"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Nous, les singes

Même si nous rechignons souvent à l’admettre, nous sommes des primates. Des super-primates, certes, mais rien de plus et sûrement pas des anges déchus ou on ne sait quelle fiction du genre. C’est ce qui explique tout bonnement que nous soyons si curieux,  inventifs, bavards, paresseux, peureux, passionnés, infidèles, grégaires, etc. et si peu confiants, autonomes, tolérants, propres, etc.

Bien entendu, tout serait autrement si nous descendions de la fourmi, de l’éléphant, du chat, des aigles ou de n’importe quel autre animal.

L’humoriste américain Clarence Day a fait de cette réflexion un petit bijou d’humour et de pertinence en 1920 : This Simian World (que Phébus édite en poche depuis 2007 sous le titre Nous, les singes, pour à peine 7 euros).

En voici ce qui me semble être la morale :

« […] Notre problème n’est pas de découvrir comment nous devrions nous comporter si nous étions différents, mais comment nous devons nous comporter, étant ce que nous sommes. Nous pouvons imaginer jusqu’à plus soif des êtres différents de nous ; mais ils n’existent pas, et quand bien même ils existeraient, impossible de certifier qu’ils seraient meilleurs. […] Trop de moralistes fondent leur morale sur leur dégoût de la réalité : leur dégoût des hommes tels qu’ils sont. Libre à eux de ne pas les apprécier, mais pas d’être en même temps des moralistes. Leur attitude les conduit à ignorer ce qui devrait être une obligation pour tous les enseignants, « découvrir le meilleur de ce que l’homme peut accomplir, et non lui imposer des buts impossibles en lui disant qu’il sera damné s’il ne les atteint pas. » L’homme peut être modelé – considérablement – et il est souhaitable qu’il ait des aspirations. Mais il a tendance à s’empresser d’accepter n’importe quel idéal sans se demander s’il est adapté à un usage primate. […] »

Je me demande si, sous ses aspects légers, ce n’est pas un des livres les plus profonds qu’il m’ait été donné de lire ces derniers temps.

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39 Réponses

  1. Petite correction : sa profondeur n’est pas « sous » sa légèreté, car les deux sont à mes yeux indissociables.

    octobre 29, 2010 à 10 h 22 min

  2. 120

    Ecrit par Clarence Day :

    « […] Si nous avions été directement modelés à partir d’argile, comme il est dit dans la Bible, sans hériter en conséquence d’aucune caractéristique intermédiiare — si un dieu, ou quelque principe de développement, avait procédé ainsi avec nous, il nous aurait peut-être dotés d’attributs physiques bien plus magnifiques.

    Mais si l’on prend en compte notre ascendance primate, le résultat est plutôt probant. Les seuls que nous décevions sont ceux qui croient encore à cette histoire d’argile. Ou que celle-ci influence encore — inconsciemment.

    Certes, il semble exister en ce monde une puissance à l’oeuvre, par laquelle tout être vivant croît et se développe. Et tend vers la splendeur. Les graines se transforment en arbres, et des petites nations faibles deviennent de grandes puissances. Mais la force, la poussée responsable de cela, le ferment, pour ainsi dire, doit s’appuyer sur un type de matériau précis pour le façonner. Ce ferment existe en nous, aussi de grandioses possibilités insoupçonnées attendent-elles peut-être l’humanité ; mais d’étranges barrières à son développement existent également, à cause de notre ascendance. […] »

    (Nous, les singes, Phébus, 2007)

    octobre 29, 2010 à 11 h 38 min

  3. On pourrait être tenté de réécrire ici tout le livre. Ce passage-là, par exemple, ne ferait-il pas un beau manifeste PP ?

    « […] Bien des dynasties étranges et oubliées ont émergé, se sont heurtées à une opposition et ont disparu. Au final, ce sont nos ancêtres qui ont gagné, sont devenus rois primates et nous ont légué toute une planète — sans que personne ne les en remercie jamais. On n’a érigé aucun monument à la mémoire de ces premiers conquérants velus ; pourtant, s’ils ne s’étaient battus aussi vaillamment et habilement en ces temps éloignés, d’autres espèces auraient pris le pouvoir, nous auraient jetés en cage ou nous auraient abattus dans les bois pour le plaisir, tout en dominant le monde. […] »

    (ibidem)

    octobre 29, 2010 à 11 h 44 min

  4. 120

    Ecrit par Clarence Day :

    « […] Les abeilles et les fourmis auraient pu nous apparaître comme des candidates plus prometteuses. Leur petite taille ne constituait pas nécessairement un handicap. Elles auraient pu se servir de leur venin comme arme pour dominer leurs rivaux. Et il y avait manifestement chez ces insectes disciplinés une disposition au travail — et au travail d’équipe — qui pouvait les mener très loin. Nous savons tous qu’elles possèdent un génie bien marqué, de grands talents très particuliers. Dans une civilisation de super-fourmis ou de super-abeilles, il n’y aurait eu ni chômeurs affamés, ni pauvreté, ni instabilité gouvernementale, ni révoltes, ni grèves pour la réduction du temps de travail, ni mépris pour l’eugénisme, ni voleurs. Et peut-être pas la moindre criminalité.

    Les fourmis sont de bonnes citoyennes : elles donnent priorité à l’intérêt commun.

    Mais elle poussent la démarche si loin qu’elles n’ont que peu ou pas de droits politiques. De toute évidence, une fourmi ne dispose pas du droit de vote : elle n’a que des devoirs.

    Cette qualité a peut-être un rapport avec leur tendance à se faire mutuellement la guerre. L’égotisme de l’individu n’ayant guère le droit de s’exprimer, l’égotisme du groupe est donc extrêmement féroce et actif. Est-ce l’une des raisons pour lesquelles les fourmis e battent autant ? Oui, elles sont pour le socialisme d’Etat, mais pas pour l’internationalisme. Et les fourmis commettent durant et après les batailles des atrocités proprement inhumaines — si j’ose m’exprimer ainsi.

    […] Les réformateurs, s’il en existe chez elles, pourraient attribuer cela à leur sens de la propriété, et envisager son abolition, pour remédier à ce mal. Mais à moins d’être capables d’abolir l’amour de la propriété, ce ne serait qu’une solution à court terme. Les fourmis semblent encore plus que nous attachées à la propriété. Nous autres humains avons tendance à nous calmer un peu lorsque nous avons tout ce qu’il nous faut. Il n’en est pas de même chez les fourmis : elles ne supportent pas de s’arrêter ; elles continuent de travailler. Ce qui signifie que les fourmis ne se livrent pas à la contemplation ; elles ne s’intéressent à rien en dehors de leurs petites tâches. C’est presque comme si l’amour du travail leur avait hermétiquement fermé l’esprit.

    Il est concevable qu’elles aient pu développer une certaine curiosité, mais celle-ci se serait heurtée à leurs instincts les plus forts. La fourmi possède savoir et prudence, mais pas assez de jugeote pour prendre des vacances. Cette adoratrice de l’énergie se dépense bien trop physiquement pour s’apercevoir qu’à moins de s’immobiliser, elle ne peut explorer certains champs de réflexion supérieurs.

    Même si une telle espèce était parvenue d’une manière ou d’une autre à la conscience d’elle-même et à la raison, aurait-elle été capable grâce à celles-ci de dominer ses instincts, ou de cesser de travailler suffisamment longtemps pour réfléchir sur elle-même et l’univers, rêver à quelque noble évolution ? Probablement pas. La Raison est rarement ou jamais souveraine, mais subordonnée à l’instinct. Elle aurait donc dicté aux fourmis que leur incessant labeur était utile et bon.

    « Le labeur vous a élevées au-dessus du commun », aurait probablement dit la Raison. « C’est grâce à un labeur fébrile que vous êtes devenues ce que vous êtes. demeurer éternellement industrieuses est — pour vous — la meilleure voie vers les sommets. » Ainsi rassurées, elles se seraient lancées dans des ébauches d’ouvrages ; et, ainsi épuisées, se seraient barré la route vers le progrès. Le travail, l’ordre et le gain leur auraient ratatiné l’esprit. […] »

    (ibidem)

    octobre 29, 2010 à 13 h 50 min

  5. 120

    Ecrit par Clarence Day :

    « […] Prenons les grands félins , qui sont totalement dépourvus de ce talent pour l’esclavage. Des animaux aussi majestueux que le lion sont dotés de plus d’indépendance d’esprit que les fourmis — et d’une dignité inconnue des primates, pourrions-nous souligner. […]

    Une espèce d’êtres civilisés issue de ces grands félins aurait été riche d’ermites et de penseurs solitaires. Le reclus n’y aurait pas été stigmatisé comme un original, ainsi qu’il l’est chez nous autres primates. Ils n’auraient pas été crédules, ni aisément religieux. Faux prophètes et escrocs n’auraient guère trouvé de victimes. Et quels généraux ils auraient fait ! Quels politiciens consommés !

    […] Ils auraient été suaves et courtois. […] Imaginez un cénacle cultivé de ces hommes et femmes, dansant à un bal. Comme peu d’entre nous, humains, sont gracieux. Eux, ils auraient tous été des Pavlova : de même que les fourmis et les abeilles, l’espèce féline est nerveuse, de nature tendue. Jamais ils ne seraient devenus aussi placides et posés que — disons — des super-vaches. Pourtant, ils auraient probablement connu moins de folie que nous. L’esprit des singes (et des éléphants) semble habité d’un équilibre précaire, instable. Les grands félins sont plus sensés. […]

    Ils auraient été doués pour la calomnie. Leurs haines auraient été beaucoup plus violentes que les nôtres, et leurs amitiés moins fréquentes. […]

    Les super-hommes-chats auraient accordé plus de prix à la propreté. Certains d’entre nous, primates, ont appris à se tenir propres, mais ce n’est pas la majorité ; même les plus soignés d’entre nous ne voient aucune grandeur dans la fabrication du savon, et nous n’envions pas manucures et plombiers pour leur prestige social. Une espèce féline aurait honoré de tels métiers. […]

    C’est de façon grégaire, dans les armées, où le risque est réduit, que nous nous battons le mieux ; mais nous réprouvons généralement les meurtriers, et presque tous les combats individuels. Avec les grands chats, cela aurait été exactement l’inverse. (Lions et léopards luttent en combat singulier et non en bandes comme les singes.)

    […] Si une planète de super-hommes-chats pouvait considérer la nôtre, elle aurait du mal à déterminer le plus ahurissant : le fait que nous vivions si calmement à près de cinq millions dans une ville, avec seulement quelques policiers pour faire respecter l’ordre, pas plus d’un ou deux meurtres par jour et un nombre à peine respectable de bagarres ; ou le fait que nos grandes armées sont formées à combattre — sans trop apprécier cela –, engendrant cependant plus de morts en temps de guerre et répandant plus de sang que le lion le plus féroce en ses moments les plus cruels. […]

    Il est juste de juger les peuples d’après les droits pour lesquels ils sont le plus déterminés à se sacrifier. Les super-hommes-chats auraient été outrés que l’on remette en question leur droit au combat singulier. Le primate, lui, se soumet avec un étrange empressement à la perte de ce privilège. Ce qui le scandalise, c’est qu’on l’empêche de se servir de sa langue. Il s’enflamme le plus passionnément pour le droit à la libre expression, allant même jusqu’à déclarer celui-ci sacré. […]

    …/…

    (ibidem)

    octobre 30, 2010 à 8 h 10 min

  6. Isidore

    C’est vraiment drôle ! Je me régale à le suivre dans son délire animalier… D’ailleurs on pourrait en inventer d’autres chapitres. Qui s’y colle ?

    octobre 30, 2010 à 10 h 55 min

  7. Oui, j’avais la même idée.
    J’attends juste que 120 en finisse avec les 2-3 espèces sur lesquelles il s’est penché… et que l’inspiration vienne ensuite.

    octobre 30, 2010 à 10 h 59 min

  8. T’es d’accord avec moi pour considérer que ce n’est pas « que » drôle ?

    Cela me fait penser à ce qu’on appelle en logique le raisonnement par l’absurde.

    L’exemple des hommes-lions épatés par notre capacité à vivre finalement plutôt pacifiquement en masse (avec juste un ou deux meurtres par jour) me paraît assez éclairant… et pertinent.

    Je me faisais en tout cas une réflexion similaire l’autre jour face à une énième personne se plaignant de la tête que font les gens dans les transports en communs : ne faudrait-il pas plutôt être émerveillés par l’incroyable contrôle de soi que manifeste chacun de ces usagers qui parvient finalement (grâce à la construction d’une étrange bulle virtuelle) à ne pas mordre tous ces envahissants congénères qui empiètent sur son espace vital ?

    octobre 30, 2010 à 11 h 09 min

  9. Aaaaah, voilà comment tu juges de la pertinence d’un texte, Vincent ? Il suffit que ça se rapproche de ce que tu as toi-même pensé ? 😉

    octobre 30, 2010 à 11 h 10 min

  10. Je n’avais pas rapproché cette compétence à notre « primativité ». La pertinence que je signalais est là : elle m’a aidé à « penser un cran plus loin »… mais je ne suis pas sûr, Ourko, que tu puisses ne serait-ce que te faire une idée de ce que ça peut vouloir signifier 🙂

    octobre 30, 2010 à 11 h 13 min

  11. 120

    Ecrit par Clarence Day :

    « […] Dans un monde de super-chats, je suppose qu’il y aurait eu moins de marins ; et les gens auraient éprouvé moins d’intérêt pour les stations balnéaires ou la baignade. Comme les chats détestent se mouiller, les hommes qui en auraient ete issus auraient détesté cela. Pour eux, le simple fait de patauger un peu aurait été une preuve de grande hardiesse, et seuls les plus audacieux des jeunes gens s’y seraient risqués, par bravade.

    Chez ce peuple, l’association contre la vivisection n’aurait pas existé.

    Pas de Croix-Rouge ni d’Association des Jeunes Chats Chrétiens.

    Pas de végétariens.

    Pas de lois réglementant la fermeture des bars.

    Beaucoup plus de chasse et de braconnage.

    Pas de chasse à courre avec des chiens ; ça, c’est purement simien. Imaginez comme nos ancêtres les singes auraient été transportés s’ils avaient pu présager d’un tel sport ! Un jeu où ils auraient tous paradé sur des chevaux capturés, dévalant les bois en habits rouges, suivis de meutes glapissantes de chiens esclaves. Un sport fabuleux — mais combien les chats dédaigneraient de chasser ainsi !

    Ils n’auraient pas non plus décoré les explorateurs : ils auraient tous été explorateurs. […] »

    …/…

    (ibidem)

    octobre 30, 2010 à 11 h 26 min

  12. 120

    Ecrit par Clarence Day :

    « […] Peu de comédies sur leurs scènes : pas de farces. Les chats ne sont guère adeptes de l’amusement. Dans les cirques, des acrobates extraordinaires. Pas de clowns.

    Ils nous auraient probablement surpassés en matière de théâtre et de chant. Même à ce stade de développement animal ininterrompu où nous voyons les chats, ils miaulent avec une intense passion la nuit dans nos jardins. Imaginez comment chanterait un Caruso qui descendrait de telles créatures.

    En littérature, ils n’auraient pas exigé que tout se termine toujours bien.

    Bien sûr d’eux-mêmes individuellement, délivrés de l’imitation servile dans le comportement et l’art, et faisant donc preuve de plus d’originalité en matière artistique ; plus clairement conscients de leurs réels désirs, peu enclins à guetter obséquieusement ce que l’on attend d’eux ; moins attentifs à l’extérieur, peut-être, mais plus profondément attentionnés.

    Pourtant, tout en ressentant davantage, leurs artistes auraient moins produit. Un artiste super-chat accorderait une valeur à son tableau en fonction de l’effet produit sur sa propre personne ; il se ficherait pas mal de ce que quelqu’un d’autre le voie. Et généralement, il n’aurait pas pris la peine de donner la moindre forme à ses vues de l’esprit. Le simple fait d’avoir éprouvé la sensation lui aurait suffi. Mais comme les primates adorent se faire remarquer, ils ne se contentent pas de nourrir un concept ;ils doivent se colleter avec, jusqu’à ce que celui-ci revête une forme que les autres peuvent voir. Ils condamnent l’impulsion artistique à se muer en tâcheron, jusqu’à ce que leur idée s’exprime dans un livre ou une statue. Ont-ils raison ? J’ai des doutes. L’élan artistique ne semble pas désireux de produire une oeuvre finie. Il nous abandonne certainement à mi-chemin, après que l’idée est née ; et si nous poursuivons, l’art devient labeur. Avec les chats, l’art est plaisir. […] »

    (ibidem)

    octobre 30, 2010 à 18 h 19 min

  13. 120

    Ecrit par Clarence Day :

    « […] Mais la caractéristique dominante de cette espèce superbe est l’adresse. J’en déduis donc que c’est essentiellement cette finesse qui l’aurait doté de l’envie d’étudier, du désir de progresser. L’adresse fait le délice du chat : jamais il ne s’en lasse. Ainsi, c’est d’une victoire de l’habileté à une autre qu’il aurait progressé. Voilà quelle aurait été la force motrice de sa civilisation.

    Cela aurait impliqué des progrès grandioses dans l’invention et la science — ou dans certains de ses domaines, l’économie, par exemple. Mais dans d’autres, cela les aurait retardés. Celui qui est habile étudie le monde d’un oeil calculateur, de l’extérieur, au lieu de le comprendre de l’intérieur. La philosophie féline n’en serait pas sortie grandie ; car son désir n’aurait pas été simplement de connaître le monde, mais de le circonvenir. La curiosité de l’homme est désintéressée ; elle semble plus pure, par contraste. C’est-à-dire qu’elle nous semble plus pure, à nous, compte tenu de notre nature. Cependant, ce que nous qualifions de désintéressé, les super-chats pourraient bien le trouver futile. (La futilité est l’un des traits les plus caractéristique des primates.)

    Je n’entends pas faire preuve de préjugés en faveur des primates. La curiosité peut être aussi avilissante que l’habileté, je vous l’accorde. Et l’adresse se transformer en stratagèmes tout à fait nobles et subtils. De même que les accès de curiosité ignorante d’un petit singe peuvent difficilement se comparer à la quête magnifique de l’astronome, l’adresse et l’habileté que nous observons chez nos chatons n’auraient que peu de rapport avec les hautes stratégies d’un des chefs de l’espèce que nous imaginons.

    Et pourtant, l’adresse porte en elle le germe de son échec. Transformez-la en sa forme la plus raffinée, rendez-la aussi subtile et civilisée que vous le souhaiterez, aussi noble, ardente et éclairée, elle ne fait en définitive que se dresser contre l’intégrité des choses ; elle est la partie qui lutte contre le tout. Le Lucifer de Milton avait l’esprit d’un super-chat.

    Mais le vrai problème n’est pas que l’habileté porte en elle le germe de son échec, car cela n’explique pas pourquoi les lions ne gouvernent pas la planète. Le problème, c’est qu’elle est vouée à l’échec dès le départ, car elle souligne trop amèrement la lutte pour l’existence. Le conflit et la lutte renforcent une civilisation, mais ne font pas en soi les civilisations. Pour cela, l’aide et le soutien mutuels sont nécessaires. C’est là que les félins pèchent par défaut. La collaboration n’est pas leur fort ; leur dévouement ne s’étend qu’à un petit groupe. Leur majesté, la haute considération qu’ils ont d’eux-mêmes et leur froideur ont en quelque sorte contrarié leurs possibilités d’évolution en tant qu’espèce. […] »

    (ibidem)

    octobre 30, 2010 à 19 h 14 min

  14. 120

    Ecrit par Clarence Day :

    « […] Imaginez-vous en train de vous promenez la nuit dans une ville de super-chats. Là-bas se trouve le quartier des affaires, dont les boutiques ouvertes la nuit étincellent de bijoux. Les vastes parcs à bestiaux s’étendent à l’est, là où vous entendez les tristes meuglements d’innombrables troupeaux voués à l’abattage. Au-delà se trouvent les aquariums silencieux et les caisses de souris bien dodues (on élève les souris au lieu des poules, au Pays des Super-chats). A l’ouest s’étend un splendide parc où se déroulent d’étranges bacchanales, avec de longues plates-bandes d’herbe à chat, où les jeunes super-chats viennent se débaucher et où quelques malheureux drogués à l’herbe à chat vivent jusqu’à leur mort, incapables d’interrompre leurs orgies étrangement dépourvues de dignité. Et là où vous vous trouvez, en cet instant, c’est le somptueux quartier résidentiel. Rien que des maisons bâties sur de vastes terrains : pas d’immeubles bondés. Les rues sont impeccablement balayées — ou lapées. Nulle part ne traîne le moindre papier, ni détritus ni saleté. Les quelques trottoirs nus sont astiqués, et d’épais tapis de velours moelleux recouvrent les autres. Aucun écho de pas.

    L’éclairage n’existe pas dans ces rues, bien que ce peuple passe la majeure partie de la nuit dehors. Tout ce que vous distinguer, ce sont les étoiles au-dessus de votre tête, et les yeux luisant des chattes, ces souples dames soyeuses qui vous croisent, ou de ces messieurs aux moustaches raides. Prenez garde à ces hommes, et au regard étincelant de leurs pupilles fendues. Ils sont hautains, pointilleux, susceptibles, et cependant égocentriques.

    Ils ne vous remarqueront probablement même pas ; mais dans le cas contraire, vous êtes perdu. Ils s’offusquent d’un rien, abhorrent les inconnus, méprisent l’hospitalité et nous tuer, vous ou moi, en rentrant dîner chez eux, ne leur ferait ni chaud ni froid.

    Suivez l’un d’eux. Entrez dans sa maison. Ah ! quelle splendeur ! Pas de domestique, même si quelques méprisables singes attendent à la porte de service et exécutent avec soumission de petites corvées. Mais, bien sûr, ceux-ci ne sont jamais admis à l’intérieur ; ils y seraient déplacés. Magnifiques canapés, riches couleurs, tapisseries de soie, magnificence orientale. Voici la salle de bal. Mais attendez : qu’est-ce là, dans ce coin ? Une gigantesque sculpture triomphante — elle représente un chat terrassant un chien. Et voyez la salle à manger, son agencement exquis, sa délicatesse : robinets de lait chaud et froid dans l’office, ainsi qu’une coupe de crème en or.

    Quelqu’un entre. Chut ! Si seulement je pouvais la décrire ! Langoureuse, svelte et passionnée. Des yeux ensommeillés auxquels rien n’échappe. une démarche décidée et indolente. Une grâce inimaginable. Si vous étiez son amant, mon ami, vous apprendriez combien l’amour peut être féroce, capricieux et soudain, combien il peut être hostile, extatique, violent ! […] »

    (ibidem)

    octobre 30, 2010 à 19 h 38 min

  15. Grrrrrrrrr !
    Bon on va peut-être finit là avec les hommes-félins, 120 !
    Passe donc aux hommes-éléphants, que la température baisse un peu ! 😉

    octobre 30, 2010 à 19 h 41 min

  16. 120

    Ecrit par Clarence Day :

    « […] L’éléphant ? Ah ! l’évolution a eu ses tragédies tout autant que ses triomphes, n’est-ce pas, et l’éléphant est bien placé pour le savoir. Il avait plus de chances que les autres. Doué de plus de sagesse que le lion, ou le plus sage des singes, et d’une sagesse bienveillante, alors que la leur est menaçante. Considérez sa dignité, sa mesure et son talent. […] Ils sont cosmopolites, ces êtres suaves et bien élevés. Ils sont riches de nombreuses émotions, dotés d’une bonne mémoire et de loyauté ; ils sont stables et sûrs ; ni bornés, ni uniquement préoccupés d’eux-mêmes, car ils semblent s’intéresser à tout. Qu’est-ce donc qui les a mis hors course ?

    Serait-ce l’impression fort légitime d’avoir déjà gagné ?

    Et en comprenant qu’ils se trompaient, que l’homme-singe les dépassait, se sont-ils montrés trop large d’esprit et trop bons pour exterminer leurs chétifs rivaux ?

    Peut-être leur patience et leur tolérance les ont-elles trahis. Les éléphants attendant trop longtemps avant d’éprouver de la rancune quand on abuse d’eux ou qu’on les insulte. Tout comme les fourmis sont trop dynamiques et les chats trop astucieux pour leur bien, les éléphants souffrent d’être trop patients. Ce qu’ils en montrent est peut-être superbe — une telle puissance alliée à une telle retenue est fort noble –, mais une qualité poussée à l’excès est vouée à l’échec. Les rois qui ne brandissent pas leur sceptre doivent capituler un jour ; et le pire : devant les parvenus qui cherchent à s’emparer de leur couronne.

    Je me plais à croire que les éléphants auraient été des maîtres plus aimables que nous : magnanimes, ils auraient laissé d’autres espèces séjourner ici. Nous, nous tuons indistinctement le bon comme le mauvais, mâle, femelle et petits, jusqu’à ce que les rares survivants se terrent loin hors de portée de nos fusils. Toutes les espèces doivent se rendre sans conditions — ce sont nos termes — et venir vivre dans des enclos auprès de nous — ou sur nous, comme les parasites. Les créatures qu veulent vivre en toute indépendance, nous les appelons sauvages. Auquel cas, si inoffensives soient-elles, nous les traitons comme des hors-la-loi, et ceux d’entre nous qui sont particulièrement bien élevés les abattent pour se distraire. Certaines pourraient être nos amies. Nous le refusons. Nous les maintenons toutes dans la terreur. Quand l’un d’entre nous, hommes-singes conquérants, pénètre dans les bois, la plupart des animaux qui le flairent s’éclipsent ou s’enfuient, paniqués. […]

    Si nous avions été aussi forts que les éléphants, peut-être aurions-nous été plus gentils. Quand un peuple possède naturellement une grande force, il en use de manière plus urbaine. Nous nous en servons comme des parvenus, car c’est ce que nous sommes. L’éléphant, né avec cette force, est facile à vivre, assuré, tolérant. Il aurait fait un roi plus humain. […] »

    (ibidem)

    octobre 31, 2010 à 9 h 32 min

  17. 120

    Ecrit par Clarence Day :

    « […] On peut penser que bien d’autres animaux auraient pu un jour avoir leur chance.

    Certains, les chevaux et les cerfs, par exemple, n’auraient pas été assez audacieux, et d’autres trop stupides, comme les bisons.

    D’autres encore, d’un tempérament trop confiant, comme les phoques ; ou de nature exploitable, tels les vaches, les poules et les moutons. Leur manque d’ambition condamne par elles-mêmes de telles créatures à la captivité.

    Les chiens ? Ils ont plus de caractère. Mais leur vénération à notre égard leur a fait perdre toute chance de régner. On ne saurait trop louer les grandes qualités du chien ; il y a dans son dévouement une pureté qui laisse l’homme sans voix : mais malgré tout l’amour que l’on porte aux chiens, ils n’en demeurent pas moins des vassaux, et non des chefs. Ils sont trop parasites — l’unique classe au monde de serviteurs volontaires. Et nous les avons trahis en en faisant des sous-primates. Nous leur avons enseigné certains de nos comportements, et réprouvé les leurs. Par amour pour nous, ils nous ont laissé interrompre leur évolution naturelle ; et se sont patiemment essayés depuis à adopter nos façons. Ils y sont parvenus d’ailleurs, mais cela ne peut pas les mener loin : ce n’est pas leur voie. Les chiens ont plus d’amour que d’intégrité. Ils se sont montrés fidèles envers nous, oui, mais pas envers eux-mêmes.

    Les cochons ? Le cochon est remarquablement intelligent et brave — mais il est rustre : et cela retarde un progrès, cela fait perdre un temps fou. Le serpent, bien que sage, a le don de se gaver jusqu’à l’inconscience. Si de super-hommes-serpents avaient organisé des banquets, ceux-ci auraient été trop gigantesques à décrire. Chaque petite famille de serpents aurait pu avaler un troupeau de vaches à Noël.

    Les chèvres, alors ? Les ours ou les tortues ? Les loups, les baleines, les corbeaux ? Chacun possède intelligence et orgueil, et aurait été heureux de gouverner le monde s’il avait pu ; mais leurs défauts et leurs faiblesses respectifs les empêchent d’atteindre une telle position. […] »

    (ibidem)

    octobre 31, 2010 à 22 h 02 min

  18. Bon, allez, à nous !

    Je voudrais, pour commencer, revenir sur les cerfs car autant les réflexions de C. Day sur les fourmis et félins me paraissent pertinentes, autant il se goure, à mon avis, sur les cerfs en pointant avant tout leur manque d’audace.

    Les cerfs auraient en effet engendré des humains magnifiques et beaucoup plus pacifiques que les super-chats déjà évoqués : de vrais dandys, se promenant toujours nonchalamment mais avec élégance, la tête haute, noblement coiffée.

    En discutant avec eux, on décèlerait facilement un fond mélancolique, comme si leur fonctionnement psychique imitait leur appareil digestif et ruminait sourdement de vieilles salades.

    Mais le principal obstacle à la domination des cerfs serait cette trop grande soumission aux cycles saisonniers annuels et l’attachement excessif au rites dyonisiaques d’automne.

    Les primates devenus humains ont certes eux aussi développé « Carnaval » et « Fêtes des fous » permettant d’exorciser, à intervalle régulier, les refoulements induits par toute organisation sociale mais ils savent en jouer et en faire une tradition festive.

    Moins futiles que les singes, les super-cerfs en auraient fait une cérémonie beaucoup plus tragique empêchant tout véritable progrès.

    Chaque année, pendant les trois semaines d’automne consacrés à cette cérémonie, tout serait remis en jeu et à plat. Métamorphosées en art, les longues plaintes du brame originel aurait sûrement donné lieux à des moments d’intenses émotions artistiques, mais la focalisation sur le rythme annuel (la « malédiction des saisons ») n’auraient pas permis l’apparition d’oeuvre véritable, nécessitant la projection au-delà de ces cycles.

    Non seulement tout ce qui se serait bâti préalablement (organisation familiale et sociale) serait chaque année remis en cause et à plat, mais pire encore, tout ce qui se construirait, entre deux « Festivals », n’aurait d’autre visée que de bien figurer dans le prochain.

    Contraints à cette courte vue tragique (ne pouvant pas viser au-delà de l’année prochaine), les cerfs ne pouvaient pas concurrencer des primates pouvant développer des stratégies s’étendant sur plusieurs générations.

    novembre 1, 2010 à 12 h 05 min

  19. Isidore

    Bien vu et bon départ !

    Mais quand même si nous descendions des girafes nous tomberions de haut, et avec élégance en plus. Toute l’existence profiterait de cette hauteur de vue que les primates ignorent, et bien des mesquineries qui font la délectation de tant d’entre nous n’auraient plus guère de place au sein d’une vie tournée vers de vastes horizons. On peut même imaginer qu’un simple baiser devienne par le truchement d’une langue à la hauteur de cette vastitude, un événement d’une plénitude inconnue à nos maigres appendices buccaux. Rome n’aurait pu même sombrer comme elle l’a fait en son temps sous ce délire d’orgies couchées. Non, impossible d’imaginer des êtres d’une telle élégance vautrés et avilis dans une débauche de stupre et d’alcool, sauf peut être d’excès de feuilles de canne à sucre… Et puis voici un monde régi par les valeurs féminines, on a du mal à concevoir une girafe mâle, et encore plus à l’imaginer dans des postures viriles, à la hauteur de sa compagne… De toute façon toute tentative d’affaissement vers la terre, toute velléité à se rapprocher de la plèbe chthonienne devient une injure à l’espèce entière: il suffit d’observer le ridicule d’une girafe s’abreuvant par exemple. Non, je ne pense pas que le goût de l’abject et du vil, la délectation du marécage et de l’immonde, qui caractérisent notre espèce, auraient pu avoir une telle importance si les girafes avaient su prendre en main la destinée de la terre. Mais justement, là est leur principale faiblesse: trop de candeur et de largesse de vue leur empêche de prévoir et de prévenir les crocs en jambes de tous ces jaloux qui grenouillent en raz motte et n’aspirent qu’à la chute de tout ce qui est grand, noble.

    novembre 1, 2010 à 12 h 59 min

  20. Une petite correction, Isidore, si tu le permets.

    Les primates n’ignorent pas cette hauteur de vue : il y ont eux-aussi accès en grimpant aux arbres.

    Leur force, me semble-t-il, est justement de savoir prendre de temps en temps de la hauteur, histoire de fixer le cap, mais de savoir bien vite redescendre et vivre au quotidien au niveau des grenouillages et crocs en jambes.

    novembre 1, 2010 à 16 h 12 min

  21. Pour le dire autrement : la girafe est comme un singe qui au lieu de descendre de l’arbre (et y remonter quand bon lui semble) serait devenu lui-même un arbre.

    novembre 1, 2010 à 16 h 15 min

  22. Isidore

    Quelle incompréhension de la grandeur des girafes, on sent bien ton ascendance primate !!! Jamais une girafe ne renoncerait un seul instant à sa hauteur de vue et s’abaisserait à descendre au raz du sol, c’est bien la preuve de sa grandeur… et de la bassesse du primate qui ne s’élève que grâce à plus grand que lui (l’arbre), profite de sa hauteur et à la moindre occasion retourne là où il peut se délecter à se vautrer dans la fange…

    novembre 1, 2010 à 18 h 23 min

  23. Ce n’est pas tout à fait le sujet mais difficile, lorsqu’on évoque la girafe, de ne pas citer les aphorismes « autofictifs » de Chevillard :

    Quand l’orage tonne et que la foudre menace, la girafe compte ses vrais amis.

    *

    Ce n’est pas un cerf-volant. C’est une girafe.

    *

    Le chat fait miaou, le coq fait cocorico, le chien fait ouah, le mouton fait bêêêê, la vache fait meuh, la girafe fait pouët.

    *

    J’avais une chose importante à dire à l’oreille de la girafe. Impossible. Il y avait bien la rampe, mais pas l’escalier.

    novembre 2, 2010 à 9 h 22 min

  24. Tant qu’on y est… Puisqu’on a aussi évoqué l’éléphant :

    Mauvais vitrier, l’éléphant. Ne travaille qu’au mastic. Du coup, bien sûr, on ne voit rien au travers.

    *

    Pourquoi calomnier l’éléphant ? Dans le magasin de porcelaine, il est, au contraire de l’idée reçue, la plus placide des théières.

    *

    L’éléphant qui te charge, renverse-le sur le dos ; il aura toutes les peines du monde à se relever, si seulement il y parvient. Et alors tu seras loin.

    *

    L’éléphant pourrait prochainement disparaître, lit-on dans ce magazine. Ce ne sera toutefois pas sans maigrir beaucoup d’abord.

    *

    Rendez-vous compte ! Trois cents personnes assises en cercle sur les gradins qui frappent dans leurs mains au même moment, avec une parfaite coordination ! Quel numéro remarquable ! Il faudra que je félicite le dresseur, se dit l’éléphant sur son tabouret, au centre de la piste.

    *

    Songez, si l’éléphant avait été pourvu de pieds, comme nous eussions craint à chaque instant pour les nôtres.

    novembre 2, 2010 à 9 h 33 min

  25. Un petit mot sur les rhinocéros… car ils auraient pu avoir leurs chance. Ils font en effet preuve de courage et de persévérance et, lorsqu’ils se sont fixés un but, même lointain, même impossible, mettent tout en oeuvre pour l’atteindre. Il faut dire que leur carapace naturelle les protège de biens de chocs et leur épargne toute crainte des inévitables obstacles à toute entreprise un peu ambitieuse.

    Il leur manque cependant cette caractéristique majeure qui a fait toute la force des primates : l’esprit de détour, la capacité à ne pas toujours foncer tête baissée droit devant soi et savoir, parfois, revenir en arrière pour s’y prendre autrement et aller ainsi plus loin. Un esprit de détour qui, soit dit en passant, est parfois trop accentué chez certains super-signes, qui a force de « reculer pour mieux sauter » ne savent plus où ils voulaient aller. Mais ce n’est pas le lieu ici de développer.

    A ce manque de stratégie, on peut supposer que les rhinocéros ajouteraient à leur désavantage un manque cinglant de fantaisie. Leur réseau routier, pour prendre un exemple symbolique, n’aurait été constitué que d’autoroutes (qu’ils auraient d’ailleurs construits bien avant nous : ils en sont déjà, à leur stade « animal », au niveau de l’esquisse au coeur de la savane) sans le moindre sentier de traverse, pas l’ombre d’une départementale permettant d’explorer en flânant d’autres horizons.

    novembre 3, 2010 à 10 h 38 min

  26. Petite remarque à ceux qui pensent que leur carapace naturelle serait également un obstacle à leur évolution, les protégeant certes des chocs mais leur ôtant toute possibilité d’appréhension sensorielle du monde (donc de parvenir à développer finesse et nuance).

    C’est oublier que tout rhinocéros (du moins tant qu’il n’a pas rencontré de braconnier à la solde des Chinois lubriques) possède sur le nez l’ouvre-boîte qui lui permet de se dégager lui-même de cette puissante armure.

    novembre 3, 2010 à 10 h 42 min

  27. Isidore

    🙂

    novembre 3, 2010 à 13 h 09 min

  28. Isidore

    À tout bien réfléchi, je suggère plutôt que nous descendions des pommes de terre. L’indice majeur qui oriente mon hypothèse réside dans notre indéniable disposition à nous amalgamer en foules ventripotentes pour un oui ou pour un non, prêts à acclamer un de nos insignifiants quidams, qu’il nous promette de nous réduire en purée ou alors de nous rectifier en frites. Dans tous les cas on se retrouve dans le gratin. Et même lorsqu’on veut se parer de nos meilleurs atours, il est rare qu’on ne finisse pas bêtement en simple robe des champs, avec une noix de beurre pour auréoler le tout. Et quand il s’agit d’insultes, le « va donc eh, patate ! » de référence souligne non pas notre origine indiscutable, mais plutôt l’atavisme masochiste et grégaire de notre espèce qui choisit précisément sa propre dénomination comme option prioritaire d’insulte ordinaire… et évidemment dans le cas où elle s’adonne à son vice majeur, celui de s’amalgamer en foule compacte, pour avoir ensuite le plaisir d’insulter son prochain se retrouvant forcément dans l’impossibilité de se mouvoir. Non, décidément rien ne peut m’ôter de la tête cette funeste origine et je déclare, par Isis, Osiris et par Mentier qu’un tel g’hachis ne passera pas !!! Et toc !

    novembre 4, 2010 à 19 h 27 min

  29. 😉

    novembre 6, 2010 à 19 h 30 min

  30. En tout cas, heureusement qu’on ne descend pas des mantes religieuses car les relations hommes/femmes en seraient toute « contre nature » ! 🙂

    novembre 6, 2010 à 19 h 32 min

  31. Et si nous étions issus des hermaphrodites escargots, nous ne connaîtrions pas cette sempiternelle guerre des sexes, et sans doute n’aurions-nous pas construit sur le mode binaire notre langage et notre pensée.

    novembre 7, 2010 à 9 h 14 min

  32. Isidore, elle te gêne vraiment l’ascendance primate ou c’est un simple jeu d’écriture ?

    novembre 7, 2010 à 9 h 19 min

  33. Isidore

    C’est un simple jeu d’écriture.

    novembre 8, 2010 à 8 h 17 min

  34. Si nous descendions des mantes religieuses (je poursuis le filon), les films pornos seraient dans le même rayon que les films gore.

    novembre 8, 2010 à 17 h 58 min

  35. Et si nous étions issus des limaces, nos accouplements seraient autrement plus féériques :

    novembre 13, 2010 à 10 h 43 min

  36. Descendant des oiseaux, nous n’aurions pas eu besoin d’inventer la pensée, il nous aurait suffit de voler.

    novembre 13, 2010 à 10 h 45 min

  37. Oulah, ça devient lyrique, faut qu’j’intervienne !

    Si nous descendions de la sauterelle, les mâles seraient, comment dire, « encombrés » et auraient plus de mal à se déplacer :
    http://www.liberation.fr/terre/01012301461-la-plus-couillue-c-est-la-sauterelle

    novembre 13, 2010 à 10 h 52 min

  38. Craô

    Et si nous descendions des cheminées, nous serions tous des pères noël…

    novembre 14, 2010 à 10 h 30 min

  39. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    Pour se séparer du singe et gagner ses nouveaux galons, l’homme a dû faire le sacrifice de la souplesse dont il est en droit de se demander aujourd’hui, alors que l’on attend de lui de plus en plus de flexibilité, si elle n’était pas son attribut le plus précieux.

    (1 071, http://l-autofictif.over-blog.com/, 23 novembre 2010)

    novembre 24, 2010 à 10 h 56 min

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