"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Lugnasad

Après Samain, Imbolc et Beltaine, voici le temps de la quatrième grande fête celte rythmant l’année : Lugnasad.

Célébrée le 1er août, Lugnasad est (d’après Wikipédia) « la fête du roi dans sa fonction de redistributeur des richesses et d’équité, sous l’autorité des druides. C’est une trêve militaire qui célèbre la paix, l’amitié, l’abondance et la prospérité du royaume. Elle est obligatoire et réunit les trois classes (sacerdotale, guerrière et artisanale) de la société celtique.

Elle est décrite comme une foire de commerce, mais aussi une occasion de régler les contentieux, de célébrer des mariages, d’entendre des poètes et des musiciens. S’il n’y a pas de sacrifice ni de cérémonie religieuse, on y fait des jeux et des courses, similaires aux Olympiades grecques. »

Je ne sais pas comment raviver cette ancestrale tradition (d’autant que la connaissance qu’on en a est assez floue).

Cette date ne me semble cependant pas sans signification : en plein coeur de l’été astronomique, elle en marque en quelque sorte la fin au niveau « phénoménologique ». Moins de lumière (le raccourcissement des jours commence à se ressentir), départ des Martinets, bref fin de la folie estivale :  nous entrons dans la saison des récoltes.

Fructueux Lugnasad, donc !

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8 Réponses

  1. 120

    Ecrit par François Le Roux et Christian-J. Guyonvarc’h :

    « […] Loin d’interdire la fête, le christianisme l’a maintenue en en renforçant les tendances pacifiques et bienfaisantes […] Dans le folklore moderne la fête de Lughnasadh a pris un aspect agraire accusé qui a parfois trompé les érudits. Mais elle a conservé, intact, son aspect secondaire de divertissement collectif en plein air. […] »

    (Les druides, Ouest-France Université, 1986)

    août 1, 2010 à 19 h 38 min

  2. Ben voilà, Vincent, un « divertissement collectif en plein air », ce n’est tout de même pas si difficile de « raviver cette ancestrale tradition ». Allez hop, sors les tables et lance vite les invits !

    août 1, 2010 à 19 h 40 min

  3. 120

    Ecrit par Anna de Noailles

    L’ANNEE

    Déjà l’été, déjà l’évanouissement
    De l’effort, du travail, du vouloir grave et mâle,
    Et le retour, avec la menthe et le piment,
    De toute la suave exigence animale.

    Ainsi on était simple, on était calme et bon,
    On écrivait le soir au clair des lampes jaunes,
    Les maisons crépitaient de bois et de charbon,
    On avait oublié la dryade et le faune.

    On vivait noblement, ayant l’esprit si droit
    Que la haute pensée y marchait sans courbure,
    Les jours étaient petits et prompts, le rêve étroit
    Mettait autour du temps son cercle et sa bordure ;

    Et voici que le soir n’arrive plus si tôt,
    Qu’une molle blancheur s’étire au crépuscule,
    Qu’on entend au jardin le bruit doux des râteaux,
    Et qu’un malaise clair dans les chambres circule.

    C’est déjà, sourdement, sous l’herbe et dans les bois
    L’impétueux réveil des dieux chauds et vivaces
    Qui ramènent, noués ensemble, les trois mois
    D’impatient plaisir, de tumulte et d’audace,

    Alors chez les humains, le sage, l’orgueilleux,
    Ceux qui goûtaient le plus la science et le livre
    Viendront imprudemment vers l’été périlleux
    Et pleureront d’espoir et du désir de vivre.

    Ceux qui veillaient, penchés sur les avants secrets
    Et ne relevaient pas le front de sur la table,
    S’attarderont le soir dans l’air glissant et frais,
    Et viendront boire au creux de l’été délectable.

    L’invisible bacchante et le sylvain pampré
    De leurs rapides mains leur presseront les tempes,
    Ivres du vin d’odeur qui flotte sur le pré,
    Ils n’apercevront pas le dieu qui rôde et rampe.

    Le subtil dieu d’erreur et de tentation
    Qui vient troubler le goût de l’heure familière,
    Qui mène la colère et la crispation
    Et qui s’enroule autour du désir comme un lierre.

    Le dieu qui dit : « Voici l’ombre, le pré, le val,
    La source, la colline et les ombelles rondes,
    Qu’est-ce que tout cela qui ne te fait pas mal,
    Toute joie est nouée à la douleur du monde ;

    Si tu goûtais vraiment la paix en cet endroit,
    Tu ne connaîtrais pas la jouissance auguste,
    Faite d’espoir, d’appels, de peur,de désarroi.
    Que peut, pour ton plaisir, la saison lourde et frustre ?

    Ecoute ta langueur s’irriter, es-tu sûr
    De ne rien désirer que ces herbes paisibles ?
    Cueille le blé grenu, bois l’air, mors le fruit sur,
    Rien de ces choses n’est à ton vouloir sensible.

    Respire cette odeur d’herbage et de cumin,
    Sens-tu comme la terre en plein arome nage ?
    Si le pré fleurissant avait un coeur humain,
    Comme tu guérirais ta tristesse et ta rage.

    Ah ! l’échange divin du coeur touchant au coeur,
    Le dangereux, suave et subtil sacrilège
    D’épancher son tourment, sa fureur, sa douleur,
    Et qu’un coeur soit empli de l’autre qui s’allège… »

    — Alors ayant ouï ces choses, comme moi
    Vous irez, pauvres gens, errant, cognant vos têtes
    A l’azur, au feuillage, à l’air brûlant du mois,
    A tout ce qui dans l’aube et dans la nuit halète.

    Toujours désenchantés et toujours désirant,
    Vous connaîtrez l’amère et rude alternative
    De presser contre vous le jour indifférent
    Ou d’essayer de fuir votre âme obscure et vive.

    Et ce sera cela, cette angoisse, ces cris,
    Ce malaise, ces peurs, jusqu’à ce que l’Automne
    Vienne et vous dise avec sa bouche qui sourit :
    C’est fini, ce qui vous fait mal et vous étonne.

    Voici que c’est fini tout cela, tout est mort,
    Le bois va s’effeuiller, le soleil est sans force,
    Rentrez chez vous, je vais tant qu’il fait jour encor,
    Dorer la poire froide au noeud des branches torses.

    Retournez doucement dans les bonnes maisons,
    Reprenez l’hivernale et prudente habitude,
    Elle est morte la folle et perverse sison,
    Quel calme — quel repos — quelle béatitude !…

    août 2, 2010 à 11 h 09 min

  4. Arfff… Si j’étais musicien, c’est sans doute les poésies que la comtesse que je tâcherais de mettre en musique.

    août 2, 2010 à 11 h 13 min

  5. 120

    Ecrit par Emile Verhaeren :

    […]
    Et juin s’efface et voici l’août, quand juillet meurt,
    Et sans cesse grandit l’affolante rumeur,
    Jusques aux jours rugueux d’octobre et de novembre
    Et de la mort sans feu, dans un coin de la chambre.

    août 2, 2010 à 11 h 17 min

  6. Jacques

    Le problème des célébrations reconstituées à partir d’ouvrage d’érudition celtique, c’est qu’on risque de se retrouver à faire des singeries, tout en étant rongés par un doute : a-t-on bien capté l’esprit de la fête ou est-on complètement à côté de la plaque ? 🙂

    Ce qui est sûr, c’est que le calendrier des fêtes actuels est déprimant, et le caractère de « ruine » de notre culture y apparaît de façon particulièrement douloureuse (du moins pour ceux qui ne se réclament plus du christianisme).

    Ca sent la transition culturelle, non ?

    En attendant, les divertissements en plein air ne font pas de mal 🙂

    août 6, 2010 à 13 h 48 min

  7. Je ferais volontiers l’hypothèse qu’une des raisons majeures qui motivaient ces fêtes annuelles, en plus du besoin fondamental de rythmer l’année à l’aide de date et de rituels fixes et en deça des apparâts religieux qu’elles ont pu prendre ici ou là, est tout bêtement le fond grégaire de l’humain et son goût pour les rencontres et les retrouvailles avec les congénères.

    S’il y a toujours quelque chose d’artificiel dans les tentatives actuelles de réactivation de ces fêtes, c’est peut-être que, de nos jours, grâce notamment au temps libre et aux moyens de transport et de communication modernes, les occasions de se retrouver quand bon nous semble ne manquent pas. Ce besoin se fait donc moins ressentir.

    Nul doute qu’elles réapparaîtront lorsqu’il n’y aura plus de pétrole.

    août 30, 2010 à 10 h 04 min

  8. 120

    Ecrit par Marc Klapczynski :

    « […] L’exubérance des retrouvailles entre parents, les bruyantes démonstrations d’allégresse, les braillements des enfants surexcités se mêlent en un joyeux vacarme. A chaque nouvel arrivage, les clameurs redoublent. Le soir venu, l’affluence est à son comble. La rumeur qui s’élève du camp sème l’effroi dans la faune locale, pourtant accoutumées à l’agitation humaine.

    Le spectacle de cette cohue, le brouhaha assourdissant qu’elle génère, exercent sur Iktia une véritable fascination. Le reste du monde est eclipsé par cette formidable concentration humaine. Toutes les forces de la terre semblent s’être rassemblées ici. Les chants et les cris, la chaleur des feux, l’odeur des corps et de la viande grillée, de l’urine et des excréments qui s’accumulent autour du camp, se mêlent en vagues successives qu déferlent jusqu’à elle.

    Les récits, les mimes, les chants et les danses se poursuivent jusqu’à l’aube. Dans l’obscurité de la nuit, les flammes mouvantes des feux apportent une dimension surnaturelle à la scène.

    […] Les animaux aussi se rassemblent. Iktia a déjà contemplé de loin les grands troupeaux de rennes qui inondent la toundra en été. Mais aussi spectaculaires qu’ils soient, ils ne lui ont pas fait la même impression. Malgré leur nombre, ces animaux ne semblent pas composer de force nouvelle. Ils suivent des chemins immuables et subissent les événements sans chercher à en infléchir le cours. Les rassemblements humains sont d’une autre dimension. […] »

    (Le pouvoir d’Iktia, l’Odyssée du dernier Neandertal – II, Aubéron, 2010)

    août 30, 2010 à 10 h 17 min

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