"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Nos glorieux aïeux (1) : Ardi

On connaît tous plus ou moins Lucy, peut-être aussi Otzi, voire Toumaï et Orrorin. Sans doute en parlerons-nous un de ces jours plus en détail, comme nous avons déjà tenté de le faire avec leurs lointains ancêtres : Ida et Purgatorius.

En attendant, célébrons aujourd’hui l’entrée toute récente d’Ardi dans notre grande famille.

En résumé : le plus ancien hominidé (1 million d’année plus ancienne que Lucy) dont on dipose du squelette complet. Et surtout (là est l’événement) : déjà debout, la mamie !

Et si le supposé ancêtre commun aux Hominidés et aux Grands Singes (estimé aux environs de 6 millions d’années, soit moins de 2 millions d’années avant) était, lui aussi « déjà debout » ? Ce ne serait plus « l’Humain descend du Singe » (comme on a disait autrefois pour simplifier Darwin) mais tout bonnement le contraire.

A ce schéma « classique » (déjà obsolète) :

Il faudrait substituer celui-ci :

La science est une discipline pleine de surprises et rebondissements !

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33 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Owen Lovejoy :

    (professeur d’anthropologie à la Kent State University, un des principaux chercheurs ayant contribué à l’étude d’Ardi)

    Avant la découvert d’Ardipithecus, Lucy était le plus lointain ancêtre doté d’un squelette complet. […] Lucy était adaptée à la marche debout et nous ne savions tout simplement pas comment étaient ses ancêtres avant de récupérer Ardi. Par conséquent, beaucoup de gens supposaient qu’ils étaient de type chimpanzé. Et ils cherchaient des traits de chimpanzé dans le squeltte de Lucy. Seulement voilà, Ardi n’est pas comme un chimpanzé. Ses mains et ses pieds, son dos et son pelvis sont très différents de ceux des chimpanzés. Pourquoi ? Parce que depuis leur dernier ancêtre commun, celui dont les chimpanzés et les humains sont chacun descendants, les deux lignées ont évolué différemment. La lignée humaine a conservé beaucoup de traits que le LCA (Last common ancestor, dernier ancêtre commun) a hérité de singes du Miocène : la main a été modifiée pour obtenir une plus grande dextérité (mais il s’agit d’un petit changement) ainsi que le pied et le pelvis pour faciliter la marche debout. En revanche, la lignée des chimpanzés a évolué et transformé les traits du LCA de manière à pouvoir mieux grimper à la verticale et se suspendre aux arbres. Donc, à de nombreux égards, les humains sont « plus primitifs » que les chimpanzés. Bien entendu, les humains ont fait évoluer d’autres traits beaucoup plus que les chimpanzés, particulièrement le cerveau — dans ce sens, le chimpanzé est plus primitif.

    (in Philosophie magazine n°35, décembre 2009-janvier 2010)

    novembre 30, 2009 à 23 h 54 min

  2. L’Humain plus « primitif » que le Chimpanzé : une nouvelle qui devrait réjouir le P.P., non ?

    novembre 30, 2009 à 23 h 56 min

  3. 120

    Ecrit par Tim White :

    (archéologue et paléontologue, directeur du Centre de recherche sur l’évolution humaine à Berkeley, un des découvreurs d’Ardi)

    La proximité génétique des humains et des chimpanzés avait conduit certains chercheurs à abandonner la prudence d’un Darwin ou d’un Huxley vis-à-vis de notre dernier ancêtre commun : ils allaient même jusqu’à supposer qu’on finirait par trouver des fossiles très proches du chimpanzé vers 5 ou 6 millions d’années. Dans cet esprit, des primatologues étaient même allés jusqu’à parler d’un « âge de pierre du chimpanzé ». En réalité, nous ne descendons pas de chimpanzés et ils n’ont pas évolué à partir d’humains ; tout indique que la première phase de l’évolution des hominidés — avant l’apparition d’Australopithecus — a été le fait d’un primate, facultativement bipède, grimpeur assez lent, omnivore et forestier. Pas le mangeur de fruits spécialisé d’une forêt tropicale, pas un marcheur sur les phalanges à la manière des gorilles et pas non plus un bipède bien adapté.

    (idem)

    décembre 1, 2009 à 0 h 26 min

  4. Isidore

    Tout à fait sympathique comme nouvelle approche: « le chimpanzé comme descendant de l’homme » Finalement ça me convient mieux comme ça… Après la « décroissance », prônons donc la « dévolution » !

    décembre 1, 2009 à 8 h 27 min

  5. Jetons donc notre dévolu sur… la dévolution !
    😉

    Sinon, ton terme « sympathique » m’a interpelé, Isidore… car je me rends compte que je me méfie, pour ma part, des théories qui me paraissent, à première vue, « sympathiques ».

    Pour le dire autrement : quand une théorie est en effet trop conforme à mes désirs, je me dis qu’il y a de grands risques que ce soit une illusion… au point que j’en suis parfois (pathologiquement ?) à évaluer plutôt le degré de vérité (ou du moins du « sentiment de vérité ») en fonction de l’écart avec mon point de vue initial.

    décembre 1, 2009 à 13 h 08 min

  6. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    L’homme est une trop subtile métaphore du singe.

    (735, L’autofictif, 30 novembre 2009)

    décembre 1, 2009 à 14 h 19 min

  7. Isidore

    Oulala, ça m’a l’air un peu compliqué ta théorie sur la relation incertaine entre le sentiment et la théorie. Je sens comme un hiatus entre mon sentiment de la chose et le désir de n’y rien comprendre. Compte tenu des limites infranchissables de mes capacités de compréhension et compte tenu aussi de mes facultés infinies de construire des théories fumeuses, j’en déduis, au regard de tout ce qui a été développé précédemment, que ta théorie doit être très proche de la vérité… Je m’accroche donc à mon sentiment de la chose qui m’incite à préférer finalement un beau mensonge à toute vérité dénuée de fantaisie. C’est pas beau ça ? 😉

    décembre 1, 2009 à 14 h 33 min

  8. On aimerait bien que la Terre soit le centre du monde, que l’humain soit un être à part — et si possible béni des dieux — qu’il soit aussi un être moral et raisonnable, et que son histoire soit un progrès assuré vers des lendemains qui chantent, etc… mais ce n’est malheureusement — en toute objectivité — pas le cas.

    « Le monde n’est pas une nurserie » s’amusait à dire Freud : il n’a pas vocation à répondre à nos désirs et grandir est, d’une certaine façon, apprendre à distinguer ceux-ci de la réalité.

    Tout dépend, à partir de là, du degré de « vérité » que chacun est capable de supporter. Chacun met alors le curseur où il veut, où il peut… et se débrouille avec son désir, ses angoisses et sa fantaisie.

    décembre 1, 2009 à 18 h 46 min

  9. @ Vincent :

    Tu aimerais bien, n’est-ce pas, que tout le monde pense comme toi… mais « ce n’est malheureusement — en toute objectivité — pas le cas ».

    En tout cas, moi j’suis pas du tout d’accord (et ne me demande pas pourquoi, c’est comme ça). Désolé ! Mais t’inquiète, tu vas voir, ça va te faire grandir en t’aidant à ne plus prendre tes désirs pour des réalités !
    😉

    décembre 1, 2009 à 18 h 51 min

  10. Pour en revenir au sujet initial :

    Je trouve pour ma part un peu « léger » qu’on en vienne à dire que « Le singe descend de l’humain » sous le seul prétexte que leur ancêtre commun était bipède.

    En quoi la bipédie — sans la pensée, le langage et l’outil (ces trois critères n’en faisant peut-être qu’un) — serait-elle une marque d’humanité ?

    Vous épouseriez une autruche ou un pingouin ?

    décembre 1, 2009 à 18 h 59 min

  11. Et qui te dit qu’on aurait envie ?

    décembre 1, 2009 à 19 h 05 min

  12. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    Dieu façonna le premier homme à son image en effet : avec un bloc d’argile ou de pâte à modeler, nous nous plaisons aussi à faire n’importe quoi.

    (747, http://l-autofictif.over-blog.com/, 13 décembre 2009)

    décembre 14, 2009 à 12 h 29 min

  13. Je viens de découvrir que Philosophie magazine organise et filme des débats autour des thématiques développées dans sa revue.

    Dans celui sur la question de l’origine de l’humain, les interventions de Dominique Lestel (l’homme au chapeau, à 55′ et 1h 16′ environ) : ne plus s’échiner à trouver ce qui pourrait distinguer l’humain de l’animal, mais considérer, au contraire, qu’il est l’être le plus proche des animaux, qu’il a même envers eux une dette infinie qui non seulement le lie intimement à eux mais permet presque de considérer que l’animal est l’avenir de l’humain.

    A voir sur : http://philosophies.tv/spip.php?article204

    décembre 23, 2009 à 21 h 05 min

  14. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    L’homme n’est finalement parvenu à se dégager du singe qu’en lui abandonnant sa fourrure.

    (759, http://l-autofictif.over-blog.com/, 25 décembre 2009)

    décembre 25, 2009 à 22 h 04 min

  15. Pfff… Les lieux communs (l’Humain descendant du Singe) ont décidémment la vie dure !
    Ou alors, c’est juste pour faire un bon mot.

    décembre 25, 2009 à 22 h 07 min

  16. Pascale

    Moui, cliché… j’ai de plus en plus d’attirance envers les animaux et la nature et une répulsion très nette envers le monde des hommes. Je deviens de plus en plus sauvage. Est-ce grave docteur Vincent ?

    décembre 26, 2009 à 1 h 16 min

  17. Plus sauvage ou plus sage ?
    Es-tu vraiment certaine que les animaux soient plus « sauvages » que les humains ?

    décembre 26, 2009 à 11 h 17 min

  18. Pascale

    Les humains me traitent de sauvage et mon chat de sage…

    décembre 26, 2009 à 11 h 21 min

  19. Pascale

    Dimanche dernier, j’animais une rencontre avec l’ami Denis. Denis est émerveillé par les arborigènes d’Australie (il a évoqué ses cours d’anthropologie) et il a dit, en gros : les animaux ont une intelligence supérieure à celle des humains car ils ont pris conscience de leur fragilité et agi en décidant de ne pas développer leur mémoire triste de la mort. Ils ont choisi de vivre ce qu’il y a de doux à vivre en respectant en toute simplicité les départs. Vivre avec les naissances et les morts est le plus sûr chemin de l’harmonie.
    Je déforme, c’est de mémoire, mais ça m’a plu.

    décembre 26, 2009 à 11 h 29 min

  20. 120

    Ecrit par Dominique Lestel :

    Les dernières découvertes de la préhistoire élargissent la vision traditionnelle de l’homme et de ses origines. Elles font un sort au mythe qui célébrait l’élévation de l’animal quadrupède à l’humain bipède. Mais elles seront insuffisantes tant qu’elles demeureront focalisées sur ce qui fait le propre de l’homme, sur cette exctraction supposée de l’homme hors de l’animalité. Il existe un autre scénario, tout aussi pertinent d’un point de vue scientifique, et que privilégient d’autres cultures que la nôtre, notamment animistes et chamaniques. C’est celui que je défends et auquel j’essaie , depuis douze ans, de donner une formulation féconde en insistant sur l’importance des communautés hybrides homme/animal de partage de sens, d’intérêts et d’affects dans la constitution de l’homme. Cet autre scénario suppose que nous sommes devenus humains grâce aux rapports que nous avons entretenus avec le autres animaux. L’anthropologue français André-Georges Haudricourt (1911-1996) disait déjà que les grenouilles ont appris à l’homme à sauter, les chevaux à courir et les oiseaux à chanter. Prenons un exemple. Nous savons que les élans, dans les grandes plaines du Nord, se droguent avec des champignons psychotropes. Ils bougent alors la tête de manière désordonnée, courent dans tous les sens… En cotoyant ces élans, l’homme a pris connaissance des effets de ces substances et le a absorbées à son tour. Le fondateur de l’ethnomycologie (l’ethnologie des usages des champignons), Robert Gordon Wasson, établissait un lien entre cet apprentissage et l’apparition des religions, qui accordent une place importante à la transe, aux mystères et à l’inspiration sacrée. Dans cette perspective, la religion, souvent considérée comme un des propres de l’homme, a donc pu émerger de notre contact avec les animaux. Une étude récente, qui associe primatologues et ethnologues, a montré que les Pygmées d’Afrique centrale ont appris à utiliser certaine plantes en observant les chimpanzés qui les utilisent pour se soigner. Plus généralement, l’animal a conduit l’humain à devenir ce qu’il est. […]

    (Dossier L’origine bouleversée, Philosophie magazine n°35, décembre 2009-janvier 2010)

    décembre 26, 2009 à 11 h 40 min

  21. Sauvage n’est qu’une contraction de « sauve et sage ». 😉

    décembre 26, 2009 à 11 h 43 min

  22. Pascale

    Oui, tout à fait, non seulement c’est juste mais beau. J’adopte !

    décembre 26, 2009 à 11 h 47 min

  23. Si je comprends bien, en t’approchant des animaux, tu t’humanises un peu.
    Reste à voir maintenant si c’est une bonne idée. 😉

    décembre 26, 2009 à 11 h 49 min

  24. Pascale

    Non, je ne m’humanise pas, je me bestialise. Et ça, c’est de mieux en mieux. Mais je sais encore danser la valse et y prendre plaisir ;-)…

    décembre 26, 2009 à 11 h 55 min

  25. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Souvenons-nous, au lieu de parler des « droits de l’animal » et de rêver d’une multiculturalité des espèces, que les animaux sont des dieux, qui étaient sacrifiés jadis en tant que tels, qu’ils étaient conçus comme supérieurs tant en force qu’en beauté, et qu’ils étaient en intelligence avec nous — c’est-à-dire nos ancêtres et complices dans le cycle des métamorphoses, et non pas nos vulgaires prédécesseurs dans la ligne de l’évolution (on leur a fait l’honneur de descendre d’eux, mais ils n’en demandaient pas tant). On ne se désespérait pas de leur ressembler, au contraire on prenait leur masque (la bestialité, jusque dans les figures de Lascaux, est un masque, et tous nos masques sont ceux de la bestialité), puisqu’ils étaient le souvenir vivant de notre passage dans l’inhumain — et on respectait jusqu’à leur silence, lui aussi le souvenir vivant de notre passage par le silence originel.

    (Cool Memories IV, Galilée, 2000)

    décembre 26, 2009 à 12 h 22 min

  26. Hé, 120, ça te dérange tant que ça qu’on discute 5 min ? Tu ne pourrais pas de temps en temps nous laisser causer sans intervenir sans cesse avec tes « pédanteries » ?

    décembre 26, 2009 à 12 h 23 min

  27. Vincent

    Le texte de Baudrillard me fait penser à un sujet que je souhaitais aborder ici un jour : le mythe celte de la métempsychose (qui n’est pas, si j’ai bien tout compris, la même chose que la réincarnation). L’humain — ou du moins l’initié — doit passer par tous les stades animaux. Le combat de Merlin l’enchanteur contre la sorcière en garde la trace.

    A ce propos, Pascale, tu connais Le pays sous l’écorce de Jacques Lacarrière ?

    Sinon, du coq à l’âne, où en est Denis dans son projet de roman ?

    décembre 26, 2009 à 12 h 38 min

  28. De Lacarrière à Grozdanovitch = du coq à l’âne ?
    Mouais…

    décembre 26, 2009 à 12 h 43 min

  29. Pascale

    Non, je ne connais pas et tu me le conseilles, j’imagine ?

    Mouais, du coq à l’âne ;-).

    Je t’écris en privé concernant le roman de Denis, ça ne se divulgue pas les conversations intimes…

    décembre 26, 2009 à 15 h 06 min

  30. Arf… Conseiller un livre, c’est toujours risqué.

    Je me contenterai donc de signaler que c’est la version romancée de la métempsychose de Merlin : le personnage passe « sous l’écorce » et devient tout à tour Loir, Grue cendrée, Criquet, Termite, Ephémère, Lombric, Hibou, Ecrevisse, Anguille, Méduse, Tortue, Poulpe, Sardine, Caméléon, Boa, Escargot, Grillon, Mante, Ver luisant, Abeille, Mouche, Araignée, Chenille, Paôn de nuit, etc. A chaque fois, il découvre un monde et en tire une leçon.

    Une sorte d’exercice de style plutôt « casse-gueule », mais Lacarrière réussit son coup et s’en sort vraiment bien.

    En tout cas, c’est un des romans initiatiques — assurément « préhisto » — qui m’a, je crois, le plus marqué.

    décembre 26, 2009 à 15 h 37 min

  31. Pascale

    Je note car j’aime bien lire Lacarrière.

    décembre 26, 2009 à 16 h 58 min

  32. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Une fois considérée la supériorité de l’espèce humaine, la taille se son cerveau, sa puissance de réflexion, de langage et d’organisation, on peut se dire ceci : s’il y avait la moindre chance qu’une autre espèce apparaisse, sur terre ou ailleurs, rivale ou supérieure, l’homme emploierait tous ses moyens à la détruire. L’humain ne peut tolérer quelque autre espèce, même surhumaine — il se veut l’apogée et la fin de l’aventure terrestre, et contrôle férocement toute irruption nouvelle dans le processus cosmologique. Or, il n’y a pas de raison que celui-ci s’arrête avec l’expèce humaine mais, en s’universalisant (depuis quelque millénaires seulement), celle-ci s’est en quelque sorte arrangée pour mettre fin à l’événement du monde, assumant toutes les possibilités d’évolution ultérieure, se réservant le monopole des espèces naturelles et artificielles.

    Cette férocité n’est pas celle des espèces animales sauvages et prédatrices, car celle-ci se situent dans des cycles, dans des hiérarchies toujours réversibles — leur apparition, ni leur disparition, ne met jamais fin au processus. Seul l’homme invente une hiérarchie sans appel, dont il a la clef. Ceci est une férocité au deuxième degré, une prétention désastreuse.

    Cette férocité de l’homme en tant qu’espèce se reflète dans celle de l’humanisme en tant que pensée — sa prétention à a transcendance universelle et son intolérance envers les autres types de pensées est le modèle même d’un racisme supérieur.

    (Cool Memories I, Galilée, 1987)

    décembre 28, 2009 à 1 h 06 min

  33. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    (inspiré par le sujet, on dirait)

    Les animaux sont plus vifs que nous. Ils nous échappent avec plus de vivacité, ils se vengent avec plus de ténacité. Ils obéissent ou désobéissent avec plus de fraîcheur et de spontanéité. Ils sont plus cruels dans leurs réflexes. A tous points de vue, et à l’ombre de leur servitude volontaire, ils nous sont infiniment supérieurs.

    ***

    Les animaux vivent dans l’illusion du monde et de leur propre vie. Même s’ils se battent pour survivre, ils ne connaissent pas le principe de réalité. C’est sans doute grâce à ce stratagème de la réalité que nous les avons soumis, domestiqués ou éliminés. Mais il n’y a pas de quoi en être fier.

    ***

    Tout comme les chiens, indifférents aux voitures, mais acharnés contre le moindre piéton, les mouettes ne sont pas émues par le passage déchirant des avions à réaction, mais la moindre présence humaine dans les parages suscite une nuée de cris stridents. En fait, c’est l’homme seul qu’ils craignent, c’est à lui seul qu’ils en veulent. L’homme n’est pas différent : toutes sortes de choses peuvent l’agresser, c’est contre son semblable qu’il se mobilise.

    ***

    Les générations futures d’êtres artificiels élimineront nécessairement la race humaine selon le même mouvement qui lui a fait éliminer les espèces animales. Ils nous tiendront rétrospectivement pour des singes, dont ils auront honte de descendre. Ils inventeront des zoos humains, nous protègeront peut-être, comme toute espèce en voie de disparition, et ils feront de nous les héros de fictions infantiles.

    ***

    La domination de la puissance mondiale sur le reste du monde est le miroir de l’hégémonie de l’espèce humaine sur le reste des êtres vivants. Or on ne voit pas comment on renoncerait à la « supériorité » de l’espèce humaine sur toutes les autres.

    ***

    C’est l’exercice du mal, donc en quelque sorte l’inhumain, qui est le signe distinctif de l’humain dans le règne animal.

    (Cool Memories III, IV et V, Galilée, 1995, 2000 et 2005)

    décembre 28, 2009 à 11 h 19 min

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