"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Préhistoire utérine

Et si le « préhisto » en nous, ce lointain homme des cavernes du temps d’avant la langue écrite, d’avant l’histoire elle-même, ce mystérieux ancêtre —  « si loin, si proche » — qui nous hante un peu tous, n’était autre que celui que nous avons tout simplement été… avant de venir au monde ?

Les hommes préhistoriques n’avaient-ils pas, eux aussi, leur « pré-histoire » ?

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10 Réponses

  1. Quelque chose me dit qu’on va bientôt voir débouler Quignard… 😉

    février 28, 2010 à 22 h 54 min

  2. L’hypothèse est d’autant plus séduisante que le foetus reproduit en se développant, dit-on, toutes les étapes de l’évolution (« l’ontogénèse reproduit la phylogénèse » pour le dire de façon pédante).

    mars 1, 2010 à 0 h 06 min

  3. 120

    Ecrit par Pascal Quignard :

    Il faut méditer la phrase : C’est vieux comme le monde.
    Phrase étrange.
    Phrase qui dit l’enveloppe spatiale comme plus ancienne que ce qu’elle contient.
    Le monde dans cette phrase ne veut pas dire l’opposé de la terre, ni ne désigne le siècle, ni la mondanité en regard de la sauvagerie, ni la communauté humaine face à l’ensemble du milieu matériel, ni enfin le contraire de l’immonde.
    C’est vieux comme le monde.
    Cette phrase, qui est souvent dite à propos de l’amour, dit qu’il y a un âge plus vieux que l’humanité et que cet âge est un lieu. Une enveloppe. Une poche. Une poche comme plus vieille que le monde animal, plus vieille que la nature, plus vieille que la vie, plus vieille que la terre…
    Mais pas plus vieille que tout ce qui abrite ou couvre.
    Vieux comme le monde ne veut pas dire vieux comme Jonas ou comem Mathusalem.
    Vieux comme le monde ne veut pas dire vieux comme Hérode (dont la royauté date de – 37) ni vieux comme le mâle ancêtre (dont l’âge est momentanément fixé à – 59 000).
    Vieux comme le monde veut dire : c’est vieux comme le délivre.
    C’est vieux comme ce qu’on quitte (ventre, vulve, fourreau, prépuce, vêtement, maison, patrie). C’est vieux comme ce qui précède les naissances pour les êtres affectés de naissance.

    *

    Ovide a écrit : Le monde qui est situé dans la lumière solaire n’est pas l’âge d’or. Il n’est que bouleversant. Le donné antérieur domine toute évolution qu’elle conditionne. […]

    (Sur le jadis, Dernier royaume II, Grasset, 2002)

    mars 7, 2010 à 0 h 14 min

  4. Tiens… Qu’est-ce que j’avais dit !
    Il se fait un peu vieux, on dirait, il n’est en tout cas plus aussi vif qu’avant (une semaine pour apparaître)… mais il finit toujours par venir là où on l’attend.
    Prévisible, le garçon !

    mars 7, 2010 à 11 h 23 min

  5. 120

    Ecrit par Michel Maffesoli :

    Il faut dire et redire, tant le Progressisme moderne reste dominant dans les institutions sociales, que dans les divers corsi et ricorsi des histoires humaines, il est des moments où ce qui prévaut est le retour sur ses pas. La descente aux profondeurs de l’expérience, celle de l’inconscient collectif où l’on retrouve quelques grands archétypes fondateurs. La Grande Mère, Terre Mère, Gaia, est un de ceux-ci.

    La sagesse antique a, bien sûr, enregistré un tel phénomène qu’elle nommait Apokatastasis. Nécessité dans le devenir nécessaire et inéluctable de tout, de tous et de chacun, de faire retrait, de revenir au ventre, de se ressourcer. Dans le rythme de la vie, aspiration à ce point fixe qu’est la source. Une telle régression, ce retour à un état antérieur, est monnaie courante pour ce qui concerne une carrière individuelle. Peut-être fait-il l’admettre, également, pour la « carrière », le cheminement sociétal. Le terme Régression n’étant pas, en la matière, le plus convenable. Peut-être faudrait-il s’attacher à faire ressortir qu’il s’agit, plutôt, d’une ingression. C’est-à-dire d’une force interne, d’une énergie se focalisant dans le hic et nunc. Ingrès versus Progrès. Dans un présent l’essentiel est la présence des choses, la présence aux choses. Ce que j’avais, à l’époque, exprimé avec un oxymore : L’enracinement dynamique (Grenoble, 1978).

    (Matrimonium, Petit traité d’écosophie, CNRS éditions, 2010)

    mars 7, 2010 à 11 h 24 min

  6. 120

    Ecrit par Pascal Quignard :

    Où est situé Eden ? Le paradis terrestre est le jadis fait lieu. Le jadis n’est pas le site de l’origine : il est l’espace en tant que préoriginel. En ce sens l’espace de l’Eden n’est pas dans l’espace. L’Eden définit l’espace avant la sortie du corps dans l’espace externe. C’est le temps avant l’espace. Ce n’est pas l’espace qui est à l’Est de l’espace : c’est l’espace qui fut à l’ombre de l’espace, au sein du premier monde. Il se trouve un fragment de paroi plus élevé que la vulve, que gagne l’embryon, où l’embryon se love — point qui s’engendre en poche puui qui s’accroît en volume en devenant espace.
    Point à la naissance de l’espace.

    *

    Il y a chez les vivipares un noyau plus interne que le moi et qui n’est pas en lui.

    *

    Le monde in utero fut un Eden dans la mesure où il s’agissait d’un monde où le corps a été sans besoin. Corps « appartenant à ce qui l’environne » comme jadis. C’est pourquoi au cours de la vie terrestre certains lieux font s’arrêter involontairement. L’Appartenir revient. Le corps s’arrête sans qu’il s’agisse jamais de reconnaissance, faute de connaissance préalable, faute aussi de représentation. C’est de l’ordre de la « retrouvaille ». Un appartenir erre dans le vie sur la terre. Ce « sentiment de la nature », les Sibériens, les Indiens d’Amérique, les Japonais l’ont conservé. Il ne s’agit pas de beauté. il s’agit d’appartenance vitale au « lieu en personne », dans un temps précis du lieu (beaucoup plus précis et subtil que printemps et automne en Occident). Le batelier soudain s’arrête de ramer. Indifférencie.
    La hache tombe des mains du moine bûcheron.
    Autre « fois » en « pays lointain ».
    Tout commence dans le pays perdu. L’Eden n’est qu’un nom dans un livre. La grotte n’est qu’une blessure sur le flanc de la montagne. Mais le pays perdu est le thème même de l’humanité.

    (Le Paradisiaques, Dernier royaume IV, Grasset, 2005)

    mars 8, 2010 à 22 h 28 min

  7. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    L’avenir s’annonce gorgé de réjouissances infinies pour notre contemporain dont la régression nostalgique, si voluptueuse, atteindra son climax lorsqu’il retournera, après un dernier vagissement, au néant originel.

    (841, http://l-autofictif.over-blog.com/, 19 mars 2010)

    mars 19, 2010 à 8 h 34 min

  8. Isidore

    Pas très gai notre Éric Chevillard ! Il devrait venir passer quelques jours à la maison pour se régénérer avec nos ânesses…

    mars 19, 2010 à 12 h 52 min

  9. C’est marrant, je le trouve tout sauf tristoune, ce bonhomme. Je crois même pouvoir dire que c’est un des auteurs le plus drôles que j’ai pu lire ces dernières années.

    mars 19, 2010 à 18 h 53 min

  10. En tout cas, si on s’en tient au commentaire 7, dans l’art de la vanne qui fait mouche, il est mille fois plus drôle (et fin) que notre cher Ourko.

    mars 19, 2010 à 18 h 55 min

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