"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Sur le sacrifice : la théorie girardienne…

René Girard est un de nos grands intellectuels. Professeur à Stanford, récent académicien, considéré par Michel Serres comme le « Darwin des sciences humaines » (excusez du peu !), il est célèbre pour sa théorie du désir mimétique et son corrolaire : celle du bouc émissaire.

Tentons de résumer la logique de la thèse (somme toute assez simple) qu’il ressasse et développe d’ouvrage en ouvrage : L’humain ne peut désirer que ce qu’un autre humain désire. Le congénère étant à la fois le modèle et le rival, cette imitation mène immanquablement au conflit. Le mécanisme du bouc émissaire est alors un dispositif apparu au cours de l’évolution (sans doute accidentellement mais conservé ensuite) permettant de canaliser la violence collective suscitée par ce désir mimétique en la rejetant sur un seul individu jugé responsable de la crise sociale. Une fois sacrifié, le bouc émissaire est ensuite sacralisé et les rituels de commémoration de cet assassinat primordial permettent tout autant de conjurer le retour du chaos qui menace que de structurer tabous, normes et organisation sociale.

…/…

A cette théorie de base, René Girard, qui ne cache pas sa conversion au christianisme, ajoute ultérieurement le complément suivant : le sacrifice du Christ est une mise à jour de ce mécanisme ancestral destinée à le condamner en révélant sa cruauté. On ne peut plus désormais, pense-t-il, fonder la cohésion de la société sur le processus de bouc émissaire sans avoir conscience que la victime est, en fait, toujours innocente. L’apparition du christianisme marque donc un tournant majeur de l’évolution de l’humanité puisque celle-ci est désormais condamnée à imaginer d’autres dispositifs de cohésion, moins immoraux.

Je vous laisse éventuellement compléter et/ou réagir et présenterai, comme promis, les arguments des plus virulents critiques (notamment René Pommier) ultérieurement.

Publicités

71 Réponses

  1. Enfin quelqu’un qui dit du bien du christianisme sur le blog du PP, bande de mécréants !

    août 9, 2010 à 17 h 48 min

  2. Ouais, ben profites-en… Quelque chose me dit que ça ne va pas durer longtemps !

    août 9, 2010 à 17 h 49 min

  3. Jacques

    Le phénomène de bouc émissaire a une grande valeur sociale : tout le monde se tient à carreau pour ne pas être le prochain bouc émissaire. Ce conformisme beaucoup décrié par la tradition judéo-chrétienne (et à sa suite par les petits malins libéraux) est cependant le meilleur garant de la morale 🙂

    août 9, 2010 à 18 h 20 min

  4. Jacques

    Il y a un cas intéressant à considérer dans ce domaine, c’est celui de Socrate et de son exécution, qu’on peut mettre en parallèle avec l’exécution de Jésus.

    Deux prédicateurs dépenaillés qui discutent avec tout le monde, remettent tout en question, et que leur communauté finit par prendre en grippe et éliminer.

    On connaît les suites du cas de Jésus (hélas), et le point de vue de Girard est rappelé ci-dessus.

    Quid de Socrate ? Deux choses :

    1. Socrate, si on en croit Platon, se défend en disant qu’en chicanant la cité il fait oeuvre utile ; mais il accepte ensuite sa condamnation. Des amis veulent le faire évader (il semble que la condamnation à mort était à l’époque une sorte d’exil officieux, parce qu’il était aisé de s’évader et de s’exiler) ; il refuse. Il refuse… au nom du respect des lois de la cité.

    2. Avec le recul, nous qui avons acquis une certaine expérience des dérives rationalistes, nous reconnaissons sans mal en Socrate un des premiers et des plus purs rationalistes que la terre ait porté. Socrate va vers les jeunes Athéniens de bonne famille, et leur demande de justifier leurs valeurs, leur morale. Évidemment, il est impossible de justifier la culture traditionnelle dont la morale fait partie. Et donc les jeunes Athéniens se retrouvent en difficulté, et en viennent à douter des valeurs transmises par leur éducation. Cette mise en question est-elle pour Socrate le prélude à une transmission positive ? Pas du tout. Socrate parade en disant que lui au moins sait qu’il ne sait rien… Et donc, la question qu’on peut être tenté de poser, c’est si Socrate n’était pas effectivement coupable…

    août 9, 2010 à 18 h 50 min

  5. J’ai un peu du mal à entrer dans la pensée de René Girard que j’ai pourtant lu (« la violence et le sacré », « des choses cachées depuis la fondation du monde »…). Je me régale à le lire et je n’en garde finalement pas grand-chose durablement. Sa théorie du bouc émissaire comme ciment social et créateur de mythes fédérateurs ne parvient pas à s’inscrire concrètement dans mon expérience de l’existence.

    J’ai effectivement déjà pu observer comment certains se font piéger dans le rôle sado-maso de bouc émissaire, mais la plupart du temps les choses finissaient par s’arranger sans qu’il faille mettre à mort la personne incriminée. Un peu de bon sens, quelques engueulades, des cris et grincements de dents au pire, et hop on passe à autre chose de plus important.

    Je n’ai jamais eu à assister à une exécution publique du bouc émissaire du moment et je m’en réjouis infiniment.

    Tout ça pour dire que lorsqu’on relate des faits historiques attestés d’acharnement collectif contre des minorités persécutées, faisant donc office de bouc émissaire, il se passe quelque chose d’une toute autre nature que cette théorie ne parvient guère à circonscrire dans ce schéma simplificateur, et qui échappe complètement à mon entendement.

    août 9, 2010 à 20 h 25 min

  6. @ Isidore :
    Peux-tu préciser quel est ce « quelque chose » ?

    @ Jacques :
    Quelle réponse apportes-tu à ta propre question ? Socrate, pour toi, innocent ou coupable ?

    août 10, 2010 à 8 h 39 min

  7. Ma découverte de la pensée de Girard est toute récente.

    Au premier abord je lui ai trouvé deux qualités :

    – elle propose une explication, certes simplificatrice (mais c’est le lot de toute théorie) mais séduisante, de cette chose presque impossible à concevoir, depuis notre Occident moderne, qu’est le sacrifice.

    – elle est toute proche du concept d’agressivité à partir duquel j’essaie de bâtir la mienne.

    août 10, 2010 à 8 h 47 min

  8. J’ai bien aimé aussi, l’hypothèse concernant la domestication des animaux, qu’elle induit.

    120, à toi de jouer !

    août 10, 2010 à 8 h 48 min

  9. Isidore

    Dans ce « quelque chose », il y a cette notion d’entraînement collectif qui fait que dans certaines situations les individus sont emportés par des forces collectives et ne s’appartiennent plus que difficilement. Ils sont amenés à réaliser des choses qu’ils n’auraient jamais pensé pouvoir faire.

    C’est ce point limite qui m’intéresse. Je me demande s’il est possible de garder son libre arbitre lorsqu’il est dépassé et que le rouleau compresseur de la pression de la foule écrase tout sur son passage.

    août 10, 2010 à 8 h 58 min

  10. 120

    Ecrit par René Girard :

    « […] Je crois qu’on a commencé à traiter les animaux comme des êtres humains afin de les sacrifier, en remplaçant les victimes humaines par des victimes animales. Cependant, les animaux réagissent à la domestication seulement s’ils ont une disposition qui va dans ce sens, autrement rien ne se passe. On a souvent avancé que les sociétés accomplies étaient celles qui savaient s’entourer d’animaux domestiques. Mais comment pouvait-on domestiquer ces animaux, et pourquoi certaines sociétés l’ont-elles fait ? Les théories qui circulent ne me paraissent guère vraisemblables. Bien sûr, pour domestiquer un animal, il faut s’en occuper continuellement, le faire vivre à l’intérieur du groupe, dans la communauté, l’ « humaniser » si l’on peut dire. Le motif initial ne peut pas être les avantages économiques de la domestication. Ceux-ci en effet ne peuvent pas être pensés avant de se produire effectivement, contrairement à ce qu’imagine le rationalisme un peu court de Régis Debray dans son Feu sacré. La domestication ne peut pas avoir été programmée ! On peut penser d’ailleurs que, aux premiers stades, la domestication était anti-économique : les animaux domestiqués devaient souffrir de toutes sortes de maladies liées au stress de la captivité ; la quantité de microbes et de virus que les animaux sauvages introduisaient chez les humains devait être énorme. L’explication fonctionnaliste est illusoire.

    Dans certaisn endroits du monde, il n’y avait pas d’animaux domestiques, comme dans le Mexique précolombien, par exemple, où avaient lieu des meutres rituels massifs d’êtres humains. La substitution des animaux aux humains dans les sacrifices n’a là-bas jamais eu lieu. Comme je l’ai déjà raconté dans Des choses cachées…, l’élément qui a été éclairant pour moi, c’est que les Ainu, une population indigène de l’extrême nord du Japon, ont essayé de domestiquer les ours polaires, pour des raisons rituelles ; ils ont essayé de les « humaniser » en les gardant avec leurs enfants et en les allaitant. Comme nous le savons, les Ainu ont échoué, car, pour diverses raisons aussi bien physiologiques que liées à l’environnement, les ours polaires ne sauraient être domestiqués. Si les ours avaient été domesticables, ils auraient été domestiqués, ou si, au lieu d’ours, il s’était agi d’antilopes ou de tout autre ruminant, la domestication aurait pu avoir lieu. Seul le rituel peut fournir une explication vraisemblable car, pour que la victime puisse assouvir la colère des sacrificateurs, il faut qu’elle ressemble suffisamment à l’homme. Avant de la sacrifier, il faut donc l’humaniser en l’incoporant longuement à la communauté. J’ai lu quelque part que, depuis la disparition des sacrifices animaux, aucune espèce nouvelle n’a été domestiquée. La domestication est une entreprise humaine et religieuse, un sous-produit inattendu du sacrifice animal. La culture humaine et l’humanité elle-même sont filles du religieux.

    […] Le sacrifice ne peut pas être un avatar de la domestication, mais la domestication peut très bien être une conséquence inespérée du sacrifice animal.

    (Les origines de la culture, Desclée de Brouwer, 2004)

    août 10, 2010 à 9 h 08 min

  11. En fait, pour le dire d’un mot, ce qui me plaît plutôt, a priori, dans la théorie girardienne, c’est son implacable matérialisme qui conforte mon inclinaison naturelle.

    août 10, 2010 à 9 h 11 min

  12. Il me semble Isi, que cet « entraînement collectif » est assez bien expliqué dans la théorie girardienne : tout le monde trouve en effet un intérêt à détourner l’agressivité du désir mimétique vers un « objet » tiers car 1) ça déculpabilise, 2) ça crée un fondement au collectif qui naît ainsi.

    Il faut bien sûr que tout cela se passe inconsciemment pour que ça marche.

    Le christianisme est justement pour lui la mise en lumière de ce processus inconscient qui le rend désormais impossible.

    Après, il est tout à fait possible que cette interprétation ne te convienne pas.

    août 10, 2010 à 9 h 18 min

  13. Isidore

    Ceci désignerait donc les ressorts individuels d’un assentiment à la pression collective. Le point de départ serait donc la satisfaction du désir individuel (inconscient)de se déculpabiliser et d’appartenir à un groupe.

    Ce désir étant présent chez tous les individus, on peut effectivement imaginer des situations qui favorisent son expression. S’amplifiant automatiquement par résonance d’un individu à l’autre, il finit par se déployer d’une façon incontrôlable en générant un effet de foule qui emporte alors même les plus récalcitrants.

    Mais si le ressort individuel du phénomène de groupe qui m’interroge réside dans ces deux forces inconscientes initiales désignées par la théorie de R. Girard, il me semble tout aussi pertinent de rechercher d’autres forces individuelles inconscientes qui sont tout à fait susceptibles de contrarier ces forces initiales, ou tout au moins de les réguler et d’empêcher leur explosion collective.

    Apparemment elles n’existent pas puisque l’histoire nous prouve la réalité de ces phénomènes de délire destructeur collectif. Ce n’est que par une nouvelle contrainte institutionnelle extérieure que les individus renoncent finalement à la satisfaction de leur désir inconscient et qu’un nouvel ordre collectif s’instaure.

    août 10, 2010 à 9 h 48 min

  14. Isidore

    Soit. Ceci semble donc conforter la théorie de R. Girard.

    D’autre part il y aurait donc un avant-christianisme et un après-christianisme. Je ne vois pas vraiment la différence outre la disparition des sacrifices humains ritualisés. Mais ne continuons nous pas à les pratiquer d’une autre manière en désignant des « coupables » qui doivent payer pour assurer la cohésion du groupe (les SDF, les miséreux, les chômeurs, la racaille des « quartiers », les homos, etc.) et en fabriquant ainsi d’artificielles identités collectives ? Il s’agit bien toujours de sacrifices humains, non ?

    En rendant ces pratiques conscientes et immorales, le christianisme ne me semble pas les avoir fait disparaître. Bien au contraire, en amplifiant la culpabilité collective et individuelle le phénomène de refoulement et de déni typique aux névroses peut s’en donner à cœur joie. En se dédoublant l’individu devient encore plus féroce et manipulable étant ainsi livré à son double sauvage qu’il n’est plus en mesure de contrôler.

    août 10, 2010 à 10 h 14 min

  15. Jacques

    Le sacrifice animal aux dieux relève pour lui du bouc émissaire ?

    Le sacrifice animal aux dieux n’est-il pas simplement un don aux dieux ? Les chats du voisinage me font des sacrifices de souris et de lézards qu’ils me déposent sur le paillasson. C’est leurs boucs émissaires ?

    Anecdote : Une des dernières paroles de Socrate avant de prendre la ciguë (et après avoir discuté de l’immortalité de l’âme avec ses disciples, un peu empruntés pour lui faire des objections…) est, à un de ses amis : « N’oublie pas de sacrifier un coq à Asclépios. » (rituel de gratitude après une guérison)

    août 10, 2010 à 11 h 10 min

  16. Jacques

    La domestication du bétail pour l’élevage n’est pas utilitaire ? Si j’enferme des buffles dans un enclos, que je les laisse se reproduire, n’est-il pas vrai que les animaux prisonniers et à ma disposition augmentent tout seul ? N’y a-t-il pas d’avantage économique ? Ne suis-je pas amené à sélectionner les procréateurs et ainsi à faire évoluer les variétés ?

    août 10, 2010 à 11 h 13 min

  17. Jacques

    Socrate est-il coupable ? Le bouc émissaire n’est jamais coupable au sens habituel, c’est-à-dire qu’il aurait violé une loi. On ne parle pas de bouc émissaire pour un assassin, même si on l’exécute. Donc dans ce sens Socrate est innocent…

    D’un autre coté, la société savait peut-être très bien ce qu’elle faisait en l’exécutant, elle restaurait effectivement un ordre que Socrate menaçait dangereusement (et qu’il menaçait, nous le savons aujourd’hui, largement à tort, c’est-à-dire au nom d’un rationalisme stérile).

    On peut penser que Socrate sentait confusément qu’il s’attaquait à qqch à quoi il n’aurait pas dû s’attaquer… Au lieu d’arrêter quand il était encore temps, il s’est complu dans cette situation marginale et subversive, dans l’idée qu’il savait mieux que les autres, et que la vérité (sa pauvre vérité rationaliste) était plus importante que l’ordre social (« moi au moins je sais que je ne sais rien »). Donc en ce sens il a parcouru volontairement le chemin qui l’a conduit à l’exécution.

    Ce n’est qu’une interprétation, pour montrer « l’autre face de la médaille ».

    août 10, 2010 à 11 h 23 min

  18. Jacques

    À Isidore 14

    En rendant ces pratiques conscientes et immorales, le christianisme ne me semble pas les avoir fait disparaître. Bien au contraire, en amplifiant la culpabilité collective et individuelle le phénomène de refoulement et de déni typique aux névroses peut s’en donner à cœur joie. En se dédoublant l’individu devient encore plus féroce et manipulable étant ainsi livré à son double sauvage qu’il n’est plus en mesure de contrôler.

    À vrai dire je suis tout à fait d’accord avec toi, et cela généralise mon hypothèse du fil sur la névrose.

    En bref, la culture chrétienne nous rend fous parce qu’elle est contradictoire. Il faut soit être idiot, soit hypocrite, soit schizophrène pour pouvoir fonctionner dans son cadre. (On pourrait peut-être parler de « double bind », etc.)

    L’opposition morale/politique évoquée ailleurs est un exemple.

    août 10, 2010 à 11 h 28 min

  19. La question qu’on peut aussi se poser, Jacques, c’est de savoir si on peut réduire la culture chrétienne à sa part sombre (la névrose chrétienne et la confusion générale qu’elle génère).

    Pour ma part je ne pense pas, non pas que je sois un chrétien convaincu, loin de là, mais par simple rigueur intellectuelle qui m’oblige à reconnaître que rien n’est tout blanc ou tout noir.

    En ce sens je suis tout à fait capable de reconnaître et de désigner l’apport positif du christianisme dans notre culture.

    août 10, 2010 à 11 h 42 min

  20. Jacques

    Comment décrirais-tu cet apport positif ?

    août 10, 2010 à 11 h 48 min

  21. J’ai pu être en relation avec des chrétiens indemnes de ce poison de la culpabilité et qui m’ont montré le côté lumineux et généreux du christianisme. Ils sont en général très en marge de l’institution mais parviennent à entretenir un rapport viable avec elle, malgré tout.

    Je pense que cette dérive névrotique est apparue à un moment bien précis de l’histoire du christianisme (peut être le moment où elle a voulu détruire le paganisme) et qu’elle correspond à une dérive vers le pouvoir, très ordinaire et banale chez les institutions.

    Il me semble intéressant et nécessaire de retrouver les fondements non névrotiques de la culture chrétienne pour nous aider à nous libérer de son emprise délirante actuelle.

    Il me semble que la confusion a pu s’installer, laissant place à l’influence désastreuse de la culpabilité, principalement chez les religions monothéistes, à partir du moment où la quête spirituelle d’unité s’est confondue avec la désignation d’un dieu unique.

    Les conceptions polythéistes me semblent moins vulnérables à cet égarement en empêchant de céder à la tentation de séparer et d’opposer unité et diversité.

    août 10, 2010 à 12 h 15 min

  22. Jacques

    « Un côté lumineux et généreux », oui… Mais il faudrait essayer de le préciser en termes de principes, de valeurs, de visions, etc.

    Schématiquement je vois les choses ainsi : le judaïsme n’existe que comme rejet du paganisme (même s’il est lui aussi contradictoire évidemment et largement païen par ailleurs) ; le christianisme est donc un paganisme dans lequel on a importé le rejet du paganisme. Dès lors penser qu’il y a « qqch de très positif » là-dedans n’a rien d’évident, et c’est pourquoi je suis potentiellement intéressé par les candidats en fait d’apports positifs.

    août 10, 2010 à 12 h 54 min

  23. Je vais y réfléchir plus précisément.

    Mais déjà on peut se mettre d’accord sur le fait que rien de ce qui existe n’est tout blanc ou tout noir, sauf à être adepte d’un manichéisme pur et dur, ce que je ne te suppose pas être à priori. Donc, il y a sans doute bien quelque chose à tirer de bon, même du christianisme.

    août 10, 2010 à 13 h 03 min

  24. A priori, oui, bien sûr.
    Cchacun faisant ce qu’il peut avec ce qu’il a et le christianisme étant là, mieux vaut le mettre à sa sauce que l’ignorer ou s’en faire un ennemi, je suis d’accord avec toi.
    😉

    août 10, 2010 à 13 h 08 min

  25. Pour ce qui est de la morale (qui est aussi là), ma « sauce » à moi est d’arrêter de la valoriser, de compter sur elle ou simplement d’y faire grand cas, elle finit tout bonnement par rejoindre sa place naturelle qui est, me semble-t-il,… le silence. 😀

    août 10, 2010 à 13 h 11 min

  26. Oups… je croyais être dans les commentaires de l’autre article. Skuzez (j’voulais pas introduire la discussion sur la morale ici)

    août 10, 2010 à 13 h 14 min

  27. Avant de développer sur la part lumineuse du christianisme, deux petits points sur ce qui a été dit au-dessus.

    @ Jacques.
    De quoi a été accusé exactement Socrate ? (Je n’en ai plus le souvenir). Pour moi, son éventuelle culpabilité en tout cas doit se jauger à cette aune : a-t-il été condamné pour avoir enfreint délibéremment une règle claire ou a-t-on inventé spécialement pour lui une pseudo justification ?

    @ Isidore (à propos des « autres forces individuelles »)
    Girard montre bien, me semble-t-il, que le sacrifice du bouc émissaire se passe généralement par lapidation ou bûcher, bref des assassinats « à distance » donc qui empêchent l’inhibition naturelle (instinctive) au meurtre de jouer à plein. Dans les cas plus « sauvages », il faut sinon faire monter une sorte de transe d’autant plus efficace qu’elle est provoquée ou soutenue par des drogues et autres désinhibiteurs.

    août 10, 2010 à 13 h 23 min

  28. Jacques

    À Vincent 27

    Deux chefs d’accusation :
    – corrompre la jeunesse (= subversion)
    – impiété (conceptions non-orthodoxes en matière de dieux)

    Il faut ajouter qu’il était très laid, ce qui chez les Grecs était une circonstance agravante 🙂

    Comme je le dis la question n’est pas vraiment sa culpabilité en termes juridiques, mais son activité perçue comme menaçant l’ordre social par la communauté. C’est l’écart entre le criminel de droit commun et le « bouc émissaire » (dans cette interprétation).

    août 10, 2010 à 13 h 58 min

  29. Jacques

    À Isidore 23 :

    S’il est vrai que le judaïsme n’est qu’un dépassement illusoire du paganisme, et s’il est vrai que le christianisme n’est qu’un paganisme ayant importé des éléments de ce dépassement illusoire, alors effectivement il n’y a rien à sauver du christianisme. Du moins sur le plan des principes. Evidemment, il y a toute sorte de merveilles liées au christianisme. Il n’est pas question de rejeter tout ce qui serait « entaché » de christianisme, des cantates de Bach à l’admirable activité de tel curé. Mais je me situe au plan des principes.

    août 10, 2010 à 14 h 00 min

  30. Jacques

    Il faut ajouter aussi que Socrate s’est « entêté ». Pendant le procès non seulement il ne s’amende pas, mais il explique qu’il continuera. Quand on lui demande de proposer une peine alternative, il propose qu’il soit nourri au Prytanée, traitement réservé aux héros.

    août 10, 2010 à 14 h 05 min

  31. Amélie

    C’est là qu’ils ont voulu lui faire goûter de délicieuses carottes sauvages… et comme chacun le sait au PP… on peut facilement les confondre…
    :-s

    août 10, 2010 à 14 h 46 min

  32. Jacques

    Bonjour Amélie 🙂

    Le bouillon de onze heures de Socrate était à base de ciguë, une plante qui apparemment se trouve dans nos champs…

    août 10, 2010 à 15 h 53 min

  33. Jacques

    Ah, je viens de comprendre 🙂

    Mes connaissances en plantes sauvages ne sont pas (encore) très poussées 🙂

    août 10, 2010 à 16 h 01 min

  34. je ne savais pas que les chats aimaient les carottes …

    août 11, 2010 à 9 h 11 min

  35. Amélie

    Eh bien dis donc, Jacques, si tu n’étais pas au courant (pour la carotte sauvage et la ciguë), tu t’es drôlement vite renseigné ! 🙂

    août 11, 2010 à 9 h 47 min

  36. Isidore

    Youpiii, voici Amélie et Yatsé !!! 😀

    Qu’est-ce que le christianisme a apporté de lumineux et positif dans ma vie?

    Je ne parle pas de toute son influence sur notre culture européenne, Jacques, tu as l’air aussi convaincu que moi.

    Concrètement à travers mes origines familiales et quelques rencontres importantes il m’a donné l’élan, l’ouverture et le goût de la spiritualité.

    Je précise toutefois qu’ayant été en contact profond et durable avec trois hommes poursuivant chacun une quête spirituelle issue de trois traditions distinctes: (judaïque-chrétienne, matérialiste-hermétique (de Hermès, cf les surréalistes par ex.) et antique-païenne (avec référence à la mémoire druidique), je suis habité par tous ces paysages de la spiritualité européenne et je ne suis adepte d’aucune religion en particulier. Je me sens incapable de toute connivence en matière spirituelle et de pratiques collectives (sauf peut-être le partage du silence).

    Je constate simplement que ma mémoire est façonnée par ces différentes traditions spirituelles européennes. Je peux alors reconnaître la valeur et l’importance de chacune d’elles à partir du moment où je cherche non pas à m’y identifier, mais simplement à puiser dans leurs points de vue différents sur la spiritualité ce qui peut m’aider pour avancer sur mon propre chemin.

    Je suis donc tout à fait en mesure de désigner la part sombre et destructrice du christianisme contemporain et de lutter contre, à ma manière, mais aussi d’en reconnaître l’extraordinaire lumière et poésie qui m’ont nourri et que l’on peut découvrir dans le regard halluciné des personnages des vitraux du XIIIe siècle de la cathédrale de Chartres, par exemple.

    Cette vision enchantée puise sa force dans une mémoire très ancienne et bien antérieure au christianisme. Elle demeure mon phare pour continuer mon travail de création musicale.

    J’arrête là car je risque de ne plus pouvoir m’arrêter et de vous lasser rapidement.

    août 11, 2010 à 10 h 04 min

  37. Amélie

    Je lirais bien volontiers une « histoire de Jesus » version isidore, moi, comme roman d’été… 🙂

    août 11, 2010 à 10 h 13 min

  38. Isidore

    Je m’y mets dès aujourd’hui, promis Amélie ! 😉

    août 11, 2010 à 10 h 19 min

  39. Amélie

    ouaiiiiiiiiiis !
    prions pour que ce soit à la hauteur de ton épopée du passage à la station debout… :-*

    août 11, 2010 à 10 h 30 min

  40. NÉVROS, OU LA VRAIE VIE DE JÉSUS (1)

    Depuis Jador et Jadair (com. 5, 10, 13) le temps a passé, les hommes ont définitivement adopté la station debout et la vie politique et religieuse a pris tout son essor: l’humanité traverse fièrement l’ère des civilisations. Tout irait donc pour le mieux sous l’influence de ces deux personnages mythiques fondateurs de cette nouvelle étape du développement humain.

    Or un fait nouveau et imprévisible vint perturber, sans que personne ait pu l’imaginer, cette belle ordonnance installée depuis de nombreux millénaires: la naissance de Névros.

    Arrière et arrière petit-fils (je ne sais plus combien de fois mais certainement beaucoup) de Jador, il avait subi au fil des générations, une mutation lui épargnant les vicissitudes de ses lointains ancêtres, et disposait somme toute d’un fessier tout à fait ordinaire et même assez banal, il faut bien l’avouer. Par contre une anomalie d’une tout autre nature voulut qu’il devienne malgré lui un personnage essentiel de l’histoire moderne. Il avait en effet naturellement tendance à chauffer de la tête. Ceci lui évitait la plupart du temps l’usage du chapeau ou du bonnet, en hiver principalement, et il ne s’en plaignait nullement. Par contre il avait remarqué que ceci présentait quelques inconvénients, la nuit en particulier lorsqu’il voulait dormir et qu’il se trouvait en compagnie de ses congénères: sa tête émettait une drôle d’auréole lumineuse très gênante pour le sommeil. Il avait tout essayé: la glace, les coussins sur la tête, l’eau froide, la crème à la rhubarbe et même les framboises sauvages, rien n’y faisait, il chauffait de la tête, un point c’est tout.

    Il s’en accommoda et chacun fit de même. Pourtant peu à peu cette particularité commença à lui jouer des tours. Il s’aperçut par exemple à son réveil, un jour où il dormait sur un banc, qu’une foule entière était agenouillée devant lui, retrouvant la posture initiale de ses lointains ancêtres, et que manifestement, chacun cherchait dans le sol quelque chose ayant rapport avec lui. Il se leva aussitôt, prit le pain qu’il avait dans la poche, le rompit et prononça la parole décisive: « Prenez et mangez en tous, ce n’est pas la peine de vous casser le dos à chercher des miettes de ce que je peux vous offrir directement ! » Et comme il était plutôt jovial et bon enfant il en profita pour sortir sa petite fiole d’eau de vie et pour trinquer avec la foule reconnaissante de pouvoir ainsi siroter gratis. Personne ne sut pourquoi il accompagna ce geste banal et généreux d’une sentence mémorable: » Prenez et buvez en tous, ceci est mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle! » Il se mit ensuite à dire des drôles de choses dans un langage hyperbolique, parabolique et même à donner la colique aux plus constipés, mais, poliment, chacun se faisait un devoir de l’écouter, se disant à part lui qu’il aurait peut-être d’autres friandises à distribuer. On se demandait d’ailleurs comment il était parvenu à servir tout le monde avec finalement pas grand-chose au départ. Bref il commençait à chauffer sérieusement de la tête.

    août 11, 2010 à 14 h 48 min

  41. Amélie

    merciiiiiiiiiiiiii isi !!!! T’es un inventeur d’histoires extraordinaire !!!! Pourvu que tu tiennes le rythme !!!
    xxx

    août 11, 2010 à 15 h 09 min

  42. T’as déjà essayé d’improviser des histoires en t’accompagnent au piano ?
    Je suis sûr que ça serait top du top.
    T’as pas envie de programmer ça un de ces 4 (pourquoi pas avant ou après ton spectacle du 11 à la Petite Echelle ?)

    août 11, 2010 à 19 h 27 min

  43. Isidore

    Tout à fait, Vincent, c’est de plus en plus ce que je fais depuis un certain temps. D’ailleurs l’histoire de la bipédie a intégré notre spectacle avec Thérésa, et semble être bien accueillie. Donc ok pour programmer quelque chose avant la Petite Échelle. De toute façon on précisera tout cela à ton retour de vacances.

    août 11, 2010 à 20 h 01 min

  44. Pascale

    Isidore, t’es génial! Le rire ! Continue !

    août 11, 2010 à 21 h 39 min

  45. NÉVROS, OU LA VRAIE VIE DE JÉSUS (2)

    Un ami bien intentionné lui proposa d’aller consulter un médecin connu à l’époque pour l’efficacité de ses traitements : un certain Jean-Baptiste. Il s’y rendit derechef. Mais, en guise de soin, il lui fit simplement plonger la tête dans l’eau sale du Jourdain en prononçant quelques incantations magiques. Déçu, il rentra chez lui en se demandant bien comment il pourrait remédier à cette infirmité de plus en plus perturbante. Mais plus il réfléchissait, plus sa tête se mettait à chauffer, et plus il se voyait emporté dans d’étranges élucubrations hyper ou para boliques, qui avaient le don d’attirer des foules de plus en plus nombreuses. Craignant pour sa sécurité, une douzaine de ses copains décidèrent de constituer sa garde rapprochée et ne le lâchèrent plus d’une semelle. Bref sa vie devenait de plus en plus compliquée. Quelques anecdotes tirées de la biographie rédigée par ses proches permettent de mesurer les difficultés auxquelles il avait de plus en plus souvent à faire face. Je ne vous relaterai que trois évènements marquants parmi la kyrielle évoquée, pour vous donner une toute petite idée de la chose.

    Un jour, alors qu’il se promenait au bord du lac de Génésareth avec une serpillière mouillée sur la tête, comme le lui avait conseillé un ami bien intentionné, et qu’il méditait une fois de plus sur son triste sort, il rencontra un groupe de pêcheurs à la ligne qui se plaignaient de ne rien attraper. Il faut dire que la météo n’était pas très favorable et qu’une révolte des poissons avait eu lieu quelques jours auparavant dans le plus grand incognito. Bon gars, malgré tout, il accepta de prêter sa serpillière pour tenter une action de diversion au sein de la gente poissonneuse. Peine perdue, les poissons refusaient de mordre à l’appât tandis que la tête de l’infortunée Névros, elle, montait en température. N’y tenant plus, le malheureux voulut récupérer la serpillière que les pêcheurs avaient lancée au milieu du lac et il se mit à courir bêtement droit devant lui, oubliant la nature liquide de l’eau et le fait qu’il ne savait pas nager. Il faut dire que quand sa tête se mettait à chauffer et bien ça chauffait vraiment. Personne ne comprit ce que chacun put voir de ses propres yeux à ce moment-là, mais tout le monde put en attester ensuite : Névros courait sur l’eau en direction de la serpillière, tout naturellement, comme si de rien n’était, et même, certains remarquèrent qu’à ce moment précis, l’auréole lumineuse autour de sa tête avait crû en intensité. Une étude scientifique ultérieure permit de conclure définitivement que l’échauffement excessif induit par l’absence de serpillière avait sans doute provoqué une élévation globale de la température des pieds, générant un phénomène d’ébullition de l’eau provoquant une sustentation du corps sous l’effet de la vapeur. Cette vapeur fut aussi à l’origine de la mort quasi-instantanée des milliers de poissons attirés par le spectacle et donc du bon gueuleton que la joyeuse compagnie put s’offrir ensuite. Il n’en tira aucune fierté, bien au contraire car il était d’une nature plutôt timide.

    août 12, 2010 à 10 h 39 min

  46. Isidore

    NÉVROS, OU LA VRAIE VIE DE JÉSUS (3)

    Un autre jour, il marchait tranquillement dans la ville, l’esprit serein et la tête froide lorsqu’il rencontra une bonne copine, Marie Madeleine, qui n’avait malheureusement pas très bonne réputation : on la trouvait un peu olé-olé avec la gente masculine et elle faisait croître d’une manière tout à fait étrange et anormale les courbes statistiques de transmission des maladies vénériennes dans la région. Ils se mirent donc à papoter et même à se papouiller légèrement quand soudain, le mari de la-drôlesse apparut, l’air furibard, apparemment bien déterminé à lui faire passer le goût de la chose. Accompagné d’une foule de copains tout aussi déterminés (il faut dire que sans doute un peu de jalousie pouvait bien motiver cette détermination car il était le seul pour qui Marie madeleine acceptait certaines choses que la morale commune désapprouvait), il sentit son sang se glacer, surtout quand il s’aperçut que la foule commençait à s’en prendre à la pauvre fille sans défense. Des pierres se mirent à voler autour de nos deux malheureux et il pensa sérieusement que sa dernière heure était venue. C’est alors que se produisit un fait étrange : sa tête anormalement froide et son sang glacé le figèrent dans une posture inhabituelle et tout à fait incongrue qu’il m’est pénible de décrire à cet instant précis, préférant faire appel à votre imagination , mais qui surprit tellement la foule menaçante qu’elle se trouva médusée, pétrifiée, ne sachant s’il fallait en rire ou en pleurer et, renonçant subitement à ses mauvaises intentions, elle se dispersa, laissant le mari gros-jean comme-devant et nos deux amis sans une seule égratignure.

    À la lecture de ces anecdotes, on pouvait se dire que cette anomalie lui offrait plus d’avantages que d’inconvénients finalement. Pourtant, voyant les foules ne cesser de grandir autour de lui et de lui réclamer des discours à donner la colique, il ne pouvait se résigner à son sort. Il décida de prendre les grands moyens et de suivre à la lettre les prescriptions d’un certain Pilate qu’un autre ami bien intentionné lui avait conseillé de consulter. Il réunit alors ses douze copains lors d’un gueuleton mémorable durant lequel il leur fit une scène pas possible en recommençant le coup du pain et de la gnôle avec des paraboles par-ci et des Saintes Alliances par-là, pour finir par leur décrire par le menu tout le protocole de soin que ce dernier médecin lui avait détaillé afin d’obtenir une guérison complète et définitive. Il en profita ensuite pour faire un petit tour au jardin des oliviers pendant que ses copains ronflaient et qu’un certain judas commençait les préparatifs, et pour s’amuser une dernière fois à se promener dans la nuit en s’éclairant uniquement de son propre halo lumineux. C’était bien la seule chose qu’il regretterait une fois guéri, se disait-il.

    août 12, 2010 à 17 h 56 min

  47. Amélie

    J’adore ces fulgurances créatives que produit le PP… j’attends la suite Isi ! c’est excellent ! 🙂
    Parfois le soir, mes enfants et moi nous asseyons en cercle très serré dans le noir, avec une bougie posée par terre entre nos pieds. Je commence une histoire farfelue, et ils doivent inventer la suite à tour de rôle, jusqu’à ce qu’on souffle la bougie. Ce sont eux qui réclament ces séances. Je n’ai malheureusement pas très souvent le temps ni l’énergie nécessaire pour les faire, en période scolaire…

    août 12, 2010 à 20 h 48 min

  48. Isidore

    NÉVROS, OU LA VRAIE VIE DE JÉSUS (4)

    Bref, il fallut toute une mise en scène et l’embauche d’un nombre incalculable de figurants pour mener à bien le protocole de guérison prescrit par Pilate. Pour faire court et ne pas trop vous lasser, disons simplement que le principe de base consistait à faire croître anormalement la température de la tête grâce à une gymnastique compliquée par laquelle il lui fallait transporter en haut du Golgotha une lourde croix, sous les encouragements de la foule et la stimulation de quelques coups de fouets par-ci et par-là, qu’il lui fallait ensuite accepter qu’on le cloue sur la dite croix en lui mettant sur la tête une couronne d’épines pour conserver l’échauffement produit par l’effort de la montée, et qu’il veuille bien attendre, une fois la croix redressée et solidement plantée dans le sol, qu’une bonne averse prévue par la météo ce jour-là, vienne refroidir le tout. Manque de pot, on n’avait pas prévu qu’un orage accompagnerait l’averse. Notre bon Névros fit office de paratonnerre et reçut une telle décharge qu’il passa aussitôt ad patres en prononçant cette phrase mémorable : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». On n’a d’ailleurs jamais vraiment compris le pourquoi de cette déclaration, mais on avait déjà tellement pris l’habitude de ce genre de chose…

    L’histoire par sa relative banalité aurait pu s’arrêter là et n’avoir finalement aucune influence sur le cours de l’Histoire. C’était sans compter sur un fait décisif qui se produisit après ce dénouement imprévu. En effet suite aux faits relatés précédemment, la foule présidée par Pilate, se réunit pour exprimer sa consternation et sa tristesse, parce qu’on l’aimait bien le bougre et qu’il allait nous manquer. Mais quelqu’un eut subitement l’idée de poser cette grave question : « Mais que voulait-il donc dire quand il parlait de «Sainte Alliance nouvelle et éternelle », crénom de bon sang de bonsoir ? » C’est alors qu’une voix fluette mais que chacun connaissait bien s’éleva : « Moi, je l’ai su, je vous assure ! » Un rire formidable secoua les entrailles de la foule, « Quoi, lui, ce moins que rien, ce va-nu-pieds de mes deux, ce trouduc insignifiant, oser prétendre connaître la réponse à cette énigme insondable? Il nous insulte, les amis ! » « Non, non, je vous assure, je l’ai su, oui je l’ai vraiment su ! » insista ce Philibert qui n’était qu’un vaurien, un voyou connu pour ses méfaits mais assez inoffensif malgré tout. Pilate décida de s’amuser et déclara solennellement : « Et bien, Monsieur « J’ai su » qui sait tout, venez donc nous donner l’explication de l’énigme ! »

    août 13, 2010 à 7 h 20 min

  49. Amélie

    hihihihihahahahahahaha ! Jé su !!!!! :-))))

    août 13, 2010 à 9 h 21 min

  50. Isidore

    NÉVROS, OU LA VRAIE VIE DE JÉSUS (FIN)

    Philibert se présenta auprès de Pilate et commença : « Je vous assure, je l’ai su, oui, je l’ai su (la foule ; « Aaaahhh !!!) et…(long silence) .. mais je… je l’ai oublié ! » (la foule : « Oooohhh ! ») Ce « Ooohhh ! » de déception se métamorphosa en « Ooohhh ! » d’indignation pour s’amplifier en une clameur terrible et s’abattre finalement dans un cri de fureur sur l’infortuné qui subit alors un épouvantable martyre. Je vous passe les détails vous précisant seulement qu’après avoir été plumé, égorgé, découpé en petits cubes, ébouillanté et disséqué, il fut finalement pendu et crucifié, mais qu’au dernier moment, dans un silence inoubliable, chacun put distinctement l’entendre dire : « ça y est, je me souviens… l’Alliance c’ét…» Mais il rendit l’âme à ce moment précis.

    La consternation fut totale. Prenant conscience de son horrible forfait, la foule se vit peu à peu pénétrée d’une honte formidable et accablée d’un regret sans nom. Un silence de mort planait sur la cité. « Comment avons-nous pu commettre un crime aussi pitoyable, une action aussi vile, aussi lamentable ? » « Jaisu ! jaisu ! Jaisu ! » comme une énorme plainte, commença à résonner sur la ville et à se propager de villages en villages. Et pour tenter de fuir la culpabilité insupportable qui la rongeait, la foule décida de glorifier ce malheureux Philibert. N’ayant malheureusement rien à se mettre sous la dent pour fabriquer une légende avec ce rien du tout, elle décida à l’unanimité (moins une voix, celle de Philibert qui était mort) de substituer à sa vie, celle de Névros, plus haute en couleur et, en la remaniant un peu pour lui donner plus d’épaisseur, de faire naître la légende de Jésus. Elle eut un tel succès qu’elle se propagea de par le monde. Très vite, elle donna naissance à une religion fondée sur ce malentendu initial et sur cette confusion, source des égarements et des nombreux schismes qui rythmèrent alors son existence … Jusqu’à ce qu’un génial Autrichien, S.F. (comme Sigmund Fromage ou Framboise Sauvage, je ne sais plus bien) découvrit le pot aux roses et nous remémora l’existence de Névros dans sa théorie malheureusement encore bien mal comprise de nos jours.

    août 13, 2010 à 10 h 03 min

  51. NÉVROS, OU LA VRAIE VIE DE JÉSUS
    (dans son édition intégrale pour les retardataires… et pour occuper un peu plus de place sur le blog)
    ***

    Depuis Jador et Jadair le temps a passé, les hommes ont définitivement adopté la station debout et la vie politique et religieuse a pris tout son essor: l’humanité traverse fièrement l’ère des civilisations. Tout irait donc pour le mieux sous l’influence de ces deux personnages mythiques fondateurs de cette nouvelle étape du développement humain.

    Or un fait nouveau et imprévisible vint perturber, sans que personne ait pu l’imaginer, cette belle ordonnance installée depuis de nombreux millénaires: la naissance de Névros.

    Arrière et arrière petit-fils (je ne sais plus combien de fois mais certainement beaucoup) de Jador, il avait subi au fil des générations, une mutation lui épargnant les vicissitudes de ses lointains ancêtres, et disposait somme toute d’un fessier tout à fait ordinaire et même assez banal, il faut bien l’avouer. Par contre une anomalie d’une tout autre nature voulut qu’il devienne malgré lui un personnage essentiel de l’histoire moderne. Il avait en effet naturellement tendance à chauffer de la tête. Ceci lui évitait la plupart du temps l’usage du chapeau ou du bonnet, en hiver principalement, et il ne s’en plaignait nullement. Par contre il avait remarqué que ceci présentait quelques inconvénients, la nuit en particulier lorsqu’il voulait dormir et qu’il se trouvait en compagnie de ses congénères: sa tête émettait une drôle d’auréole lumineuse très gênante pour le sommeil. Il avait tout essayé: la glace, les coussins sur la tête, l’eau froide, la crème à la rhubarbe et même les framboises sauvages, rien n’y faisait, il chauffait de la tête, un point c’est tout.

    Il s’en accommoda et chacun fit de même. Pourtant peu à peu cette particularité commença à lui jouer des tours. Il s’aperçut par exemple à son réveil, un jour où il dormait sur un banc, qu’une foule entière était agenouillée devant lui, retrouvant la posture initiale de ses lointains ancêtres, et que manifestement, chacun cherchait dans le sol, quelque chose ayant rapport avec lui. Il se leva aussitôt, prit le pain qu’il avait dans la poche, le rompit et prononça la parole décisive: « Prenez et mangez en tous, ce n’est pas la peine de vous casser le dos à chercher des miettes de ce que je peux vous offrir directement ! » Et comme il était plutôt jovial et bon enfant il en profita pour sortir sa petite fiole d’eau de vie et pour trinquer avec la foule reconnaissante de pouvoir ainsi siroter gratis. Personne ne sut pourquoi il accompagna ce geste banal et généreux d’une sentence mémorable: » Prenez et buvez en tous, ceci est mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle! » Il se mit ensuite à dire des drôles de choses dans un langage hyperbolique, parabolique et même à donner la colique aux plus constipés, mais, poliment, chacun se faisait un devoir de l’écouter, se disant à part lui qu’il aurait peut-être d’autres friandises à distribuer. On se demandait d’ailleurs comment il était parvenu à servir tout le monde avec finalement pas grand-chose au départ. Bref il commençait à chauffer sérieusement de la tête.

    Un ami bien intentionné lui proposa d’aller consulter un médecin connu à l’époque pour l’efficacité de ses traitements : un certain Jean-Baptiste. Il s’y rendit derechef. Mais, en guise de soin, il lui fit simplement plonger la tête dans l’eau sale du Jourdain en prononçant quelques incantations magiques. Déçu, il rentra chez lui en se demandant bien comment il pourrait remédier à cette infirmité de plus en plus perturbante. Mais plus il réfléchissait, plus sa tête se mettait à chauffer, et plus il se voyait emporté dans d’étranges élucubrations hyper ou para boliques, qui avaient le don d’attirer des foules de plus en plus nombreuses. Craignant pour sa sécurité, une douzaine de ses copains décidèrent de constituer sa garde rapprochée et ne le lâchèrent plus d’une semelle. Bref sa vie devenait de plus en plus compliquée. Quelques anecdotes tirées de la biographie rédigée par ses proches permettent de mesurer les difficultés auxquelles il avait de plus en plus souvent à faire face. Je ne vous relaterai que trois évènements marquants parmi la kyrielle évoquée, pour vous donner une toute petite idée de la chose.

    Un jour, alors qu’il se promenait au bord du lac de Génésareth avec une serpillière mouillée sur la tête, comme le lui avait conseillé un ami bien intentionné, et qu’il méditait une fois de plus sur son triste sort, il rencontra un groupe de pêcheurs à la ligne qui se plaignaient de ne rien attraper. Il faut dire que la météo n’était pas très favorable et qu’une révolte des poissons avait eu lieu quelques jours auparavant dans le plus grand incognito. Bon gars, malgré tout, il accepta de prêter sa serpillière pour tenter une action de diversion au sein de la gente poissonneuse. Peine perdue, les poissons refusaient de mordre à l’appât tandis que la tête de l’infortunée Névros, elle, montait en température. N’y tenant plus, le malheureux voulut récupérer la serpillière que les pêcheurs avaient lancée au milieu du lac et il se mit à courir bêtement droit devant lui, oubliant la nature liquide de l’eau et le fait qu’il ne savait pas nager. Il faut dire que quand sa tête se mettait à chauffer et bien ça chauffait vraiment. Personne ne comprit ce que chacun put voir de ses propres yeux à ce moment-là, mais tout le monde put en attester ensuite : Névros courait sur l’eau en direction de la serpillière, tout naturellement, comme si de rien n’était, et même, certains remarquèrent qu’à ce moment précis, l’auréole lumineuse autour de sa tête avait crû en intensité. Une étude scientifique ultérieure permit de conclure définitivement que l’échauffement excessif induit par l’absence de serpillière avait sans doute provoqué une élévation globale de la température des pieds, générant un phénomène d’ébullition de l’eau provoquant une sustentation du corps sous l’effet de la vapeur. Cette vapeur fut aussi à l’origine de la mort quasi-instantanée des milliers de poissons attirés par le spectacle et donc du bon gueuleton que la joyeuse compagnie put s’offrir ensuite. Il n’en tira aucune fierté, bien au contraire car il était d’une nature plutôt timide.

    Un autre jour, il marchait tranquillement dans la ville, l’esprit serein et la tête froide lorsqu’il rencontra une bonne copine, Marie Madeleine, qui n’avait malheureusement pas très bonne réputation : on la trouvait un peu olé-olé avec la gente masculine et elle faisait croître d’une manière tout à fait étrange et anormale les courbes statistiques de transmission des maladies vénériennes dans la région. Ils se mirent donc à papoter et même à se papouiller légèrement quand soudain, le mari de la drôlesse apparut, l’air furibard, apparemment bien déterminé à lui faire passer le goût de la chose. Accompagné d’une foule de copains tout aussi déterminés (il faut dire que sans doute un peu de jalousie pouvait bien motiver cette détermination car il était le seul pour qui Marie madeleine acceptait certaines choses que la morale commune désapprouvait), il commença à sentir son sang se glacer, surtout quand il s’aperçut que la foule commençait à s’en prendre à la pauvre fille sans défense. Des pierres se mirent à voler autour de nos deux malheureux et il pensa sérieusement que sa dernière heure était venue. C’est alors que se produisit un fait étrange : sa tête anormalement froide et son sang glacé le figèrent dans une posture inhabituelle et tout à fait incongrue qu’il m’est pénible de décrire à cet instant précis, préférant faire appel à votre imagination , mais qui surprit tellement la foule menaçante qu’elle se trouva médusée, pétrifiée, ne sachant s’il fallait en rire ou en pleurer et,renonçant subitement à ses mauvaises intentions,,elle se dispersa, laissant le mari gros jean comme devant et nos deux amis sans une seule égratignure.

    À la lecture de ces anecdotes, on pouvait se dire que cette anomalie lui offrait plus d’avantages que d’inconvénients finalement. Pourtant, voyant les foules ne cesser de grandir autour de lui et de lui réclamer des discours à donner la colique, il ne pouvait se résigner à son sort. Il décida de prendre les grands moyens et de suivre à la lettre les prescriptions d’un certain Pilate qu’un autre ami bien intentionné lui avait conseillé de consulter. Il réunit alors ses douze copains lors d’un gueuleton mémorable durant lequel il leur fit une scène pas possible en recommençant le coup du pain et de la gnôle avec des paraboles par-ci et des Saintes Alliances par-là, pour finir par leur décrire par le menu tout le protocole de soin que ce dernier médecin lui avait détaillé afin d’obtenir une guérison complète et définitive. Il en profita ensuite pour faire un petit tour au jardin des oliviers pendant que ses copains ronflaient et qu’un certain Judas commençait les préparatifs, et pour s’amuser une dernière fois à se promener dans la nuit en s’éclairant uniquement de son propre halo lumineux. C’était bien la seule chose qu’il regretterait une fois guéri, se disait-il.

    Bref, il fallut toute une mise en scène et l’embauche d’un nombre incalculable de figurants pour mener à bien le protocole de guérison prescrit par Pilate. Pour faire court et ne pas trop vous lasser, disons simplement que le principe de base consistait à faire croître anormalement la température de la tête grâce à une gymnastique compliquée par laquelle il lui fallait transporter en haut du Golgotha une lourde croix, sous les encouragements de la foule et la stimulation de quelques coups de fouets par-ci et par-là, qu’il lui fallait ensuite accepter qu’on le cloue sur la dite croix en lui mettant sur la tête une couronne d’épines pour conserver l’échauffement produit par l’effort de la montée, et qu’il veuille bien attendre, une fois la croix redressée et solidement plantée dans le sol, qu’une bonne averse prévue par la météo ce jour-là, vienne refroidir le tout. Manque de pot, on n’avait pas prévu qu’un orage accompagnerait l’averse. Notre bon Névros fit office de paratonnerre et reçut une telle décharge qu’il passa aussitôt ad patres en prononçant cette phrase mémorable : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». On n’a d’ailleurs jamais vraiment compris le pourquoi de cette déclaration, mais on avait déjà tellement pris l’habitude de ce genre de chose…

    L’histoire par sa relative banalité aurait pu s’arrêter là et n’avoir finalement aucune influence sur le cours de l’Histoire. C’était sans compter sur un fait décisif qui se produisit après ce dénouement imprévu. En effet suite aux faits relatés précédemment, la foule présidée par Pilate, se réunit pour exprimer sa consternation et sa tristesse, parce qu’on l’aimait bien le bougre et qu’il allait nous manquer. Mais quelqu’un eut subitement l’idée de poser cette grave question : « Mais que voulait-il donc dire quand il parlait de «Sainte Alliance nouvelle et éternelle », crénom de bon sang de bonsoir ? » C’est alors qu’une voix fluette mais que chacun connaissait bien s’éleva : « Moi, je l’ai su, je vous assure ! » Un rire formidable secoua les entrailles de la foule, « Quoi, lui, ce moins que rien, ce va-nu-pieds de mes deux, ce trouduc insignifiant, oser prétendre connaître la réponse à cette énigme insondable? Il nous insulte, les amis ! » « Non, non, je vous assure, je l’ai su, oui je l’ai vraiment su ! » insista ce Philibert qui n’était qu’un vaurien, un voyou connu pour ses méfaits mais assez inoffensif malgré tout. Pilate décida de s’amuser et déclara solennellement : » Et bien, Monsieur « J’ai su » qui sait tout, venez donc nous donner l’explication de l’énigme ! »

    Philibert se présenta auprès de Pilate et commença : « Je vous assure, je l’ai su, oui, je l’ai su (la foule ; « Aaaahhh !!!) et…(long silence) .. mais je… je l’ai oublié ! » (la foule : « Oooohhh ! ») Ce « Ooohhh ! » de déception se métamorphosa en « Ooohhh ! » d’indignation pour s’amplifier en une clameur terrible et s’abattre finalement dans un cri de fureur sur l’infortuné qui subit alors un épouvantable martyre. Je vous passe les détails vous précisant seulement qu’après avoir été plumé, égorgé, découpé en petits cubes, ébouillanté et disséqué, il fut finalement pendu et crucifié, mais qu’au dernier moment, dans un silence inoubliable, chacun put distinctement l’entendre dire : « ça y est, je me souviens… l’Alliance c’ét…» Mais il rendit l’âme à ce moment précis.

    La consternation fut totale. Prenant conscience de son horrible forfait, la foule se vit peu à peu pénétrée d’une honte formidable et accablée d’un regret sans nom. Un silence de mort planait sur la cité. « Comment avons-nous pu commettre un crime aussi pitoyable, une action aussi vile, aussi lamentable ? » « Jaisu ! jaisu ! Jaisu ! » comme une énorme plainte, commença à résonner sur la ville et à se propager de villages en villages. Et pour tenter de fuir la culpabilité insupportable qui la rongeait, la foule décida de glorifier ce malheureux Philibert. N’ayant malheureusement rien à se mettre sous la dent pour fabriquer une légende avec ce rien du tout, elle décida à l’unanimité (moins une voix, celle de Philibert qui était mort) de substituer à sa vie, celle de Névros, plus haute en couleur et, en la remaniant un peu pour lui donner plus d’épaisseur, de faire naître la légende de Jésus. Elle eut un tel succès qu’elle se propagea de par le monde. Très vite, elle donna naissance à une religion fondée sur ce malentendu initial et sur cette confusion, source des égarements et des nombreux schismes qui rythmèrent alors son existence … Jusqu’à ce qu’un génial Autrichien, S.F. (comme Sigmund Fromage ou Framboise Sauvage, je ne sais plus bien) découvrit le pot aux roses et nous remémora l’existence de Névros dans sa théorie malheureusement encore bien mal comprise de nos jours.

    FIN

    août 13, 2010 à 10 h 16 min

  52. J’ai hésité à publier un chapitre par jour jusqu’à la fin de l’été, comme tu le suggérais Amélie, mais finalement j’ai opté pour une version abrégée PP, préférant proposer à Gallimard la version complète du roman, avec des droits pour le PP et pour toi, évidemment, comme cosignataire-initiatrice du projet. Qu’en penses-tu ?

    août 13, 2010 à 10 h 29 min

  53. Jacques

    À Isidore 36

    Oui, d’accord, mais cela laisse ouverte la question d’un éventuel apport positif du christianisme dans la culture européenne au plan des principes.

    Cela dit en tant qu' »artiste » tu es un « fils de la chimère » (comme dirait tonton Georges citant Jean Richepin), et donc la cohérence des principes n’est peut-être pas ton souci. Pour toi la culture est (peut-être) comme une oeuvre d’art, avec des parties sombres et des parties claires. Moi je la vois comme le logiciel de mon peuple, un logiciel qui plante (notamment parce qu’il a été écrit par deux personnes qui avaient des idées complètement opposées de la programmation) et qu’il faut corriger.

    août 13, 2010 à 10 h 46 min

  54. Tiens, ça serait intéressant à creuser, ces deux visions que tu sembles distinguer: la vision « artiste chimérique » et la vision « logiciel qui plante ».

    J’avoue pour ma part ne pas bien saisir la nuance essentielle, sauf peut-être l’idée que la vision « artiste » permettrait de se satisfaire en quelque sorte d’une représentation en clair-obscur de la réalité tandis que la vision « logiciel » supposerait davantage une implication « morale » dans le fait de changer ce qui ne tourne pas rond. Je me trompe ?

    août 13, 2010 à 11 h 32 min

  55. Quant au plan des principes, l’apport positif majeur du christianisme dans notre culture me semble être celui qui a induit la naissance de « l’individu »et l’émancipation du singulier par rapport au collectif, générant du côté obscur l’individualisme forcené, et du côté clair la philosophie personnaliste, par exemple et sa notion centrale de « personne », étrangère aux autres cultures, si je ne m’abuse.

    Il me semble aussi qu’il n’y aurait pas de nation Française (ou Suisse) sans cette notion de « contrat social » qui découle directement, en tant que principe ou idée fédératrice tout à fait distincte de ce qui fonde naturellement la cohésion sociale jusqu’alors (le sang, la terre, la famille, la tribu etc.), de la pensée chrétienne et de sa critique par les Lumières.

    août 13, 2010 à 12 h 02 min

  56. Cela me fait penser à une distinction que j’aime à faire entre deux tempéraments : les « belles âmes », morales, qui cherchent à résoudre les conflits et incarner le Bien et les « grandes âmes » qui cherchent plutôt à intégrer en elles toutes les contadictions.

    Le dialogue est souvent difficile entre les deux.

    août 13, 2010 à 12 h 07 min

  57. Jacques

    Il y a contradictions et contradictions…

    S’il est vrai que le paganisme est acceptation des vraies contradictions, c’est-à-dire les contradictions du réel, et que le judaïsme est rejet du paganisme, alors il y a contradiction entre judaïsme et paganisme ; accepter CETTE contradiction, c’est rester dans les limbes de l’incohérence (la condition chrétienne), et non accepter les vraies contradictions du réel.

    Valoriser les contradictions dans les idées (c’est-à-dire l’incohérence) relèverait pour moi d’un irrationalisme sans portée.

    août 13, 2010 à 12 h 37 min

  58. Plutôt que « incohérence » je parlerais plutôt d' »irréductibilité » entre principes. Et cette irréductibilité n’est-elle pas le moteur de la vie, ce qui fait qu’on est vivant ?

    On essaie sans arrêt d’harmoniser des forces contradictoires et incompatibles à priori (le féminin et le masculin, le clair et l’obscur, le yin et le yang, etc.). A partir du moment où on suppose qu’il pourrait exister Le Principe Cohérent qui annihile toute tension entres principes contradictoires, n’ouvre-t’on pas la porte à un autre principe dont je me méfie personnellement: celui d’une possible Vérité universelle, et en somme, d’un Dieu unique détenteur de cette Vérité ?

    Je préfère pour ma part évoluer dans un monde de principes incohérents que j’essaie tant bien que mal de vivre d’une façon cohérente, tout en sachant que je produis aussi de l’incohérence, plutôt que dans un monde figé dans une Vérité révélée, ce qui me semble ce coup là fort chimérique, et tant mieux.

    L’incompatibilité fondamentale entre le Paganisme et le Judaïsme génère une tension féconde pour la genèse de nouveaux principes, dont ceux du christianisme… qui ne résolvent rien en eux même, mais créent d’autres approches différentes de l’un et de l’autre, des alternatives d’existence.

    août 13, 2010 à 13 h 23 min

  59. Jacques

    Je ne peux que répéter la distinction que j’établis entre les contradictions dans le monde (dont l’acceptation s’appelle justement paganisme) et les contradictions dans les idées, qui sont incohérence.

    Par ailleurs, si j’admets tout à fait que les contradictions culturelles du christianisme ont été en un sens fécondes, je pense qu’on a aujourd’hui atteint les limites de cette fécondité, avec un bordel culturel qui nous empêche de prendre en charge les crises présentes et à venir.

    Voir la culture comme une production de sens divers, et dont la perfection serait la richesse de cette diversité, me semble relever d’une application erronée des principes libéraux de production de richesses à la culture. La culture n’est pas juste « richesse » ; elle est un rapport au monde qui doit être viable.

    C’est toute la distinction entre l’intellectuel moderne, qui surfe sur l’embrouillaminis culturel, ajoutant des couches de contradictions et de paradoxes qui varient au fil de sa carrière, et le sage, qui est effectivement dépositaire d’une forme de vérité qui n’a pas à changer sans cesse. « Je transmets et ne crée rien ; j’aime les Anciens et crois en eux » (Confucius).

    Un homme qui a des idées contradictoires peut être tout à fait fonctionnel, et on peut trouver dans ces idées une richesse intéressante et positive. Mais un jour cet homme ne supporte plus ces contradictions, ne parvient plus à vivre, se constitue en malade et va voir un psychiatre. À ce moment-là les contradictions deviennent un problème à résoudre.

    C’est le cas à mon avis de notre situation collective (et il me semble que ton article sur la névrose chrétienne qui « t’enterre vivant » confirme plutôt ce point de vue).

    août 13, 2010 à 13 h 58 min

  60. Isidore

    Le bordel culturel actuel me paraît indéniable, tout autant que la chaos tout court qui anime le monde. Je partage donc tout à fait ton point de vue sur la nécessité d’inventer des solutions viables aux incohérences destructrices qui sévissent… et je m’y attelle, à ma manière et à ma mesure dans la vie de tous les jours… C’est vrai que ça demande pas mal de réflexion pour débrouiller l’écheveau des contradictions qui nous gouvernent, mais ça a aussi un côté amusant qui ne me déplaît pas.

    août 13, 2010 à 15 h 42 min

  61. Jacques

    Tout à fait d’accord sur le côté amusant… Je ne connais rien de plus sérieux, et pourtant cela reste un jeu…

    Pour le monde comme chaos, tu exagères un peu, non ? Le monde est aussi plein d’ordre… Le cycle des saisons, par exemple, est tout sauf chaotique. Et tout ce qui est vivant, quoique plus complexe que les cycles astraux, respire également l’ordre et l’organisation…

    Mais si on zoome sur la société humaine, beaucoup d’instabilité en effet…

    Une partie de cette instabilité me semble inhérente à l’homme lui-même, ainsi qu’à l’aventure culturelle démarrée en gros avec la sédentarisation… Nous devons trouver un équilibre dynamique là-dedans, et c’est ce que font les cultures viables.

    Une autre partie me semble liée à des errances culturelles. Celles-ci peuvent être corrigées.

    août 13, 2010 à 16 h 15 min

  62. Jacques

    Isidore 55

    « L’individu et l’émancipation du singulier par rapport au collectif », donc. Question fondamentale, et bon candidat, je le reconnais, au titre d’apport positif du christianisme sur le plan des principes 🙂

    Je te donne tout de suite mon accord sur un point : ce qu’on a appelé « respect de la dignité humaine », et qui voit les chrétiens poser le respect élémentaire de tout être humain, indépendamment de ses appartenances (et sauf exceptions comme l’exécution d’un tueur en série).

    Je pense que nous devons conserver cet acquis culturel, sous la forme de « droits de l’homme » minimaux, protégeant les individus contre le groupe. Par contre il faut rejeter les droits de l’homme (et la perspective « inviduelle ») comme principe de l’organisation politique (libéralisme) ; cela conduit tout simplement à la destruction des communautés.

    Je fonde personnellement ce respect de chacun dans la solidarité de la communauté humaine. Comme je l’ai dit ailleurs, pour moi la morale fait partie de la culture traditionnelle, et en tant que telle elle n’a pas besoin d’être fondée ; mais si on insiste, voilà le fondement.

    L’émancipation de l’individu par rapport au groupe est au coeur de la prédication évangélique. Elle naît dans cette idée que la responsabilité de l’individu n’est plus vis-à-vis de la communauté, mais vis-à-vis de Dieu. Ce tête-à-tête avec Dieu a été fortement atténué dans le catholicisme par le rôle intermédiaire de l’Église ; il a été fortement rétabli par le protestantisme, supprimant cet intermédiaire.

    Même si ce découplage de la morale d’avec les exigences de la communauté était viable (il ne l’est pas, si ce n’est sous le régime de la schizophrénie), le problème est que lorsqu’on cesse de croire en Dieu, on bascule dans l’anomie, celle-là même qu’on observe dans la société libérale décomposée (voir « American psycho » pour la forme aigue).

    Il y aurait bien d’autres choses à dire, mais dans le cadre d’1 com de forum, c’est déjà ça.

    août 13, 2010 à 16 h 18 min

  63. Jacques

    J’oubliais la Nation… Moins bon candidat a priori… Pas sûr de voir, ni la supériorité de la Nation par rapport à d’autres formalisations de la communauté, ni le rôle précis du christianisme là-dedans (si ce n’est peut-être dans sa dévalorisation des appartenances ethniques, sur le modèle du « il n’y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre » de Paul ?).

    août 13, 2010 à 16 h 21 min

  64. Amélie

    Isi, j’en dis : vivement que tu viennes que je te bise !
    sur ce je retourne à mon chantier…

    août 13, 2010 à 16 h 41 min

  65. « Inventer des solutions viables », « corriger les errances culturelles », je pense que vous vous leurrer si vous prenez ces objectifs au sérieux.

    On ne parviendra évidemment pas plus à extirper le christianisme de l’Occident que désapprendre à marcher ou à lire, bref extirper je ne sais quel vernis moderne afin de faire advenir un hypothétique « Âge d’Or ».

    En tout cas, n’oubliez surtout pas le « côté amusant » du jeu ou du moins sa raison d’être : rêvasser le sur le passé ou sur l’avenir n’est qu’un piètre moyen pour ne pas voir en face qu’on n’a pas les ressources suffisantes pour affronter le présent.

    En tout cas, pour mon cas, je le vois comme ça.

    août 13, 2010 à 19 h 51 min

  66. Isidore

    Tu penses que je me leurre à chercher des solutions viables ? Mais que faire d’autre pour survivre dans cette réalité ?

    Il ne me vient pas à l’esprit un seul instant de considérer ces solutions comme universellement valables, mais il me semble par contre nécessaire de les défendre, simplement pour qu’elles parviennent à exister déjà à mon petit niveau.

    août 13, 2010 à 21 h 13 min

  67. Sans doute par excès de réaction à l’idéologie progressiste, je ne pense pas que la moindre amélioration de notre condition soit possible.

    Face au Réel, tel qu’il est toujours ici et maintenant, décevant, tant qu’on n’est effectivement pas capable de l’accepter tel quel, on ne peut certes pas éviter d’avoir envie de le changer, d’en faire advenir un hypothétique Autre, plus conforme à nos désirs.

    Cette attitude est effectivement en-soi déjà une solution pour survivre dans cette réalité. Il me paraît cependant nécessaire, pour qu’elle soit justement « viable »), de ne pas oublier que ce n’est qu’un leurre tout aussi vain qu’illusoire. Cela n’empêche pas d’agir… mais évite de trop désespérer de ne pas voir venir les résultats escomptés.

    août 14, 2010 à 0 h 26 min

  68. Isidore

    Pour ma part je n’ai jamais eu l’intention de changer le réel en soi, ni de faire advenir un monde idéal conforme à mes désirs. En ce sens je compatis tout à fait avec ta vision tragique du monde, façonné à partir d’un réel qui aura toujours et pour toujours vocation de nous décevoir et de contrarier nos rêves d’enfants.

    La question n’est donc pas là. Elle est simplement que ce même réel, ô combien décevant peut tout aussi bien être source de joie et d’enchantement, et que finalement ça dépend avant tout de ma façon d’agir et de le considérer.

    Quand je parle de chercher des solutions viables il s’agit uniquement d’inventer des façons d’agir à l’intérieur de ce réel aussi décevant qu’il puisse être par ailleurs, mais qui me le rende tout à fait fréquentable. Tout dépend finalement de la relation établie avec lui. Il peut nous offrir tout aussi bien son plus horrible visage que sa face la plus avenante et la plus réjouie.

    août 14, 2010 à 6 h 01 min

  69. D’accord Vincent, tu es foncièrement sceptique et réac’, on l’a compris et on compatit (chacun ses pathologies), mais de quel droit profites-tu insidieusement du blog du PP pour tenter de refiler le bébé à d’autres ?

    Bon, certes, les gens ici sont résistants, mais ce n’est pas une raison : un peu de morale ne te ferait pas de mal, tu sais.

    août 14, 2010 à 9 h 20 min

  70. Tout à fait d’accord avec toi Isi.

    Je considère même que ce sont exactement les mêmes aspects (tragiques) du réel qui sont à la source du désespoir ou de la grande joie.

    août 14, 2010 à 9 h 23 min

  71. Isidore

    PETIT RECTIFICATIF NÉCESSAIRE
    Mon sens moral m’oblige à lever un petit malentendu que pourrait induire la lecture de « Névros ou la vraie vie de Jésus ». Je m »empresse donc de le faire pour soulager ma conscience.

    En réalité ce Philibert, ce voyou de bas étage était un fieffé coquin que j’ai dû présenter sous un visage plus riant pour ne pas choquer ces dames fréquentant le blog. L’histoire est un petit peu plus compliquée et fort glauque quoiqu’en dise le Figaro magazine. En effet il était un des parrains les plus puissants de Jérusalem et, outre les réseaux de proxénétisme qu’il tenait d’une main de fer (Marie madeleine était une de ses maîtresses avérée), il s’occupait tout particulièrement du négoce des serpillières dont nul n’ignore l’importance dans l’économie régionale de l’époque. Il avait donc une double raison de haïr ce bon Névros: l’usage insultant qu’il faisait de ces dites-serpillières, et… Marie madeleine, évidemment. Il s’est donc arrangé en manipulant tout son beau monde pour lui faire subir sa vengeance de la pire manière qu’il soit puisque notre naïf Névros n’y vit que du feu jusqu’au moment ultime où ces yeux se dessillèrent et qu’il prononça cette sentence mémorable: “Père, etc.”. Mais il était trop tard. Et l’histoire se termina effectivement comme je l’ai présentée. Mais je n’en ai pas précisé les véritables raisons. En effet Pilate était son principal adversaire. D’origine Caucasienne il est l’ancêtre avéré de notre bon Yossip Vissarionnovitch Djougachvili plus connu sous le nom de Staline, à qui il transmit les gènes du génocide sans gêne. Il tenait tous les casinos et une bonne part du trafic des esclaves. Il parvint à piéger son ennemi en flattant son orgueil célèbre de “Monsieur qui sait tout” et à l’éliminer en poussant la foule à le lyncher. Un certain et non moins fameux Lévy était le troisième parrain le plus puissant de la ville et il tenait le commerce des capotes pour ecclésiastiques principalement. Il s’associa donc avec Pilate pour éliminer Philibert et récupérer par la même occasion tous ses réseaux de prostitutions. Ils firent un pacte mémorable bien connu sous le nom de “Sainte Alliance”, et c’est lui qui inventa effectivement toute cette légende avec résurrections et patati et patata. Mais c’était avant tout pour favoriser son commerce de serpillières et de capotes bien entendu…

    Vous comprendrez maintenant que je n’ai pas voulu choquer nos lectrices, principalement, avec des histoires aussi sordides…

    août 30, 2010 à 10 h 50 min

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s