"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Le retour du sauvage (1)

Réintroductions du loup et de l’ours, stages de survie ou de cueillette des plantes sauvages, néo-paganisme (plus ou moins ambigu), raves et autres teknivals extatiques, réveil des fêtes traditionnelles, engouement populaire pour les arts premiers, thérapie régressives, développement de la chasse et de la nourriture à base de gibier, attrait pour le nomadisme, etc… Le P.P. est loin d’être un cas à part, marginal : le « retour du sauvage » est un véritable phénomène d’époque.

Simple effet de mode ou changement de paradigme marquant l’entrée dans la « postmodernité » ?

Sergio Dalla Bernardina, professeur d’ethnologie, explore la question dans un petit bijou de pertinence et d’ironie publié aux Presses Universitaires de Rennes : Le retour du prédateur, mises en scène du sauvage dans la société post-rurale.

Je résumerais son étude ainsi : beaucoup de posture, de mise en scène et de fantasme dans cette « envie (urbaine) de sauvage » qui semble tout de même marquer la fin d’une civilisation rurale, issue du néolithique comme du christianisme, et notamment basée sur la claire distinction du domestique et du sauvage, assimilés au Bien et au Mal.

Mais prôner l’ensauvagement, n’est-ce pas dans le même temps une façon de vouloir le domestiquer, donc de lui ôter toute sa substance, un nouvel avatar de « la maladie qui se prend pour le remède » en quelque sorte ?

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15 Réponses

  1. Aaaaaah, c’est pour ça qu’on ne t’entend plus, Vincent. Tu viens de lire un livre qui (enfin !) a révélé ton imposture et remis quelque peu en place ?

    avril 19, 2011 à 23 h 41 min

  2. Si ça te fait plaisir de voir les choses ainsi, très cher, loin de moi l’envie de te contredire ;-))

    avril 19, 2011 à 23 h 43 min

  3. 120

    Ecrit par Sergio Dalla Bernardina :

    « […] Mélange inextricable de raisons environnementales et commerciales, l’avènement d’une sensibilité « post-agricole » remettant le sauvage à l’honneur est sous les yeux de tout le monde. Si le phénomène est patent, son appréciation varie. Pour les derniers paysans, ceux qui n’ont pas encore « mué », le bouleversement des catégories qui vient d’être décrit annonce, tout simplement, l’apocalypse : non pas la fin du monde mais la fin de leur monde. Pour les tenants de la Wilderness, ce public majoritairement urbain qui s’identifie aux publicités des sweaters Patagonia ‘ »deviens Toi aussi un Witness for Wildlive« ) ou des jeans Wrangler (« We are animals » : une femme et des mâles de l’espèce homo sapiens s’abreuvent à la manière des fauves), il annonce la palingénésie : « Renaissance des êtres ou des sociétés conçue comme source d’évolution ». Souvenons-nous de la prophétie biblique : « Le loup habitera avec l’agneau et la panthère se couchera avec le chevreau ; le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse seront ensemble. Et un petit enfant les conduira. » La prédiction semble se réaliser. Nouveaux « mendiants », les sangliers circulent en ville, nourris de spaghetti par des gens compassionnels. Les ours polaires sont soignés par des dentistes alors que les chats et les chiens, encore plus proches de l’homme qu’ils ne l’étaient auparavant, vont chez le psychologue et prennent du Prozac. Las de vivre dans les bois, les piverts s’installent dans les maisons secondaires et creusent des trous dans les fenêtres à l’ancienne (c’est ce qu’on appelle la multipropriété : lorsque les humains s’absentent les piverts réaménagent). Grâce à la médiation des chiens « Patou », le loup habite déjà ou presque avec l’agneau. Le paysan, dûment apprivoisé, ne s’oppose plus à l’ensauvagement de ses terres (ici et là, il faut l’avouer, on trouve encore quelques poches de résistance, mais avec l’aide d’un bon négociateur…). Habillé en « vrai paysan » pour être plus photogénique, faute de cultiver des terres de plus en plus en friche, il cultive son image et apprend aux touristes, qui le remplaceront bientôt (on les appellera les néo-ruraux), ses savoir-faire ancestraux. Le monde sauvage a cessé d’exister en tant que portion du réel soumise à un traitement différentiel (c’est par leur action « domesticatrice » que les paysans construisaient le sauvage) pour devenir, au sein d’un régime unique de gestion globale des ressources, « le secteur de notre patrimoine que l’on qualifie de sauvage ». Une fois le principal obstacle éliminé, à savoir les résistances d’un acteur « manichéen » qui valorisait une seule partie de la réalité (il aimait les champs labourés, le bétail… il n’aimait pas le désert, les ronces, les « nuisibles ») la voie est ouverte à la bonne gouvernance.

    La conception émergente de « bonne gouvernance », resituant le sauvage au sein de nos valeurs, apparaît comme le retour — par une prise de conscience des questions environnementales — à des formes de sagesse archaïques. C’est à ce titre que certains penseurs contemporains, en interprétant avec désinvolture les données de l’ethnographie, nous invitent à retrouver l’ « écologisme spontané » des chasseurs-cueilleurs. C’est à ce même titre que les néo-chamans, les néo-druides et les autres néo-païens proposent de repenser le lien social sur des bases mystiques et préchrétiennes. […] »

    (Le retour du prédateur, Mises en scène du sauvage dans la société post-rurale, PUR, 2011)

    avril 20, 2011 à 7 h 56 min

  4. La campagne de pub Wrangler (citée ci-dessus) :
    http://www.lestempsdansent.com/campagne-de-pub-fred-et-farid-pour-wrangler/

    avril 20, 2011 à 8 h 01 min

  5. Isidore

    C’est chouette que tu relances le débat en ce beau printemps d’avril ! C’est étrange car depuis quelque temps (et ça commence à faire) je ne pense plus vraiment et me demande même comment ça marche, tout préoccupé par de multiples projets à mettre en place. Je ne parviens même plus à lire… Comme quoi ce ne doit pas être les mêmes centres cérébraux qui animent les unes ou les autres de ces facultés… ou peut-être devrais-je apprendre à les coordonner ? Bref je me laisse porter par mes instincts sauvages qui se moquent comme de l’an mille de toute réflexion préalable. Mais je suis aussi parfaitement de mauvaise foi dans la mesure où l’activité de réflexion est bien présente en fait, mais uniquement en rapport avec l’action et pour des visées tactiques ou stratégiques. Mais à la guerre il faut une bonne dose d’instinct sauvage, non ?

    avril 24, 2011 à 12 h 02 min

  6. Ca me paraît clair : tu as atteint le stade ultime de la « PPitude » !

    PS : Tu peux nous dire 2-3 mots sur ces projets ?

    avril 25, 2011 à 10 h 03 min

  7. Isidore

    D’abord j’ai repris la guitare, mon instrument des origines et je m’en sers pour accompagner des poèmes ou déclamer quelques chansons. Elle me permet d’introduire facilement et partout une dimension musicale. C’est plus facile à transporter qu’un piano. Je suis ainsi convié de plus en plus fréquemment à apporter une touche musicale dans des récitals poétiques.

    Je viens aussi de commencer la mise en musique de poèmes d’une artiste que j’aime beaucoup. Tout ça pour la poésie (et pour pas un rond comme il est d’usage courant dans le milieu de la poésie)

    Par ailleurs de nouveaux projets sont en cours avec une autre trapéziste ainsi qu’avec une danseuse… Bref plein de disponibilité à trouver loin de la maison. Donc on a décidé d’arrêter la prise en charge de ma tante puisqu’elle exige une présence soutenue de ma part à la maison… Nous sommes en bonne voie de lui trouver une nouvelle solution tout à fait adaptée. Mais il va donc falloir gagner de l’argent. Comment? Je l’ignore, étant de plus en plus clair pour moi l’incompatibilité primordiale entre l’activité artistique et le travail rémunéré tel qu’il est conçu aujourd’hui (et peut-être de tout temps d’ailleurs).

    Ceci nous ramène à de vieux débats toujours bien d’actualité pour ce qui me concerne. J’en discutais récemment avec un ami musicien confronté au même problème, et il en arrivait à la conclusion qu’effectivement l’activité artistique ne peut être considérée comme un « travail » dans le sens social où il est conçu aujourd’hui, et que vouloir revendiquer les mêmes droits (et devoirs) aboutissait à une impasse. La solution imaginée aujourd’hui a été de transformer cette activité en rapport à l’art, en « travail »… et ça donne l’industrie du spectacle qui peut effectivement revendiquer d’être un vrai travail… mais en tant qu’artiste on ne s’y retrouve plus.

    Avoir un « vrai travail » en parallèle à cette activité si elle semble assez courante chez les poètes et les écrivains m’a toujours été très difficile à pratiquer car très vite c’est inévitablement au sacrifice de l’activité artistique qui demande beaucoup de temps, de disponibilité intérieure et de « travail », même s’il s’agit effectivement d’une autre sorte de travail, non rémunérable en quelque sorte… Bref, à part le mécénat, la mendicité ou les rentes du Roi, je ne vois pas bien quelle solution trouver. Heureusement que la providence sait intervenir et rendre quand même les choses possibles et viables.

    Je passe du coq à l’âne mais tu nous parleras un peu de ton expérience pédagogique de cette année, maintenant qu’on arrive à la fin de l’année scolaire ?

    avril 25, 2011 à 12 h 58 min

  8. (J’réfléchis aux mots je pourrais bien mettre sur cette expérimentation et par quel bout prendre le sujet. Pas simple)

    avril 30, 2011 à 8 h 49 min

  9. Isidore

    Je vois donc que l’expérience a été riche… Allez, raconte !!!

    avril 30, 2011 à 8 h 58 min

  10. Ben… A vrai dire, c’est loin d’être au point. J’ai fonctionné à la semaine et réajusté tous les lundis matins. Je compte remodifié pas mal de choses pour la dernière période. Honnêtement, il va me falloir encore 2 ou 3 ans avant d’être au point.

    avril 30, 2011 à 23 h 02 min

  11. Mon principal problème : les enfants « glandeurs » (et ils sont quand même nombreux) qui profitent de la liberté accordée pour ne pas foutre grand chose.

    Peut-être aussi : mes propres ornières. Et notamment ma difficulté à accepter qu’un gamin n’ait pas envie de bosser.

    avril 30, 2011 à 23 h 07 min

  12. Isidore

    Ceci dit même sans ornière je ne vois pas bien comment tu peux agir avec un enfant qui ne veut rien faire et qui est quand même obligé d’être là… C’est ingérable pour un enseignant. La seule solution serait qu’il s’en aille ne rien faire ailleurs, d’autant plus que le goût de ne rien faire est très contagieux. On peut quand même s’inspirer de l’expérience de Summerhill (lire: Libres enfants de Summerhill) mais je n’ai guère été convaincu.

    mai 1, 2011 à 16 h 03 min

  13. Isidore

    Je disais donc que je n’avais pas été fort convaincu par la lecture il y a malheureusement déjà fort longtemps de l’ouvrage de A.S.Neill, fondateur de l’école de Summerhill. Mais je constate aussi à la lecture de l’article de Wikipédia que l’école, fondée en 1921 existe encore aujourd’hui. Ca mérite quand même d’étudier la chose d’une manière un peu plus approfondie que ce que j’ai pu faire jusqu’alors… Bref, à creuser surtout pour ce qui concerne les solutions imaginées pour les « glandeurs » qui ont décroché.

    mai 1, 2011 à 22 h 04 min

  14. Vincent

    Le « problème » de Summerhill, me semble-t-il, est que la problématique a considérablement changé en quarante ans.

    A une époque d’éducation stricte et autoritaire, donner de la liberté aux enfants avait un sens et une pertinence qui ne sont plus si évidents quand les enfants qui sont aujourd’hui en souci à l’école souffrent davantage d’un laxisme parental que d’un carcan trop étroit.

    On a souvent l’impression que c’est tout le contraire qu’il faudrait développer aujourd’hui : offrir au moins à l’école un cadre stable, strict et structurant qu’ils n’ont plus trop à la maison. Oui mais lequel ? Et comment le faire accepter à des enfants rebelles quand en plus le statut de l’école, et du savoir en général, ne fait plus autorité socialement ?

    mai 2, 2011 à 12 h 46 min

  15. Isidore

    Bref, un vrai sujet à creuser lorsque mes méninges recommenceront à fonctionner sur le mode « théorie ». En attendant, je vais laisser macérer le sujet…

    mai 2, 2011 à 17 h 34 min

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