"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Debrayage (1)

« […] Aucune communauté de pensée n’échappe à la loi quasi animale de formation du moi comme du nous, qui est de se poser en s’opposant. Notre XVIIIe siècle, envers ses devanciers, a fait merveille de la devise léniniste : « tordre le bâton dans l’autre sens pour le remettre droit ». Et pourquoi ne pas lui rendre à notre à notre tour la pareille ?

Comme si l’Occident jouait à saute-mouton : chaque siècle transforme ce que son prédécesseur tenait pour de la petite bière en sa grande affaire à lui, puis, sa tâche remplie, courbe le dos pour que le suivant lui passe par-dessus. Tremplin et repoussoir, c’est la même chose. Le XVIIIe promet le cosmopolitisme ; débarquent les nationalités. Le XXe siècle s’enivre de mondialisation ; arrive la tribalisation. Après les plans pharaoniques, les joyaux du terroir. Systole, diastole. Lourde tâche, celle du prospectivisme. Chaque effet d’annonce à la tribune annonce un pied de nez en contrebas : les guerres de la Révolution et de l’Empire ont suivi les plans de paix perpétuelle, comme nos déchaînements micro-nationalistes, le nouvel ordre international naguère trompeté à l’ONU. Contretemps cocasse, réglé comme une horloge. […] »

(Aveuglantes Lumières, Journal en clair-obscur, Gallimard, 2006)

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18 Réponses

  1. 120

    Ecrit par André Malraux :

    « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. »

    mars 24, 2010 à 14 h 40 min

  2. Ooooooh non, 120, pas toi !

    Ca ne te met pas la puce à l’oreille que cette phrase qu’on cite à tout bout de champ n’a jamais de référence ? Où a-t-elle été dite ou écrite ?

    Personne ne le sait…. tout simplement parce que Malraux ne l’a jamais exprimée.

    mars 24, 2010 à 14 h 44 min

  3. Cela dit, ce qu’elle exprime n’est pas sans pertinence.

    mars 24, 2010 à 14 h 45 min

  4. Isidore

    C’est quoi, exactement, le sujet de cet article ?

    mars 24, 2010 à 18 h 07 min

  5. Pascale

    J’allais poser la même question, Isidore :-).

    mars 24, 2010 à 23 h 36 min

  6. Heu… A chacun de voir. On peut tout autant discuter :

    – de la pertinence de la thèse énoncée (qui me paraît séduisante mais discutable)

    – de ce que sera (ou ne sera pas), à notre humble avis, le XXIe siècle

    – du disparition (tardive) de la moustache de Debray

    mars 25, 2010 à 8 h 29 min

  7. Mouais, ça sent plutôt le blog qui s’essouffle, non ?

    mars 25, 2010 à 8 h 30 min

  8. Alors, les poils sous le nez… « préhisto » ou pas ?

    mars 25, 2010 à 14 h 03 min

  9. Isidore

    Mais non, Ourko, il ne s’essouffle pas, il se régénère !!!

    mars 25, 2010 à 14 h 30 min

  10. Isidore

    On se régénère d’ailleurs mieux sans poil sous le nez: l’oxygénation est meilleure et plus efficace. Le XXIe siècle sera donc rien moins que spirituel… C’est parfaitement logique si on considère que dépourvus de moustaches les hommes n’ont plus aucune chance de capter les rayons cosmiques pleins de fluide divin, ni même, et c’est encore plus grave, de séduire qui que ce soit de la gente féminine étant bien connu que toutes préfèrent les hommes sans moustaches mais à condition qu’ils puissent toutefois en avoir si il advenait par le plus grand des hasard qu’elles le leur autorisassent quand même. Et là, fissa, puisque ce sont les hommes eux-même qui ont décidé à l’unanimité (pour se régénérer et régénérer le PP) d’abandonner toute pilosité sous-nasale… C’est clair ?

    mars 25, 2010 à 22 h 36 min

  11. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    On se régénère mieux sans poils sous le nez ? Vraiment ???

    mars 26, 2010 à 17 h 29 min

  12. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    Ah oui, c’est vrai !

    mars 26, 2010 à 17 h 31 min

  13. Les modes « pilositaires » suivent des cours étranges.

    Je ne sais pas si vous avez remarqué mais, bizarrement, depuis en gros la fin de la seconde guerre mondiale, la petite moustache en « morve sous le nez » (ne dépassant pas les ailes de celui-ci) ne semble plus trop avoir la cote.

    Sans doute est-ce dû au développement du cinéma parlant et au déclin concommitant des succès de Charlie Chaplin.

    allez savoir…

    mars 26, 2010 à 17 h 38 min

  14. Pour le sieur Debray, la surprise fut grande lorsqu’il se décida, sur le tard, de se raser la moustache : on découvrit alors que ce n’était pas cet appendice pileux placé sur sa lèvre supérieur qui provoquait son zozotement mais que celui-ci était en quelque sorte « naturel ».

    Il l’avait bien caché, le bougre !

    mars 26, 2010 à 18 h 03 min

  15. Isidore

    Oh la barbe, Ourko ! 😉

    mars 26, 2010 à 19 h 01 min

  16. Isidore

    LE BARBIER ET LE FROMAGE (fable véridique)

    Il était une fois un barbier qui rêvait de raser un fromage au moins une fois dans sa vie. Il faut dire qu’il n’était pas donné à tout barbier de pouvoir raser un fromage, surtout lorsque ce dernier se trouvait bien à point. Or il arriva ce jour béni où un fromage se présenta pour lui demander un petit rasage bien fait et sans façon. Oh, il avait de quoi payer et même bien payer, il va de soi. Notre bon barbier, tout réjoui et tout frétillant, fit donc entrer le sieur fromage, l’installa bien comme il faut sur le fauteuil et commença à préparer le nécessaire pour satisfaire le désir de ce client de choix. Il se mit donc à l’ouvrage en redoublant de soin et d’attention car il n’avait pas vraiment l’habitude de ce type de morphologie. Malheureusement malgré tous ses efforts, il ne put s’empêcher, entraîné par je ne sais quelle funeste tentation, d’entamer, oh très légèrement bien entendu, la surface tendre et voluptueuse qui s’offrait à son rasoir. Il ne put même se retenir d’approcher son nez de cette légère anicroche à l’ordre précieux de sa compétence professionnelle et même d’aller jusqu’à extraire, oh si élégamment bien sûr, son appendice buccal pour entamer une danse légère sur la voluptueuse anicroche. Mal lui en prit car le fromage était vraiment fait tout comme on peut rêver que fromage fût et soudain, sans savoir pourquoi ni comment, il se retrouva avec un énorme morceau qu’il arracha de toutes ses dents et de toute sa mâchoire en plus. Sieur fromage quelque peu affecté voulut lui manifester son mécontentement légitime mais ne su trouver les mots pour le dire faute de l’organe nécessaire à leur expression: le barbier l’avait mangé. Notre client, fort embarrassé et même quelque peu contrarié par ces manières peu courtoises décida derechef de partir sans même débourser un seul centime. Le barbier se trouva alors fort dépourvu et fort honteux de n’avoir su résister à l’horrible tentation. Il faut dire que l’usage maîtrisé du rasoir pouvait constituer une circonstance atténuante mais il n’en demeure pas moins que ce beau rêve finit quand même de la plus lamentable façon.

    Moralité: il vaut mieux garder ses rêves loin des convoitises de l’existence terrestre: ils ne sauraient leur résister.

    mars 26, 2010 à 19 h 36 min

  17. 😉

    mars 27, 2010 à 10 h 06 min

  18. 120

    Ecrit par André Malraux :

    (précisant sa pensée sur le XXIe siècle)

    Tadao Takémoto : C’est peut-être à Nara que vous m’avez dit que le siècle prochain serait certainement, encore une fois, un siècle religieux… ou peut-être imprégné de ce que les Soviétiques appellent le « psi », n’est-ce pas ?

    André Malraux : Attendez. Il faudrait nuancer. L’ensemble des manifesttaions qu’on appelle métaphysiques, paralogiques, etc. est excessivement confus. Cela commence par des choses ridicules comme le spiritisme, et cela se termine par des choses tout à fait sérieuses comme la transmission de pensée. Quand les Soviets, qui avaient toujours été des ennemis de ce genre de choses, ont été intéressés par ces problèmes, parce qu’ils voulaient étudier les phénomènes de transmission de pensée pour les cosmonautes, ils les ont appelées psi, de ce caractère grec que vous connaissez bien. Si nous devions en donner une définition, nous devrions dire : le domaine de l’irrationnel où se mélangent tous les éléments dont nous n’avons pas la clé. Quant au siècle prochain, ce que j’avais dit, c’est qu’il était extrêmement probable que, dans ce domaine qu’on appelle psi, se mêlaient encore pour l’instant des choses sérieuses et d’autre spas, de la même manière que, lorsqu’on avait découvert le paratonnerre et pas encore l’électricité, on mélangeait avec l’action du paratonnerre toutes sortes de phénomènes sans aucun intérêt — juqu’au moment où l’électricité est née. Bon. Si le prochain siècle devait connaître une révolution spirituelle, ce que je considère comme parfaitement possible (que cela soit probable ou pas n’a pas d’intérêt, ce sont des prédictions de sorcière, mais possible), je crois que cette spiritualité relèverait du domaine de ce que nous pressentons aujourd’hui sans le connaître, comme le XVIIIe siècle a pressenti l’électricité grâce au paratonnerre. Autrement dit, il y a un domaine spirituel et pétri d’irrationnel dont nous avons pris maintenant une conscience aiguë. Chez vous, ce sera avant tout marqué par le zen. Le XIX esiècle ches nous a été rationaliste. Il a consigné tout ça sous le nom de superstitions… Tenez, il n’y a pas de véritable histoire des religions comparées. Alors, qu’est-ce que pourrait donner un nouveau fait spirituel (disons, si vous le voulez, religieux, mais l’aime mieux le mot spitituel), vraiment considérable ? Il se passerait évidemment ce qui s’est passé avec la science. C’est-à-dire que notre passé resurgirait, qu’il y aurait une étude extrêmement attentive des mouvements spirituels qui se sont développés autrefois et qui, en fait, ne sont pas étudiés du tout, à l’heure actuelle, sur le plan spirituel. Il n’y a pas une étude sérieuse de l’animisme. L’animisme est un phénomène géant. Il n’y a pas une étude sérieuse du franciscanisme. Evidemment, il y a des ouvrages animiates, et puis, chez nous, il y a des vies de saint François. Mais quant à l’étude d’un phénomène spirituel, je ne vois absolument rien qui ait été vraiment fait, sauf en ce qui concerne les fondateurs des religions. […]

    (Entretien avec Tadao Takémoto, Nouvelles clés, n° 15, automne 1997)

    avril 11, 2010 à 12 h 22 min

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