"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Ces tribus aux moeurs étranges ou…

… Petit éloge de l’anthropodiversité

La pulsion de créativité humaine ne limite pas son champ d’action aux seuls domaines dits « artistiques » (assemblages de sons, de couleurs, de gestes, etc.). Elle s’étend aussi aux us et coutumes de la vie collective : l’art de vivre ensemble.

Rendons ici hommage à cette incroyable diversité des moeurs — réelles ou imaginaires !

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19 Réponses

  1. Dans la tribu des Pühdiks, excréter et copuler sont des actes sociaux ritualisés : on le fait en famille, dans la pièce principale du logis, on invite les amis, etc. En revanche, on se cache pour manger dans un petit local discret. Rien ne semble plus honteux que d’avoir à ouvrir la bouche pour y enfourner des morceaux de cadavres (animaux ou végétaux).

    avril 16, 2010 à 9 h 23 min

  2. Dans la tribu des Tartagols(*) la beauté est une malédiction dont il faut se débarasser. Les jeunes personnes (hommes ou femmes) jugées trop belles sont sévèrement rudoyées et leur visage couvert d’une pâte grise, mélange de cendres et de pisse d’âne. Si le charme opère toujours sous le masque aux vapeurs ammoniaquées irrespirables, des mesures plus radicales sont parfois envisagées : acide, balafres, mutilations.

    (*) évoquée par Eric Chevillard dans Sans l’orang-outan (Minuit, 2007)

    avril 16, 2010 à 9 h 29 min

  3. 120

    Ecrit par Elias Canetti :

    Sociétés

    Une société où tout le monde dort debout, au milieu des rues, sans être dérangé par quoi que ce soit.

    *

    Une société où les gens ne pleurent qu’une seule fois dans leur vie. Ils l’économisent au mieux, lorsque cette occasion a été utilisée, leurs réjouissances s’évanouissent ; vieillesse et lassitude s’emparent alors d’eux.

    *

    Une société où chacun possède son portrait et lui récite ses prières.

    *

    Une société où les gens disparaissent soudain ; mais on ne sait pas qu’ils sont morts ; il n’y a pas de mort, il n’existe aucun mot pour la désigner. Les gens en sont contents.

    *

    Une société où il n’y a jamais eu plus de deux personnes en présence, toute autre situation étant inconcevable et intolérable. Quand s’approche une tierce personne, les deux autres, prises de dégoût, se séparent en toute hâte.

    *

    Une société où personne ne meurt seul. Mille hommes se réunissent de leur propre chef pour se faire exécuter publiquement : leur fête.

    *

    Une société où chacun parle sans réserve, mais uniquement à l’autre sexe, les hommes aux femmes, les femmes aux hommes. Jamais un homme à un homme, ni une femme à une autre ; ou alors, tout à fait en secret.

    *

    Une société où les enfants font office de bourreaux afin qu’aucun adulte ne souille sa main de sang.

    *

    etc.

    (Le territoire de l’Homme, Albin Michel, 1978)

    avril 16, 2010 à 9 h 40 min

  4. Dans la tribu des Guily-Guilys ceux qui ont enfreint une loi sont chatouillés par la communauté jusqu’à ce qu’ils éclatent de rire.

    avril 18, 2010 à 20 h 08 min

  5. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    Chez nous pas de prison. Nous avons, comme vous, nos assassins. Ils ne sont pas très nombreux, mais quand même, ils sont là. Mais de prison, aucune.

    Les pierres qui recouvrent nos chemins sont tranquilles. Elles savent que jamais nous ne leur ferons l’injure de les serrer l’une contre l’autre dans des hauts murs, pour séparer le jour de la nuit, l’homme de son frère.

    […] Nous emmenons nos assassins dans la forêt. Nous leur demandons de prêter attention au bavardage des feuilles, à la récitation des sources et aux sentences du vent. Nous leur demandons de prendre leur temps, de ne rien oublier et de nous retrouver ensuite dans la clairière, pour tout nous raconter.

    A leur retour, nous leur disons ceci : enfoncez-vous plus loin dans la forêt, là où le vert devient noir. Fermez les yeux. Ecoutez ce qui, en vous, est comme la feuille, comme la source, comme le vent.

    Cette période-là est la plus logue.

    Au bout de quelques mois le premier revient et commence à chanter, dans le milieu de la clairière.

    […] Bien sûr il y des échecs. Certains s’égarent dans la forêt, ou en reviennent avec une voix de fauve.

    Cela nous l’acceptons. Nous ne cherchons pas, comme vous, à séparer le pur de l’impur. Nous savons qu’ils seront toujours un peu mélangés.

    Nous ne sommes pas des anges — comme vous.

    (L’autre visage, Lettres vives, 1991)

    avril 18, 2010 à 20 h 19 min

  6. BEn dis donc, j’aurais jamais cru l’Bobin adepte des « nuits sauvages » (façon Terrasson) : pour le coup, on lui donnerait presque le label « PP » ! 😉

    avril 18, 2010 à 20 h 21 min

  7. 120

    Ecrit par André Dhôtel :

    En Nouvelle-Guinée on consomme des champignons nommés nonda qui rendent les hommes furieux, mais les femmes heureuses et innocentes. Les femmes mariées ont alors le droit de danser, après quoi « elles flirtent outrageusement avec les hommes du clan de leur mari ». Soumises à un régime de fidélité sévère, elles peuvent alors en toute candeur se détendre un peu, sans que personne proteste, puisqu’elles sont sous l’empire du champignon tout-puissant.

    (Rhétorique fabuleuse, Le temps qu’il fait, 1990)

    avril 20, 2010 à 18 h 24 min

  8. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    Chez nous on cache son visage. Le corps, pas d’importance. Le corps va nu sous le soleil qui brûle le jour, qui brûle la nuit.

    Car chez nous il n’y a pas de nuit. Ce qu’on appelle la nuit c’est par commodité, quand l’amour vient aux amoureux, quand deux corps se serrent l’un contre l’autre comme deux épis de blé sous le même vent. Quand deux amants mélangent leurs jambes, on dit qu’ils font la nuit. Une nuit privée, une petite nuit de rien du tout pour deux personnes, deux corps légers sous le soleil.

    Même quand ils font la nuit, les amants ne se montrent pas le visage. Interdit. Intouchable. Impensable.

    Aucun visage à découvert, jamais.

    Les corps, la minutieuse contemplation des corps, des plis d’une peau, des frémissements d’un dos, des lumières d’une main, oui les corps remplissent à merveille cette fonction de connaissance que vous attribuer chez vous aux visages.

    Autant vous le dire tout de suite : on ne vous envie pas. On ne vous envie pas du tout. […]

    (L’autre visage, Lettres vives, 1991)

    avril 20, 2010 à 18 h 47 min

  9. Hé bé… De mieux en mieux l’père Bobin. Adepte de la burqa, maintenant ?

    avril 20, 2010 à 18 h 48 min

  10. On m’a parlé aujourd’hui d’une région du Mexique où le rot symbolise l’évacuation des péchés : les bouteilles de coca traînent dans les églises pour que chacun puisse prier bien bruyamment.

    avril 26, 2010 à 19 h 32 min

    • Christelle

      exacte !! ça existe vraiment !

      septembre 15, 2015 à 15 h 43 min

  11. Dire des conneries est aussi une façon de roter (évacuer ses relents).
    Tiens j’vais me prendre un autre verre de coca 😉

    avril 26, 2010 à 19 h 34 min

  12. Dans la tribu des Pirahâs (*), on pense que moins on dort, plus on devient fort. On ne dort donc jamais plusieurs heures de suite : ça rit et bavarde toute la nuit dans le village.

    (*) décrite par Daniel L. Everett dans Le monde ignoré des indiens pirahâs (Flammarion, 2010)

    mai 10, 2010 à 23 h 25 min

  13. 120

    Ecrit par Clifford Geertz :

    L’idée selon laquelle l’essence de l’être humain se révèle plus clairement dans les aspects de la culture humaine qui sont universels que dans ceux qui distinguent tel ou tel peuple est un préjugé qu’on n’est pas obligé de partager. […] Il se pourrait bien au contraire que ce soit dans les particularités culturelles des peuples — dans leurs étrangetées — qu’on puisse trouver certaines des révélations les plus instructives sur ce qui fait le genre humain.

    mai 10, 2010 à 23 h 38 min

  14. Dans notre tribu, il n’y pas si longtemps, tous les enfants étaient indistinctement habillés d’une robe, jusqu’à 5-6 ans.

    Ce n’est qu’à cet âge que s’opérait la distinction des sexes, au cours d’une cérémonie (*) au cours de laquelle étaient remis, au garçon, son premier pantalon, à la fille, sa première coiffe.

    (*) décrite plus en détail par Pierre-Jakez Hélias et Jean Markale dans La sagesse de la terre, Petite anthologie des croyances populaires (Payot, 1978)

    mai 13, 2010 à 13 h 25 min

  15. Retour sur le commentaire 12 :

    Les Pirahâs ne distinguent donc pas, comme nous, de façon nettement binaire, les consciences diurne de veille et nocturne de sommeil. Ils entremêlent les deux en dormant de temps en temps une heure ou deux (jamais plus).

    Nul doute que cela doit grandement modifier le rapport au monde !

    mai 13, 2010 à 13 h 32 min

  16. Vincent

    Et la tribu de l’Omo :
    http://www.slideshare.net/zorgol/tribu-de-lomo

    juillet 8, 2010 à 18 h 00 min

  17. 120

    Ecrit par Christian Bromberger :

    « […] On a pu décrire le système social borana [NDLR : un groupe oromo dont l eterritoire chevauche le sud de l’Ethiopie et le nord du Kenya] comme « l’un des plus complexes produits par l’imagination humaine ». La société masculine s’y organise en classes et grades générationnels d’une durée de 8 ans chacun, à l’exception du quatrième qui dure 13 années, de 32 à 45 ans, et du septième d’une durée de 27 années de 53 à 80 ans. A chaque classe générationnelle correspond statut et fonction spécifiques ; la première est celle des « garçonnets sacro-saints », la deuxième celle des « pâtres juniors », la troisième celle des « pâtres seniors », la quatrième celle des « guerriers juniors », la cinquième celle des « guerriers seniors », la sixième celle des « dirigeants », la septième celle des « conseillers », la huitième celle des « vieillards sacro-saints ». Chaque passage d’une classe générationnelle à l’autre inaugure un changement d’identité que symbolise une nouvelle apparence pileuse. Jusqu’à 8 ans, les enfants ont une coiffure typiquement féminine ; ils portent les cheveux longs ornés de cauris. On s’adresse à eux comme à des filles. Leur entrée dans la deuxième classe consacre leur naissance en tant que garçons ; ils sont dotés d’un nom et tonsurés comme des moines franciscains, si bien qu’on les appelle « petits tonsurés » et « grands tonsurés », pendant ces deux cycles de 8 années où ils s’occupent de leurs troupeaux, parfois fort loin de eur résidence. Ce rasage, à la sortie de l’enfance, est effectué concomitamment avec celui du grand-père, qui entre dans la huitième classe, et surtout avec la circoncision du père, qui intervient à l’entrée dans la sixième classe, à 40 ans donc, et marque son accès aux responsabilitrés politico-rituelles. Robert Hazel établit justement un parallélisme entre les rasages du fils et du grand-père et la circoncision du père. Les rasages des représentants des générations alternées apparaissent comme des « pré-circoncisions » et des « post-circoncisions ». Le même auteur parle de « pseudo-circoncision » pour le rasage qui intervient lors de l’entrée dans la quatrième classe qui inaugure le passage au statut de guerrier. Cette nouvelle identité est symbolisée par la croissance et l’érection d’une touffe de cheveux (guutu) au-dessus du front. Progressivement la tonsure disparaît et le guutu continue de s’exhausser ; il atteindra sa plus haute dimension lors des cinquième et sixième stades, où les hommes, devenus des guerriers confirmés, sont successivement autorisés à se marier, à avoir des enfants, à diriger les affaires politiques. Les entrées dans les classes suivantes scandent une retraite progressive qui se traduit par une disparition graduée des emblèmes pileux de la virilité. Aux stades ultimes, les vieillards se parent, lors des cérémonies, d’une corne métallique sur le front, substitut du guutu des guerriers et des dirigeants, puis, au terme de leur vie, se rasent entièrement le crâne et s’isolent définitivement du monde, « comme des moines ». […] »

    (Trichologiques, Une anthropologie des cheveux et des poils, Bayard, 2010)

    août 30, 2010 à 8 h 30 min

  18. 120

    Ecrit par Claude Lévi-Strauss :

    « […] Chez les Samo du Burkina Faso étudiés par ma collègue Mme Françoise Héritier-Augé qui m’a succédé au Collège de France, chaque fillette est mariée de très bonne heure, mais avant d’aller vivre chez son époux elle doit, pendant trois ans au plus, avoir un amant de son choix et officiellement reconnu pour tel. Elle apporte à son mari le premier enfant né des oeuvres de son amant, mais qui sera considéré comme le premier-né de l’union légitime. De son côté, un homme peut avoir plusieurs épouses légitimes, mais, si elles le quittent, il restera le père légal de tous les enfants qu’elles mettront au monde par la suite. […] »

    (L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, 2011)

    juillet 4, 2011 à 10 h 26 min

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