"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Un mythe ancestral : devenir animal

Avant qu’il ne devienne un simple objet sans âme, voire un repoussoir, l’animal était un frère, un modèle, un dieu. On cherchait davantage à incorporer  son esprit qu’à l’éliminer, à se soumettre à son pouvoir qu’à le dominer.

Une belle illustration de ce mythe païen, et de sa dimension initiatique, me semble être la fameux combat des sorciers dans la légende de Merlin l’enchanteur… et Le pays sous l’écorce, le petit chef d’oeuvre de Jacques Lacarrière, une preuve de sa subsistance sous le vernis « moderne ».

« La seule façon de rejoindre la nature profonde de l’homme, nous dit l’enseignement zen mis en exergue par Lacarrière, c’est le non-humain. »

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18 Réponses

  1. Un sujet qui fait évidemment lien avec l’article précédent (« Nous,les singes »), mais aussi avec une ancienne « Quignardise » :
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/05/06/quignardise-2-devenir-bete/

    novembre 14, 2010 à 11 h 26 min

  2. Petite réflexion en passant :

    Je me demande si le concept de « nature profonde » de la citation zen est bien compatible avec la logique païenne évoquée.

    novembre 15, 2010 à 13 h 53 min

  3. 120

    Ecrit par Denis Grozdanovitch :

    « Ce matin j’ai eu l’inspiration d’aller relire les propos du maître Deshimaru, et il m’a semblé, avec encore plus d’évidence que d’ordinaire, que le zen japonais était non seulement (ainsi que l’a si bien vu Alan Watts) en contradiction avec lui-même mais surtout nettement divergent des principes généraux de la pensée chinoise tch’an dont il est issu.

    Maître Deshimaru, par exemple, rejette l’esprit du jeu, du sport (ce dernier dans son acception pure et gratuite, s’entend), au nom d’une pratique intégrale de la sincérité et de l’authenticité existentielles que réclame selon lui l’esprit du zen, pratique qui doit donc demeurer non seulement en prise directe avec la vie quotidienne (c’est-à-dire avec nos moindres faits et gestes), mais surtout (et il insiste là-dessus) avec la perspective de rester prêt à affronter la mort à tout moment.

    A mon humble avis, cette manière de voir a plus en commun avec la pensée martiale et guerrière japonaise qu’avec l’esprit fondamentalement humoristique et souplement adapté aux circonstances (qu’elles soient fantasmagoriques ou très réelles) développé par les ermites tch’an de l’ancienne Chine qui, dans leur conception de la sagesse et de l’action afférente, mélangèrent harmonieusement des principes bouddhistes à des principes taoïstes. Ce refus du jeu, du « faire semblant », ce besoin d’authenticité sans compromis, de sérieux coercitif dont on peut parfaitement comprendre de par sa dimension sadomasochiste l’énorme impact sur le monde puritain (spécialement américain) d’Occident — me paraît en revanche participer d’une volonté de puissance intrinsèque et inconsciente, d’un désir profond de domination de l’adversaire et de soumission de la nature (la sienne et celle des autres) relevant d’un effort vers la suprématie de l’ego, qui a beaucoup plus à voir avec l’impérialisme militaro-impérialiste japonais qu’avec l’adaptation au « cours des choses » des anciens maîtres chinois.

    Toute différence, en effet, me paraît être la conception existentielle découlant des poèmes, des peintures ainsi que des faits et gestes — tels que les récits nous en sont parvenus — des anciens ermites ou moyen-ermites tch’an, lesquels se montraient désireux d’éliminer les activités superflues au profit de plaisirs simples et immédiats tels que boire du vin de riz tout en plaisantant entre amis, jouer au mah-jong, se promener en barque en chantant ou passer des après-midi entiers à maintenir des cerfs-volants dans le grand vent — dépouillement consistant à se conformer harmonieusement aux alternances cycliques qu’ils avaient cru reconnaître à l’oeuvre dans le ciel et dans la nature aussi bien qu’en eux-mêmes. Il s’agissait en fait, pour eux, d’épouser le train du monde (qu’ils nommaient le cours des choses), et le but ultime du disciple tch’an était donc de parvenir à cet exercice de virtuosité qui permet, tout en se laissant balloter par les circonstances, de ne jamais perdre son intuition du rythme cosmique — autrement dit de rester en phase avec l’énergie qui mène l’univers en profondeur — « l’image » (pour parler comme le Yi King) étant celle du pilote d’un bateau qui, descendant un grand fleuve, doit se contenter d’interventions minimales mais extrêmement précises pour demeurer dans le fil conducteur. […] »

    (L’art difficile de ne presque rien faire, Denoël, 2009)

    novembre 15, 2010 à 22 h 44 min

  4. 120

    Ecrit par Jean-Christophe Bailly :

    (revenant à « nos moutons »)

    « […] « Le dieux sont là » — la formule par laquelle Wilamowitz chercha à caractériser la consistance particulière du divin dans le monde grec ancien, on aurait envie de l’appliquer à la présence des animaux dans la nature, du moins dans les contrées où ils sont encore assez nombreux pour qu’on puisse avoir l’impression d’être chez eux, dans l’enchevêtrement de leurs territoires. Une présence qui est comme une imminence, qui n’a besoin de se montrer pour être, qui se manifeste au contraire d’autant mieux qu’elle se cache, se retire — ou survient. Mais que cette présence soit ainsi, à la fois massive et diffuse comme dans les réserves d’Afrique équatoriale u clairsemée, raréfiée, comme elle l’est dans non campagnes (encore que souvent la nuit renverse quelque peu la mise et lui rende de sa force, surtout par l’entremise des sons), toujours elle aura pour nous quelque chose de lointain — non seulement ce qui n’est pas là, mais ce qui se dérobe, se refuse. Les « dieux » qui sont là s’en vont, ils ne nous veulent pas parmi eux, près d’eux, ils ne veulent pas de nous. Certains restent immobiles ou passent sans s’enfuir, impavides, indifférents (seuls les plus gros et les plus forts peuvent se le permettre), mais la plupart d’entre eux s’en vont, s’enfuient, détalent ou s’envolent […] »

    (Le versant animal, Bayard, 2007)

    novembre 16, 2010 à 23 h 16 min

  5. Pire… il y a tous ceux (et ce sont — en plus — souvent les plus petits) qui ne nous « captent » pas, nous ignorent superbement et vivent leur vie « comme si » nous n’existions pas.
    On a beau dire… c’est narcissiquement on ne peut plus blessant.

    novembre 16, 2010 à 23 h 24 min

  6. 120

    Ecrit par Jean-Christophe Bailly :

    « […] Mais ce qu’il faudrait sans doute, c’est un pacte, et il ne peut avoir que la formalité du sang. On voit cela très bien dans Dead Man, le film de Jim Jarmusch, lorsque le héros, « William Blake », qui est lui-même un fugitif, s’allonge sur le sol de la forêt auprès d’un daim mort et se peint les joues avec son sang. Quelque chose est atteint par là très simplement — c’est le totémisme à l’état pur, à l’état natif, mais, surtout, ce sont des retrouvailles : « William Blake » qui, pourchassé, s’enfonce dans la forêt et, à une vitesse surprenante mais malgré tout par paliers comme en une véritable initiation, y retrouve l’accès à la vie sauvage, était au départ un employé de bureau, une sorte de cousin nerveux de Bartleby — c’est de là qu’il vient. Puis il y a cette image des deux corps allongés côte à côte, couchés sur la matière dont sont faits les bois, les forêts — brindilles, mousse, feuilles tombées sèches ou pourrissantes — la bête morte et l’homme vivant, ainsi, sur la terre avec de l’eau (celle des yeux, de la bouche) et du sang, et l’homme se confie à l’animal, lui prend son âme et s’en remet à lui, à elle, voyage avec elle, chamanisme improvisé où mort et vie se donnent l’accolade dans un apaisement prodigieux.

    Provisoirement à l’abri du monde de ceux qui le pourchassent — un monde qui est celui de la civilisation conquérante, celui des vainqueurs, où il y a des usines, des bureaux, des bordels ou des tueurs à gage –, celui qui a rompu avec ce monde et qui porte sans le savoir le nom du poète visionnaire anglais invente un rite, un résidu de sacrifice qui lui ouvre la voie d’une réintégration. Dans un battement de temps qui est un repli, une alcôve, il retrouve — quoi ? — l’intimité perdue. […] »

    (Le versant animal, Bayard, 2007)

    novembre 17, 2010 à 10 h 55 min

  7. Le passage évoqué par Jean-Christophe Bailly est visible ici :

    novembre 17, 2010 à 10 h 56 min

  8. 120

    Ecrit par Jean-Chritophe Bailly :

    « […] La pensée des hommes, à quelque époque qu’ils appartiennent, à quelque culte qu’ils sacrifient, et quand bien même ils cherchent à s’en défendre, est pleine de bêtes, depuis la nuit des temps nous sommes visités, envahis, traversés par les animaux ou par leurs fantômes. Ce que Deleuze et Guattari ont formalisé sous l’appellation du « devenir-animal », ce n’est pas une cartographie de transferts exceptionnels, ce ne sont pas des « cas », c’est une exposition généralisée de l’humanité à son fonds originaire, c’est un peuplement de l’esprit par ce qui l’entoure et que peut-être il ne voit plus, ne veut plus voir.

    Il ne s’agit pas d’aller considérer Hegel, par exemple, avec sa chouette, comme un shaman, mais simplement de tenir compte de toute la charge que sa formule, malgré tout, puise à une inquiétante étrangeté d’origine strictement animale, et d’en tirer les conséquences, dès lors peut-être pour glisser d’un côté où la philosophie, hormis sans doute Adorno, Merleau-Ponty et, plus récemment, Derrida, n’a guère aimé se laisser entraîner : c’est-à-dire là où l’animal est pris en compte tout autrement que comme un objet d’étude, un motif allégorique ou un contre-exemple, là où s’ouvre le soupçon qu’il est ou pourrait être lui-même quelque chose comme une pensée.

    Mais là où cette éventualité peut se poser, il faut abandonner, si riche et si exubérant qu’il soit, l’extraordinaire matériau offert par la puissance allégorique et mythique du monde animal, en d’autres termes s’efforcer de rester sur un seuil antérieur à toute interprétation. Seuil où l’animal, n’étant plus rapportable à un savoir qui le localise ou à une légende qui le traverse, se pose dans la pure apparition de sa singularité : comme un être distinct ayant part au vivant et qui nous regarde comme tel, avant toute détermination. […] »

    (Le versant animal, Bayard, 2007)

    novembre 21, 2010 à 14 h 53 min

  9. Isidore

    Wahouuu !!!

    novembre 21, 2010 à 19 h 07 min

  10. 120

    Ecrit par Jean-Christophe Bailly :

    […] En effet, ils sont là, nombreux, variés, infiniment variés, sur la terre, dans les eaux, dans les airs, avec nous et hors de nous, partageant un monde où ils existent depuis plus longtemps et d’où, peut-être, ils vont disparaître, et bientôt pour certains d’entre eux (je reviendrai sur cette menace, elle obsède, elle est là dès qu’on pense à eux). Mais disons qu’ils sont là encore et qu’ils sont ou ont été nos compagnons, nos rivaux, nos proies, nos victimes, nos esclaves, nos cobayes, nos pères et aussi, parfois, nos enfants. De quelque manière qu’ait été institué le rapport, de la plus obscure magie à la plus froide rationalité économique, il a été constitutif de la fabrique humaine : l’homme se déduit de son inquiétude ou de son hypocrisie envers ces autres vivants qui sont là comme lui et autrement que lui sur terre — l’histoire de l’humanité pourrait se raconter selon la déclinaison de ce rapport, avec ses grandes ruptures : l’apparition (liée à celle de l’agriculture) de l’élevage, qui met fin à l’exclusivité de la chasse ; la transformation industrielle de l’élevage, qui instaure un rapport d’indifférenciation où la bête est niée comme jamais elle ne le fut ; les ruptures des écosystèmes, qui mettent en péril l’existence même des animaux sauvages.

    Il ne faut pas voir cela comme une grande fresque ou, pire, comme une sorte de saga ou de feuilleton où l’homme, avec sa superbe, tiendrait tous les fils, mais comme une gigantesque pelote de comportements et d’histoires, comme une masse de possibilités, allant des plus terribles aux plus douces, et où tout oscille entre une virtualité paradisiaque (le paradis étant d’abord cet espace — perdu — où il n’est pas nécessaire de tuer) et un registre infernal (les aires du meurtre généralisé).

    Ici entrent en jeu aussi, on le voudrait, toute la matière légendaire, tous les prodiges du contact, cette présence mythique universelle des animaux qui circule et se répand dans les rêves et dans l’art, et qui est toujours extraordinairement conductrice : il n’est aucunement nécessaire de se livrer à un syncrétisme sauvage pour envisager calmement les passes qu’il peut y avoir — qu’il y a — entre, disons, « l’homme aux loups » et tel masque à transformation de Colombie britannique, ou entre Anubis, le chien noir dont la patte sa pose sur l’épaule des morts et la chouette de Minerve « qui ne s’envole qu’à la nuit », ou encore entre l’âne qui porta Marie pendant la fuite en Egypte et la chatte dont, paraît-il, le prophète ne voulut pas troubler le sommeil. […] »

    (Le versant animal, Bayard, 2007)

    novembre 24, 2010 à 11 h 27 min

  11. 120

    Ecrit par Dominique Lestel :

    « […] L’homme […] ne pourra se sauver qu’en sauvant les autres animaux. C’est une vieille idée neuve. Une idée que nous, Occidentaux, avions oubliée, mais que d’autres peuples et d’autres cultures ont toujours eue à l’esprit — même s’il faut se garder d’en faire des saints.

    Un tel constat devrait nous conduire à faire preuve d’un peu d’humilité, mais peut-être est-ce trop demander à une civilisation qui s’est toujours perçue comme étant au-dessus des autres et qui, portée par son hubris, a fini par tout détruire — ou presque. De vieux réflexes colonialistes nous empêchent d’ailleurs d’accepter pleinement que ceux que nous considérions il y a peu encore comme des moins que rien se révèlent finalement bien supérieurs à nous sur de nombreux plans.

    L’animalité fait exploser la pensée, et l’on comprend dès lors que la philosophie s’en soit toujours méfiée comme de la peste. L’animal est totalement toxique pour une tradition qui sépare radicalement l’âme du corps et réserve l’âme aux seuls humains. Quant aux traditions matérialistes, qui se pensent trop souvent en opposition à cette tradition, elles se révèlent tout aussi incommodées. La vraie question à mon sens, celle qui importe vraiment, est ailleurs : qu’est-ce que ça change de prendre l’animal au sérieux et qu’est-ce qu’on gagne à le faire réellement ? […] »

    (L’animal est l’avenir de l’homme, Fayard, 2010)

    novembre 27, 2010 à 18 h 46 min

  12. 120

    Ecrit par Dominique Lestel :

    « […] L’esprit humain a besoin de l’animal pour devenir humain. Mine de rien, c’est sans doute l’argument le plus fort dont peuvent se réclamer ceux qui se soucient des animaux. C’est paradoxalement aussi celui qui est toujours oublié dans la discussion. On pourrait le résumer ainsi : sans animaux, l’humain devient une bête. Nous sommes devenus humains à cause de nos relations avec les autres animaux. Nous restons humains à cause de nos relations avec les autres animaux. Nous ne sommes humains que grâce à eux et nous avons par conséquent vis-à-vis d’eux un edette infinie.

    […] L’homme ne s’est pas constitué contre l’animal, comme le répète ad nauseam la tradition intellectuelle dominante en Occident, mais avec lui. Cette mise en oeuvre est passée par de nombreux stades dont il ne reste plus que des traces éparses, à peine lisibles, qu’une archéologie radicale de notre humanité pourrait seule mettre en évidence. Quelques penseurs isolés ont néanmoins fourni des pistes à penser.

    André-Georges Haudricourt explique, par exemple, que le cheval a appris à l’homme à courir, l’oiseau à chanter et la grenouille à sauter.

    […]Paul Shepard est peut-être celui qui a tenté d’aller le plus loin pour conceptualiser l’animalisation de la pensée, c’est-à-dire les processus par lesquels la pensée de l’humain n’a pu se développer et devenir ce quelle est devenue qu’en s’ouvrant à l’animal et en le laissant s’exprimer en soi. Shepard mobilise en particulier une multitude d’intuitions très diverses pour cosntruire peu à peu une autre architecture des relations homme/animal. Il suggère par exemple que, dans les sociétés traditionnelles, la danse joue un rôle fondamental dans ce processus de remémoration et d’hommage. L’imitation rythmique de l’animal est une activité humaine répandue sur tous les continents. En « dansant l’animal », l’humain retrouve la signification profonde de la métamorphose, de la naissance, de la puberté, de la guérison ou de la fertilité.

    Partout, l’animal a été considéré comme un tuteur vital pour l’homme. L’écrivain John Berger distingue d’ailleurs soigneusement l’animal des grottes, celui des montagnes et celui des mers, en ce sens que les secrets des premiers sont adressés aux humains, au contraire de ceux du dernier. John Berger caractérise l’animalité par la nature des obscurités et des interrogations qu’elle suscite chez l’humain attentif à la richesse du monde. L’animal est ainsi, avant toute chose, ce qui parle à l’homme. Un etelle position contraste avec celle de la philosophie occidentale, qui a « oublié » l’animal avec une ténacité suspecte. […] »

    (L’animal est l’avenir de l’homme, Fayard, 2010)

    novembre 27, 2010 à 19 h 03 min

  13. Dominique Lestel en vidéo :

    novembre 27, 2010 à 19 h 05 min

  14. 120

    Ecrit par Patrice Van Eersel :

    […] Avez-vous déjà fait l’expérience de redevenir animal sous l’emprise d’un hallucinogène ? Cela vous projette dans une sensualité débridée et une fantastique relation non verbale avec le monde : chaque herbe, chaque caillou vous parlent. Vous êtes relié à tout, dans un flux continu. Ensuite, plus tard, bien plus tard, après vous être roulé dans l’herbe durant une éternité avec délices, l’arrivée des premières questions réflexives peut vous rendre fou. Ou génial. Momentanément. […] »

    (Du pithécanthrope au karatéka, La longue marche de l’espèce humaine, Grasset, 2010)

    novembre 28, 2010 à 21 h 20 min

  15. Dans ma tribu, on raconte qu’au tout début du temps d’avant, il y a belle lurette, régnait Rien. Au bout d’une certaine éternité, Rien s’ennuya et se mit à rêver. Rien, qui était infiniment obscur, rêva de Lumière. Ce fut le premier rêve.

    Ce rêve dura longtemps, comme une longue route vers l’inconnu. Jusqu’à son accomplissement : l’Arc-en-ciel, qui régna sur le monde. Mais il finit par s’ennuyer à son tour et se mit à rêver. Ne pesant rien, il rêva le Caillou.

    Ce fut le deuxième rêve. Un rêve qui, à nouveau, dura fort longtemps, comme une longue route vers l’inconnu. Jusqu’à son accomplissement : le Cristal. Le Cristal régna sur le monde. Mais lui aussi finit par s’ennuyer et se mit à rêver. Il était la chose la plus dure de l’univers, alors il rêva le brin d’Herbe.

    Ce fut le troisième rêve, qui dura fort longtemps à son tour, comme une très longue route vers l’inconnu. Jusqu’à son accomplissement : l’Arbre. L’Arbre régna sur le monde. Mais lui non plus ne put s’empêcher de s’ennuyer de ce qu’il n’était pas et il rêva. L’Arbre, immobilisé par ses racines, rêva le ver de terre, qui peut se promener.

    Ce fut le quatrième rêve, qui dura longtemps, longtemps, comme une longue route vers l’inconnu. Jusqu’à son accomplissement : la Baleine. La Baleine (flanquée de son neveu le dauphin) régna sur le monde. Et l’univers entier aurait bien juré que le jeu cosmique allait s’arrêter là, vu que les cétacés sont des mammifères des plus intelligents et jouisseurs, qui passent leur vie à rire des grands requins blancs et à faire l’amour au milieu des tempêtes, et que l’on ne voit pas ce qui pourrait se faire de mieux entre terre et ciel. Pourtant, quelque chose de plus fort qu’elle les poussa à se languir de leur contraire. Et les Baleines se mirent à rêver. Elles qui sont si bien fondues dans le monde, rêvèrent d’en être arraché&es et cela donna : l’Humain.

    Nous sommes le cinquième rêve, qui dure depuis un certain temps déjà. Comme une longue route vers l’inconnu. Jusqu’à notre accomplissement, qui est… qui est… qui est…

    Quel est-il au juste ?

    novembre 29, 2010 à 14 h 08 min

  16. Patrice Van Eersel, qui relate ce conte dans l’ouvrage cité ci-dessus par 120, ajoute ceci :

    « L’Indien profita de son effet, puis murmura : « Vers quel but nous nous dirigeons dans l’inconnu, quel est l’accomplissement de l’Homme, cela, la légende ne le dit pas. Mais elle nous donne deux indices. D’abord, elle nous dit de prêter la plus grande attention à nos rêves, car l’accomplissement de l’humanité sera la résultante de l’ensemble de tout ce que les humains désirent et rêvent. Ensuite, elle nous conseille d’aller consulter les quatre accomplissements précédents : les Couleurs, les Cristaux, les Arbres et les Baleines. Ils ont tous des choses très importantes à nous dire. »

    C’est pas PP tout ça ?

    novembre 29, 2010 à 14 h 13 min

  17. Isidore

    Ce conte de ta tribu c’est de toi ou de Van Eersel ? En tout cas il me plaît bien.

    décembre 1, 2010 à 20 h 31 min

  18. C’est de Van Eersel.
    En fait (apparemment) c’est un indien qui lui a raconté au moment où il travaillait sur les dauphins. Il en a donné le titre : Le cinquième rêve.
    Il le cite à nouveau dans son dernier ouvrage Du pithécanthrope au karatéka.

    décembre 1, 2010 à 23 h 11 min

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