"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Service public

Voici la lettre que je viens d’envoyer à la Banque Postale suite à la quasi-suppression de mon autorisation de découvert:

« Objet : réclamation au Responsable du Service Clients

Madame, Monsieur,

Quelle ne fut pas ma surprise en recevant ce matin votre courrier du 15/12/2010 m’annonçant la réduction de mon découvert autorisé qui passe ainsi de 700 € à 100 € à partir du 17/01/2011. Les raisons de ma consternation sont les suivantes :

1. Si vous suivez mon compte depuis son ouverture en 1997, vous constaterez que j’ai toujours respecté les règles de fonctionnement concernant le découvert autorisé.
2. Outre la somme que je prête gratuitement ne l’oublions pas, chaque fois que mon compte est créditeur, j’ai aussi prêté des sommes non négligeables à la Banque Postale grâce à l’argent placé sur mes comptes épargnes depuis 1997, avec des taux d’intérêt très faibles en comparaison de ceux pratiqués pour les découverts autorisés (15%).
3. Je n’ai jamais pu bénéficier de prêt de la part de la Banque Postale.

Je constate donc aujourd’hui que le seul service que la Banque Postale me rend en échange de l’argent que je lui prête, à savoir celui de m’octroyer des avances de trésorerie dans la modeste limite de 700 € pour 30 jours à un taux de 15% minimum, va être supprimé au bénéfice d’une simple autorisation de 100 €, une quasi-aumône. Et ce service qui ne coûte en réalité pas grand-chose à la banque m’est par contre très utile.

Lorsque j’ai choisi de prêter mon argent à la Banque Postale, je me suis félicité de soutenir un organisme qui participait encore de l’esprit du service public comme notre république avait su le mettre en œuvre selon la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». N’oublions pas que la Banque Postale privée bénéficie par ses infrastructures postales publiques, du bénéfice de la solidarité collective que constituent nos impôts. Elle a donc en retour un devoir de service public.

Je constate donc, en cette période où la régression sociale précipite de plus en plus de personnes dans la pauvreté sous les coups de boutoir d’un système financier international à la dérive n’ayant plus d’autre finalité que celle d’accaparer toute la richesse commune, je constate donc qu’en ces temps où l’esprit de Service Public (et de service tout court) reste un dernier rempart à l’effondrement social collectif, la Banque Postale qui est née et a bénéficié pourtant de cet esprit pour sa propre existence, rechigne à rendre le service minimum qui légitime encore l’existence des banques, à savoir, l’obtention d’avances de trésorerie et de prêts aux particuliers ainsi qu’aux entreprises, et se laisse séduire par les sirènes de l’ultra-libéralisme.

Je considère donc cela comme une véritable trahison et j’éprouve une immense déception, d’autant plus que les relations avec votre organisme m’avaient été très satisfaisantes jusqu’alors, autant dans le contact avec les conseillers financiers rencontrés au fil des ans qu’avec votre Centre financier de Dijon qu’il m’est arrivé plus d’une fois de contacter.

Je vous demande donc de reconsidérer votre décision, la trouvant à la fois peu commerciale et de peu de considération pour la clientèle prêteuse, quasi-insultante lorsqu’on ose ainsi proposer une autorisation de découvert de 100 €, et donc, de maintenir les 700 € précédents.

Pour conclusion je tiens à dire que vous me voyez très fâché de telles méthodes et j’espère que vous saurez faire renaître la considération que j’ai portée jusqu’alors à la Banque Postale. Dans le cas contraire je préfère ne plus cautionner une telle politique de mépris à l’égard des gens et prêter désormais mon argent à d’autres organismes plus éthiques, les aléas de la fortune étant imprévisibles comme chacun sait. Ce sera avec tristesse que je verrai s’effondrer un pan de plus du Service Public à la française, héritage de nos aïeux dont nous pouvions pourtant être fiers.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer mes sincères salutations. »

Publicités

44 Réponses

  1. Hé hé !
    Tu nous tiendras informés de l’éventuelle réponse ?

    décembre 20, 2010 à 11 h 40 min

  2. Que de délicatesse, et de temps passé à déployer tant de politesse, alors qu’une ‘tite visite « fracassante », armé d’un bon vieux gourdin préhisto, dirait à peu près la même chose.

    décembre 20, 2010 à 11 h 43 min

  3. Isidore

    Je suis curieux de connaître la réponse (si réponse il y a) et de la soumettre au débat. Mais tout ceci est bien « Don Quichottesque », j’en conviens aisément. Je me demande souvent qu’est-ce qu’il nous reste encore aujourd’hui pour lutter autrement que sous cette forme symbolisée par Cervantès ?.. Adhérer aux contre-pouvoirs collectifs que sont ces quasi-institutions comme Greenpeace, Amnesty International, et autres réseaux associatifs militants ? Sans doute mais je ne vois pas vraiment ma place là-dedans. Le collectif ? Le sens du bien commun ? Questions, questions…

    décembre 20, 2010 à 12 h 37 min

  4. Toujours ces questions d’échelle.
    Toute structure, à mon sens, quel que soit son objet, perd son « humanité » quand elle prend de grandes dimensions.

    Du coup, il nous reste me semble-t-il deux attitudes possibles :
    – (re)construire des solidarités (associations, mutuelles, etc.) à échelles humaines
    – simplement attendre que les mastodontes meurent sous leur propre poids.

    Mais rien n’interdit, bien entendu, ton option du combat « don quichottesque ».

    décembre 20, 2010 à 13 h 19 min

  5. Comment a fait Purgatorius ?
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/12/31/notre-plus-lointain-ancetre/

    Il a sagement attendu que les dinosaures disparaissent ou il s’est attaqué à eux ?

    décembre 20, 2010 à 13 h 27 min

  6. A voir les réactions (ancrées dans leurs mémoire archaïque) des éléphants face aux souris, on peut penser qu’ils en ont écrit des courriers remplis de « poils à gratter ».

    décembre 20, 2010 à 13 h 29 min

  7. C’est ce point de vue sur la question d’échelle qui fait que je ne suis pas sûr que le combat pour le maintien des services publics à dimension nationale soit vraiment pertinent (même si j’admets volontiers que leur lent délitement actuel est problématique).

    décembre 20, 2010 à 13 h 41 min

  8. Ton courrier n’a rien de « don quichotesque » (à considérer que cela signifie « naïf, inutile et vain », ce qui reste à discuter) : il formule juste le contrat selon les termes qui te conviennent et montre que tu n’es pas dupe de l’insidieux retournement de l’ordre des choses (et des pouvoirs) qui s’impose à nous.

    C’est au sens plein un « défi » qui les oblige à se positionner et dévoiler.

    décembre 20, 2010 à 13 h 52 min

  9. Isidore

    J’aime bien ce point de vue. Il est tellement de bon sens que je me demande ce qui me pousse encore à vouloir ainsi chatouiller le mastodonte…

    Peut-être s’agit-il du questionnement que me pose le fait que ce mastodonte n’est pas constitué d’autre chose que de petites souris comme chacun de nous, amalgamées en structure qui agit finalement contre elles. C’est quand même bizarre, ça…

    Et n’est-ce pas nécessaire malgré tout de nous rappeler à nous-mêmes que nous sommes les propres bâtisseurs des systèmes qui nous oppressent… en questionnant simplement ces systèmes plutôt qu’en se résignant à la fatalité de leur propre anéantissement naturel au delà d’une certaine taille ?

    décembre 20, 2010 à 13 h 57 min

  10. Isidore

    Mon com 9 répond aux com 7 et précédents.

    décembre 20, 2010 à 14 h 02 min

  11. Isidore

    Le problème est: qui est ce ‘ils » qui peut ainsi se dévoiler ? Les pouvoirs ? Les systèmes ? Bref, personne et tout le monde. Comment donc engager un dialogue avec personne (ou tout le monde) ?

    La (ou les) personne qui répondra à ma lettre va se positionner prioritairement selon sa fonction au sein du système qui l’emploie, en l’occurrence la Banque Postale. Mais il va lui être difficile de ne pas aussi se sentir concernée par sa position d’usager, de citoyen, d’héritier d’une histoire commune, etc. Bref comment assumer cette double position contradictoire et quasi-incompatible ?

    La plupart de gens se coupent en deux: D’un côté leur personnage public et de l’autre leur personnage privé, assumant tant bien que mal une rupture intérieure entre des fonctionnement souvent incompatibles. la plupart règlent le problème en structurant une disposition névrotique dans leur rapport au monde. C’est la solution la plus viable actuellement (et peut-être depuis toujours), mais elle exclut toute quête d’unité intérieure. Je suis donc curieux de découvrir comment la personne qui va me répondre va relever ce défi d’un positionnement personnel malgré tout et au delà de sa simple fonction. Car elle ne peut pas y échapper, en fait.

    Elle a trois solutions:
    1) Elle se blinde dans sa fonction en ne répondant pas ou en attaquant à la Grosse Berta idéologique.

    2) Elle élude le problème en faisant « un geste commercial » en ma faveur (et pour ne pas perdre la face) en me proposant une autorisation de 500 €, par exemple.

    3) Elle relève le défi et me questionne également en se positionnant dans sa dualité intérieure: comment assumer sa fonction de défense des intérêts de la banque tout en respectant aussi son être propre d’usager et de client? Ça peut être intéressant, quoique je doute foncièrement que quelqu’un veuille se lancer dans ce genre de chose.

    Moralité: Je penche pour la 2ème option à priori. Mais si c’est la première qui s’impose, ceci me prouvera simplement que l’idéologie dominante se sent encore très forte et très sûre d’elle-même.

    décembre 20, 2010 à 14 h 33 min

  12. C’est d’autant plus facile de se cacher derrière le masque de sa fonction qu’on sait qu’on a peu de chance de rencontrer l’interlocuteur « dans la vraie vie », là où, normalement, on regarde les gens en face, notamment sans alibi professionnel.

    C’est cet anonymat qui fait toute l’inhumanité – la possibilité d’indécence pour employer des termes orwéliens — des grandes échelles. Si le banquier, derrière son bureau, était ton voisin, savait qu’il pouvait à tout moment (et notamment chez des amis communs) te rencontrer, voire avoir affaire à toi professionnellement dans l’autre sens, sans aucun doute hésiterait-il à la jouer « cause toujours ».

    Les banques le savent bien, qui ont institué une rotation interdisant à leurs employés de tisser des liens « humains » avec leurs clients.

    décembre 20, 2010 à 14 h 48 min

  13. D’où l’intérêt du gourdin : un bon cassage de gueule en face à face a quelque chose de plus « humain » que le courrier impersonnel.

    Les masques, s’ils ne les retirent pas, il faut bien les casser d’une manière ou d’une autre, non ?

    décembre 20, 2010 à 14 h 50 min

  14. D’accord avec ton analyse mais pas avec ta conclusion : l’idéologie dominante n’est pas si forte et sûre d’elle-même que tu le crois. Bien au contraire, même. Elle est hyper-fragile et c’est justement cette faiblesse qui explique sa façon violente de s’imposer.

    On vit une période où toutes les illusions modernes qui ont fondé notre « vivre ensemble » sont en train de disparaître : plus personne ne croit aux vertus du progrès, de la politique et de la démocratie en particulier, de la sciences et des techniques, de la croissance et de l’économie de façon plus générale.

    Cette hyper-lucidité fait peur car on voit ce qu’on perd sans savoir ce qu’on va trouver en remplacement. Certains (on peut le comprendre, d’autant plus s’ils ont des positions plus ou moins dominantes et ont tout à perdre d’une remise à plat) sont tentés de « continuer à jouer le jeu » en faisant comme si ils y croyaient toujours, mais cela relève à mon avis davantage de la crainte que de la puissance, de la faiblesse que de la force.

    décembre 20, 2010 à 15 h 01 min

  15. Lors de la dernière crise, les banques donnent l’impression d’avoir en fin de compte tout gagné et de nous avoir une nouvelle fois enfumés, je pense au contraire qu’elles ont perdu l’essentiel de leur « pouvoir » : la confiance un peu aveugle qu’on leur accordait et qui est indispensable à leur fonctionnement.

    Les courriers de l’acabit du tien, tout comme les appels cantonesques qui les font trembler, vont sans nul doute se multiplier.

    décembre 20, 2010 à 15 h 10 min

  16. (Suite du com 12)

    Si le patron de la banque habitait le quartier ou le village, et nous croisait donc potentiellement tous les jours, nul doute qu’il hésiterait à s’accorder des millions d’euros de prime tout en réduisant nos découverts autorisés.

    décembre 20, 2010 à 15 h 21 min

  17. Isidore

    Finalement ça me rappelle l’histoire avec la Juge des Tutelles évoquée déjà sur ce blog. Elle avait réagi finalement comme je l’avais pressenti, à savoir en me laissant faire ce que je voulais tout en s’assurant de son autorité par quelques tracasseries bien pensées… jusqu’au moment où une nouvelle nomination a pu la libérer de ce dossier emmerdant.

    Ce sont d’autres Juges qui ont pris la relève. N’ayant plus qu’à s’appuyer sur ce qui a déjà été institué, et ne se sentant pas encombrés par des nouvelles décisions à prendre, ils me foutent une paix royale depuis lors…

    Et finalement je garde de l’estime pour cette Juge des Tutelles qui est parvenue tant bien que mal, et ce, malgré moultes tracasseries à mon endroit, à concilier les exigences de sa fonction avec son humanité. Elle l’a fait en validant l’essentiel de ce qui rendait notre projet d’accueil possible tout en respectant quand même les règlements qui s’y opposaient… Elle a dû se réjouir de changer de poste.

    décembre 20, 2010 à 15 h 22 min

  18. Isidore

    Tout cela pour dire qu’à l’intérieur de ces mastodontes il existe des personnes qui se battent pour les humaniser. Je leur dis « chapeau ! » Il faut les encourager.

    décembre 20, 2010 à 15 h 32 min

  19. Bravo, je ne savais plus où trouver l’article. Il s’agit d’ailleurs du com 7.

    décembre 20, 2010 à 15 h 35 min

  20. Pascale

    En attendant le résultat des courses j’opte pour la réponse 1.
    Nous vivons dans un monde plus en plus absurde, donc de divorce. Ici, entre une fonction et une identité. Combien s’arment naturellement, changeant facilement de bouclier en fonction de la situation, pour mieux se préserver !
    Je lis en ce moment un essai passionnant que je vous conseille, les garçons, il est édifiant et fait réfléchir : « Les décisions absurdes » de Christian Morel (Folio).

    décembre 20, 2010 à 17 h 26 min

  21. Isidore

    Merci Pascale… à découvrir.
    Tu paries sur le 1. C’est un choix raisonnable et logique. C’est d’ailleurs pour cette raison là que je choisis le 2.

    Il faut dire que cette dissociation entre l’identité et la fonction, si bien installée dans notre délire collectif qu’on dénomme société, me semble tellement dangereux et suicidaire actuellement (et depuis fort longtemps… peut-il en être autrement ?) qu’il y a sans doute des expérimentations à faire pour inventer autre chose.

    En tout cas pour ma part, je ne parviens pas à m’adresser à une fonction sans m’adresser en même temps à la personne qui l’occupe. C’est vrai que ça me rend la vie assez compliquée dans la mesure où ce n’est pas ainsi qu’on agit dans ce monde… Certes, certes… Mais j’ai beau faire, on ne se refait pas.

    décembre 20, 2010 à 18 h 11 min

  22. Pascale

    Le problème vient aussi du poids de la structure. Un exemple comme un autre : quand j’étais documentaliste en faculté, mon métier visait à aider les étudiants. c’était mon seul but. Or, la réalité montrait le contraire. On travaillait en interne pour justifier nos places, uniquement, on fabriquait des docs inutiles qui prenaient tout notre temps et justifiaient notre fonction, sans souci aucun pour l’étudiant.
    Quand tu l’annonces clairement en réunion (on ne fait que ça, des réunions à la con), tu te fais dégager vertement car tu vas à l’encontre du « bon fonctionnement interne ». Donc deux solutions: soit tu suis le mouvement et cela devient un boulot alimentaire soit et c’était mon cas, en façade je disais oui, et quand j’étais seule en salle de doc avec les étudiants je travaillais à ma façon, pour eux.
    Je le pouvais car cela ne portait pas à conséquence dans la mesure où je le faisais en mon nom et non en celui de la fac.
    Enfin bref, je ne sais pas si je suis claire…

    décembre 20, 2010 à 19 h 05 min

  23. Isidore

    Tout à fait claire. Intéressant d’ailleurs de savoir que tu pouvais ainsi agir à ta façon dès lors que tu le faisais en ton nom propre, sans engager l’institution. Tant que ça ne va pas en contradiction avec les directives de la fonction… Mais j’ai bien peur qu’au stade actuel des choses le tiraillement soit devenu tellement fort que la plupart des gens honnêtes renoncent finalement à être en accord avec eux-mêmes, acculés par la nécessité de gagner leur croûte.

    Je discutais il y a deux jours avec le facteur du village qui m’affirmait que malgré la neige et le verglas la Poste refusait d’équiper les véhicules (même avec du matériel basique), qu’il avait pour consigne de laver le moins souvent possible sa voiture et qu’en somme il devait se démerder, « c’est déjà bien d’avoir un boulot et que s’il n’est pas content il n’a qu’à aller voir ailleurs ». Bref, à partir du moment où il accepte ainsi d’être traité comme un chien, je ne vois plus bien quelle solution imaginer pour réhabiliter un peu d’humain. Et que faire d’autre? Partir en claquant la porte? Pour se retrouver sans boulot ? C’est franchement mal barré…

    décembre 20, 2010 à 20 h 13 min

  24. Pascale

    Disons que je l’ai fait sans rien dire à personne mais consciente que ce n’était qu’une initiative personnelle qui ne porterait pas à conséquence si jamais ça s’ébruitait, puis j’avais les étudiants derrière moi…
    Sinon ton facteur : « Bref, à partir du moment où il accepte ainsi d’être traité comme un chien, je ne vois plus bien quelle solution imaginer pour réhabiliter un peu d’humain. » Il n’a pas d’autre choix que d’accepter, c’est tout le problème. Quand tu en as besoin pour vivre, quelques soient tes opinions, tu acceptes pour manger. Moi ça me fait rire les grands discours que je lis sur le Web (pas ici mais ailleurs)… tous ces gens qui gueulent à la révolte devraient la fermer car c’est bien beau de palabrer virtuellement, la réalité est plus triviale.

    décembre 20, 2010 à 20 h 24 min

  25. Isidore

    Tout à fait d’accord. Quel choix lui reste-t’il ? En tout cas aucun qui puisse être généralisable ni revendiqué comme exemple à suivre. Certes, il existera toujours des individus irréductibles qui préfèreront partir en claquant la porte sachant qu’ils sauront se démerder de toute façon. Mais ça ne résout rien à plus grande échelle, assurément.

    décembre 20, 2010 à 20 h 45 min

  26. Pascale

    Voilà, à grande échelle, pas de solution, tant que les mentalités ne changeront.
    Ton histoire de facteur… je reviens de Marseille. Chez mon père, j’étais seule quand sonne un inconnu. De la fenêtre de la cuisine je lui réponds, c’était le facteur. Plus tard, j’en parle à mon père qui me dit: il peut toujours sonner pour les étrennes, celui-là!!! Je ne comprends pas sa colère, il m’explique : cette année, en plus de toutes les grèves, monsieur a fait sa grève pendant un mois parce qu’on lui a modifié sa tournée. Et moi, je n’ai pas reçu de courrier pendant un mois!
    Imaginons cette situation dans une autre entreprise, disons une société qui vend des voyages : en interne, on modifie la charge de travail d’un salarié. Furieux, celui-ci décide de protester en ne vendant plus de voyage à ses clients qui veulent les acheter, pourtant c’est sa fonction, on l’a embauché pour ça… que se passe-t-il ?
    Le facteur est toujours là, le salarié, selon l’entreprise, je ne sais pas… mais je dérive :).

    décembre 20, 2010 à 23 h 10 min

  27. Isidore

    Tu poses la question du Droit du travail, (avec le droit de grève), bref tout ce qui est peu à peu remis en question par l’ultralibéralisme et dont fait aussi partie la casse du Service Public… Comme dit F. Lordon dans son blog, la pompe à phynance, si on démolit tous les moyens légaux d’exprimer le mécontentement, il ne reste plus que la castagne et l’explosion insurrectionnelle. On y va tout droit avec le mépris actuel manifesté par nos classes dirigeantes à l’égard de l’expression des mécontentements. S’il ne sert plus à rien de faire grève ni de manifester, si on se met même à l’interdire insidieusement et en tout cas à ignorer le dialogue social, on va droit dans le mur, c’est certain…

    décembre 21, 2010 à 1 h 09 min

  28. Pascale

    Je suis d’accord avec toi mais ce que je veux souligner c’est que comme il n’y a plus de dialogue possible, on assiste à du n’importe quoi, tout est permis, il n’y a plus aucune conscience professionnelle. Pourquoi ne ferais-je pas grève moi aussi le jour où mon bébé fait ses dents et m’empêche de dormir ?

    décembre 21, 2010 à 8 h 54 min

  29. Isidore

    Pour cela il faudrait peut-être remplacer la « Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen » par la « Déclaration universelle des droits et devoirs de l’homme et du citoyen » comme le souligne Simone Weil (la philosophe) dans ses écrits politiques.

    décembre 21, 2010 à 10 h 07 min

  30. Isidore

    Ceci dit le rééquilibrage des choses entre les emplois d’entreprises privées et ceux de la fonction publique me paraît vraiment nécessaire pour corriger l’arrogance du fonctionnariat, inconscient de sa situation surprotégée actuelle.

    Mais ce rééquilibrage consisterait aussi à accroître la sécurité du salarié privé (affermir le droit du travail) plutôt que de précariser le fonctionnaire en le soumettant à la seule loi du marché. Mais bon, c’est facile à dire et j’imagine que pas mal de gens se battent dans ce sens là depuis fort longtemps…

    décembre 21, 2010 à 10 h 22 min

  31. Pascale

    En effet. J’ai le sentiment, de plus en plus, que chacun est convaincu d’être floué de ses droits en omettant qu’il a des devoirs. Je ne veux pas paraître rétro en disant cela, et tant pis si c’est le cas, j’assume. Chaque jour dans la rue et ailleurs, j’assiste à des critiques acerbes de la démocratie (tout est la faute de l’état, l’état me doit ça, ça et ça), alors que l’état c’est d’abord nous.
    Ceci dit, j’ai lu un essai superbe dernièrement, « Éloge de la gentillesse », qui m’a réconciliée avec une vision de la vie qui m’habite. Je suis en train d’interviewer l’auteur pour qu’il ait une petite visibilité (modeste, par le biais de mon site), espérant qu’il soit lu, car j’en ai marre des cyniques et des râleurs…

    décembre 21, 2010 à 10 h 25 min

  32. Isidore

    Je me régale à me promener de temps à autre sur ton site… c’est une vraie mine d’or. Quel boulot ! Il faut vraiment être mordue, passionnée de littérature. Je comprends que tu puisses avoir tant de lecteurs, c’est franchement mérité, et ce n’est pas par flatterie… En tout cas il donne des points de repère dans ce foisonnement extravagant de l’offre actuelle. Bon, c’est pas tout, ça, mais j’attends ton prochain « Billet d’humeur » !!!

    décembre 21, 2010 à 10 h 46 min

  33. Pascale

    Je ne savais pas que tu me lisais de temps en temps… merci Isidore!
    Le billet est prêt, ce sera une rétro mensuelle de 2010 🙂 . Et oui, faut être fou pour travailler tant pour rien…

    décembre 21, 2010 à 10 h 50 min

  34. Isidore

    Si ça peut te consoler, on est quand même un certain nombre dans ce cas. Pour ma part je travaille au moins à 90% pour la gloire… Bah, tant qu’on a la force de continuer, qu’on ne devient pas fou et que nos proches nous supportent encore, tout va bien…

    décembre 21, 2010 à 11 h 01 min

  35. Pascale

    Ben ça ne me console pas tant que ça ; dans les diverses associations où je travaille, tous se plaignent de la disparition nette et progressive des bénévoles. Normal : en temps de crise, la fraternité – contrairement aux idéologies utopistes véhiculées dans l’air virtuel – tend à disparaître. C’est le fossé que je vis chaque jour entre la réalité du terrain et les déclarations totalement à l’ouest de ces grands penseurs (bien au chaud) de la toile. Au lieu de dire, faire.

    décembre 21, 2010 à 11 h 23 min

  36. Pascale

    J’ai le même tempérament que toi, sinon ça ne ferait pas dix ans que je fonctionne ainsi. C’est juste une parenthèse, une mise au point.

    décembre 21, 2010 à 11 h 43 min

  37. Tu as répondu juste au moment où je venais de supprimer mon dernier commentaire, me disant qu’il était de trop, finalement.

    décembre 21, 2010 à 11 h 46 min

  38. Toujours pas de réponse ?
    Ils n’auraient donc pas un courrier-type à retourner à ce genre de lettre ?
    C’est déjà un premier point pour toi, non ? Ils vont être obligés de te répondre « personnellement ». 😉

    décembre 28, 2010 à 13 h 25 min

  39. Isidore

    Avec les fêtes de fin d’année je n’attends pas grand chose avant janvier… même une réponse type…

    décembre 28, 2010 à 17 h 08 min

  40. Isidore

    Première réponse:
    La Banque Postale vient de me faire savoir que « mon courrier avait retenu toute son attention » mais que « ma demande nécessitant des recherches spécifiques, une réponse me sera apportée dans les meilleurs délais ». J’attends donc …

    décembre 31, 2010 à 20 h 17 min

  41. Isidore

    J’ai gagné mon pari. Dans son dernier courrier reçu aujourd’hui même, la Banque Postale me propose une nouvelle autorisation de découvert de 500€. C’est donc bien la seconde solution envisagée qui a été retenue. C’est logique dans un monde ni tout blanc, ni tout noir. On a encore à faire avec des êtres humains, malheureusement pris en tenaille entre des forces contradictoires bien difficiles à gérer.

    En tout cas ça m’encourage à faire encore le pari d’un monde humain possible… sans être d’ailleurs dupe du jeu commercial. Mais pourquoi pas ?.. tant qu’il y a encore place au jeu et aux joueurs. Et comme quoi, petites souris que nous sommes, il est encore possible de chatouiller le mastodonte et de lui faire changer d’avis. En tout cas concrètement ça m’arrange bien.

    janvier 6, 2011 à 13 h 28 min

  42. Pascale

    Bravo Isidore ! Comme quoi, toujours y croire, c’est rassurant.

    janvier 6, 2011 à 23 h 36 min

  43. Isidore

    Merci Pascale.

    janvier 7, 2011 à 7 h 50 min

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s