"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Avatar

avatar

Petit retour sur le dernier opus de James Cameron, le réalisateur des films hollywoodiens à très gros budgets comme Titanic par exemple.

Tout d’abord l’histoire (cf allociné) :

Malgré sa paralysie, Jake Sully, un ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant, est resté un combattant au plus profond de son être. Il est recruté pour se rendre à des années-lumière de la Terre, sur Pandora, où de puissants groupes industriels exploitent un minerai rarissime destiné à résoudre la crise énergétique sur Terre. Parce que l’atmosphère de Pandora est toxique pour les humains, ceux-ci ont créé le Programme Avatar, qui permet à des  » pilotes  » humains de lier leur esprit à un avatar, un corps biologique commandé à distance, capable de survivre dans cette atmosphère létale. Ces avatars sont des hybrides créés génétiquement en croisant l’ADN humain avec celui des Na’vi, les autochtones de Pandora.

Sous sa forme d’avatar, Jake peut de nouveau marcher. On lui confie une mission d’infiltration auprès des Na’vi, devenus un obstacle trop conséquent à l’exploitation du précieux minerai. Mais tout va changer lorsque Neytiri, une très belle Na’vi, sauve la vie de Jake…

Un gros BlockBuster

On passera l’histoire vue, revue, archirevue, j’ai d’ailleurs eu l’occasion d’écouter les critiques du masque et la plume qui ont cartonné le scénario comme c’est pas permis (écoutable ici), on est pas là pour ça … James dépense sans compter dans les effets spéciaux, 3D, visuels, et on prend littéralement un déluge de couleurs pendant 2H40 ! Ce mec était sous acides quand il a conçu son univers ! Perso, j’ai adoré ! Ca fait twit, bing, splash de tous les côtés, et c’est encore le dernier intéret que je vois à aller voir un film sur grand écran, qui plus est, avec les lunettes 3D.

Où James nous fait passer des vessies pour des lanternes

Sur le fond, c’est vrai que le scénario est usé, plein de poncifs. Mais pourquoi bouder notre plaisir ? Voir des méchants ricains est jubilatoire pour nous les frenchies. Cameron fait fonctionner son film avec le même principe que dans « Starship troopers » : l’envahisseur, c’est le ricain, ou l’homme en général embarquant toute sa technologie pour piller un autre univers.

Les Na’vi

Les habitants de la planète extraterrestres (qui ne demandent qu’à rester chez eux et pas être enquiquinés par autrui) sont les Na’vi. Et sur plusieurs points, c’est bien trouvé :

  • ils sont deux fois plus grands et costauds que nous ; Cameron nous montre qu’ils sont meilleurs que nous ;
  • ils ont fait le choix de technologies en rapport avec la nature. La construction de réseaux pour communiquer avec la nature est, pour moi, une forme de technologies. Elles sont très différentes des nôtres mais on arrive au même résultats (attention j’ai pas parlé de finalité).

J’irai pas plus loin dans l’explication de films, je ne veux pas vous en dévoiler plus 😉

Allez le voir et on en rediscute !

La bande annonce :

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7 Réponses

  1. On est allés le voir (en 3D, avec les enfants) la semaine de sa sortie.

    Je lui accorde, pour ma part, volontiers le label « PP », ne serait-ce bien évidemment que par le choix de l’univers Na’vi (avec chamanes, peintures rituelles et techniques archaïques).

    Pour 2-3 autres choses, également :

    1) Le scénario est certes éculé et simpliste (un combat violent, inégal et manichéen entre « bons » et « méchants »), mais on a beau faire — entre autre (se) raisonner — ça marche toujours, on ne peut éviter de se laisser prendre. C’est là le simple effet de la puissance magique(« préhistorique ») du conte : la métaphore est tout simplement plus forte que la raison. Ou du moins, elle va toucher plus loin, sans qu’on y puisse grand chose.

    2) A la magie du conte s’ajoute la magie des effets spéciaux : le niveau technique atteint (d’autant plus quand on le voit en 3D) dépasse nos capacités d’entendement. On voyait (et en rigolait sous cape) autrefois les trucages. On est désormais littéralement hallucinés, scotchés au siège par le spectacle (des images venues d’on ne sait trop où). Comme dans un rêve.

    3) Le côté western inversé (où les indiens sont les gentils) n’est certes pas nouveau mais confirme notre passage dans la « postmodernité » : nous ne savons pas encore vers quoi exactement, mais nous sentons, savons et souhaitons plus ou moins sourdement qu’un aute monde est en gestation ou du moins que l’on ne croit finalement plus assez aux valeurs du nôtre pour avoir la force de le maintenir contre vents et marées.

    janvier 4, 2010 à 13 h 25 min

  2. Je ne sais pas si ça a été dit ou écrit quelque part, ni si Cameron le revendique ou s’en cache, mais pour moi il est difficile d’imaginer que la base du scénario d’Avatar (des créatures plus ou moins virtuelles guidées mentalement par des humains) n’ait pas été inspiré par un célèbre épisode de Star Trek… jusqu’au handicap de l’humain « guideur » et son choix de « passer de l’autre côté ».

    Ca dit quelque chose à quelqu’un ?

    janvier 5, 2010 à 20 h 25 min

  3. 120

    Ecrit par Bruno Latour :

    L’HYPOTHESE GAIA INCARNEE

    Avatar paraît jouer sur un mythe usé : celui du civilisé héroïque qui se sacrifie pour sauver ses frères sauvages. Mais les nombreuses transformations que Cameron y apporte font de son film une nouveauté : le premier grand mythe de Gaia — nom de la déesse grecque de la Terre.

    Avatar nous rappelle à sa manière que la parenthèse moderniste — ouverte avec l’invention des sciences modernes au XVIIe siècle — s’est bel et bien refermée. L’idée moderniste opposait le monde réel — que seul la science explique — au monde des valeurs — qui, détachées du réel, sont relatives à chaque individu. Or, la première grande nouveauté du film, c’est que les scientifiques sont eux-mêmes divisés. D’un côté l’anthropologue, botaniste et zoologue, Grace Augustine ; de l’autre, les ingénieurs du corps des mines cherchant à extraire le plus possible d’ « unobtanium ». Il n’y a plus ici de clivage entre la science et le vécu, mais deux formes de sciences en opposition. Avatar illustre ainsi notre condition contemporaine : nous comprenons que la science n’est pas guidée par une raison avec un grand « R », mais par un principe d’expérimentation. Elle n’élucide pas le réel, elle compose avec lui : elle est une continuelle création d’êtres hybrides. Voilà pourquoi, les scientifiques ne font plus bloc, comme on le voit dans la controverse sur le climat. Désormais, chacun est appelé à prendre parti, à l’instar de la jeune pilote d’hélicoptère.

    La deuxième nouveauté est que l’échec du corps expéditionnaire est collectif. Ce n’est pas seulement l’histoire d’un cow-boy solitaire qui devient un Indien. Car ici, lorsque les Indiens gagnent, c’est toute la frontière qui doit plier bagage. Avatar ne nous dit pas : « Revenons à la nature » — après tout, le film est aussi une prouesse technologique. Mais plus radicalement : « Vous n’avez pas de planète pour vivre comme vous le voulez. » Cela s’adresse apparemment à Pandora, mais, en réalité, à la Terre. Avatar est le premier grand film écologique. Il nous invite à nous départir de l’ancien humanisme qui se définissait par l’idée d’émancipation : une attention exclusive pour l’humain détaché de ce qui fonde ses conditions d’existence. Et il prône ainsi un humanisme renouvelé par l’attachement de l’homme (ou plutôt son rattachement) à l’ensemble des êtres dont, en fait, il dépend. Telle est la voie d’une remodernisation, ou réhumanisation : pour parer à l’inhumain — représenté dans le film par le responsable de la sécurité et l’administrateur général –, il faut appendre à en passer par les non-humains. D’autant qu’Aywa (l’esprit de la planète Pandora) « ne prend pas parti » : elle se contente de se débarrasser de ceux qui compromettent son équilibre. Cela aussi est nouveau : malgré l’excès de quincaillerie guerrière, il n’y a pas de bataille entre deux ennemis. Car, dans la guerre contre Gaia, on perd à tous les coups : que l’on gagne ou que l’on perde contre elle, on disparaît.

    (Philosophie magazine n° 38, avril 2010)

    avril 4, 2010 à 18 h 52 min

  4. Mouais…

    avril 4, 2010 à 18 h 55 min

  5. 120

    Ecrit par Michel Cazenave :

    EXIT LE CHRISTIANNISME

    Que Cameron ait choisi de baptiser sa planète Pandora, du nom de « la première femme » chez Hésiode, nous signale ses intentions. Car dans Avatar, la puissance est du côté des personnages féminins. Grace Augustine et la Na’vi Neytiri jouent le rôle des prêtresses qui, dans les anciens cultes — le film puise beaucoup du côté des civilisations sumérienne et celte –, avaient une fonction initiatrice : ce sont elles qui appelaient l’homme à révéler qui il est. Avatar s’impose ainsi comme une réactualisation du mythe de la déesse-mère.

    Prenez la créature ailée, le toruk, que Jake Sully parvient à apprivoiser. Le dragon représente dans tous les mythes l’amas incestueux : la mère dont il faut se séparer. Reste que, dans l’Occident christianisé, le dragon est toujours tué. Ce n’est pas le cas ailleurs : dans la Chine taoïste par exemple, on se sépare du dragon en apprenant à le dominer. Cela engage une différence fondamentale avec ce qu’affirme la psychanalyse freudienne, pour laquelle il faut absolument se débarrasser de la mère.

    De même, l’arbre maison des Na’vis renvoie aux mythes de l’arbre monde qui, à partir d’un socle maternel, relie le ciel et la terre. La Bible a détourné ce mythe avec l’épisode au cours duquel Eve, en croquant dans le fruit défendu, apporte le mal. ainsi, le monothéisme organise une opposition entre bien et mal, et c’est le seul à le faire. Toutes les autres civilisations, à l’instar des Na’vis, cherchent à maintenir un équilibre : on ne se débarrasse pas de la part d’ombre, sinon comment sait-on ce qu’est la lumière ? En ce sens, Avatar est vraiment la signature d’une sortie du christianisme. Et il est aussi celui d’une remontée du féminin qui travaille l’Occident depuis cinquante ans et qui a déjà eu lieu au XIIe siècle et, dans une certaine mesure, à la Renaissance.

    De fait, le grand perdant est le modèle masculin occidental — le général et l’administrateur. PErsuadés d’incarner le bien, ils sont mus par une croyance simpliste : « En dehors de moi et de ma puissance, rien n’existe. » Au contraire de Jake Sully, qui comprend que « Je est un autre ». Autrement dit, que son vrai soi, c’est son avatar.

    (Philosophie magazine, n° 38, avril 2010)

    avril 4, 2010 à 19 h 15 min

  6. Ah oui !
    La remontée du féminin, la fin du christianisme et, surtout, le dragon à dompter plutôt qu’abattre : bien vu !
    Non ?

    avril 4, 2010 à 19 h 18 min

  7. 120

    Ecrit par Régis Debray :

    « Le cinema bouffe tout », prédisait Céline. « Ce ne sont plus des livres, les romans actuels, ce sont des scénarios. » Alors, qu’est-ce qu’on fait, plumitifs, avec une arbalète au milieu des fusils-mitrailleurs ? On se fait plaisir avec nos petits montages de mots, dans l’espoir de toucher au mieux les dix mille survivants de la confrérie littéraire. Notre homologue derrière une caméra peut espérer toucher aux larmes dix millions de congénères, et dans tous les continents au même moment. Zéro compétitivité.

    (Dégagements, Gallimard, 2010)

    avril 5, 2010 à 12 h 32 min

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