"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Frère Lombric

Après, le Corbeau, voici donc le Lombric !

Un animal assurément « préhisto » : par son archaïsme d’abord, son goût pour l’ombre et l’humus ensuite, sa présence sourde mais massive et capitale… et l’ingrat dégoût qu’il suscite chez ses frères Humains qu’il accompagne pourtant depuis la nuit des temps.

Allez hop ! pour le Lombric, levons notre ver !

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26 Réponses

  1. Je ne sais pas comment ça peut se prouver, mais je parirai volontiers que nos ancêtres s’en faisaient une friandise.

    Du coup, vous imaginez, vu qu’il y a en parfois plus de 100 au m2, c’était un peu Pâques tous les jours !

    avril 8, 2010 à 14 h 10 min

  2. 120

    Ecrit par Jules Renard :

    LE VER
    En voilà un qui s’étire et qui s’allonge comme une belle nouille.

    (Histoires naturelles, 1896)

    avril 8, 2010 à 14 h 11 min

  3. Hé bé… C’est tout ce que tu as trouvé, 120, comme « ode au Lombric » ?

    avril 8, 2010 à 14 h 19 min

  4. En tout cas, ça se mange un ver de terre. La preuve : http://www.koreus.com/video/vers-de-terre.html#
    (Plein d’autres exemples sur You Tube)

    avril 8, 2010 à 14 h 20 min

  5. Et un seul lombric, bien choisi, peut faire tout un repas :

    avril 8, 2010 à 15 h 35 min

  6. Et un hamburger « PP », un !

    avril 8, 2010 à 15 h 41 min

  7. Petit topo historique :

    L’origine des vers de terre actuels remonte au mésozoïque, environ 200 millions d’années. Leurs ancêtres vivaient dans l’eau. Ils ont fait leur évolution principale au même moment que les plantes à fleurs, il y a environ 100 millions d’années et sont devenus habitants de la terre à partir de la formation du sol, par l’interaction de la végétation, du climat et des roches primitives. L’évolution des vers a continué avec l’apparition des plantes.

    Sous l’Antiquité, Les Grecs respectaient les vers de terre en tant qu’améliorateurs et garants de la fertilité du sol. Aristote (384-322 av J.C.) élève de Platon, avait surnommé les vers de terre les « intestins de la terre ».

    Les Egyptiens étaient conscients de l’importance des vers. Animaux sacrés, bien que la richesse des substances fertilisantes charriées par le limon sur les berges du Nil ne fisse pas défaut. Cléopâtre (69-30 av. J.C.) avait même édicté une loi interdisant d’exporter les vers de terre.

    Les vers étaient considérés comme nuisibles au 18ème et 19ème siècle en Occident : ils étaient accusés (à tort, ils n’ont pas de dents !) de manger les racines des plantes. C’est de cette époque que date la mauvaise réputation des vers, heureusement non fondée.

    Aujourd’hui encore, les producteurs d’engrais chimiques semblent oublier que le ver de terre fait leur travail mieux qu’eux. L’humus se dégrade en même temps que les vers disparaissent. Les engrais chimiques les affaiblissent, les pesticides les tuent et rendent l’humus stérile.

    On doit l’étude contemporaine du ver de terre à Charles Darwin (1809-1882), grand naturaliste passionné et fondateur de la théorie de l’évolution, qui a publié ses études dans un livre paru en 1881 (Rôle des vers de terre dans la formation de la terre végétale).

    (Extrait de : http://www.verslaterre.fr/vers/ )

    avril 9, 2010 à 9 h 19 min

  8. Complément culinaire :

    Les vers de terre, dont on compte, dans les climats tempérés une population de 250 000 à 5 millions d’individus par hectare.

    […] Le ver de terre est rempli de protéines (70%), sels minéraux et autres substances vitales aux plantes et au sol (phosphore, calcium, zinc, magnésium). Ils constituent ainsi la première biomasse de protéine de la terre.

    avril 9, 2010 à 9 h 22 min

  9. Encore un détail :

    On dit souvent qu’un ver de terre coupé en deux devient deux vers de terre. En fouillant la question sur le net, il semblerait que ce soit faux. Si les deux parties continuent bien de bouger quelques minutes, la plus petite finit par mourir. Seule la partie contenant la tête survit et reforme ensuite une queue.

    avril 9, 2010 à 9 h 31 min

  10. Finalement, la principale différence entre la ville et la campagne c’est que les tuyaux souterrains qui font vivre cette dernière sont vivants.

    avril 9, 2010 à 20 h 15 min

  11. Vincent

    Lombrics : Radicelles libres.

    avril 10, 2010 à 8 h 31 min

  12. 120

    Ecrit par Jacques Roubaud :

    Conseil à un jeune poête de douze ans

    Dans la nuit parfumée aux herbes de Provence,
    le lombric se réveille et bâille sous le sol,
    étirant ses anneaux au sein des mottes molles
    il les mâche, digère et fore avec conscience.

    Il travaille, il laboure en vrai lombric de France
    comme, avant lui, ses père et grand-père ; son rôle,
    il le connaît. Il meurt. La terre prend l’obole
    de son corps. Aérée, elle reprend confiance.

    Le poète, vois-tu, est comme un ver de terre
    il laboure les mots, qui sont comme un grand champ
    où les hommes récoltent les denrées langagières;

    mais la terre s’épuise à l’effort incessant !
    Sans le poète lombric et l’air qu’il lui apporte
    le monde étoufferait sous les paroles mortes.

    (Les Animaux de tout le monde, Ramsay)

    avril 21, 2010 à 13 h 04 min

  13. Dans le genre « protéine animale » qui ne se chasse pas mais se cueille, il y a bien sûr aussi l’escargot et la limace.

    Un usage qui s’est un peu perdu, semble-t-il, du moins pour la dernière (qui est pourtant plus simple à manger que le premier) et pour les recettes sans cuisson.

    120, tu ne peux pas nous retrouver l’histoire du père de Grozda ?

    mai 26, 2010 à 13 h 17 min

  14. 120

    Ecrit par Denis Grozdanovitch :

    Il m’avait raconté une fois qu’avec un camarade de « section », ils avaient dû rester cachés pendant trois jours dans un trou d’obus parmi les lignes allemandes — à cause d’une mitrailleuse toute proche qui les eût instantanément fauchés s’ils s’étaient montrés — les obligeant à se sustenter uniquement de limaces et d’escargots crus, ce qui expliquait peut-être, comme le suggérait mon père, qu’à certains moments — étant par ailleurs d’un tempérament qu’on pouvait qualifier d’assez « peu complexe » — il lui arrivât de ne plus vouloir s’embarrasser d’aucune manière et cessât abruptement de vouloir faire, selon sa propre expression, « le moindre chichi ».

    (Minuscules extases, Nil, 2009)

    mai 26, 2010 à 23 h 27 min

  15. 120

    PS : il ne s’agit pas du père mais du grand-père de Grozda.

    mai 26, 2010 à 23 h 28 min

  16. On peut même faire de l’ingestion de limaces une sorte d’éthique :
    http://www.marelle.cafewiki.org/index.php?LiMace

    Mais gare tout de même aux bactéries en cas d’ingestion d’animaux crus, non ?

    mai 27, 2010 à 12 h 10 min

  17. Pour en revenir aux vers de terre :
    http://www.paperblog.fr/650418/cuisinez-vos-vers-de-terre-en-salade-en-sandwich/

    mai 27, 2010 à 12 h 22 min

  18. Bonjour, nous découvrons ce site et le mettrons sans doute en lien sur le nôtre.

    Les siciliens mangeaient les vers de terre, les maghrébins : les sauterelles, délicieuses parait-il.

    Un petit malin devrait lancer la mode des insectes friandises, et conseiller d’habituer les enfants à en consommer dès leur plus jeune âge.

    juin 9, 2010 à 3 h 30 min

  19. ca n’a pas l’air facile à trouver …
    ce serait ptete l’occasion de lancer la boutique du pp où on pourrait acheter des insectes comestibles et autres mets introuvables ailleurs ? 😀

    juin 9, 2010 à 11 h 46 min

  20. Pascale

    et les mexicains dévorent encore aujourd’hui des sauterelles grillées que l’on trouve sur tous les marchés, c’est leur gourmandise salée…

    juin 9, 2010 à 22 h 06 min

  21. Isidore

    Moi, j’préfère les mexicains grillés avec des pop-corns !

    juin 10, 2010 à 9 h 53 min

  22. et moi, le popcorn grillé sur une mexicaine !

    juin 10, 2010 à 12 h 42 min

  23. 120

    Ecrit par Norge :

    LE LOMBRIC

    Un coup de bêche et je vois ramper ce fondateur d’empire. WEI-LONG

    Il y a déjà de l’homme en toi, brave petit lombric de toujours.

    Tu n’as pas encore d’yeux et tu n’es guère large d’épaules, mais j’en connais,

    Petit rampant, j’en connais qui ont commencé comme toi et qui volent maintenant de fleur en fleur.

    Ils se sont débattus follement avant de gagner cette forme aérienne.

    Et voici que, narguant toute espérance, après cette reptation dégoûtante, après cette gésine macabre,

    Ils portant des robes couleur de songe et leurs ailes font envie aux fleurs et aux siècles.

    Ils ne s’appuient que sur l’espace pour s’envivrer de laits suaves.

    Et parmi les rayons, ils dansent leur vie amoureuse comme savent le faire l’aurore et les pollens.

    Toi, jeune ami, on dirait que tu as encore quelque chose de plus ; je sens que tu es fait pour dépasser ce destin parfumé.

    Tu es vraiment tout vulnérable et tout humide, tout sensible et tout flasque, ainsi que le petit de l’homme.

    Tu trembles, tu te tortilles sur un monde épineux. Haut les coeurs, tu as les mêmes convulsions que moi.

    Tandis que le poussin stupide est tout de suite aguerri à son fumier et se tient droit et gracieux sur la bouse, avec l’impertinence de l’idiot,

    Toi, tu n’as mêem pas de regard, et comme le nourrisson tu es mal dans ta peau, tu grimaces.

    Mais patience, affreux petit drôle à la tête visqueuse. Ton sang charrie l’esprit d’aventure et tu es un garçon d’avenir.

    Nous deux, mon cher lombric, nous avons perdu la vieille magie d’innocence ; nous nous débattons.

    Plus moyen de marcher candidement dans notre galaxie ! Nous savons qu’il n’y a rien à savoir et nous avons rage de savoir.

    …/…

    (Le vin profond, Flammarion, 1968)

    octobre 9, 2010 à 8 h 44 min

  24. 120

    Ecrit par Norge :

    LE LOMBRIC (suite)

    …/…

    Mais dors encore, mon petit besson glabre, prends des forces. Dors six cent mille ans sur ton côté droit, puis six cent mille ans sur ton côté gauche. Tu vas devenir quelqu’un.

    Pauvre mignon, tu n’as pas encore reçu de moustaches comme le tigre. Tu en auras, va !

    Quand on tord si bien sa vie, on finit par avoir des crocs, de l’ossature, du venin et des griffes !

    Quoi, tu voudrais de l’oeil et de l’oreille aussi ? Pour quoi faire ? Pour voir, pour écouter !…

    J’avais bien dit qu’il y avait de l’homme en toi, brave petit lombric de toujours.

    Prends garde, tu vas faire comme moi. Tu finiras par te promener avec un chapeau de plomb sur chaque oreille.

    Tu les appelleras mémoire et conscience et ils te seront de plus en plus lourds à porter.

    En plein front te poussera cette grosse étoile malade que tu ne pourras jamais arracher.

    Tu les auras, tes galops d’Attila et tes cliquetis césariens, tes Xénophon mangeurs de figues et tes Victor Hugo écrasés de bagages !

    Nigaud joli, tu les auras, tes musées, tes pontifs, tes fusées et tes syphilis. Tu les auras, tes ponts et chaussées, tes algèbres vénéneuses.

    Tu entreras victorieusement dans les villes, à cheval sur des vérités obèses.

    …/…

    (ibidem)

    octobre 9, 2010 à 12 h 19 min

  25. 120

    Ecrit par Norge :

    LE LOMBRIC (suite)

    …/…

    Hardi, tu veux tes catastrophes de chemin de fer, tu es impatient de posséder tes messes noires, tes chirurgies esthétiques, tes grands aèdes et leurs eczémas de génie. Les voilà !

    Au fond, tu es un tendre, toi aussi. Tu inventeras les cristalleries de l’amour et tu sauras même les briser à coups de marteau.

    Et tu prospéreras parmi tes clapiers de logique.

    Mais tu auras beau dresser des Karnak et des Delphes, des Chartres, des Babel, tu auras beau tourner dans les planètes,

    Tes mains commenceront malgré toi à bâtir cet horrible monument de carton livide et qui s’appellera Pourquoi.

    Tu l’élèveras plus haut que tes gratte-ciel et tes cathédrales.

    Tu verras son ombre couvrir les parties d’une suie blanche et collante et tu l’adoreras comme un dieu et tu en feras ton frisson préféré.

    Je te connais, va ! Tu es comme moi : il te faut tout et ce Pourquoi et ce pourquoi de tout.

    Regarde mon long ouvrage, ô dans les siècles qui floconnent — car nul n’a travaillé autant que moi.

    Ca commence par des hissements de roche et ça finit par un drôle de champignon enragé.

    Toute mon antique machinerie se tient fabuleusement debout avec l’immense collier de crime et de musique.

    Qui l’entoure d’une espèce de nuée de mouches. Tu l’auras, ton Iseut, va, mon petit Tristan !

    …/…

    (ibidem)

    octobre 9, 2010 à 19 h 16 min

  26. Retour sur la Lombricomestibilité :

    mai 2, 2011 à 23 h 18 min

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