"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Renaissance de l’homme Epiméthéen

« […] Le monde des primitifs est gouverné par le destin, les faits et la nécessité. En dérobant le feu céleste, Prométhée changeait cela, les faits contraignants se muaient en problèmes à résoudre, alors qu’il mettait en doute la nécessité et défiait le destin. L’homme pouvait alors prendre le monde au piège du réseau de ses routes, de ses canaux, de ses ponts, créer un décor à sa mesure. Il prenait conscience de pouvoir affronter le destin, de changer la nature et de façonner le milieu où il vivait, bien que ce fût encore à ses risques et périls. L’homme contemporain veut aller plus loin : il s’efforce de créer le monde entier à son image. Il construit, planifie son environnement, puis il découvre que pour y parvenir il lui faut se refaire constamment, afin de s’insérer dans sa propre création.

[…] Il s’est armé d’outils tout-puissants mais ce sont ses outils qui le dirigent. Toutes les institutions, par lesquelles il entendait exorciser les maux originels, sont devenues des cercueils dont le ouvercle se referme sur lui. Les êtres humains sont pris au piège : prisonniers des boîtes qu’ils fabriquent pour enfermer les maux que Pandore avait laissé échapper.

[…] Dans les pays capitalistes, communistes et « sous-développés », une minorité commence d’apparaître qui éprouve un doute, se demande si l’homo faber est bien l’homme véritable. Et c’est ce doute partagé qui annonce une nouvelle élite, à laquelle appartiennent des personnes de toute classe, de revenus divers, de croyances différentes. Elles se méfient des mythes de la majorité : des utopies scientifiques, du diabolisme idéologique et de cette attente du jour où les biens et les services seront enfin distribués de façon égale. Elles partagent cependant avec la majorité le sentiment d’être pis au piège, la conscience que la plupart des nouvelles dispositions politiques adoptées avec un large soutien populaire conduisent à des résultats opposés à ceux que l’on se proposait d’accomplir. Pourtant, alors que la majorité prométhéenne des aspirants astronautes veut encore se dissimuler le problème fondamental, cette minorité en voie d’apparition commence de critiquer le Deus ex machina scientifique, la panacée idéologique et la chasse aux démons et aux sorcières. Cette minorité commence d’exprimer sa méfiance à l’égard de nos institutions contemporaines qui nous lient comme les chaînes tenaient Prométhée à son rocher. Il faut que l’espoir confiant et l’ironie classique (eirônéia) s’unissent pour dénoncer l’erreur de Prométhée.

[…] Il nous faudrait maintenant un nom pour ceux qui croient à l’espoir plus qu’aux espérances, […] un nom pour ceux qui aiment la terre sur laquelle nous pouvons nous rencontrer […] Pourquoi ne pas appeler ces frères et ces soeurs, porteurs de notre espoir, les Epiméthéens ?

(Ivan Illich, Une société sans école, Seuil, 1971)

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31 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Ivan Illich :

    La Pand-Dora originelle (la « dispensatrice de tout ») fut une déesse de la terre à l’époque préhistorique et patriarcale de la Grèce. Notre Pandore laissa tous les maux s’enfuir d’une outre ou d’une jarre (pithos), qu’elle sut pourtant refermer avant que l’espoir puisse s’en échapper. L’histoire de l’homme apollonien débute au moment où ce mythe de Pandore perd de sa force ; et tout s’achèvera dans ce coffret capable de se refermer seul ! C’est l’histoire d’une société au cours de laquelle des hommes à l’esprit prométhée élevèrent les institutions qui devaient enfermer les maux vagabonds. C’est l’histoire du déclin de l’espoir et de la montée d’espérances sans cesse grandissantes.

    Mais pour comprendre cette évolution, il nous faut redécouvrir la différence entre l’espoir et les espérances. L’espoir, dans son sens fort, signifie une foi confiante dans la bonté de la nature, tandis que les espérances, dans le sens où nous utiliserons ici ce terme, veulent dire que nous nous fions à des résultats voulus et projetés par l’homme. Espérer, c’est attendre d’une personne qu’elle nous fasse un don. Avoir des espérances, au contraire, nous fait attendre notre satisfaction d’un processus prévisible qui produira ce que nous avons le droit de demander. L’éthos prométhéen a maintenant étouffé l’espoir. La survie de la race humaine dépend de sa redécouverte en tant que force sociale.

    La Pandore du mythe, la généreuse donatrice originelle, fut envoyée sur terre, porteuse d’une amphore qui contenait tous les maux et il ne s’y trouvait qu’un seul bienfait : l’espoir. Or, le primitif vivait dans le monde de l’espoir. Pour survivre, il se fiait à la générosité de la nature, aux dons des divinités et aux talents instinctifs de sa tribu. Les Grecs de l’époque classique cessèrent de parler de l’espoir, ils commencèrent de le remplacer par les « espérances ». Ils crurent que Pandore avait à la fois libéré les maux et les bienfaits, mais ils ne se souvinrent d’elle que pour la blâmer d’avoir laissé s’enfuir les premiers ; surtout, ils oublièrent que la dispensatrice était aussi la gardienne de l’espoir.

    Ils racontaient l’histoire de deux frères, Prométhée et Epiméthée. Le premier prévint le second de se méfier de Pandore. Loin de suivre ce conseil, Epiméthée préféra l’épouser. Dans la Grèce classique, le nom « Epiméthée » qui signifie « celui qui regarde derrière lui », prit le sens de « balourd », de « sot ». Les Grecs de l’époque classique et patriarcale possédaient une tournure d’esprit morale et misogyne, au point que d’imaginer la première femme les soulevait d’horreur. Ils construisirent une société fondée sur la raison et l’autorité. Ils conçurent et élevèrent des institutions qui leur permettraient, pensaient-ils, de tenir en respect les maux répandus sur la terre. Ils découvraient qu’ils avaient le pouvoir de façonner le monde et de le domestiquer pour satisfaire à leurs besoins et à leurs désirs. Et sur ce qu’ils étaient capables de bâtir et de créer de leurs mains, ils voulurent modeler leurs besoins et les futures demandes de leurs descendants. Ils se firent législateurs, bâtisseurs, auteurs, créant constitutions et oeuvres d’art pour qu’elles servent d’exemples et de règles aux générations à venir. Alors qu’il suffisait au primitif de participer à l’expérience mythique pour être initié au savoir de la société, chez les Grecs l’homme véritable se définit comme l’excellent citoyen qui, par la paideiea, s’est soumis aux institutions élevées par les ancêtres.

    (ibidem)

    juillet 17, 2010 à 14 h 16 min

  2. J’aime beaucoup cette idée de l’homme primitif qui accepte, tel Epiméthée épousant Pandore, de vivre avec confiance (Espoir) un monde « tragique » où maux et bienfaits sont également répandus.

    Toute l’erreur de l’homme moderne, « prométhéen », serait alors de croire en son pouvoir d’améliorer le monde (renfermer les maux libérés par Pandore).

    On a déjà discuté d’une certaine manière de cette idée, me semble-t-il, notamment là :
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/05/21/vivons-nous-des-temps-cathares/

    juillet 17, 2010 à 14 h 32 min

  3. En même temps, le monde « amélioré » par l’homme prométhéen est-il vraiment pire que celui qu’il tente désespérément de fuir ?

    Il me semble que non. La principale différencea, à mon sens, est qu’il porte la responsabilité de ses horreurs, alors que l’épiméthéen préfère la laisser aux divinités.

    juillet 17, 2010 à 14 h 40 min

  4. Il faudra, un de ces quatre, évoquer l’ « instinct anti-tragique » cher à Clément Rosset.

    Une clé de lecture, découverte il y 20 ans, qui depuis ne me quitte pas et me paraît toujours aussi pertinente.

    juillet 17, 2010 à 14 h 43 min

  5. 120

    Ecrit par Ivan Illich :

    Au cours de l’Antiquité, l’homme s’aperçut qu’il pouvait façonner le monde, mais il ne cessa pas de considérer comme une demeure précaire et la vie demeurait encore pour lui farce et tragédie. On commença de faire confiance à la nature humaine avec le développement des institutions démocratiques, pour peu qu’elle soit placée dans leur cadre. Il y avait encore équilibre entre ce que l’on attendait des institutions et de la bonne volonté d’autrui. Les métiers traditionnels prirent de l’extension et avec eux les institutions nécessaires à leur exercice.

    Cependant, sans s’en apercevoir, on prit peu à peu l’habitude de faire d’abord confiance au mécanisme institutionnel plutôt qu’à la bonne volonté de l’homme. Ainsi, le monde commença de perdre sa dimension humaine, jusqu’à notre temps où se retrouve la contrainte des faits et de la fatalité, comme aux époques dites primitives. Mais l’univers chaotique du barbare était, en fait, constamment soumis aux interventions de divinités mystérieuses et anthropomorphes, tandis que nous ne pouvons attribuer le chaos de notre monde qu’à notre propre action et à notre propre planification. L’homme est maintenant le jouet des savants, des ingénieurs et des planificateurs.

    (ibidem)

    juillet 17, 2010 à 15 h 12 min

  6. Vouloir que l’humain ne soit plus prométhéen n’est-ce pas une façon de l’être encore ?
    🙂

    juillet 19, 2010 à 8 h 21 min

  7. Jacques

    Salutations aux préhistoristes d’un voisin suisse romand.

    Le développement technique est en continuité avec la vie la plus primitive, qui cherche à résoudre les problèmes qui se posent à elle, afin de réaliser ses buts (se nourrir, se protéger, se reproduire…). En cela il est irrésistible, et y situer l’origine de nos problèmes serait sans issue.

    Ce n’est à mon avis l’origine de nos problèmes que dans le sens où le gain de 10 kg de graisse en deux ans par un homme qui a épousé une excellente cuisinière est imputable à l’excellente cuisinière.

    Nous pouvons vivre très bien avec les progrès si nous avons une culture correcte (comme le gars peut se discipliner et faire un peu de sport plutôt que d’engraisser passivement et blâmer sa femme). Ce n’est pas le cas de la nôtre. Il y a donc bien « erreur », mais elle ne se situe pas dans le progrès technique lui-même…

    Tout en rejetant, donc, le « programme » primitiviste d’un Theodore Kaczynski (même point de départ que Brassens, mais choisi la bombe ensuite au lieu de la guitare), je sympathise avec votre élan « préhistorique » dans la mesure où notre culture n’a pas pris la mesure du décalage créé entre notre corps et son environnement naturel. L’esprit humain est attiré par les raccourcis dualistes, mais le bien est généralement une voie étroite entre différents excès, un équilibre à maintenir à travers les changements.

    juillet 19, 2010 à 12 h 45 min

  8. Bienvenue Jacques (et merci pour l’expression de ta sympathie)

    Je suis d’accord avec toi : le progrès technique n’est pas en soi le Mal. Peut-être le devient-il toutefois lorsqu’il se prend pour le Bien et croit pouvoir nous apporter un impossible Salut, bref lorsque l’esprit humain se laisse piéger par les « raccourcis dualistes » que tu évoques.

    Je ne connais pas le dénommé Theodore Kaczynski et vais tâcher de me documenter sur le bonhomme. Est-ce lui qui est à l’origine de ce qu’on appelle l’anarcho-primitivisme » ?

    Au-delà des éventuelles considérations morales, l’option des bombes est en effet plus que contestable. Déjà, stratégiquement, parce qu’attaquer un ennemi de face est le meilleur moyen de le renforcer. Ensuite, parce des bombes, il y en a déjà plein, me semble-t-il, dont le compte à rebours est enclenché. Autant, donc, comme tonton Georges, prendre la guitare et « chanter pendant que Rome brûle » plutôt que d’essayer d’attiser l’incendie avec des allumettes, non ?

    juillet 19, 2010 à 13 h 30 min

  9. Autre rebond sur le commentaire de Jacques :

    Es-tu certain « la vie la plus primitive cherche à résoudre les problèmes qui se posent à elle, afin de réaliser ses buts (se nourrir, se protéger, se reproduire…) » ?

    N’est-ce pas là une simple (et abusive) transposition de notre rapport « moderne » (rationnel et matériel) au monde ?

    juillet 19, 2010 à 13 h 34 min

  10. Jacques

    Merci Vincent pour l’accueil !

    « le progrès technique n’est pas en soi le Mal. Peut-être le devient-il toutefois lorsqu’il se prend pour le Bien et croit pouvoir nous apporter un impossible Salut »

    Oui, en gros d’accord avec ça.

    Bien sûr, le Salut-par-la-technique ressemble à une autre idée : celle du Salut tout court, lequel n’a rien à voir avec la technique… Bref, on considère souvent que le Progrès (surtout dans une forme aussi extrême que le suggère ta formulation) est une laïcisation du messianisme.

    Mais là aussi, attention à la simplification dualiste qui dirait : progressisme, mal, conservatisme, bien. Si on pouvait s’orienter fiablement à ce niveau d’abstraction, ça se saurait.

    Par ailleurs ces idées sont loin d’être hégémoniques dans notre culture. Donc le problème est plutôt notre confusion culturelle (l’absence de principes positifs fiables et partagés) que la simple présence de ces idées, qui sont abondamment contestées depuis longtemps.

    « Je ne connais pas le dénommé Theodore Kaczynski et vais tâcher de me documenter sur le bonhomme. Est-ce lui qui est à l’origine de ce qu’on appelle l’anarcho-primitivisme” ?  »

    Ce terme m’a tout l’air d’un néologisme de systématique politique anglo-saxonne. Au fond, il y a depuis toujours des gens qui disent que c’est la faute à la civilisation.

    Plus généralement, devant les problèmes du temps, on examine quand ils sont apparus et on se dit qu’il faudrait revenir avant ce moment — en ignorant tous les problèmes qui ont disparu depuis. L' »anarcho-primitivisme » n’est qu’une forme radicale de cette démarche.

    Une forme moins radicale est la contre-révolution. Une forme plus radicale est de dire que c’est l’Homme qui est à la source de tous les maux. (La forme la plus radicale est le gnosticisme pour qui la Création est mauvaise.)

    Son texte connu est son manifeste « Industrial Society and Its Future ». Les bombes, ce n’était pas pour détruire le système, mais pour attirer l’attention sur ce texte — lequel préconise cela dit de détruire le système. Cette conclusion est absurde, mais le texte est intéressant.

    juillet 19, 2010 à 17 h 04 min

  11. Jacques

    Es-tu certain “la vie la plus primitive cherche à résoudre les problèmes qui se posent à elle, afin de réaliser ses buts (se nourrir, se protéger, se reproduire…)” ?

    N’est-ce pas là une simple (et abusive) transposition de notre rapport “moderne” (rationnel et matériel) au monde ?

    Non, je ne crois pas que ce soit de l’anthropomorphisme. Je pense plutôt que c’est de l’anthropocentrisme d’imaginer que nous soyons différents…

    Les buts, l’effort vers les buts, la non indifférence au monde constitue le vivant.

    Regarde n’importe quel animal, par exemple l’oiseau qui fait son nid, ou le cygne qui chasse un congénère empiètant sur son territoire. On ne peut pas expliquer son comportement sans faire référence à des buts. Et l’Évolution nous explique pourquoi. (Qu’il se représente lui-même ses buts mentalement est tout à fait secondaire, ça peut être ou non le cas, comme chez l’homme d’ailleurs.)

    juillet 19, 2010 à 17 h 28 min

  12. Jacques

    Au-delà des éventuelles considérations morales, l’option des bombes est en effet plus que contestable. Déjà, stratégiquement, parce qu’attaquer un ennemi de face est le meilleur moyen de le renforcer. Ensuite, parce des bombes, il y en a déjà plein, me semble-t-il, dont le compte à rebours est enclenché. Autant, donc, comme tonton Georges, prendre la guitare et “chanter pendant que Rome brûle” plutôt que d’essayer d’attiser l’incendie avec des allumettes, non ?

    Je réponds à la citation de Brassens par une anecdote sur Eschyle (qui boucle la boucle avec Prométhée…) :

    Eschyle voulut qu’on inscrive sur son tombeau, non pas « auteur de Prométhée enchaîné » mais « il a combattu à Marathon ». Rien ne dit mieux ce qui fit la force de la démocratie athénienne: le courage de ses citoyens et une hiérarchie des valeurs qui plaçait ce courage au-dessus des qualités les plus enviées, le génie littéraire par exemple.

    http://agora.qc.ca/biblio/democratie.html

    juillet 20, 2010 à 11 h 20 min

  13. Nos lointains ancêtres étaient-il comme nous, ou tout différents ? Je pense qu’aucune vérité ne peut être assurée sur la question et qu’il est sans doute bien vain de tenter d’en trouver une.

    Quand quelqu’un m’exprime ce qu’il pense sur la façon de vivre ou le rapport au monde des « préhistos », j’ai pris l’habitude de répondre malicieusement : « Oui, il y avait bien une tribu qui faisait ça… mais il y en avait une autre qui faisait tout le contraire. »

    Le « préhisto », du moins tel que je le conçois, est avant tout un support à imagination. Il représente en quelque sorte fantasmatiquement l’Autre absolu et révèle donc, en négatif, l’image qu’on a de nous-mêmes.

    La tendance dominante de notre époque en fait un être frustre acculé à la survie et se justifie pour le coup par le confort et le raffinement qu’elle nous apporte. Cette vision idéaliste, progressiste, place le Paradis dans « les lendemains qui chantent ». Un mouvement plus marginal, me semble-t-il, tend plutôt à percevoir l’Âge d’or dans un passé perdu : les chasseurs-cueilleurs ayant au moins prouvé que leur mode de vie était plus « durable » que le nôtre, sans pour autant être plus invivable (Sahli nous aidant à y voir un possible « Âge d’abondance »).

    D’une certaine façon, on peut dire qu’une des vocations du PP est de faire, avec le « préhisto », ce que fait François Jullien avec la Chine : un détour par l’Autre (et le sien, si on en croit Billeter n’est pas moins fantasmatique que le nôtre) permettant de considérer autrement.

    juillet 20, 2010 à 11 h 57 min

  14. Je n’ai pas encore pris le temps de lire en détail le texte que tu as mis en lien (mais le ferai sous peu).

    C’est toi le Jacques Dufrenes qui le signe ?

    juillet 20, 2010 à 11 h 59 min

  15. Jacques

    Non, je ne suis pas cette personne (accessoirement j’ai 30 ans de moins). Sinon pour des questions de ce genre, écrire plutôt en privé…

    Le texte donné en lien est un petit livre sur la Grèce antique, avec un parallèle avec notre période. C’est une excellente petite présentation à mon avis, et je ne peux que t’encourager à le lire si ça t’intéresse. CEla dit je l’ai mis juste pour sourcer ma citation, et opposer au rien-à-foutrisme de Brassens le civisme d’Eschyle.

    Les chasseurs-cueilleurs pour moi sont loin d’être l’Autre absolu ; pour ne pas parler de mes ancêtres qui par définition font partie de ma famille 🙂

    Pour l’âge d’or et le progressisme, j’ai répondu assez précisément dans mon com. n° 10 ci-dessus, je ne sais pas si tu as vu…

    juillet 20, 2010 à 15 h 36 min

  16. Si, si j’avais bien vu… j’ai même spécifiquement rebondi dessus (sans doute maladroitement), histoire de t’inciter à préciser davantage en retour 😉

    Ton point de vue paraît clair et documenté et m’intéresse donc, mais bon… j’admets aussi que c’est un bien vaste sujet.

    juillet 22, 2010 à 10 h 03 min

  17. Pour moi, s’ils sont fantasmatiquement une sorte d’Autre absolu (ou de Part maudite) c’est :

    1) parce qu’ils sont à jamais inconnaissables.

    2) toute notre idéologie moderne, fondée sur l’idéal de rupture, d’émancipation, de « self made man », de Progrès (fuyant un passé animal qui nous fait honte ou peur et tendu vers des lendemains que l’on espère enchantés), etc… les instaure tels.

    Après, j’entends bien que tu ne partages pas ce point de vue et revendiques donc plutôt une continuité à laquelle je souscrirais volontiers.

    Tout dépend, en fait, de quoi on parle (et forcément, dès qu’on essaye d’être précis, ça se complique).

    Concrètement, il faudrait sans doute préciser que cette continuité se conçoit essentiellement au sein d’Homo Sapiens, donc pour les 30 000 dernières années. Au-delà, c’est tout de même plus délicat, non ?

    Symboliquement, enfin, j’aime bien qu’il y ait de l’ « Autre » et me méfie de la tentation de voir partout du « Même ».

    Mais bon… tout cela nous envoie peut-être dans de bien vaines limbes.

    juillet 23, 2010 à 9 h 41 min

  18. Jacques

    C’est intéressant la façon dont tu intègres en toi la perspective commune (« notre idéologie », « je souscriRAIS »), traduisant une hésitation idéologique que tu explores au fond avec le PP…

    Le point de départ était sauf erreur mon affirmation que le développement technique est dans la continuité de la vie en général, qui s’efforce vers des buts (j’ai donné des exemples chez les oiseaux), et dès lors se saisit naturellement des moyens, notamment techniques, à disposition.

    Mon propos dans ce fil, en rebond aux textes remarquables d’Illich écrits il y a 40 ans, c’est de dire que la technique n’est pas elle-même notre erreur ; mais qu’il y a en effet une erreur, qui se manifeste notamment dans un rapport erroné à la technique.

    En fait, pour te donner ma perspective personnelle générale, je pense qu’il y a plus qu' »une erreur ». Notre culture est, pour des raisons historiques explicables, gravement incohérente, et donc défaillante dans sa fonction d’encadrement, et c’est pourquoi nous avons tellement de mal à prendre en charge les crises que nous connaissons, et à orienter correctement notre trajectoire. Nous subissons le développement technique et économique avec toutes les dérives possibles comme le gars qui engraisse passivement.

    La modernité, là aussi pour des raisons historiques explicables, s’est laissée fasciner par sa créativité et sa prospérité, tout en rompant avec tout cadre traditionnel ; son errance est inévitable. Après ce temps de création exubérante quelque peu enfantine peut venir un temps de maturité… Le rejet de la technique n’est pas cette maturité — et c’est pourquoi, bien que la critique du Progrès soit en fait très présente dans notre culture depuis longtemps, la politique n’en tient aucun compte. L’errance de celle-ci reste plus sage que le simple rejet de la technique et de l’économie, et tout le monde le devine… y compris le PP, avec son second degré et Brassens comme figure tutélaire … 🙂

    juillet 23, 2010 à 13 h 16 min

  19. De quand date l’ « erreur », selon toi ? Et comment l’expliques-tu ?

    Pour ce qui de l’ « hésitation idéologique » que tu perçois dans mes propos, je ne la renies pas et l’expliquerai ainsi :

    Une des sources de ma motivation dans ce fumeux PP est l’idée de « décolonisation de l’imaginaire » aperçue dans un ouvrage de Serge Latouche.

    Lors des multiples débats auxquels j’ai participé ces dernières années avec les « décroissants » locaux, je me suis rendu compte qu’ils n’allaient pas, à mon sens, au bout de leur pensée.

    Si je souscris volontiers au projet de tenter de quitter l’imaginaire de la croissance (et de l’économie monétaire), je doute qu’on puisse le faire efficacement en conservant les raisonnements rationnels et moraux de la Modernité dont ils sont issus.

    La « décolonisation de l’imaginaire » doit donc, selon moi, racler davantage : le vernis est plus épais (et collant) qu’on peut le croire.

    Je ne sais pas si le but peut être effectivement atteint (d’autant plus que les illusions et fausses pistes sont nombreuses)… au moins est-il à peu près défini et amusant à viser.

    juillet 23, 2010 à 19 h 29 min

  20. Jacques

    De quand date l’ “erreur”, selon toi ? Et comment l’expliques-tu ?

    L’Europe a connu de nombreuses crises, mais à mon sens la crise décisive, dont nous ne nous sommes pas encore remis, c’est la christianisation. Sa gravité tient au fait qu’elle touche aux fondements de notre culture et de notre rapport au monde, et que par elle se produit une rupture telle qu’aucune culture ne devrait jamais en subir.

    L’immédiate paganisation subie en retour par le christianisme (tant au niveau des pratiques populaires qu’au niveau théologico-philosophique) n’a rien résolu. Certains parlent de synthèse judéo-païenne, mais je vois plutôt pour ma part une juxtaposition de principes contradictoires.

    La « synthèse judéo-païenne » est impossible pour une raison très simple : le judaïsme est né et n’existe historiquement que comme rejet du paganisme.

    Les crises culturelles ultérieures à la christianisation rejettent le christianisme tout en restant influencées par (voire en formalisant) certains de ses éléments les plus problématiques. Au passage, elles multiplient les contradictions dans notre culture. Et elles conduisent finalement à l’égarement post-moderne, tandis que le recours à la tradition (un réflexe sain en cas d’égarement) est rendu impossible par l’obstruction de la pseudo-tradition chrétienne sur laquelle bute le regard rétrospectif. En gros 😉

    je doute qu’on puisse le faire efficacement en conservant les raisonnements rationnels et moraux de la Modernité dont ils sont issus.

    Veux-tu préciser ce que tu entends par « les raisonnements rationnels et moraux de la Modernité » dont nous devrions à ton sens nous défaire ?

    Sinon j’approuve ta critique de superficialité (je relève généralement l’absence de cohérence de fond, ce qui revient au même).

    juillet 24, 2010 à 1 h 14 min

  21. Par « raisonnements rationnels et moraux de la Modernité », j’entends ce rapport au monde objectif, scientifique, humaniste des Lumières (dont la source est sans doute tout autant le rationalisme grec que le… christianisme que tu évoques).

    Il est évidemment à la source de belles choses… mais ses effets pervers tendent à être occultés alors qu’ils sont loin d’être anodins.

    Je pense que la meilleure illustration de ces efferts pervers est cette histoire de l’infant de Parme racontée par Elisabeth Badinter : plus on l’éduquait selon les préceptes des Lumières, plus il développait, en parallèle (compensation ?), une superstition irrationnelle et infantile.

    Il y a quelque chose d’inhumain (de concrètement inhabitable pour les animaux que nous sommes), dans la Raison scientifique, universelle et morale.

    Plus on la force (et comment ne pas être tenté de le faire ?), plus on crée en retour des effets pervers indésirables.

    Bref, plus on veut réaliser le Bien, en expulsant le Mal par la porte, plus il revient par les fenêtres.

    (Il me semble que c’est d’ailleurs un peu ce que dit Illich dans l’extrait cité)

    juillet 26, 2010 à 10 h 35 min

  22. Isidore

    Bienvenu, Jacques, et merci pour ta contribution à cette réflexion commune.

    juillet 29, 2010 à 14 h 55 min

  23. Jacques

    Merci Isidore !

    Sinon Vincent, juste une chose :

    Par “raisonnements rationnels et moraux de la Modernité”, j’entends ce rapport au monde objectif, scientifique, humaniste des Lumières (dont la source est sans doute tout autant le rationalisme grec que le… christianisme que tu évoques).

    Le « rationalisme grec » n’est pas la culture païenne, c’est l’aventure parfois un peu naïve d’une raison philosophique qui s’invente et, manquant encore de recul par rapport à elle-même, s’égare parfois (comme un enfant qui superpose des plots d’une façon ingénieuse mais pas aussi stable qu’il l’imagine au départ).

    Un des risques dans le rejet d’excès saillants de notre culture, c’est de tomber de Charybde en Scylla, lorsque l’excès est le pôle positif d’un ancien dualisme qu’on ne fait qu’inverser, au lieu de le rejeter. L’intérêt du recours à la culture pré-chrétienne (et au-delà de la réflexion sur l’opposition judaïsme-paganisme) est précisément de nous permettre de sortir du cadre et de dénouer le problème plutôt que de le redéployer à l’envers.

    juillet 30, 2010 à 13 h 23 min

  24. Tout à fait d’accord.

    Mon propos ne me semble pas être de rejet. J’ai l’impression (ou du moins l’intention) de remettre en cause ce qui se présente comme évidence, de relativiser ce qui tend à s’imposer abusivement, de critiquer ce qui me paraît un peu trop sûr de soi, etc.

    En tout cas, si je donne l’impression d’appliquer l’idéal révolutionnaire de la « table rase » (rejetant un ancien monde décadent pour en construire un nouveau enchanteur) que je critique par ailleurs, c’est bien malgré moi.

    Je me reconnais en tout cas bien mieux dans l’idée de reconquérir un passé (même lointain) un peu trop négligé, voire méprisé.

    L’image que j’emploie souvent est : « gratter le vernis moderne pour raviver ce qui est dessous ».

    Il me semble qu’on peut s’entendre là-dessus, non ?

    Sinon, tu pourrais développer davantage ce que tu entends par « recours à la culture pré-chrétienne » ? Tu pourrais, par exemple, faire un ‘tit article sur le sujet que l’on mettrait en ligne sur le blog et autour duquel on pourrait ensuite plus pécisément discuter ? Ca te dit ?

    juillet 30, 2010 à 21 h 54 min

  25. Jacques

    Oui, on s’entend je crois sur beaucoup de choses, à savoir la nécessaire critique de la Modernité, l’intérêt pour « ce qu’il y a derrière », dont nous entrevoyons qu’il ne s’agit pas uniquement de vieilleries dépassées, mais aussi d’aspects intemporels qui doivent être réhabilité… (Et aussi je crois sur un certain goût pour l’immersion dans la nature…)

    Tu formules cela en parlant d’un vernis moderne qu’il s’agit de gratter. Mais on peut aussi voir la modernité autrement, on peut dire que la christianisation est comme du lierre qui aurait recouvert le tronc de notre société, et la Modernité comme un coup de hache qui débarrasse le tronc du lierre mais ce faisant, malencontreusement, enlève aussi l’écorce (culture pré-chrétienne) et blesse même le bois au-dessous (l’animal humain aliéné par la raison technoscientifique hégémonique)… Cette métaphore est assez bancale, mais disons que la modernité peut être perçue comme absence plutôt que comme présence…

    D’accord en principe pour un petit article sur le « recours à la culture pré-chrétienne », il faut que je réfléchisse à qqch d’adapté… C’est gentil en tout cas de proposer. Quelle longueur, et comment je procède ?

    juillet 31, 2010 à 13 h 37 min

  26. Dis donc, Jacques, tu sembles avoir un regard exclusivement négatif sur le christianisme, tu n’y trouves vraiment rien à « sauver » ?

    Pour la taille de l’article, fais comme tu sens… en sachant toutefois que le format blog n’est pas très adapté à des longs textes. Mieux vaut donc plusieurs petits articles (en chapitres) qu’un seul trop long.

    Je vais t’envoyer un mail (en tant qu’administrateur je dois pouvoir retrouver le tien) pour que tu puisses avoir mon adresse et me l’envoyer à l’occas.

    août 1, 2010 à 20 h 05 min

  27. Jacques

    Dis donc, Jacques, tu sembles avoir un regard exclusivement négatif sur le christianisme, tu n’y trouves vraiment rien à “sauver” ?

    En fait il y a tout un pan du christianisme auquel j’adhère, mais après analyse ce pan s’appelle « paganisme »… (Les cathos instruits se savent d’ailleurs largement païens…)

    Dans la mesure où on envisage une réhabilitation de la vision païenne, la question que tu poses ne doit plus concerner le christianisme dans son ensemble, mais ce qu’il a de spécifiquement non païen, et en particulier son origine dans le judaïsme évangélique (le judaïsme étant par essence rejet du paganisme).

    Donc la question devient : n’y a-t-il pas effectivement qqch de « mauvais » dans la tradition païenne qui est à juste titre rejeté et dépassé dans le judaïsme (notamment évangélique), en sorte que nous devons nous reconnaître dans cette identité chrétienne et non dans l’identité païenne ?

    Le judaïsme n’est-il pas, quoi qu’on puisse en dire et au-delà de ses propres excès historique, un complément essentiel à notre tradition païenne qui nous permet d’atteindre une plus grande sagesse et trouver un meilleur chemin de vie, individuellement et collectivement ?

    Et à cette question plus précise je réponds en effet : non. Le « dépassement » du point de vue païen m’apparaît comme illusoire.

    Au final on a donc : un christianisme comateux en Europe, en déclin constant depuis 5 siècles, et qui dans mon analyse n’est pas une « synthèse » judéo-païenne, mais l’insoluble contradiction du paganisme et de sa négation, responsable de notre confusion culturelle ; et une situation collective délicate, avec des graves crises en cours ou en préparation. Retomber sur nos pieds semblerait donc assez bienvenu…

    Sinon j’ai bien reçu ton email, merci. Je vais réfléchir pour un éventuel petit article.

    août 2, 2010 à 13 h 26 min

  28. Pour info : le dernier numéro de la revue Esprit est consacré à l’actualité d’Ivan Illich.

    août 15, 2010 à 12 h 08 min

  29. 120

    Ecrit par Denis Clerc :

    « […] Autrefois, les mythes fixaient les bornes, jusqu’où l’homme pouvait ne pas aller trop loin.. Celui que l’ambition poussait à ignorer ces bornes — Prométhée par exemple –, les dieux s’attachaient à le punir. L’hybris, la démesure, qui faisait franchir les limites, déclenchait la colère divine et Némésis était chargée d’exécuter la sanction. Aujourd’hui « Némésis s’est annexé la scolarisation universelle, l’agriculture, les transports en commun, la salariat industriel et la médicalisation de la santé. Elle plane sur les chaînes de télévision, les autoroutes, les supermarchés et les hôpitaux. Les garde-fous que constituaient les mythes traditionels ont cédé. »

    Pourtant Illich nuance le propos. Ce n’est pas l’industrie, la technique, l’innovation ou la division du travail qui sont à mettre en cause, mais le refus de leur fixer des limites, la volonté de dépasser certains seuils. […] Il ne s’agit pas de retourner au passé, mais de conjurer efficience et convivialité, de « concevoir des outils qui permettent d’éliminer l’esclavage de l’homme à l’égard de l’homme, sans pour autant l’asservir à l amachine ». En un mot, de mettre la technique au service de l’autonomie, de diversifier les modes de production, de faire en sorte que le mode industriel de production n’impose plus son monopole radical.

    […] Le concept de contre-productivité […] peut faire penser à la thèse de « l’effet pervers » dont Albert O. Hirschman a montré qu’il était un des éléments importants de la rhétorique réactionnaire, bien exprimée par Joseph de Maistre (« Les efforts du peuple pour atteindre un objet sont précisément le moyen qu’elle [la éloigner ») ou, deux siècles plus tard, avec un argumentaire plus laïc, par Charles Murray (« En essayant de faire plus pour les pauvres, nous avons réussi à faire plus de pauvres »). Mais il existe une différence essentielle : alors que l’effet pervers est censé se produire dès lors que l’homme cherche à transgresser l’ordre immuable des choses, la contre-productivité n’opère que passé un certain seuil. Elle n’est pas dans la nature des choses, comme une sorte de châtiment divin (ou naturel), mais elle provient de l’absence de limites à l’action humaine. Ce qui est en cause dans la contre-productivité, c’est l’excès, l’hybris, alors que dans l’effet pervers, c’est l’action humaine elle-même, parce qu’elle est vaine, ou vouée à l’inanité. La contre-productivité est engendrée par une confiance excessive dans la capacité humaine d’améliorer les choses, alors que l’effet pervers provient de l’infirmité de l’esprit humain, aveuglé par les bonnes intentions dont l’enfer est pavé.

    […] La différence est essentielle. L’effet pervers conduit au laisser-faire et à l’optimisme de la main invisible qui transmue les égoïsmes individuels en intérêt collectif. Au contraire, selon Illich, « seul un accord général sur les procédures susceptibles de garantir égalitairement l’autonomie de l’homme postindustriel pourra permettre de déterminer les limtes auxquelles doit se tenir l’activité humaine. »

    Dans un cas, l’autorégulation par le marché (ou la fidélité à la tradition) suffit ; dans l’autre, la réponse passe par le débat démocratique et le respect du « n’est bon pour moi que ce qui est accessible à tous », selon l’expression d’André Gorz, qui fut longtemps un proche d’Ivan Illich. […] »

    (Un penseur « contre-productif » ?, Actualité d’Ivan Illich, Esprit n°367, août-spetmebre 2010)

    septembre 18, 2010 à 11 h 09 min

  30. Petites remarques sur l’extrait de Clerc :

    Je ne suis pas certain que la thèse de l’effet-pervers conduise nécessairement, comme il le laisse entendre, au « laisser-faire et à l’optimisme de la main invisible ». Et je ne pense surtout pas qu’il y ait moins d’optimisme illusoire dans l’idée qu’on puiisse un jour obtenir un accord général sur les limites à se fixer.

    J’ai quand même l’impression que les « optimistes » (ceux qui s’obstinent à croire que les choses peuvent s’améliorer) considèrent que seule leur attitude est « moralement » acceptable. Cela rend, du coup, le débat avec eux plus que difficile.

    septembre 18, 2010 à 11 h 19 min

  31. Pour en revenir plus spécifiquement à Illich, le dossier d’Esprit rappelle notamment que pour lui la « marche à la modernité et l’occidentalisation du monde » est avant tout un processus de désincarnation, de perte progressive du sens de la chair.

    Une des manifestations de ce processus serait la dissociation, progressive depuis le XIIe siècle, du verbe et de la chair qui est à l’oeuvre dans le développement de la lecture silencieuse et la répression concomitante de tout accompagnement gesticulatoire de la lecture. Une étape suivante dans ce processus de désincarnation serait le décollement du texte de la page concrète, mouvement dont l’hypertexte sur la plage distante de l’ordinateur est l’avatar contemporain.

    Sa ligne de recherche est, à la suite de Mauss et Leroi-Gourhan, la séparation grandissante de l’outil de la main et par cosnéquent la distance croissante ente le corps et les instruements de se s techniques.

    septembre 18, 2010 à 12 h 23 min

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