"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Clotterie (1) : un progrès tout relatif

« Nous avons toujours tendance à penser que l’humanité est en progrès constant. Mais cette idée est un héritage du siècle des Lumières, et elle demande effectivement à être nuancée. Si on s’intéresse à notre compréhension scientifique du monde, il y a bien sûr un progrès indéniable. Mais avons-nous avancé dans nos valeurs et dans notre conduite morale ? Avons-nous amélioré notre manière de gérer la nature ? »

(Jean Clottes, La plus belle histoire de l’homme, Seuil, 1998)

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12 Réponses

  1. Difficile d’aborder cette discussion (éternel débat entre Anciens et Modernes) sans risquer les accusations vite insultantes. Mais bon… Nous sommes entre gens bien élevés, ici, non ?

    Pour savoir un peu plus qui est cet affreux « anti-progressite » de Jean Clottes :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Clottes

    février 9, 2010 à 15 h 48 min

  2. Barbarella

    Ah je l’aime bien, lui… et je l’appelle Clottès si je veux !

    février 9, 2010 à 17 h 02 min

  3. Pour l’entendre causer…

    en 1 min : http://www.dailymotion.com/video/xnuzt_jean-clottes-chamanisme_tech

    en 7 min :

    février 9, 2010 à 17 h 49 min

  4. 120

    Ecrit par Daniel Herrero :

    (à propos de l’ac-chant)

    […] Dans mon accent vit encore un passé, avec les luttes et les conquêtes, les défaites et les exodes des hommes oubliés qui m’ont transmis une mélodie unique pour que, avec mes mots, on se souvienne d’où je viens. L’accent est un chant de la mémoire.

    Je déteste bien sûr l’idée de le perdre. L’effort pour aseptiser les mots, pour rincer la patine des sons, est une folie. Ne vous moquez pas des consonnes éclatantes, des syllabes englouties, vous offenseriez bien des sépultures. On ne pardonne pas aux voleurs d’histoire.

    (Perds pas le Sud, Plon, 2006)

    février 9, 2010 à 17 h 59 min

  5. J’ai oublié de préciser que j’ai trouvé cette citation en exergue de la BD pour enfants d’Olivier Melano intitulée La grotte sacrée (L’école des loisirs, 2000)

    février 9, 2010 à 19 h 46 min

  6. 120

    Ecrit par André Comte-Sponville :

    PROGRES

    Dans mon premier livre, Le mythe d’Icare, j’insistais sur la relativité de l’idée de progrès. Marcel Conche, qui avait bien voulu lire le manuscrit, inscrivit en marge : « Quel progrès, pourtant, que la Sécurité sociale ! » Il avait évidement raison. Un progrès relatif reste un progrès, et il n’y en a pas d’autre.

    Qu’est-ce que le progrès ? Un changement vers le mieux. Notion normative, donc subjective. Il n’y a guère que dans les sciences que le progrès, pour relatif qu’il demeure, soit incontestable : parce que la science d’aujourd’hui peut rendre compte de celle des siècles passés, quand la réciproque n’est pas vraie. C’est ce qui fait que l’histoire des sciences est « une histoire jugée », comme disait Bachelard, et jugée par son progrès même, lequel est « démontrable et démontrée » : c’est « une histoire récurrente, une histoire qu’on qu’on éclaire par la finalité du présent, une histoire qui part des certitudes du présent et découvre, dans le passé, les formations progressives de la vérité » L’activité rationaliste de la physique contemporaine, chap. I). En politique, il en va autrement : juger le passé au nom du présent n’est pas plus légitime (ce qui ne veut pas dire que ce soit évitable) qu’il le serait de juger le présent au nom du passé. Relativisme sans appel, donc, comme dit Lévi-Strauss, et c’est aussi vrai dans le temps que dans l’espace : non qu’on ne puisse juger (on le peut, puisqu’on le fait, et qu’on le doit), mais parce qu’on ne peut le faire objectivement ou absolument. Un réactionnaire, par exemple, n’est pas quelqu’un qui est contre le progrès, comme le croient naïvement les progressistes, mais quelqu’un qui juge que c’en serait un, voire le seul possible, que de revenir à telle ou telle situation antérieure. Et comment lui démontrer qu’il a tort ? On connaît des cas, notamment en médecine, où une involution serait seule favorable. Guérir, c’est le plus souvent revenir à la situation antérieure, ou s’en rapperocher. Et qui ne souhaiterait rajeunir ? Ce n’est pas une raison pour souhaiter retomber en enfance, ni, encore moins, pour revenir à l’Ancien régime. Le progrès (social, politique, économique…) n’est ni linéaire ni absolu. Il n’est progrès, même, que relativement à certains désirs qui sont les nôtres (de bien-être, de justice, de liberté…). Cela, qui lui interdit de prétendre à l’absolu, ne l’annule pas ; c’est au contraire ce qui fait sa réalité, pour ceux — presque tous — qui partagent ces désirs et constatent, malgré tant d’horreurs qui demeurent, quelques années. Le progrès n’est pas une providence ; c’est une histoire, et un point de vue sur cette histoire. C’est où l’on trouve la Sécurité sociale, les Lumières, les droits de l’homme, et même l’enthousiasme, mais guéri d’utopie, de notre jeunesse : Ce n’est qu’un début, continuons le combat !

    (Dictionnaire philosophique, PUF, 2001)

    février 13, 2010 à 1 h 25 min

  7. 120

    Ecrit par Henri Frederic Amiel :

    Mille choses avancent. Neuf cent quatre-vingt-dix-neuf reculent : c’est là le progrès

    (cité dans Mille mots d’esprit, de Claude Gagnière, Point, 2008)

    février 13, 2010 à 1 h 58 min

  8. 120

    Ecrit par Pascal Quiganrd :

    1. L’idée de décadence, l’idée de progrès, sont des croyances religieuses. 2. L’invocation à l’avenir est aussi fastidieuse et vaine que le rappel du passé.

    (Abîmes, Dernier royaue III, Grasset, 2002)

    février 15, 2010 à 10 h 28 min

  9. 120

    Ecrit par Michel Maffesoli :

    Au linéarisme, figure de la philosophie de l’histoire et emblème du progressisme moderne, s’oposait la circularité, le retour du même, à forte connotation réactionnaire. Combat, sinon titanesque mais à tout le moins tétanique, opposant les affidés de Marx à ceux de Nietzsche. Peut-être est-il temps d’introduire un troisième terme dans cette scène de ménage : ni la ligne, ni le cercle, mais la spirale.

    Spiralité qui selon Goethe est le propre du monde végétal. Spirale représentant l’élément féminin s’opposant à la verticalité masculine. La verticalité dont on a pu monstrer qu’elle était le symbole de la domination sur la nature. C’est bien à celle-ci que s’oppose la spiralité suivant les méandres des efflorescences naturelles ou le labyrinthe du vécu. Spirale dont la forme artistique serait le baroque où les divers éléments s’interpénètrent et sont, organiquement, liés.

    On a pu montrer que la modernité était d’essence classique : des constructions à angle droit, une architectonique rationnelle. La postmodernité quant à elle serait baroque, toute en entrecroisements et en émotionnel. Toutes choses s’exprimant dans l’entre-appartenance entre l’être naturel et l’être social. C’est une telle organicité que l’on retrouve dans la philosophie de la vie allemande, dans le romantisme français, dans les belles pages de Bergson sur l’élan vital, dans le Grand Être d’Auguste Comte, et autres approches du même ordre ne réduisant pas la richesse du mondain à l’homme rationnel mesure de toutes choses.

    (Matrimonium, Petit traité d’écosophie, CNRS, 2010)

    mars 7, 2010 à 21 h 07 min

  10. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    Comme l’homme est ingénieux ! Toujours en marche vers plus de confort et de commodité. Que l’on mesure seulement le progrès accompli depuis le mouchoir jusqu’au gant.

    ***

    Mon contemporain n’a pas découvert le feu. Il n’a pas inventé la roue. Certes. Mais, synthétisant hardiment les travaux de ses pères, il aura été le premier à enflammer un pneu.

    *

    Quand l’homme eut maîtrisé le feu, ses progrès dans tous les domaines furent rapides et considérables,la pyromanie en particulier connut un essor prodigieux.

    (L’autofictif, L’arbre vengeur, 2009)

    mars 8, 2010 à 14 h 16 min

  11. 120

    Ecrit par Sylvain Tesson :

    La pollution est l’ombre du progrès.

    (Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, Equateurs parallèles, 2008)

    avril 10, 2010 à 9 h 36 min

  12. 120

    Ecrit par Michel Maffesoli :

    Que l’on en soit ou non conscient, l’ambiance spécifique de la modernité occidentale fut, en son sens étymologique que je viens de rappeler, « spermatique ». Dans le cadre de ses institutions éducative, sociale, politique, économique, ce qui a prévalu fut bien la mobilisation des énergies, individuelle et collective, en vue d’un salut à venir : Cité de Dieu céleste (Saint Augustin), ou Paradis terrestre (Karl Marx) à réaliser dans le lointain.

    L’anthropologue Gilbert Durand a maintes fois rappelé, tout au long de son oeuvre, que les figures dominantes du « régime diurne » de l’imaginaire occidental étaient des objets dressés, contondants, tranchants. Objets qui, tel le phallus, ont pour fonction de fouiller, de fouailler, et donc de dominer une nature inerte, passive, en attente d’un héros fécondeur.

    Symbole éclairant s’il en est qui va sur la longue durée « engrammer », c’est-à-dire marquer en profondeur de son empreinte, la mémoire collective et agir au travers de l’art, de l’architecture, de la littérature ou de la pensée sur l’organisation des sociétés occidentales.

    Tout cela a été dit de multiples façons. Pour ma part, en un temps où ce n’était pas de mode, je fis une analyse critique du mythe du Progrès (La Violence Totalitaire, 1979) et de sa capacité destructrice. Le totalitarisme qu’il induit aboutissant, inéluctablement, à la dévastation du monde et des esprits. Celle-ci, aujourd’hui, ne fait plus de doute. Et les conséquences mortifères, tant dans l’environnement naturel que social, qui en résultent incitent à prendre conscience qu’un autre esprit du temps est en gestation. Un changement climatique est en cours.

    Quand on a la lucidité et l’humilité d’observer, sur la longue durée, les histoires humaines, l’on se rend compte que, toujours, l’apogée d’une valeur en appelle à son hypogée. Nombreux sont les termes, savants ou familiers, exprimant un tel phénomène. Les sociologues parleront d’un processus de saturation, les historiens d’inversion chiastique, les psychologues et compensation. Peu importe le terme employé. Il s’agit d’une inversion de polarité, cause et effet d’une profonde mutation sociétale ou anthropologique.

    (Matrimonium, Petit traité d’écosophie, CNRS, 2010)

    mai 7, 2010 à 18 h 54 min

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