"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

La neige

Mais qu’est-ce donc que ce voile blanc qui descend par fragment recouvrir — et effacer — toute chose ici-bas ?

Et pourquoi suscite-t-il en nous, malgré tous ses désagréments, une si irrépressible frénésie ?

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91 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Sylvain Tesson :

    Flocons : l’hiver avance à pas feutrés.

    *

    La neige : les éclats brisés du silence céleste.

    *

    La neige tombe en pattes de chats.

    *

    La neige : des copeaux de ciel rabotés par le froid.

    *

    Neige, la poudre aux yeux de l’hiver.

    (Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, Equateurs parallèles, 2008)

    décembre 18, 2009 à 23 h 00 min

  2. 120

    Ecrit par Raymond Dumay :

    Presque tout entiers glaciaires, les derniers cent mille ans posent un problème nouveau. Peut-on être inventif, c’est-à-dire heureux, dans les glaces ?

    En lui-même, le froid n’a pas toujours gêné l’homme. Jusqu’au XXe siècle, on a pu voir des indigènes vivre nus dans la neige, en Sibérie et en Terre de Feu. Avons-nous seulement le droit de parler de courage ou d’accoutumance ? Insensibilité conviendrait mieux. Longtemps, l’homme a pu être assimilé à un animal à sang frais, sinon froid. Sa sensibilité aux variations de température semble avoir été considérablement développée par l’usage régulier du sel, innovation dont nous signalerons l’imporance.

    Pas de gêne donc, mais au contraire un lot de possibilités tel qu’on peut l’attribuer qu’à ce dieu inconnu à la bonté inépuisable, à qui les Grecs eux-mêmes n’ont pas réussi à donner un nom.

    Quel paysage en l’an – 80 000 ? Neige et glace recouvrent six mois par an un sol sur lequel il ne reste rien à cueillir : les herbes sont desséchées, les racines sont vides, les baies sont pourries. En revanche, le plus petit gibier laisse des traces ; tapis dans les fourrés, les oiseaux se laissent surprendre, les rennes se hasardent aux portes des campements, les chevaux se laissent acculer dans les ravins aux pentes bien raides, rabotées de frais par les glaciers. Sur le bord des rivières, il suffit de casser la glace pour qu’affleurent les poissons et que viennent se pavaner oies et canards. Ces bonheurs du trappeur par temps de neige ne sont pas nés de quelque aliénation poétique, ils correspondent si bien à une incorruptible réalité que nos codes interdisent chase et pêche dans ces conditions. Encore faudrait-il parler de battues inimaginables aujourd’hui, de ces hardes poussées et noyées dans de étangs masqués par une mince couche de glace.

    Le monde du froid n’était pas moins propice au transport du gibier qu’à sa capture. Tous les pays à hiver long sont réputés pour la facilité de leurs communications. Les fleuves gèlent, la neige nivelle tout. On n’est pas surpris d’apprendre que le traîneau ait été le premier moyen de transport connu. Son extension était considérable : l’abbé Breuil en aurait retrouvé des représentations jusque dans les peintures pariétales des grottes du Sud de l’Espagne.

    D’ordinaire si difficile à résoudre, le problème de la conservation des aliments ne se posait pas. Le « tout-glaciaire » se chargeaeit de la besogne. Maîtrisé depuis longtemps, le feu s’occupait du reste.

    Sans doute y eut-il déjà des jeunes gens qui s’ennuyaient, qui se plaignaient de vivre dans une société de cosnommation. Ce chaleureux dieu du Froid, qui leur donnait tout et qu’on n’a pas revu depuis, ils le contestaient : la pays de Cocagne, à les entendre, courait à sa perte en ne conservant point un minimum de frugalité…

    (Le Rat et l’Abeille, Court traité de gastronomie préhistorique, Phébus, 1997)

    décembre 18, 2009 à 23 h 21 min

  3. Oulah ! Je retire donc le mot « désagréments ».
    Et si l’excitation (plus ou moins sourde) dès que tombe la neige n’était qu’un lointain souvenir de ce temps-là ?

    décembre 18, 2009 à 23 h 23 min

  4. N’empêche, s’il y avait un bon Dieu en ce monde la neige serait (comme celle artificielle des boîtes de nuit) certes blanche (quoique d’autres couleurs seraient sans doute aussi du meilleur effet) mais surtout… sèche et chaude.

    Quelle idée perverse, en effet, de la faire si froide et mouillée !

    Faut vraiment aimer voir les enfants pleurer en retrant les mains gelées et les habits trempés.

    Et je ne parle pas de cette fin cruelle en forme de soupe marron… On aurait pas pu lui inventer une mort brutale en pleine fleur de l’âge ?

    décembre 19, 2009 à 10 h 22 min

  5. Isidore

    Ah, la neige, quelle merveille, et quelle présence !! J’adore ce moment où elle vient nous rendre sa première visite au cours de l’année. Elle réveille en moi une bien ancienne mémoire, et m’invite à voyager hors de notre temps pour aller visiter des contrées oubliées mais combien familières… Bon, c’est vrai aussi que lorsqu’elle s’éternise et commence à m’ envahir de sa lourdeur mouillée, elle me devient fort importune et j’ai hâte de lui voir laisser sa place à plus clément.

    décembre 19, 2009 à 11 h 13 min

  6. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    Puis, comme nous pouvions le craindre, il se mit à pleuvoir des pavés et la belle neige qui s’était posée hier sur la ville bientôt en fut entièrement recouverte.

    (754, http://l-autofictif.over-blog.com/, 20 décembre 2009)

    décembre 20, 2009 à 22 h 13 min

  7. 120

    Ecrit par John Haines :

    Neige

    Pour qui vit dans la neige et l’observe jour après jour, elle se lit à livre ouvert. Les pages se tournent au souffle du vent, les lettres ne tiennent pas en place, forment de nouvelles alliances, de nouveaux sens dans un langage qui pourtant reste le même. Langage obscur, parlé par tout ce qui s’en va pour revenir un jour. Le même texte s’écrit là depuis des milliers d’années même si je n’étais pas là, ne serai pas là les hivers prochains pour le lire. Ces parcours d’apparence arbitraire, ces sentiers, ces creux, ces empreintes, ces petites pelotes rondes et dures dans la neige : tout cela fait sens. Il s’y écrit peut-être des choses obscures, d’autres vies s’y manifestent, disent leurs courses et leurs histoires, leurs peurs et leurs morts. Les pattes fines d’une musaraigne ou d’un campagnol dessinent un tracé bref et erratique sur la neige, et voici le trou où disparaît le petit animal. Et là passe la trace d’une hermine, vive et curieuse, qui disparaît à son tour dans l’ombre blanche de ce trou.

    […] Ce qui aurait pu n’être que le silence, une page vierge, une absence, me parlait aussi clairement que si j’avais été là pour voir. Je m’imaginais un homme menant la vie d’un sage au plus froid des terres, et qui suivrait chaque indice laissé par la neige, en écrivant un livre au fur et à mesure. Ce serait l’histoire de la neige, le livre de l’hiver. Un texte d’un millier d’années que viendrait lire un peuple de chasseurs dans un avenir lointain. Qui était là et qui s’est exilé ? Comment se nommaient-ils ? Que tuaient-ils, que mangeaent-ils ? Et finalement, qui laissaient-ils derrière eux ?

    (Vingt-cinq ans de solitude, Mémoires du Grand Nord, Gallmeister, 2005)

    décembre 21, 2009 à 12 h 03 min

  8. Finalement, la Préhistoire est peut-être une période sans écriture mais pas sans lectures. Bien au contraire…

    décembre 21, 2009 à 12 h 07 min

  9. 120

    Ecrit par Christian Laborde :

    La neige

    n’ai-je
    nage
    neige
    la snow qui fait tramway
    tessons d’eau funambule
    gel ganté
    je dis: ugh!
    *
    ugh à cette blancheur exacte
    à cette balançoire
    à cette chair qui joue
    tresses
    nattes
    nœuds
    socquettes de cosmos
    rondeur aérienne du chanvre
    roue libre
    montgolfière
    deux dents de mieux dans l’ascension de la buée
    *
    ugh au tissu des songes
    aux ciseaux écarlates du vent
    à l’ourlet des réglisses
    aux carreaux surpiqués
    aux dés hallucinés dans le sillage des aiguilles
    craie circulaire et bleue
    yo-yo
    machine à coudre le silence
    *
    ugh à ce riz jeté sur les marches du froid
    aux ombrelles qui sont toupies dans les mains fines
    hautes lèvres
    chignons
    dentelles
    tulle
    tuiles
    taille prise au piège du zéro
    *
    ugh à ces Dinky Toys
    broches des oxygènes
    à ces pin’s végétaux sur le Smalto du jour
    bagues
    jonc
    poudre d’or
    tiroirs
    étoiles d’eau
    rimmel
    cristaux
    foulard masquant la plaie au cou du précipice
    *
    ugh à ce ralenti
    à cette touche pause
    vaisseau
    harnaché d’or
    suspentes
    parachute
    toile s’ouvrant
    s’offrant
    s’accoudant aux toitures
    sables parking
    sommeil
    paupières s’arrimant aux vitres des voitures
    *
    ugh à cette sciure
    varlope des éclairs
    cliquetis des écumes
    bulles de cachalots
    nageoires des éthers
    sirènes se coiffant dans le boudoir des brumes
    écailles
    confettis
    peigne des braseros
    nuque pulvérisée des comètes qui rôdent

    (http://www.christianlaborde.com/sites/make-ai/page/page.php/id/14101)

    décembre 21, 2009 à 13 h 29 min

  10. « ugh à ce ralenti ».

    Dans un monde piégé par la vitesse, la principale vertu de la neige n’est-elle pas, justement, ce ralenti (le sien tout comme celui qu’elle impose aux circulations automobiles) ?

    décembre 21, 2009 à 13 h 32 min

  11. 120

    Ecrit par Mario Rigoni Stern :

    Ces jours-ci, il a beaucoup neigé et, sur mon toit, au-dessus de celle de décembre, il y a plus d’un mètre de neige fraîche. Je suis isolé, coupé de mon bourg. Je prends une feuille dans un livre ; Andrea Zanzotto m’y a transcrit à la main l’une des ses poésies, Gel : « Saison de la blancheur — / En une innombrable variété de neiges / mille étoiles soeurs / se fraient un chemin vers moi. »

    ***

    Depuis toujours, le troglodyte mignon est le premier à signaler l’arrivée de l’hiver, quand il s’approche des maisons des hommes. C’est le plus petit des oiseaux d’Europe : une touffe ramassée de plumes brunes avec de fines rayures plus sombres et une petite queue courte toujours relevée. Son cri ressemble à un léger coup de clochette en argent : c’est ainsi qu’il demande à la neige de venir. Son nom indique une origine si ancienne que sa présence tenait certainement compagnie aux hommes de l’âge de pierre : Troglodytes trglodytes. Chez nous, en cimbre, nous l’appelons « rasetle », qui veut dire l’agité ou bien le fou-fou ; pour les Allemands, il est Zaunkönig : le roi des haies.
    Il vient de la forêt à la fin novembre ou en décembre ; on l’aperçoit et on l’entend, discret et familier dans les piles de bois où il se glisse, en quête d’araignées ou de mouches. C’est ainsi que je me le rappelle depuis ma plus lointaine enfance, et aussitôt après lui, la neige arrive ponctuellement depuis les montagnes du nord : légère et sèche, une neige poudreuse sur les forêts et les maisons; Mais, si elle vient de l’est, elle progresse, abondante, de forêt en forêt ; elle recouvre les herbes sèches, la mousse, les buissons, et habille les arbres de blanc : tout devient nouveau, irréel, mystérieux.

    ***

    Le silence de la neige est profond ; quand elle tombe, même la nuit devient plus silencieuse, et le sommeil a une douceur particulière. La lumière aussi est différente. Dans la forêt, cerfs et chevreuils, renards et lièvres restent sans bouger. Quand le soleil reparaîtra, les grives litornes seront là pour le saluer : parties de Scandinavie, de village en village, elles sont arrivées jusqu’à nous car, ici, le jour a plus de lumière et les baies des sorbiers de l’oiseleur brillent encore sur les arbres près des maisons.

    ***

    Même si l’hiver semble donner à tout l’apparence de la mort, dans la lumière nouvelle de la forêt, on recommence à vivre. On avance, plongés dans cette blancheur, source de lumière, entre les hauts troncs couverts d’une mousse d’argent, et le temps aussi devient irréel ; l’on vit dans un monde métaphysique comme dans un rêve : le corps n’a plus de poids, le pas de marche est sans fatigue, et l’on avance, vagabondant d’une pensée à l’autre. Dans cet infini, parmi les arbres couverts de neige, les choses de la vie aussi semblent plus claires.

    ***

    C’est en février, après une grande chute de neige, que l’hiver laisse voir ce que souffrent les chevreuils et les cerfs. Souvent, ils n’arrivent même pas à se déplacer de quelques centaines de mètres pour chercher leur nourriture ; alors, ils restent rassemblés en troupeau là où la forêt est la plus dense, en attendant la fin du mauvais temps. Les chevreuils mordent et dévorent la verdure des sapins au point de réduire en brindilles les branches qui dépassent de la neige ; les cerfs arrachent les écorces, même des arbres adultes, avec leurs dents : sapins, épicéas, marsaults, hêtres. Pour eux et pour la forêt également, cela devient une épreuve : les animaux les plus faibles meurent et les arbres torturés ne bourgeonnent pas au printemps.

    ***

    En décembre, le second jour de soleil qui suit les premières neiges, je sors faire un tour de quelques kilomètres dans la forêt toute proche pour comprendre et lire sur la neige ce qui est resté à la fermeture de la chasse : lièvres, chevreuils, renards ; ils ont leurs sentiers pour approcher leurs proies, et ils laissent les traces de leur recherche.
    A la fin de l’hiver, en mars, quand la neige devient molle pendant la journée et gèle la nuit, au point de former une croûte où les pas ne s’enfoncent pas, la forêt, qui pressent le printemps, se met à sentir bon, et sa beauté devient féérique. On marche au sommet des jeunes arbres ; leurs cimes se trouvent à la hauteur des yeux et on regarde comme ferait un oiseau ou un écureuil.

    ***

    La brève tiédeur de ce midi d’hiver, captée par le sombre sapin, a fait fondre la neige qu’il avait sur la tête mais, ensuite, l’air froid de l’après-midi a fait geler les goutelettes le long de ses bras. A ses pieds, la terre a peut-être déjà perçu le signe lointain du printemps ?

    (Saisons, La fosse aux ours, 2008)

    décembre 22, 2009 à 10 h 26 min

  12. Le ralenti donc, mais aussi :

    – la réverbération de la lumière (qui éclaire tout différemment, notamment par en-dessous)

    – l’étouffement de la réverbération du son (qui clarifie les sons et crée un étrange silence)

    décembre 22, 2009 à 10 h 29 min

  13. La neige : rien de mieux pour voir sous les lourdes jupes des épicéas. 😉

    décembre 22, 2009 à 10 h 30 min

  14. 120

    Ecrit par Haruki Murakami :

    (sur le silence de la neige)

    J’étais en train d’écouter un disque en sirotant un café, après mon footing et ma douche, quand il se mit à neiger. Il tombait des flocons durs et biscornus qui venaient heurter bruyamment les vitres. Une brise légère se leva et la neige commença à courir vers le sol à vive allure, hachurant l’espace de traits inclinés à trente degrés. Clairsemées au début, ces hachures auraient pu être celles d’un quelconque motif reproduit sur le papier d’emballage d’un grand magasin, mais quand il se mit à neiger sérieusement, tout se voila de blanc au-dehors, et montagnes et forêts devinrent invisibles. C’était une vraie giboulée du nord, rien à voir avec les premières chutes de neige tranquilles que l’on connaît occasionnellement à Tokyo. Cette neige-là enveloppait tout, gelait la terre jusqu’à la moelle.

    Elle ne supportait pas non plus qu’on la regardât très longtemps, aussi avais-je déjà mal aux yeux. Je baissai les rideaux, pris un livre que je lus à côté du poêle à mazout. Quand, parvenu au bout du disque, le bras automatique revint au repos, tout autour de moi tomba dans un terrible silence. Un silence de mort, littéralement. Je posai mon livre et, sans raison précise, je fis un tour méthodique de mon domaine. Du salon j’allai à la cuisine, vérifiai le débarras, la salle de bains, le cabinet de toilette, la cave, ouvris l’une après l’autre les portes à l’étage. Il n’y avait personne. Le silence s’était coulé comme de l’huile dans les moindres recoins. Tout au plus résonnait-il différemment de pièce en pièce.

    J’étais seul, comme jamais je ne l’avais été de ma vie.

    (La course au mouton sauvage, Seuil, 1990)

    décembre 22, 2009 à 10 h 44 min

  15. 120

    Ecrit par François Jacqmin :

    Si la chose est un miroir,
    quel visage se penche sur
    la blancheur ?

    L’impensable est la seule
    image qui puisse satisfaire
    celui qui la contemple.

    L’usage d’une seule métaphore
    attristerait mortellement
    la neige.

    *

    Qui veut connaître la neige
    doit retenir son haleine et
    devenir exsangue comme l’immensité.

    La main qui l’examine doit être
    au degré zéro de l’ardeur.

    Ici, la seule faculté requise
    est l’inaptitude à la rhétorique.

    *

    Par divisions impalpables, la
    neige vient à bout de toutes
    les alternatives de l’apparence.

    Rien ne subsiste de ce qui
    frisait l’image.

    Cependant, le visible abonde
    et scintille dans tous les
    sens.

    *

    La neige tombe sur l’oeil
    comme une pierre subtile.

    Elle éteint toute perspective
    qui n’est pas constellée.

    Une intransigeance sans
    objet dirige son
    tourbillon.

    C’est le trouble tranquille
    où l’on retrouve sa
    propre fiiation à la bourrasque.

    *

    Il neige.

    Il n’est plus possible de faire
    le départ entre le jour et un
    cerveau où voltigent les idées
    grises.

    On remet en question tout ce que
    l’on sait du style et des formes.

    Soudées par un seul flocon babylonien,
    les nations ont renoncé
    à leur aberration ethnique.

    *

    Les chiffres de la neige font
    une somme incalculable. Les
    plus frileux la retiennent sans
    mémoire.

    C’est le nombre immaculé d’un
    phénomène infiniment prouvé.

    La rigueur ne fut jamais aussi
    poudreuse.

    *

    La tempête de neige ressuscite
    un mythe rudimentaire.

    Les formes captives de l’indistinct
    se déchaînent.

    Le chemin est devenu une
    allégorie.

    L’hermine revient subitement
    à la mémoire.

    *

    Le carnage de l’iver a
    engendré un polypier plat,
    immaculé : la neige.

    Les enfants s’y précipitent
    avec une volupté qui
    n’infecte pas.

    Jamais le froid n’eut autant
    de faiblesse envers l’homme.

    *

    Le grésil allume un petit
    feu sonore.

    Sa flamme tinte dans le
    paysage minéral.

    Il suffit de tendre l’oreille
    pour remonter aux
    origines du silex.

    *

    Il est vain de demander son
    chemin lorsqu’il neige.

    Autant parler d’institutions
    auprès du nomade pour qui le
    vent est un patrimoine et la
    rose un foyer.

    A ce moment, la blancheur a
    l’âme de la cécité.

    L’absence de lieu est portée
    à son incorruptible degré de
    perfection.

    *

    Rien ne bouge sinon cette
    sciure de surface que le
    vent soulève amèrement.

    La voix des choses atteint
    péniblement la forme du
    son.

    On se tient coi dans la
    fourrure de son haleine.

    *

    Entre les buissons, il y a
    des parenthèses de neige
    susceptibles de réjouir le
    puriste.

    Il faut y marcher pour
    découvrir un art que l’on
    approfondit par son propre pas.

    C’est par les pieds que
    l’on commente l’universalité de ce
    langage.

    *

    La neige s’entasse doucement
    aux flancs des fenêtres.

    Il est de tradition de ne
    pas ouvrir.

    Pour peu, on croirait
    qu’il s’agit du néant, ce
    mal-aimé du monde !

    *

    L’aube enneigée a les
    sortilèges du nouveau-né.

    La quiétude et l’absence de
    langage ouvrent un chemin
    qui se perd dans la dentelle.

    Le pas est heureux d’être
    atténué.

    La conscience qui regarde
    s’enfonce dans les bruits
    de la blancheur.

    *

    Vers la fin, l’hiver est
    une blessure écoeurante.

    Souillée, la neige est devenue
    un magma de menaces
    impuissantes.

    La folie du devenir l’emporte.

    La pensée ne songe plus
    qu’à son corps.

    (Les saisons, Labor, 1988)

    décembre 22, 2009 à 15 h 27 min

  16. 120

    Ecrit par Maurice Coyaud

    Devant le sanglier
    Pendu
    Il neige

    Seison

    *

    Plus froide que la neige même
    La lune d’hiver
    Sur mes cheveux blancs

    Jôsô

    *

    Sur cette lande où il neige
    Si je meurs aussi, je deviendrai
    Un Bouddha de neige

    Chôsui

    *

    Arrivant sur le neige
    Elles font pott
    Les fauvettes

    Bôsha

    *

    Même si tu as froid
    Ne te chauffe pas au feu
    Bonhomme de neige

    Sôkan

    *

    Quel est le con qui est allé
    Pisser
    Sur cette neige fraîche

    Kikaku

    *

    Tout droit
    Un trou (j’ai pissé)
    Dans la neige au coin de la maison

    Issa

    *

    Première neige
    Trésor suprême
    Vieux vase de nuit

    Issa

    *

    Viens donc moineau
    Sur ce carré de neige fondue
    Devant ma porte

    Issa

    (Fourmis sans ombre, Le livre du haïku, Anthologie-promenade, Phébus, 1978)

    décembre 22, 2009 à 19 h 57 min

  17. 120

    Ecrit par Jean-Marie Gourio :

    Le flocon de neige qui tombe en haut de l’Himalaya, ça lui fait son travail à deux minutes de chez lui !

    *

    La neige a deux côtés, un qui accroche et un qui glisse, le côté qui accroche est en bas, et le côté qui glisse en haut, pour faire du ski… si c’est le glissant en-dessous, ça fait des avalanches.

    *

    Un Noël sans neige, c’est pas un vrai Noël…
    — L’année dernière y’avait de la neige, t’arrêtais pas de gueuler !
    — Oui, mais j’avais pas de bons pneus.

    *

    Tu poses un flocon de neige, tout de suite t’as un skieur dessus, c’est rien que de la merde blanche pour des mouches à bonnet !

    *

    On n’a jamais eu autant de neige, à croire qu’il n’a jamais autant neigé.

    *

    Les crottes de castor, dans la neige, ça laisse une trace verte, un beau vert, très très poétique, c’est pour ça que je me permets d’en parler.

    *

    La neige, c’est silencieux, un chanteur dans la neige, on ne l’entend pas.

    *

    Il faisait faire son chien sur la neige !
    — Où ?
    — Dans le square, sur la jolie neige.
    — Je vous jure…
    — Personne avait encore marché, c’était tout blanc, même dans les arbres !
    — Il a fait chier son chien dans les arbres ?

    (Brèves de comptoir, Michel Lafon, 1992-2000)

    décembre 22, 2009 à 20 h 05 min

  18. 120

    Ecrit par Haruki Murakami :

    (jouant de son art indéniable de la métaphore)

    C’était une neige aussi discrète que des yeux qui se ferment sans bruit.

    (La course au mouton sauvage, Seuil, 1990)

    décembre 23, 2009 à 12 h 07 min

  19. Ca y est ! La neige ! Enfin !
    Elle en a mis du temps la bougresse
    Un mois que le froid serre le poing
    Rentre le menton
    Et pince les fesses
    Sans qu’un seul grain
    N’apparaisse
    A l’horizon
    Il était temps que cela cesse
    Non ?

    Humains, voisins, poltrons
    Sonnez le tocsin, la messe et le clairon !

    Ouvrez les mains
    Et accueillez en liesse
    Cette caresse
    Chaude comme un sein
    Comme un marron
    Un édredon
    Lente papesse
    Lourde et épaisse
    Que rien ne presse
    Morceaux de satin
    Tendres flocons
    Que des mains
    Tressent
    En nappe
    En chapes
    De plomb
    Sur plaines et monts
    Plus rien, plus de vie
    De formes, de coloris
    Plus rien. Tout est fini ?
    Mais non…

    Humains, voisins, poltrons
    Sonnez le tocsin, la messe et le clairon

    Pas de détresse
    De sanglots longs
    Vous n’êtes pas orphelins
    Voyons
    Un peu de sagesse
    Et d’attention
    Sous le linceul
    La vie a gonflé ses poumons
    Et retient sa respiration
    Elle est seule
    Mais forte
    Dans sa maison
    Son lit, son abri
    Plein de glaçons
    Elle n’est pas morte
    Gnomes et lutins aussi
    Sont là sous la surface
    Leurs carapaces
    De glace mais éveillés
    Humains, voisins, poltrons
    Hommes au sang chaud
    Comme eux rentrez
    Dans vos foyers
    Dans vos chaussons
    Et découvrez le gros charbon
    Rouge, allumé
    Sous le tas de cendres
    De décembre
    Vous avez trop dansé
    Cet été
    Comme fascinés
    Par l’illusion
    La profusion
    La danse
    Des apparences
    Vous avez oublié
    Qui vous étiez
    Réveillez-vous
    Faites un effort
    Ne croyez plus être ce corps
    Mort
    Découvrez-vous
    Dans cet esprit
    Qui vit encore
    Alors que tout
    Est froid dehors
    N’y a-t-il pas derrière vos côtes
    Et vos poumons
    Comme un tison
    Un lit de paille dans une grotte
    Un nourrisson qui grelotte
    Et qui attend qu’on le dorlotte ?

    Humains, voisins, poltrons
    Sonnez le tocsin, la messe et le clairon !

    Car sous les cendres
    De décembre
    Un dieu est né
    Aléluia !
    L’été viendra !

    décembre 26, 2009 à 19 h 16 min

  20. C’est pas ce qu’on appelle une ressucée ? 😉

    décembre 26, 2009 à 19 h 18 min

  21. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Zoo de Berlin. Beauté des animaux en exil sous la neige, qui marchent comme dans la jungle autour des rochers artificiels, avec une lenteur de rêve, même si elle n’est que celle de la résignation. Les Aborigènes australiens ont aussi cette lenteur, cette immobilité rêveuse qui leur vient du Dreamtime. La frénésie de l’espèce humaine ne les atteint pas.

    La neige exalte les ténèbres naturelles de l’animalité. La blancheur convient aux fauves. […]

    (Cool Memories I, Galilée, 1987)

    décembre 27, 2009 à 14 h 48 min

  22. Pascale

    « La blancheur convient aux fauves ». Voilà, je le savais! Je suis une lionne. Tu vas finir par arriver à me le faire lire, ce Baudrillard…

    décembre 27, 2009 à 18 h 06 min

  23. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Peu de neige cet hiver. Sans neige, les stations ne sont plus que les villes fantômes d’un vieux culte sportif datant d’une époque glaciaire. Imaginez les stations balnéaires d’où la mer se serait retirée.

    On alimente donc les pistes avec de la neige artificielle, pour fournir une base réelle à un simulacre de loisir. Du coup, il apparaît que la vraie neige a déjà queqlue chose d’artificiel, qu’elle n’a plus cet aspect spontanément irréel qui en faisait la qualité poétique. A la pratiqque artificielle de la neige correspond tôt ou tard une neige artificielle. […]

    (Cool memories III, Galilée, 1995)

    décembre 28, 2009 à 0 h 42 min

  24. Pfff… C’est malin, Pascale !
    Du coup, il se sent autorisé à nous pourrir le blog avec le retour de la Baudrille (qui n’est qu’une baudruche sur le retour) ! 😉

    décembre 28, 2009 à 1 h 16 min

  25. Pascale

    Bon bon, je retire ce que j’ai écrit ! A bas la Baudrille sur le retour ;-)!

    décembre 28, 2009 à 9 h 55 min

  26. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    (qui ne s’arrêtera pas en si bon chemin)

    Quand la neige tombe avec cette lenteur surnaturelle, alors il semble que les raisons de mourir soient plus subtiles que celles de vivre. Mais peut-être celles-ci sont-elles plus nombreuses.

    (Cool Memories I, Galilée, 1987)

    décembre 28, 2009 à 10 h 43 min

  27. Pascale

    En fin de compte les interventions que je préfère sur ce post sont, dans l’ordre, celles de Rigoni Stern et d’Isidore !

    décembre 28, 2009 à 20 h 21 min

  28. Pascale

    « Les oiseaux ignorants poursuivent leur chemin
    et nous, très humblement, le poursuivrons aussi,
    la neige de l’hiver blanchira nos cheveux
    et la rafale glacée blessera nos tempes. »
    (Pablo Neruda, Cahiers de Temuco)

    décembre 29, 2009 à 9 h 13 min

  29. 120

    (se sent soudain moins seul 😉 )

    décembre 29, 2009 à 13 h 47 min

  30. 120

    Ecrit par Denis Grozdanovitch :

    Confidence téléphonique un jour de neige

    Au petit matin glissant un oeil par la fenêtre
    je crus un instant être dupe une fois de plus
    d’un réveil simulé par le songe.
    La neige épaisse primordiale
    celle des contes et des légendes
    avait étouffé l’ordinaire frénésie urbaine
    sous une chape de silence surnaturel.

    J’étais étonné et ravi
    de ce souain retour au calme
    par la grâce d’une si simple intercession :
    ces doux flocons (presque fantasmatiques) descendus du ciel !
    L’ancienne ferveur enfantine
    enfouie sous les décombres du temps de la lassitude
    avait resurgi en moi.
    Je contemplais les toits les jardins muets et extatiques
    (sanctifiés par la blanche apparition !)
    à la façon dont les gosses
    agglutinés devant la vitrine du grand magasin
    scrutent avec recueillement l’âne le boeuf les santons dans la crèche.

    Mon père au téléphone
    à sa manière pudique faussement distante
    me confia alors qu’il se souvenait
    étant enafnt dans le jardin du Luxembourg
    d’avoir passé son temps
    par une journée de neige toute semblable
    à rouler une énorme boule
    laquelle
    (ayant finalement atteint la hauteur de ses épaules de dix ans)
    il avait dû abandonner à la tombée du jour
    dans une allée latérale déserte
    terriblement à contrecoeur.

    Après un temps d’arrêt
    comme s’il hésitait devant cette confidence il ajouta :
    « Il y a soixante ans de cela vois-tu, Denis !
    Pourtant ce matin j’ai presque la certitude
    qu’elle doit m’attendre encore là-bas
    à l’endroit exact où je l’ai laissée ce soir-là. »

    (La faculté des choses, Le Castor Astral, 2008)

    décembre 29, 2009 à 14 h 10 min

  31. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    Un mystère : c’est l’hiver et pourtant la mandarine n’est pas une boule de neige.

    (766, http://l-autofictif.over-blog.com/, 1 janvier 2010)

    janvier 4, 2010 à 21 h 12 min

  32. 120

    Ecrit par Claude Nougaro :

    Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse
    Qu’importe le flocon pourvu qu’on ait l’hiver
    L’hiver que nous aimons, l’hermine de caresses
    La luge de Jésus dans son cache-nez vert
    et des enfants rieurs joyaux de l’univers

    (C’est dit, Gallimard, 2006)

    janvier 6, 2010 à 13 h 34 min

  33. 120

    Ecrit par Mario Mercier :

    (exposant sa manière « néo-chamanique » de célébrer la neige)

    […] Il y a certains rites pour se concilier l’Esprit de la neige et être fertilisé par lui. Il faut alors se tourner vers le nord, à la pleine lune, et tirer de son petit doigt, avec une aiguille de sapin, trois gouttes de sang que l’on disposera en triangle sur de la neige lorsqu’elle est illuminée par la lumière lunaire.

    Alors, la Déesse de la neige viendra nous ensemencer, à condition que nous ayons dominé et vaincu le sortilège de notre eau inférieure, cette marâtre assoiffée de faux pouvoirs, et que nous ayons mis l’enfant de la Déesse de la neige, né de notre essence, en lieu sûr jusqu’à ce que l’opération se termine. Il faudra en outre se concilier les pouvoirs magiques de la forêt et des gnomes de la terre, gardiens et maîtres des métaux, détenteurs des connaissances secrètes de la terre, fixées dans les pierres précieuses. Et la glace, après tout, n’est-elle pas la métarialisation imitative et fugace de ces pierres sous une forme éphémère ?

    (La nature et le sacré, Initiation chamanique et magie naturelle, Dangles, 1983)

    janvier 8, 2010 à 13 h 47 min

  34. 120

    Ecrit par Alain Bosquet :

    NEIGE

    La comète est blessée. Coton. Coton.
    L’arbre est dans le coma. Coton. Bandage.
    Le ciel se meurt. Pourquoi l’opère-t-on ?
    L’épidémie se guérit par l’image.
    Prévenez les parents, les vieux amis.
    Bandage. La piqûre est-elle prête ?
    Qu’ils entrent : l’ours, le pommier, la fourmi,
    l’équateur, le vautour à quatre têtes.
    L’océan chauve a quitté l’hôpital.
    Il faudra l’amputer de plusieurs îles.
    Coton. Le verbe lui sera fatal.
    Convalescence. Il neige sur la ville.

    (Deuxième testament, 1959)

    janvier 9, 2010 à 10 h 38 min

  35. 120

    Ecrit par Alain Bosquet :

    Seul compte l’avis des neiges éternelles.

    ***

    Le jeune poète belge Eric Brogniet a cette jolie formule : « Ecrire est une neige lente. »

    ***

    La neige apporte la sérénité, mais les flocons sont ivres.

    ***

    L’amour, cette musique de la neige.

    ***

    Si la neige était neige, elle mourrait de froid.

    (La fable et le fouet, aphorismes, Gallimard, 1995)

    janvier 9, 2010 à 10 h 44 min

  36. La neige est la poésie de la prosaïque pluie. Plus pure, plus lente, plus légère, plus folle, plus durable. Plus inutile et incompréhensible.

    janvier 9, 2010 à 10 h 46 min

  37. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    L’arbre semble reposé.
    La neige l’a recouvert pendant la nuit de lumière pure, comme une mère relevant un drap sur le corps de son enfant endormi.

    (La présence pure, Le temps qu’il fait, 1999)

    janvier 9, 2010 à 11 h 44 min

  38. Isidore

    Dans l’interminable
    Ennui de la plaine
    La neige incertaine
    Luit comme du sable

    Le ciel est de cuivre
    Sans lueur aucune
    On croirait voir vivre
    Et mourir la lune

    Comme des nuées
    Flottent gris les chênes
    Des forêts prochaines
    parmi les buées

    Le ciel est de cuivre
    Sans lueur aucune
    On croirait voir vivre
    et mourir la lune

    Corneille poussive
    Et vous les loups maigres
    Par ces bises aigres
    Quoi donc vous arrive?

    Dans l’interminable
    Ennui de la plaine
    La neige incertaine
    Luit comme du sable

    Verlaine

    janvier 9, 2010 à 13 h 47 min

  39. 120

    😉

    janvier 9, 2010 à 14 h 02 min

  40. « Luit comme du sable » : fallait trouver !

    janvier 9, 2010 à 14 h 03 min

  41. Ben, quand « le ciel est de cuivre », ça paraît évident, non ?

    janvier 9, 2010 à 15 h 07 min

  42. Oui mais bon… le sable, ça évoque quand même sacrément la plage et le Sahara. Rien de très hivernal, tout de même.

    Enfin bref. Ce qui est amusant, c’est que je me suis levé ce matin avec l’idée d’aller acheter (d’occas) l’intégrale des poésies de Verlaine aperçue hier chez un bouquiniste.

    Du coup, j’y file… 😉
    (Il faut savoir définir et saisir les signes qui nous arrangent)

    janvier 9, 2010 à 15 h 11 min

  43. Isidore

    C’est un sublime hasard objectif, ça !… A moins que ce soit simplement une belle coïncidence ?

    janvier 9, 2010 à 15 h 28 min

  44. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    Sur la neige couvrant la boîte aux lettres, l’étoile minuscule d’une patte d’oiseau — de fraîches nouvelles du ciel.

    ***

    La neige qui va à pas feutrés porte entre ses mains blanches une couronne de lumière. Elle cherche une âme pure pour la lui remettre.

    ***

    « Je n’aime pas la neige à cause du froid » me dit le moine et ce fut aussi stupéfiant que s’il m’avait dit : « Je n’aime pas Dieu à cause de la mort ». Chaque fois que j’entends quelqu’un maudire la neige ou la pluie, cela me fait de la peine, comme si on disait du mal d’un de mes proches, mais entendre un moine médire de la neige me déchire l’âme.

    (Une bibliothèque de nuages, Lettres vives, 2006)

    janvier 10, 2010 à 10 h 34 min

  45. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    L’hiver m’était secourable avec le grand pardon de sa neige couvrant le monde. Quand sa blancheur engloutissait Le Creusot pendant mon sommeil, je découvrais au matin des rues exténuées de bonté et des usines féeriques d’où sortaient en silence des locomotives de neige.

    Entrant dans le parc enneigé de la Verrerie, j’ai eu la sensation de grimper sur un escabeau de neige haut de dix centimètres qui me rapprochait du ciel.

    Je veux ête enterré dans un flocon de neige.

    (Prisonnier au berceau, Mercure de France, 2005)

    janvier 11, 2010 à 1 h 11 min

  46. 120

    Ecrit par Jean-Pierre Le Goff :

    Un gemmail de billes sur le sucre de l’hiver
    (Hommage à W.A. Bentley)

    W.A. Bentley vécut à Jericho dans le Vermont aux Etats-Unis. Adolescent, il fut émerveillé par des cristaux de neige vus au microscope, ce qui le détermina à passer sa vie à les photographier, s’en écartant parfois pour impressionner gouttes de rosée, givre ou gelée blanche. Sur des dizaines de milliers de photos qu’il prit il ne trouva jamais deux cristaux identiques. En 1931 la Société américaine de météorologie choisit deux mille de ses clichés et les publia en un volume : Snow Crystals. Peu après W.A. Bentley mourut.
    Pour lui rendre hommage, à la première neige digne de ce nom, après le premier janvier 1919, je formerai un figure hexagonale étoilée au moyen de 259 billes irisées dans le jardin d’Etienne Leperlier à Conches (Eure), elle restera en place jusqu’à ce que la neige fonde.
    Le projet de cette inscription est né, outre du souhait d’émettre un signe de connivence envers W.A. Bentley, du désir de jouer de la pérennité et de l’éphémère par l’entremise d’une rosace instable issue de la structure du cristal de neige.

    […]

    Etoile et boules de neige

    Les saisons passent. L’hiver est revenu et, en contrepoint, la neige. La neige d’antan, celle qui ne fond pas dans la mémoire mais dont l’immatérialité est l’absence de ce qui en nous a vécu.
    Par désir de rite, j’ai voulu disposer une nouvelle fois un étoilement sur la neige, le 21 février 1996, sur une pelouse près de la demeure de Philippe André Roger Guibert, pour réinscrire le sceau du cristal sur la fourrure blanche.
    Pour varier le rite, je n’utiliserai pas de billes, comme je le fis précédemment, mais des boules de neige que je pétris, en leur injectant ensuite des couleurs, au moyen de cinq seringues chargées chacune d’un encre différente. 36 boules se rayonnèrent et rutilèrent sous la lumière.
    Il faisait moins dix degrés, l’encre gelait dans les seringues et les flacons, il fallait en permanence la réchauffer au moyen d’eau chaude. Je mis quatre heures à confectionner cette étoile, les mains roides comme paralysées et douloureuses et l’esprit aussi comme pris dans le gel.
    Au bout de cinq jours l’étoile fondit. Pour garder mémoire des expansions colorées, des photographies furent prises.

    […]

    Le bleu de la neige

    Vous vous souvenez peut-être de ces boules de bleu lumineux utilisées autrefois pour la lessive ; on les enveloppait dans un petit morceau de tissu blanc, que l’on trempait dans l’eau, lors du rinçage, pour donner au blanc du linge un éclat, une lumière.
    Les quelques personnes que j’ai inerrogées et qui l’ont connu dans l’enfance, m’ont toutes fait part d’un petit mystère. Elles n’ont jamais compris pourquoi ce bleu éblouissant rendait le linge lui-même éblouissant. Cela tenait de la prestidigitation puisque la logique des leçons de choses, que l’on nous aprrenait à l’école, nous portait à penser que le linge blanc, au contact du bleu, ne pouvait que s’imprégner de cette couleur. L’erreur prenait naissance dans le fait que nous pensions à une réaction chimique, alors qu’il s’agissait d’un effet d’outremer, qui est celui du bleu du linge, sa couleur complémentaire est la jaune, mélangé à cette teinte il l’élimine et le produit traité apparaît d’un blanc pur.
    Ces boules de bleu ont disparu du commerce. Au fur et à mesure que les dernières buanderies étaient abandonnées, que les lavoirs fermaient, les marchands de couleurs ne s’approvisionnèrent plus de ces boules. A croire que la fonction même de ce bleu qui l’amène à se dissiper en libérant ses molécules dans l’eau le portât à s’évanouir de l’usage. Il s’agit maintenant semblablement dans les mémoires : en recherchant éperdument ces boules bleues auprès des droguistes, j’en ai rencontré, parmi les plus jeunes, qui en ignoraient l’existence.
    Le bleu à linge est donc amené à se dissoudre et pour accompagner sa dissipation, je me dispose, au cours des mois de janvier et février 1997, à me rendre dans le Morvan, à la première neige, où, aux alentours de la maison de Philippe ANdré Roger Guibert, j’inscrirai une constellation de 37 étoiles, composée de poudre de bleu à linge sur le drap blanc que la précipitation cristalline aura bien voulu étendre, afin, peut-être, de le rendre plus étincelant.
    L’ombre sur la neige est bleue, me dit Eugène Dubreuil. Les peintres impressionnistes utilisiaient cette couleur pour la rendre. Mes étoiles seront alors comme des gouttes d’ombre sur nappe blanche. Je ne sais comment elles se comporteront au fur et à mesure que la neige fondra. De toute façon, des photographies successives témoigneront de ma lessive hivernale, qui sera étendue plus tard sur des cimaises appropriées.

    (Le cachet de la poste, Feuilles volantes, Gallimard, 2000)

    janvier 12, 2010 à 0 h 10 min

  47. J’aime bien cette idée de « désir de rite » évoquée par Le Goff, mais plus encore sa façon d’y répondre (comme Mario Mercier, commentaire 33) en inventant son propre rite.

    Dans La Vallée de Merveilles de Joann Sfar, la petite fille aussi crée sa propre salutation au soleil.

    janvier 12, 2010 à 0 h 15 min

  48. Dans le style Land Art, avec la neige, y’a des trucs pas mal, je trouve. Un exemple parmi d’autres :

    janvier 12, 2010 à 0 h 21 min

  49. Isidore

    NEIGE

    La neige, à pas feutrés
    Se glisse dans la nuit,
    Elle dépose sans bruit
    Son habit de blancheur

    Virevoltant dans l’air vif
    Du grand bois assoupi
    Les flocons vont dansant
    Sous l’éclat de la lune

    Le grand cerf en alerte
    La ramure vers le ciel
    D’un regard fasciné
    Suit sa danse légère

    Tout se fond, immobile
    Silencieux et rêveur,
    On dirait que la terre
    Veut aller jusqu’au ciel

    Dans la ville endormie
    Où se cache l’ennui
    Chacun sent frissonnant
    Un doux rêve de bonheur

    Tourbillons de blancheur
    Enveloppant les ruelles,
    Papillons d’albâtre
    Par dessus les murets,

    La cité se déploie
    En vertige exalté,
    Et là-bas sous les toits
    L’infini se blottit.

    Tout se fait incertain
    Immobile et glacé,
    On entend au lointain
    Le silence qui gémit.

    janvier 12, 2010 à 13 h 02 min

  50. Yeah !
    Et tu as déjà la musique qui l’accompagne ?
    (Tes inspirations debussiennes devraient bien aller avec)

    janvier 12, 2010 à 18 h 33 min

  51. En hommage aux boules bleues de Le Goff (que je vais sûrement refaire avec mes élèves jeudi) :

    janvier 12, 2010 à 23 h 20 min

  52. Vincent

    Et on poursuit (si vous le voulez bien) la visite de la neige « landartée » :

    etc.

    janvier 12, 2010 à 23 h 59 min

  53. Le coup des silhouettes sur le sol, inventé par Andy Goldsworthy, fonctionne super bien, je trouve : on ne peux faire autrement que de se mettre à sa place et imaginer le pied qu’à dû prendre le type qui a laissé cette trace, les bras en croix sous la neige, non ?

    janvier 13, 2010 à 0 h 30 min

  54. Isidore

    Magnifique ! Mais mon pauvre, tu dois te sentir un peu seul, je n’ai pas eu une minute pour nourrir la conversation ! Tiens, à propos (qui ne l’est d’ailleurs justement pas), j’ai eu la surprise de découvrir notre sujet sur la crise repris par un blog avec lien avec le PP.
    http://www.creditsel.com/actu/la-crise-c’est-fini.html

    janvier 13, 2010 à 1 h 02 min

  55. T’inquiète, quand j’me sens seul, je contacte 120 et me retrouve aussi bien vite en bonne compagnie 😉

    Sinon, tu sais d’où/ de qui vient cette « captation d’article » ?

    janvier 13, 2010 à 12 h 23 min

  56. Isidore

    Aucune idée.

    janvier 13, 2010 à 13 h 25 min

  57. 120

    Ecrit par Paul Claudel :

    Voici l’hiver tout à fait […]
    C’est fini de cet automne pourri. Voici la neige pour de bon.
    (O tout cela qui n’était pas fini, et ce noir chemin macéré, hier, encore,
    Sous le bouleau déguenillé dans la brume et le grand chêne qui sent fort !)
    Tout est blanc. Tout est la même chose. Tout est immaculé.
    La terre du ciel a reçu sa robe superimposée.
    Tout est annulé, mal et bien, tout est neuf et recommence de nouveau.
    L’absence de tout est en bas et les ténèbres sont en haut.
    Mais dans un monde blanc il n’y a que les Anges pour être à l’aise.
    Il n’y a pas un homme vivant dans tout le diocèse,
    […]

    (Saint-Nicolas)

    janvier 14, 2010 à 11 h 21 min

  58. 120

    Ecrit par Jean-Marie Gourio :

    La neige, ça fait comme un manteau blanc, et des fois, y a une file de randonneurs qui chient, ça fait les boutons.

    ***

    Un con qui skie dans la neige, c’est facile à suivre à la trace.

    ***

    Le froid empêche de s’abîmer, tu t’assoies dans la neige, t’as le cul qui vieillit pas.

    ***

    Il a neigé sur du mouillé, la neige n’a pas tenu et ça a fait de la boue.
    — Le mouillé, c’est la hantise des enfants.

    ***

    Un peu de neige et les trains marchent plus.
    — Ils les faisaient rouler jusqu’aux camps leurs trains pendant les hivers que c’était la guerre.

    ***

    Des couilles en dessous les flocons de neige tu prends ça sur la capuche bonjour !

    ***

    Il a neigé ? J’ai rien entendu.

    ***

    Tiens ? Dame neige est tombée.

    ***

    Ca de neige !
    — Ca m’hallucine ce que tu dis parce que j’ai vécu là-bas deux ans.

    ***

    La neige, il ne faut pas oublier que c’est une inondation en dur.

    (10 000 brèves de comptoir, Robert Laffont, 1999)

    janvier 14, 2010 à 12 h 35 min

  59. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    […] Le froid le réveilla : quelques flocons de neige dansaient sur le tapis. En s’approchant de la porte, la fataisie lui vint d’attraper un flocon sur le bout de sa langue rose. C’est un geste qui suppose une technique parfaite et plus qu’une technique : un coeur d’enfant. Tacite échoua dans ses premières tentatives et, gagné par une ivresse qui ne devait rien au champagne, s’entêta, sortit dans la rue, tête renversée, bouche grande ouverte, pendant une heure entière. Quand il revint à la maison, il s’étonna de la trouver allumée. Les pièces où il entrait s’éclairaient comme d’elles-mêmes et ce n’est que devant le miroir de la salle de bain — illuminée comme une salle de bal — qu’il comprit : la lumière sortait de son coeur désormais blanc. Une lumière qui perçait le pelage noir et inondait tout l’espace. Il n’y avait pas d’explication raisonnable à cela. Il pouvait simplement constater que cette lumière, légèrement bleutée, ressembait à celle du flocon de neige qu’il avait réussi, tout à l’heure, à avaler. […]

    (Coeur de neige, Théodore Balmoral, 1994)

    janvier 14, 2010 à 12 h 45 min

  60. Oulah… Préviens-nous la prochaine fois, 120, quand tu passes de Claudel à Bobin en passant par Gourio : un grand écart pareil, sans échauffement, c’est tout de même risqué.

    Sinon, je ne sais pas vous mais moi, la dernière fois que j’ai mangé de la neige, ça n’a pas éclairé ma maison en blanc… mais plutôt repeint mes chiottes d’une toute autre couleur ! 😉
    (Ben quoi ! On peut aussi faire de la poésie réaliste, non ?)

    janvier 14, 2010 à 12 h 50 min

  61. Isidore

    😉

    janvier 14, 2010 à 13 h 53 min

  62. J’voudrais pas dire, mais comment qu’il fait, Goldsworthy pour se relever sans abimer sa trace ???? hmmmmm ???

    janvier 14, 2010 à 14 h 48 min

  63. Ca me paraît simple : il redresse le buste, replie les pieds, se lève, prend son élan dans la trace… et saute.

    Ensuite, il suffit de cadrer la photo sans montrer l’endroit de l’atterrissage.

    Non ?

    janvier 14, 2010 à 16 h 49 min

  64. pas dit que ce soit si simple pour faire une trace nette…faut bien prendre appui sur ses mains pour se relever, nan ?

    janvier 14, 2010 à 17 h 07 min

  65. Et là, il fait comment ?

    janvier 14, 2010 à 17 h 27 min

  66. à mon avis il est héli-treuillé.
    j’vois qu’ça.

    janvier 14, 2010 à 17 h 29 min

  67. Pfff… Facile : il est caché derrière le rocher.

    janvier 14, 2010 à 17 h 30 min

  68. Bon ben à la prochaine neige, tu nous fais voir, ok ?

    janvier 14, 2010 à 17 h 33 min

  69. N’empêche, quelle que soit la méthode, ça doit être drôle à voir (ne serait-ce que parce qu’il doit être trempé).

    Je me demande d’ailleurs si on ne le voit pas faire dans le reportage qui lui a été consacré que j’ai vu je ne sais plus où.

    janvier 14, 2010 à 17 h 38 min

  70. Isidore

    A moins qu’il soit treillis-ollé. Ce ne serait pas mal pour un ancien militaire. Et ça nous prouverait aussi son origine hispanique qui, comme chacun sait fait pencher les hommes vers les blondes au long menton: c’est plus facile pour crier OLLÉ! (Oh merde , je crois bien m’être trompé d’article… trop tard c’est déjà posté)

    janvier 14, 2010 à 17 h 44 min

  71. ouiiiiiiiiiiiiii !
    aaaaaahhh Isi…. 🙂

    janvier 14, 2010 à 17 h 53 min

  72. Isidore

    Ah, Barbarella, comme vos « ouiiiiiii » me manquaient, si vous saviez…L’empire glacé de la neige et du cruel hiver emplissait peu à peu mon âme, et je sentais déjà l’odeur du sépulcre envahir l’atmosphère périphérique… à moins que ce soit l’athmosphère du périphérique qui commence à perturber mes neurones ?… Quoiqu’il en soit, BONNE ANNÉE chère Barbarella !!!

    janvier 14, 2010 à 22 h 29 min

  73. Ah ouais ?
    Moi, pour les beaux nénés, j’me gratte ?

    janvier 14, 2010 à 22 h 38 min

  74. Isidore

    Tu te grattes quoi ?

    janvier 14, 2010 à 22 h 42 min

  75. Bah les tétés !

    janvier 14, 2010 à 22 h 45 min

  76. Isidore

    Qui se gratte les nénés en janvier
    Aura la tété en février
    Et… la fessée en mars.

    (vieux dicton francomtois)

    janvier 14, 2010 à 22 h 56 min

  77. Isidore

    Mais qui contemple de beaux nénés en janvier
    Aura la fessée dès février
    Et… pourra toujours se gratter pour la tété.

    janvier 14, 2010 à 23 h 00 min

  78. tu crois ???

    janvier 15, 2010 à 1 h 06 min

  79. 120

    Ecrit par Emile Verhaeren :

    LA NEIGE

    La neige tombe, indiscontinûment,
    Comme une lente et longue et pauvre laine,
    Parmi la morne et longue et pauvre plaine,
    Froide d’amour, chaude de haine.

    La neige tombe, infiniment,
    Comme un moment —
    Monotone — dans un moment ;
    La neige choit, la neige tombe,
    Myriadaire, au cimetière, au creux des tombes.

    Le tablier des mauvaises saisons,
    Violemment, là-haut, est dénoué ;
    Le tablier des maux est secoué
    A coup de vent, sur les hameaux des horizons.

    Le gel descend, au fond des os,
    Et la misère, au fond des clos,
    La neige et la misère, au fond des âmes ;
    La neige lente et diaphane,
    Au fond des âtres froids et des âmes sans flamme,
    Qui grelottent, dans les cabanes.

    Aux carrefours des chemins morts,
    Les villages geignent au vent du Nord ;
    Les grands arbres, mordus de gel,
    Au long de leur cortège par la neige,
    Entrecroisent leurs branchages de sel.
    les vieux moulins, où la mousse blanche s’agrège,
    Apparaissent, comme des pièges,
    Tout à coup droits, sur une butte ;
    En bas, les toits et les auvents
    Dans la bourrasque, à contre vent,
    Depuis Novembre, luttent,
    Tandis qu’infiniment la neige épaisse et pleine
    Ensevelit la morne et longue et pauvre plaine.

    Ainsi tombe la neige au loin,
    En chaque sente, en chaque coin,
    Toujours la neige et son suaire,
    La neige pâle et mortuaire,
    La neige pâle et inféconde,
    En folles loques vagabondes,
    Par travers l’hiver illimité du monde.

    (Les villages illusoires)

    janvier 17, 2010 à 22 h 33 min

  80. Retour sur les commentaires 60’s :

    Cette discussion sur la « façon de faire » de Goldsworthy m’a ramené à l’idée que l’intérêt, pour moi, du travail d’artiste tient davantage dans le « faire » que dans le produit fini. Ce dernier, même parfait (peut-être justement parce qu’il paraît « trop beau pour être humain »), m’intéresse en tout cas bien moins que la rencontre, voire la simple vision, de l’artiste au travail. Une fois achevé (et le terme n’est pas innocent), et d’autant plus si elle semble avoir atteint la perfection qui interdit toute modification, l’oeuvre me paraît en effet toujours un peu morte. Les artistes eux-mêmes, d’ailleurs s’en écartent et les oublient, concentrant leur énergie sur l’oeuvre « en cours ».

    Pour le dire autrement (et plus brièvement) : je préfère visiter un seul atelier que mille musées… et les oeuvres bancales, non abouties, aux chefs d’oeuvres achevés.

    janvier 17, 2010 à 22 h 45 min

  81. Isidore

    Ca fait du bien à entendre !!! Du PP à 100 %, merci Vincent!

    janvier 17, 2010 à 23 h 33 min

  82. Visiter la maison de Proust et prende en photo sa table de tavail plutôt que se colletiner tous les tomes de La Recherche du temps perdu, pas bête, Vincent, fallait y penser ! Ca a le mérite, en plus, d’en faire gagner !!! 😉

    janvier 18, 2010 à 14 h 14 min

  83. 120

    Ecrit par Emile Verhaeren :

    EN HIVER

    Le sol trempé se gerce aux froidures premières,
    La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,
    Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,
    Des coussinets de laine irisés de lumière.

    Passent dans les champs nus les plaintes coutumières,
    A travers le désert des silences dolents,
    Où de grands corbeaux lourds abattent leurs vols lents
    Et s’en viennent de faim rôder près des chaumières.

    Mais depuis que le ciel de gris s’était couvert,
    Dans la ferme riait une gaieté d’hiver,
    On s’assemblait en rond autour du foyer rouge,

    Et l’amour s’éveillait, le soir, de gars à gouge,
    Au bouillonnement gras et siffleur du brassin
    Qui grouillait, comme un ventre, en son chaudron d’airain.

    (Les Flamandes)

    janvier 18, 2010 à 20 h 24 min

  84. 120

    Ecrit par Claude Roy :

    Pensée qui à peine se pense
    la neige neige sur la neige

    Entends-tu qui marchent pieds nus
    s’approcher les pas du silence

    (La Bartavelle, revue de littérature et de poésie, n°1, décembre 1994)

    janvier 18, 2010 à 20 h 34 min

  85. 120

    Ecrit par Kenneth White :

    SCIURE DE NEIGE

    Neige
    Sciure
    D’anciennes forêts jetées bas
    Les branches qui naguère
    Potaient l’espoir de mon vagabondage
    Ne désignent plus
    Le lointain rivage
    Où le soleil
    Attendait que j’advienne

    Tous les sentiers sont recouverts
    Et ce qui était par delà est mort

    Plus rien
    Hors moi
    Qui tombe
    Sciure
    Neige

    (En toute candeur,Mercure deFrance, 1964)

    janvier 19, 2010 à 13 h 03 min

  86. 120

    Ecrit par Bertrand Lévy :

    […] Dans mon pays, la neige, associée au froid, au ciel et au vent, fournit des sujets de conversation prisés, l’hiver. J’imagine que la neige prend la place de la mer sous d’autres cieux : matière nourricière, objet de contemplation, terrain de jeu et de défi humain au sein de la nature. Dans sa poétique des éléments, Gaston Bachelard n’en parle pratiquement pas ; il traite des cristaux de glace, mais la glace, c’est une matière presque antithétique à la neige. […]

    ***

    […] Lors des mémorables chutes de neige de 1985, les gens fraternisèrent à nouveau, partagèrent quelques sentiments premiers, non pas contraints par l’adversité qui oblige à la solidarité, mais par plaisir, par une sorte de joie innocente qui plonge ses racines dans des expériences d’enfance, ensevelies sous des mètres, des dizaines de mètres de neige, bien tassée. Aucun élément de la nature n’a ce caractère enfantin, innocent — on dit immaculé — aucun élément de la nature ne change si rapidement d’état, n’est si sensible aux sautes d’humeur du climat, n’est si fragile ni si malléable. On parlera bien sûr de la neige qui tue, qui isole, qui refroidit, mais de toutes les substances chères à la géopoétique, n’est-ce pas celle qui se rapproche le plus du monde blanc, d’un certain vide de l’âme, d’une conscience prête à l’oubli, à l’allègement, à l’envol ?

    (Poétique de la neige, in Horizons de Kenneth White, Littérature, pensée, géopoétique, Isolato, 2003)

    janvier 19, 2010 à 13 h 16 min

  87. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    La neige blanche a disparu. Sa petite soeur, la neige sale, la remplace. C’est une enfant infirme et pauvre. Son visage est sans lumière et personne ne la regarde comme on regardait son aînée. Elle meurt en très peu de temps du chagrin de n’être pas aimée.

    (La présence pure, Le temps qu’il fait, 1999)

    février 7, 2010 à 19 h 49 min

  88. 120

    Ecrit par Philippe Jones :

    Sur la temps des collines, l’hiver a posé un doigt de sagesse. Les neiges sont venues, le silence avec elles. Ton visage s’est joint au rang des souvenirs, venant gonfler cette somme de souffrance dont l’intérêt, seu, marque la route d’un signe plus.

    Les rides du chemin appartiennent à hier, un lent dépôt les efface. D’autres pas se sont inscrits dans l’axe de mon espoir, et l’oubli naît d’une empreinte nouvelle. J’écoute, au-delà du silence des neiges, battre des ailes folles de printemps.

    (Amours et autres Visages, Les Lettres, 1956)

    février 15, 2010 à 15 h 02 min

  89. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    Qu’est-ce que la neige ? Un peu de froid, beaucoup d’enfance.

    (Lettres vives, 1991)

    mars 10, 2010 à 23 h 51 min

  90. Un peu de froid, un peu de froid, non mais… il sait de quoi il parle l’embobineur ? Ca caille grave, oui !

    mars 11, 2010 à 17 h 22 min

  91. Lente à tomber
    A disparaître,
    A s’infiltrer
    La neige
    Est de l’eau
    Paresseuse

    A moins qu’elle ne soit
    Plutôt cabotine
    Et cherche avant tout
    A se faire voir
    Et applaudir

    novembre 27, 2010 à 20 h 57 min

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