

  9. Isidore

    Pas trop vite !!! Je n’ai pas encore fini de lire la 3ème ligne de l’article… Dans 15 jours je serai sans doute parvenu à lire ton 8ème commentaire. Quel travail !!!…pour un escargot

    juillet 23, 2011 à 13 h 52 min

  10. Hier, bredouille pour les champignons, mais nous avons trouvé presque une dizaine d’escargots, mais découragé par le boulot à fournir on les a laissés vaquer à leurs occupations

    juillet 25, 2011 à 20 h 25 min

  11. Quel boulot ? Leur courir après… ou les faire dégorger ?

    juillet 26, 2011 à 10 h 23 min

  12. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    L’Escargot

    Ceux qui disent
    Que l’escargot n’avance pas vite,

    C’est qu’ils n’ont jamais été
    Escargot.

    *

    Pourquoi me reprocher
    De ne pas monter au clocher ?

    Au milieu des herbes
    Je vois la terre d’assez haut.

    *

    Je ne sais plus bien
    Comment j’ai fait ma maison,

    Il me semble
    Qu’elle m’a été donnée.

    *

    Ne vous inquiétez pas pour moi,

    J’arriverai
    Jusqu’à ma mort.

    *

    Quelque chose m’a fait
    M’adonner à la spirale —
    Dans quel but ?

    *

    Je pourrais m’acagnarder
    Sur le pylône,

    Mais la ferraille
    Très peu pour moi.

    *

    Je colle à la terre
    Mais il me va

    De m’en détacher
    Pour me hisser dans un lierre.

    *

    Cornes contre cornes,
    A deux,

    Nous nous disons
    Tout l’espace.

    *

    Il y en a qui passent
    Tellement vite

    Qu’ils ne doivent jamais
    Voir les autres.

    *

    Ceux-là qui laissent leur maison
    Et s’en vont

    Comme s’ils en voulaient une autre —
    Et qui pourtant reviennent.

    *

    etc…

    (Texte d’une édition originale accompagnée de gravures de Graziella Borghesi, imprimée à Ravenne en 1989, tirage limité à 70 exemplaires, cité dans L’expérience Guillevic, Recueil fondé par JL Giovannoni et P. Vilar, Deyrolle/Opales, 1994, puis dans Relier, poèmes 1938-1996, Gallimard, 2007)

    juillet 26, 2011 à 10 h 33 min

  13. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    L’Escargot (suite)

    Un garçon m’a crié :
    Vole.

    Je n’ai pas compris.

    *

    Je sens comme des ondes
    Qui coulent à travers moi
    Et qui me font avancer
    Lorsque j’en ai envie.

    *

    A nous deux,
    Le silence et moi,
    Nous faisons de belles prairies.

    *

    Entre un endroit
    Et un autre endroit,

    Il n’y a selon moi
    Rien de plus que l’espace d’une vie.

    *

    J’aime dormir
    Sous la panse d’un chou,
    Sous l’aile d’une laitue.

    *

    Je me suis regardé
    Dans une petite flaque d’eau.

    Je me suis vu grand bigorneau.

    *

    Un jour
    Je vais quand même

    Me mettre à grimper
    Jusqu’au sommet
    Du vieux peuplier.

    Pourquoi pas ?

    *

    Je glisse aussi vite
    Que le ver de terre

    Qui n’a pourtant pas
    A porter sa maison.

    *

    La libellule
    A la légèreté de l’air.

    Moi,
    J’ai le poids de la glaise.

    *

    Moi, bave d’escargot,
    Je n’ai jamais
    Dit mon dernier mot.

    *

    etc…

    (ibidem)

    juillet 27, 2011 à 9 h 42 min

  14. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    L’Escargot (suite… et fin)

    Je peux aller moins vite
    Au point qu’on peut croire
    Que rien ne bouge.

    *

    Ne me comparez pas
    A l’aigle, au serpent.

    Je vis ma destinée d’escargot,
    Mes rêves, mes colères d’escargot.

    Je suis beaucoup plus
    Que ce que vous croyez.

    *

    Moi, l’escargot,
    J’aurais pu
    Ne pas exister.

    Le monde aussi.

    *

    La molle épaisseur des choses,
    Voilà ce qui m’attire.

    *

    Pour monter
    Je n’ai pas besoin d’échelle,

    Mais sur les barreaux
    Je me repose.

    *

    J’entends dire parfois :

    — Comment t’éclaires-tu
    Quand tu rentres
    Dans ta maison ?

    (Ibidem)

    juillet 27, 2011 à 11 h 10 min

  15. 120

    Ecrit par Francis Ponge :

    ESCARGOTS

    Au contraire des escarbilles qui sont les hôtes des cendres chaudes, les escargots aiment la terre humide. Go on, ils avancent collés à elle de tout leur corps. Ils en emportent, ils en mangent, ils en excrémentent. Elle les traverse. Ils la traversent. C’est une interpénétration du meilleur goût parce que pour ainsi dire ton sur ton — avec un élément passif, un élément actif, le passif baignant à la fois et nourrissant l’actif — qui se déplace en même temps qu’il mange.

    (Il y a autre chose à dire des escargots. D’abord leur propre humidité. Leur sang froid. Leur extensibilité.)

    A remarquer d’ailleurs que l’on ne conçoit pas un escargot sorti de sa coquille et ne se mouvant pas. Dès qu’il repose, il rentre aussitôt au fond de lui-même. Au contraire sa pudeur l’oblige à se mouvoir dès qu’il montre sa nudité, qu’il livre sa forme vulnérable. Dès qu’il s’expose, il marche.

    Pendant les époques sèches ils se retirent dans les fossés où il semble d’ailleurs que la présence de leur corps contribue à maintenir de l’humidité. Sans doute y voisinent-ils avec d’autres sortes de bêtes à sang froid, crapauds et grenouilles. Mais lorsqu’ils en sortent ce n’est pas du même pas. Ils ont plus de mérite à s’y rendre car beaucoup plus de peine à en sortir.

    A noter d’ailleurs que s’ils aiment la terre humide, ils n’affectionnent pas les endroits où la proportion devient en faveur de l’eau, comme les marais, ou les étangs. Et certainement ils préfèrent la terre ferme, mais à condition qu’elle soit grasse et humide.

    Ils sont friands aussi des légumes et des plantes aux feuilles vertes et chargées d’eau. Ils savent s’en nourrir en laissant seulement les nervures, et découpant le plus tendre. Ils sont par exemple les fléaux des salades.

    Que sont-ils au fond des fosses ? Des êtres qui les affectionnent pour certaines de leurs qualités, mais qui ont l’intention d’en sortir. Ils en sont un élément constitutif mais vagabond. Et d’ailleurs là aussi bien qu’au plein jour des allées fermes leur coquille préserve leur quant-à-soi.

    […]

    (La parti pris des choses, Gallimard, 1942)

    juillet 27, 2011 à 12 h 12 min

  16. Oulah… Si 120 est parti dans Ponge, y’en a pour un moment.

    Si tu veux suivre, Isi, va falloir qu’tu poses ta coquille, remontes tes manches et que tu prennes ton élan ! 😉

    juillet 27, 2011 à 12 h 14 min

  17. 120

    Ecrit par Francis Ponge :

    ESCARGOTS (suite)

    […]

    Certainement c’est parfois une gêne d’emporter partout avec soi cette coquille mais ils ne s’en plaignent pas et finalement ils en sont bien contents. Il est précieux, où que l’on se trouve, de pouvoir rentrer chez soi et défier les importuns. Cela valait bien la peine.

    Ils bavent d’orgueil de cette faculté, de cette commodité. Comment se peut-il que je sois un être si sensible et si vulnérable, et à la fois si à l’abri des assauts des importuns, si possédant son bonheur et sa tranquillité. D’où ce merveilleux port de tête.

    A la fois si collé au sol, si touchant et si lent, si progressif et si capable de me décoller du sol pour rentrer en moi-même et alors après moi le déluge, un coup de pied peut me faire rouler n’importe où. Je suis bien sûr de me rétablir sur pied et de recoller au sol où le sort m’aura relégué et d’y trouver ma pâture : la terre, le plus commun des aliments.

    Quel bonheur, quelle joie donc d’être escargot. Mais cette bave d’orgueil ils en imposent la marque à tout ce qu’ils touchent. Un sillage argenté les suit. Et peut-être les signale au bec des volatiles qui en sont friands. Voilà le hic, la question, être ou ne pas être (des vaniteux), le danger.

    Seul, évidemment, l’escargot est bien seul. Il n’a pas beaucoup d’amis. Mais il n’en a pas besoin pour son bonheur.Il colle si bien à la nature, il en jouit si parfaitement de si près, il est l’ami du sol qu’il baise de tout son corps, et des feuilles, et du ciel vers quoi il lève si fièrement la tête, avec ses globes d’yeux si sensibles ; noblesse, lenteur, sagesse, orgueil, vanité, fierté.

    Et ne disons pas qu’il ressemble en ceci au pourceau. Non il n’a pas ces petits pieds mesquins, ce trottinement inquiet. Cette nécessité, cette honte de fuir tout d’une pièce. Plus de résistance, et plus de stoïcisme. Plus de méthode, plus de fierté et sans doute moins de goinfrerie — moins de caprice ; laissant cette nourriture pour se jeter sur une autre, moins d’affolement et de précipitation dans la goinfrerie, moins de peur de laisser perdre quelque chose.

    Rien n’est beau comme cette façon d’avancer si lente et si sûre et si discrète, au prix de quels efforts ce glissement parfait dont ils honorent la terre ! Tout comme un long navire, au sillage argenté. Cette façon de procéder est majestueuse, surtout si l’on tient compte encore une fois de cette vulnérabilité, de ces globes d’yeux si sensibles.

    […]

    (Ibidem)

    juillet 27, 2011 à 15 h 02 min

  18. 120

    Ecrit par Francis Ponge :

    ESCARGOTS (suite… et fin)

    […]

    La colère des escargots est-elle perceptible ? Y en a-t-il des exemples ? Comme elle est sans aucun geste, sans doute se manifeste-t-elle seulement par une sécrétion de bave plus floculente et plus rapide. Cette bave d’orgueil. L’on voit ici que l’expression de leur colère est la même que celle de leur orgueil. Ainsi se rassurent-ils et en imposent-ils au monde d’une façon plus riche, plus argentée.

    L’expression de leur colère, comme de leur orgueil, devient brillante en séchant. Mais aussi elle constitue leur trace et les désigne au ravisseur (au prédateur). De plus elle est éphémère et ne dure que jusqu’à la prochaine pluie.

    Ainsi en est-il de tous ceux qui s’expriment d’une façon entièrement subjective sans repentir, et par traces seulement, sans souci de construire et de former leur expression comme une demeure solide, à plusieurs dimensions. Plus durable qu’eux-mêmes.

    Mais sans doute eux, n’éprouvent-ils pas ce besoin. Ce sont plutôt des héros, c’est-à-dire des êtres dont l’existence même est oeuvre d’art, — que des artistes, c’est-à-dire des fabricants d’oeuvre d’art.

    Mais c’est ici que je touche à l’un des points principaux de leur leçon, qui d’ailleurs ne leur est pas particulière mais qu’ils possèdent en commun avec tous les êtres à coquilles : cette coquille, partie de leur être, est en même temps oeuvre d’art, monument. Elle, demeure plus longtemps qu’eux.

    Et voilà l’exemple qu’ils nous donnent. Saints, ils font oeuvre d’art de leur vie, — oeuvre d’art de leur perfectionnement. Leur sécrétion même se produit de telle manière qu’elle se met en forme. Rien d’extérieur à eux, à leur nécessité, à leur besoin n’est leur oeuvre. Rien de disproportionné — d’autre part — à leur être physique. Rien qui ne leur soit nécessaire, obligatoire.

    Ainsi tracent-ils aux hommes leur devoir. Les grandes pensées viennent du coeur. Perfectionne-toi moralement et tu feras de beaux vers. La morale et la rhétorique se rejoignent dans l’ambition et le désir du sage.

    Mais saints en quoi : en obéissant précisément à leur nature. Connais-toi donc d’abord toi-même. Et accepte-toi tel que tu es. En accord avec tes vices. En proportion avec ta mesure.

    Mais quelle est la notion propre à l’homme : la parole et la morale. L’humanisme.

    (Ibidem)

    juillet 28, 2011 à 8 h 49 min

  19. Mouais… Quel dommage cette fin gnangnan et à mon sens totalement déplacée.
    L’intention (phénoménologique) était bonne — comme chaque fois, à mon goût, avec Ponge — mais là, non, je ne le suis pas.
    Et puis, quitte à chercher une « morale de l’escargot », je préfère l’option Guillevic… ou Lacarrière.
    120 ?

    juillet 28, 2011 à 8 h 59 min

  20. Oooooh non ! Encore un ?
    Tu veux nous faire « baver de colère » ou quoi ?

    juillet 28, 2011 à 9 h 01 min

  21. 120

    Ecrit par Jacques Lacarrière :

    La pluie ruisselle. Je suis sous une grande feuille et je frissonne. De plaisir et de froid. Mais je constate que je ne suis pas seul à frissonner sous cette feuille. Près de moi, deux Escargots s’accouplent. S’accouplent : mot qui ne dit rien, n’image rien quand il s’agit d’amours gastéropodes. Car ces deux Escargots ne sont pas, comme les hominiens, accolés l’un sur l’autre ou sous l’autre, ils sont lovés, spiralés, imbriqués en eux-mêmes en un muscle unifié, nimbé d’écume blanche.

    Oui, lovés, spiralés, imbriqués, soudés, unifiés en eux-mêmes puisque les Escargots sont des mollusques hermaphrodites. Chacun s’unit à l’autre en tant que mâle et que femelle, pénétrant pénétré, un absolu coït. Je regarde l’immobile élan de leur étreinte, l’intensité de la double accolade, la spirale musclée où les sexes s’immiscent. Plénitude de l’union totale, sinon pourquoi durerait-elle des jours entiers, cette étreinte, au point qu’ils ne parviennent à se désimbriquer qu’au prix d’un difficile arrachement, chacun portant en lui le sperme et a ponte de l’autre, père et mère à la fois, progéniteur progénité, engrosseur engrossé ? Ici, plus de combats, plus de rivalités entre des sexes hostiles (et s’affrontant toujours dans l’impossible rêve d’être l’autre avec l’autre), mais la mixtion des sexes mixtes, la double identité de l’Unique en soi-même, le délice du soi au calice du toi, l’amour hermaphrodite…

    Je m’approche, je touche les corps enrubannés d’écume, je hume avec les senteurs de la pluie l’odeur primale du coït, le remugle des émois doubles, je cherche en vain, au fil des soles soudées, l’impossible lisière où les sexes diffèrent. Leurs rêves aussi doivent être soudés l’un à l’autre et leurs mots — s’ils en ont — des mots au sexe double, des mots hermaphrodites. Non, ils/elles, elles/ils n’ont pu me parler. Les Escargots ne parlent pas, surtout pendant l’amour. Et puis, pour exprimer ce qu’ils/elles, ce qu’elles/ils me disent, il me faudrait des mots non hominiens, ni masculins ni féminins, des mots… Non ils/elles elles/ils n’ont pu me parler, ce doit être la pluie et les gouttes ruisselant une à une sur les feuilles qui égrenaient ce que je crus entendre, ce double murmure qui disait…

    … moitoi… toimoi… jetu… tuje… tututuje…. moimoimoitu… toitoitoije… jejejejenous… nousnousnousje…

    Ainsi chantait la pluie. Ainsi chantait la terre. Alors, je les laissai à leurs noces d’écume et partis, tout heureux du beau chant d’hyménée que j’avais cru entendre. La pluie avait cessé. Le soleil revenait dans le ciel. Non, je me trompe : le pluie avait cessé. La soleil revenait dans la ciel…

    (Le pays sous l’écorce, Seuil, 1980)

    juillet 28, 2011 à 9 h 21 min

  22. Isidore

    ça y est, j’ai fini la lecture du 4ème commentaire, youpi !

    juillet 28, 2011 à 12 h 47 min

  23. Prends ton temps : on part demain pour 15 jours.

    juillet 28, 2011 à 22 h 08 min

  24. Zizicoincoin

    mais quelle foutaise mon bon Georges!

    je n’avais jamais pris le temps de lire leur programme à ces décroissantes…

    Embobiné par le gastéropode, j’m’ouvre à la lecture;
    et vla ti pas que le site y va de nous imposer dans ses « 10 chantiers de la Décroissance »:
    une nouvelle morale bobo gaucho arsito parigot où tout ce qui n’est pas bien est mal, où il faut « encourager le bon usage ».

    je vois déjà 3 pétasses vivant de subventions et fonctionnaires à mi-temps m’expliquer qu’elles sont trop bio dans leur jardin de ville partagé du 3eme.

    elles vont m’expliquer que je suis violent (car homme), assassin (car pas végétarien – non non les plantes ne sont pas des espèces vivantes – en tous cas pas tant qu’on ne digérera pas les cailloux), et juste bon à payer surtout qu’elle vont super bien gérer l’argent collectif.

    bon bien sur elles defendront les minorites, les handicapes, les noirs et les femmes surtout, parceque notre monde est vraiment trop yang!

    même qu’elles sont contre la maladie et la guerre, c’est dire si elles sont engagées!!

    mention spéciale pour la « création de monnaies locales et régionales »

    c’est vrai que relancer les services bancaires avec une monnaie différente par quartier, ça va beaucoup nous aider.

    Elles semblent oublier que tout n’est qu’équilibre:
    La décroissance, c’est comme l’écologie, quelquechose qui va de soi et qui se fera avec ou sans nous.

    vouloir imposer un mode de vie a la place d’un autre, c’est juste changer le pouvoir de mains, passer d’une morale hominisée à une morale lobotomisée.

    Bref du mièvre avec un fond intéressant pollué par une morale d’instit parigote qui devrait manger du ragout de ragondin au chénopode au lieu de nous expliquer comment utiliser l’argent public.

    août 21, 2011 à 23 h 25 min

  25. N’ayez crainte, cher zizicoincoin, il existe une « décroissance » de droite si la version gauchisante ne vous sied guère :
    http://www.revue-elements.com/livres-Demain-la-decroissance.html

    août 22, 2011 à 20 h 43 min

  26. Isidore

    À l’aide, Yatsé, une offensive anglo-normande tente de coloniser le blog !!!…

    Au passage, bonjour Mr zizicoincoin, honoré de votre présence parmi nous, malgré la situation de parasitisme latent qui vient faire quelque peu désordre en cette fin d’été trop peu ensoleillé, il faut le dire…

    août 23, 2011 à 8 h 20 min

  27. Isidore

    Hello, Vincent, Amélie et toute la smala! J’espère que votre retour de vacances n’a pas eu à se fondre dans la lenteur du déplacement de notre ami l’escargot… lors de ces interminables embouteillages qui sévissent parfois…

    août 23, 2011 à 9 h 00 min

  28. Salut à toi, aussi, et à toute ta tribu.
    Prêt pour la « rentrée » (si c’en est une pour toi) ?

    août 23, 2011 à 12 h 20 min

  29. Isidore

    Merci. Oh oui, c’est même une sacrée rentrée puisque Thérèse n’est plus avec nous, son changement de vie s’étant fichtrement bien passé avec tout le soutien de la famille. Et puis la fifille vient d’aménager dans son appartement à Paris et débute une première année de fac. Bref avec plus un centime en poche et peu de perspectives de travail rémunéré j’attends un nouveau miracle.

    C’est quoi cette bande de zèbres qui vient envahir le blog ? Tu as une idée ?

    août 23, 2011 à 21 h 53 min

  30. Ah oui, ça doit effectivement faire un grand vide !
    Tu as un peu tourné, sinon, cet été, avec le spectacle piano-trapèze ? L’expérience va se poursuivre ?
    Pour ce qui est de l’attaque de zèbres, aucun idée, mais c’est assez pénible : j’ai dû en supprimer au moins 50 aujourd’hui !

    août 23, 2011 à 22 h 37 min

  31. Isidore

    J’avais également dû en supprimer une bonne dizaine la veille… c’est dommage que ça ne se mange pas, on aurait pu en faire de la confiture pour l’hiver prochain…

    Sinon des projets en cours, il y en a pas mal. Avec la trapéziste j’ai été dans un petit festival bien sympathique près de Bourges; et je monte un récital poésie-musique avec une poète très talentueuse, ainsi qu’un autre spectacle danse-poésie en collaboration avec une danseuse de ma génération. Bref du pain sur la planche et malgré ça pas un sou à l’horizon. C’est un peu énervant parfois… Heureusement que la providence travaille aussi bénévolement 😉

    août 24, 2011 à 8 h 45 min

  32. merci pour le lien, faut deja que j’achete « sauvagement bon » la.

    sinon ce n’est pas la gauche qui me dérange, ce sont les mous du bulbe …

    vous pouvez me tutoyer les gars, et appelez moi Monsieur coincoin si « zizi » 9a vous gène pour l’instant ;p

    merci de votre accueil et bonne rentrée aux concerné(e)s

    août 24, 2011 à 18 h 39 min

  33. Isidore

    Ah non, je préfère zizicoincoin, musicalement indiscutable, cher Mr coincoin… et pour ce qui concerne les » mous du bulbe », j’admets assez bien cette réticence, de gauche comme de droite (je parle des bulbes bien sûr), et même du centre d’ailleurs…

    août 24, 2011 à 18 h 50 min

  34. « Sauvagement bon » : bonne idée ! On a fait venir son auteur, Nicolas Blanche, il n’y a pas si longtemps :
    http://www.partiprehistorique.fr/2011/06/02/retour-sur-les-rencontres-des-cuistos-sauvages-en-images-et-quelques-mots/

    Pour ce qui est de la « mollesse du bulbe », les concepts de « chichi », « blabla » et « gnangnan » développés par Frédéric Schiffter me paraissent assez bien cerner l’objet désigné.

    août 25, 2011 à 9 h 19 min

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