"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Des « préhistos » parmi nous (5) : Claude Lévi-Strauss

Un petit hommage, donc, au grand bonhomme dont on a appris, hier après-midi, le décès, samedi dernier, aux abords du terme de sa cent-unième année.

On a déjà pas mal causé de lui, ici, notamment lors de son centenaire et d’une discussion sur le bricolage. Je vous invite à retourner y jeter un oeil.

Il n’aimait pas son époque, avouait-il lors de sa Radioscopie par Jacques Chancel, et ajoutait avoir dès lors « consacré sa vie à étudier les peuples qui témoignaient d’un autre temps et d’autres moeurs ».

Il montra surtout, par son travail, notamment sur la « pensée sauvage » (dont il réhabilita le terme) « qu’il n’y a pas un fossé entre la pensée des peuples dits primitifs et la nôtre […] ces formes de pensée sont toujours présentes, vivantes, parmi nous. Nous leur donnons souvent libre cours. » (De près et de loin, Odile Jacob, 1988). Bref que le « préhisto » est bel et bien parmi nous tous.

Une petite anecdote, parmi cent autres possibles, pour achever cette courte présentation et laisser place aux éventuels commentaires. Lorsqu’en 1965 on demanda à diverses personnalités de citer des faits, découvertes, inventions, livres, tableaux, datant des vingt dernières années et dignes d’être enfermées dans les vingt-cinq cases d’un coffre qui serait enfoui à l’intention des archéologues de l’an 3 000, voici la réponse qu’il donna : « Je mettrai dans votre coffre des documents relatifs aux dernières sociétés primitives en voie de disparition, des exemplaires d’espèces végétales et animales proches d’être anéanties par l’homme, des échantillons d’air et d’eau non encore pollués par les déchets industriels, des notices et illustrations sur des sites bientôt saccagés par des installations civiles et militaires. […] Mieux vaut donc laisser quelques témoignages sur tant de choses que, par notre malfaisance et celle de nos continuateurs, ils n’auront pas le droit de connaître : la pureté des éléments, la diversité des êtres, la grâce de la nature, la décence des hommes. » (Anthropologie structurale II, Plon, 1973)

Il n’aimait vraiment pas son époque… et a sans doute ouvert la voie de ce qui pourrait être la suivante.

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31 Réponses

  1. « Je hais les voyages et les explorateurs » est la première phrase de son célèbre Tristes Tropiques.
    C’est pas « préhisto », ça, de haïr les voyages et les explorateurs ?

    novembre 4, 2009 à 11 h 59 min

  2. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Pivot et Lévi-Strauss arrivent en tête, ex-aequo, du hit-parade intellectuel. Incompréhensible au premier abord. Pourtant ils sont homologues d’une certaine façon. Pivot est le shaman d’une culture de l’audiovisuel qui s’alimente d’une culture de l’écrit. Lévi-Strauss est le shaman d’une culture de l’écriture qui s’alimente des sociétés sans écriture.

    (Cool Memories II, 1987-1990, Galilée, 1990)

    *

    Lévi-Straus, lui, est immortel. Il attend du fond de son immortalité académique le retour des sociétés sans écriture. Il n’a peut-être plus longtemps à attendre. Car celle qui approche, illettrée et informatisée, sera elle aussi sans écriture. C’est notre future société primitive.

    (Cool Memories IV, 1995-2000, Galilée, 2000)

    novembre 4, 2009 à 12 h 44 min

  3. A sa naissance, il y avait 1,5 milliards d’humains sur Terre. A sa mort, plus de 6 milliards. C’était là, selon lui, le principal danger qu’il y aurait à affronter.

    novembre 4, 2009 à 20 h 56 min

  4. Si on se réfère à la migration des peuples de l’Afrique à l’Europe… heu… non, c’est pas très préhisto… 🙂

    novembre 5, 2009 à 12 h 45 min

  5. Si on considère que le nomadisme est une façon pour les chasseurs-cueilleurs de ne pas épuiser les ressources de la nature qui les accueille… non plus ! 🙂

    novembre 5, 2009 à 12 h 47 min

  6. Ce n’est pas pour autant que ça l’empêche d’être préhisto à bien d’autres égards !

    novembre 5, 2009 à 12 h 48 min

  7. 120

    Ecrit par Claude Lévi-Strauss :

    (complétant le commentaire 3)

    […] Nous parlions des périls qui menacent la civilisation occidentale. L’explosion démographique me semble être le principal. On nous rassure en nous disant qu’elle ralentit, va bientôt s’arrêter, s’inversera peut-être. Il n’en reste pas moins que lancée sur son erre, la population mondiale, d’ici dix ou vingt ans, aura encore une fois doublé. Cette catastrophe frappera l’humanité entière ; mais avec le Japon, la civilisation occidentale la subit : ni lui ni nous n’en sommes en tout cas l’origine (sauf indirectement par la diffusion de la médecine).

    Cela pour vous faire sentir la privilège qu’est, pour ma femme et moi, de passer plusieurs mois par an dans un canton qui, sauf erreur, compte neuf habitants au km2. Le paysage s’en trouve en quelque sorte décalé dans le passé. De grands morceaux sont depuis assez longtemps tombés à l’abandon pour qu’on les imagine encore sauvages. Allant à l’aventure, on s’y fraye un chemin, parfois aussi laborieusement que dans la forêt amazonienne, à travers une végétation plus modeste, mais dont les noms — cornouiller, nerprun, merisier, alisier — sont évocateurs de la Gaule.

    Il suffit d’ailleurs d’allonger la distance focale pour trouver dans une prairie naturelle autant de mystère et d’exotisme que sous des cieux lointains. Chaque plante, chaque herbe même, pose au botaniste amateur une énigme qu’il peut passer des heures passionnantes à déchiffrer, avec de préférence l’aide de vieux ouvrages. N’étaient ses soixante-douze volumes, un certain dictionnaire de sciences naturelles, du début du XIXe siècle, que j’ai à la campagne, serait mon livre de chevet ! Tel quel, je le consulte souvent dans la journée.

    (De près et de loin, 1988)

    novembre 6, 2009 à 1 h 06 min

  8. @ barbarella

    Je ne suis pas certain qu’on puisse dire que les nomades, chasseurs-cueilleurs pratiquaient le « voyage ».

    Ils se déplaçaient, certes, mais dans un même territoire.

    Rien à voir, donc, à mon sens du moin, avec la conception moderne (touristique) du voyage, ou de l’exploration.

    Aucune curiosité pour l’ailleurs ne les animait, me semble-t-il.

    Claude Lévi-Strauss a reconnu (sans De près et de loin notammant) que cette formule initiale de Tristes Tropiques était avant tout une « provocation ».

    Je trouve très juste (et bien vue) l’idée que prétendre haïr les voyages (la curiosité, la découverte, l’échange culturel, etc.) est on ne peut plus hérétique à une époque « moderne » ou tout tend à vanter la « déterritorialisation ».

    novembre 6, 2009 à 1 h 17 min

  9. Histoire d’avoir un point de vue critique :
    http://www.marianne2.fr/Levi-Strauss-sans-formol_a182655.html

    novembre 6, 2009 à 12 h 58 min

  10. Alors, C.L.S., « humaniste » ou non ?

    novembre 6, 2009 à 13 h 52 min

  11. Tout dépend… faudrait peut-être déjà s’entendre sur le sens — et la vertu — qu’on donne à ce terme ?

    Pour ma part, en tout cas, ça ne me surprend pas qu’il choque la « bien-pensance » actuelle… quand elle prend le temps d’un peu le lire et de tenter de saisir sa pensée (ce qui n’est pas toujours son habitude 😉 )

    novembre 6, 2009 à 13 h 53 min

  12. Autre exemple, permettant de préciser ce qu’on lui reproche :
    http://www.solidariteetprogres.org/article5978.html

    novembre 6, 2009 à 15 h 58 min

  13. La controverse autour du « relativisme » de Lévi-Strauss n’est pas nouvelle.

    Si j’en crois en effet ce qu’en rapporte le numéro du Magazine littéraire qui lui était consacré en mai 2008 (n°475, Claude Lévi-Strauss, le penseur du siècle), c’était déjà le coeur de la dispute qui l’opposa notamment, dès 1954, à Roger Caillois.

    La controverse fut, entre autres, ravivée ensuite en 1987 par Alain Finkielkraut dans La défaite de la pensée :

    « […] Eclairer l’humanité pour conjurer les risques de régression dans la barbarie : Lévi-Strauss reprend à son compte la solennelle ambition des fondateurs de l’Unesco, mais il la retourne contre la philosophie à laquelle ceux-ci font allégeance. Dans le procès intenté à la barbarie, les Lumières siègent désormais au banc des accusés, et non plus à la place que leur réservaient tout naturellement Léon Blum ou Clément Attlee : celle du procureur. L’objectif demeure le même : détruire le préjugé, mais pour l’atteindre, il ne s’agit pas d’ouvrir les autres à la raison, il faut s’ouvrir soi-même à la raison des autres. L’ignoance sera vaincue le jour où, plutôt que de vouloir étendre à tous les hommes la culture dont on est dépositaire, on saura faire le deuil de son universalité ; où, en d’autres termes, les hommes dits civilisés descendront de leur promontoire imaginaire et reconnaîtront avec une humble lucidité qu’ils sont eux-mêmes une variété d’indigènes. Car l’obscurantisme — qui reste l’ennemi — se définit par « le refus aveugle de ce qui n’est pas nôtre » (Tristes Tropiques, p. 461), et non par la résistance que rencontre dans notre monde la propagation de nos valeurs et de notre forme à nous de discernement. Le Mal provenait selon Condorcet de la scission du genre humain en deux classes : celle des hommes qui croient et celle des hommes qui raisonnent. Pensée sauvage ou pensée savante, logos ou sagesse barbare, bricolage ou formalisation — tous les hommes raisonnent, rétorque Lévi-Strauss, les plus crédules et les plus néfastes étant ceux qui se considèrent comme les détenteurs exclusifs de la rationalité. Le barbare, ce n’est pas le négatif du civilisé, « c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie » ( Race et histoire, p. 384), et la pensée des Lumières est coupable d’avoir installé cette croyance au coeur de l’Occident en confiant à ses représentants l’exorbitante mission d’assurer la promotion intellectuelle et le développement moral de tous les peuples de la terre. […] »

    Un vaste et délicat débat autour de l’héritage des Lumières, donc, qui me semble non seulement encore actuel mais surtout concerner tout particulièrement une bonne part des idées qui sont parfois défendues ici.
    Non ?

    novembre 9, 2009 à 13 h 41 min

  14. Il cachait bien son jeu, le CLS.

    Sous ses airs de grand bourgeois, académicien « grand siècle », c’était tout de même un sacré subversif.

    Peut-être même beaucoup plus efficace, avec sa façon « chinoise » d’agir, que ceux qui ont préféré prendre la posture guerrière du héros attaquant l’ennemi de front (et n’aboutissant bien souvent, par cette stratégie, qu’à le renforcer).

    novembre 9, 2009 à 23 h 59 min

  15. 120

    Ecrit par Michel Maffesoli :

    […] Tristes tropiques ou Race et histoire nous confrontent à un relativisme absolu qui met totalement en litige les lectures les plus rationalistes de sa pensée. En fait, toute son oeuvre — on l’a trop oublié — est largement une antipensée française.

    […] La pensée de Lévi-Strauss s’avère être de la dynaamite à effet retard. Car la fameuse « tribalisation », dont il a pressnti l’avènement et que j’ai moi-même théorisée, n’est que la réponse différée de nos contemporains à la tentative d’unifier le monde de façon totalitaire. Résister au hors-sol planétaire et à sa domestication silencieuse de l’Etre : c’est le programme que recouvre la référence de Lévi-Strauss au mythe d’Antée, ce dieu de la mythologie qui, chaque fois qu’il est blessé, touchait terre et renaissait. Comme Heidegger, Lévi-Strauss nous appelle à un (ré)enracinement dynamique, à l’opposé du cognitif et du Ciel ouranien. Un (ré)enracinement tellurique, qui éloigne passablement Lévi-Strauss du rationalisme auquel certains de ses émules, qui ont professionnalisé l’anthropologie, cherchent à réduire la portée de son oeuvre.

    (Martin Hiedegger et Claude Lévi-Strauss : La connivence impensée, in Le Magazine littéraire, n°475, mai 2008)

    novembre 10, 2009 à 0 h 18 min

  16. Isidore

    Je suis malheureusement bien en mal de dire quoique ce soit au sujet de notre homme, ne connaissant rien de ses écrits… à part le titre de certains, ce qui, reconnaissons le, n’est pas franchement suffisant.

    Ceci dit, la question du rapport que notre civilisation est capable d’établir avec d’autres civilisations contemporaines doit elle s’offusquer du masque d’ignorance, d’intolérance conquérante et « civilisatrice » qu’elle emprunte? Certes, certes… mais peut-il en être autrement dans un monde qui fonctionne depuis l’aube des temps sur la conquête et l’opposition des différences entre peuples; mais aussi par la fusion et la fécondation réciproque. Après s’être bien frictionnés les côtes, on finit par faire copain-copain… parfois.

    Et quand bien même notre discours prendrait le masque de la tolérance et de la reconnaissance de la différence de « l’Autre », il ne dissimulerait en vérité qu’un habile subterfuge pour se l’assimiler et l’anéantir dans son irréductible altérité… et ainsi poursuivre par d’autres voies la volonté d’anéantissement. Je sais, ceci peut sembler d’un pessimisme effrayant mais j’ai bien peur que l’histoire des civilisations ne nous révèle jamais de contre exemples probants.

    Et je crains qu’on soit obligé d’admettre aussi que notre civilisation ne reconnaissait l’altérité du « sauvage » que tant qu’elle le considérait comme suffisamment menaçant pour sa propre intégrité et, par conséquent, qu’elle l’enfermait dans des cages d’exhibition foraine en tentant par cet artifice de le reléguer à l’état animal.

    L’alibi de la tolérance, aujourd’hui, ne sert qu’à masquer notre indifférence manifeste devant des civilisations qui n’ont plus la force de se faire reconnaître comme une véritable menace.

    Nous avons déjà abordé ce thème là lors d’un précédent article, il me semble, non ?

    novembre 10, 2009 à 8 h 40 min

  17. On peut aussi imaginer que notre discours « humaniste » et de tolérance à l’égard des « peuples premiers » est la meilleure arme dont nous disposons pour anéantir la menace qu’ils représentent. Cette menace est redoutable, en réalité, puisqu’elle touche en profondeur le plan symbolique de notre représentation de nous-même. C’est aussi pourquoi notre volonté effective de les anéantir est aussi forte… malgré tous les discours qui prétendent le contraire.

    novembre 10, 2009 à 9 h 38 min

  18. On peut aussi imaginer que ces peuples ne sont pas aussi faibles qu’on veut bien le penser et que leur stratégie pour vaincre la domination militaire et matérielle dont nous nous gaussons, consiste justement à agir là où ils nous sont infiniment supérieurs: à savoir, la pensée symbolique et leur lien avec les éléments primordiaux de la nature.

    Je ne pense pas en fait qu’il puisse en être autrement sauf à considérer la suprématie absolue de notre civilisation… ce qui reste très présomptueux et, ma foi fort douteux. La supériorité matérielle n’est qu’une supériorité parmi d’autres, et je n’imagine pas qu’elle puisse incarner une quelconque Supériorité absolue. Elle se confronte forcément à d’autres supériorités antagonistes et complémentaires, l’humain ne se réduisant pas à son aspect matériel uniquement.

    Finalement, ce « préhito » qui nous hante est le signe du triomphe prochain de ces « sauvages » qu’on tente de civiliser. Ils nous ont pollués de l’intérieur, ah les bougres!!!

    novembre 10, 2009 à 9 h 57 min

  19. Tout cela me fait penser au terme employé par les Indiens Kogis de Colombie pour nous désigner. Ils nous appellent  » petits frères »… ce qui en dit long sur la manière dont ils nous perçoivent et sur notre capacité réelle à les impressionner en profondeur…

    novembre 10, 2009 à 10 h 16 min

  20. Je suis d’accord avec toi, Isidore (enfin, si je t’ai bien compris, peut-être ne me suivras-tu pas) : la bienveillance, autant que l’indifférence, est une façon de nier l’altérité.

    J’oserais poursuivre en affirmant que la seule façon de la conserver est, au moins au niveau symbolique (tel que le définit Baudrillard), le duel, le défi, bref… la guerre.

    Et là-dessus, je te suivrais également : si on l’a sans doute gagnée sur le plan matériel (on les a bel et bien anéantis concrètement), ils sont sur le point de l’emporter sur d’autres plans (ne serait-ce, comme tu le suggères, qu’en nous envahissant intérieurement).

    novembre 10, 2009 à 13 h 03 min

  21. « Petits frères » ? Aïe, ça va finir en « cousin » puis en « copain-copain » c’t’affaire !

    Si j’ai bien suivi : qu’ils s’attachent à conserver le condescendant « petit », tes Kogis, mais se méfient du piège douceureux de la pseudo « fraternitude » !

    C’est bien ça ?

    novembre 10, 2009 à 13 h 08 min

  22. Sous un autre angle (peut-être contradictoire à celui qui vient d’être exposé là, cela reste à creuser), on peut aussi voir les choses ainsi :

    Le relativisme de CLS, s’il n’a pas « égalisé » les cultures, a tout de même grandement relativisé la coupure (symbolique ?) entre l’Occident et les sociétés dites primitives en montrant comment « l’un n’est pas focément un bastion de la pensée logique, les secondes ne sont pas fatalement marquées pa la pensée sauvage. » (Philippe Descola, Le décentrement de l’ethnologue et la pensée sauvage, in Le magazine littéraire n°475, mai 2008).

    L’antagonisme n’est dès lors plus « ontologique » mais affaire de « pari » (ce qui le rend peut-être encore plus virulent) : seront considérées « primitives » les sociétés qui se voudront telles (sans histoire, sans volonté de progrès, sans valeurs universelles, etc.) et tenteront autant que possible de réduire toutes les tentations que valoriseront au contraire les sociétés qui se rêvent et veulent « modernes ».

    Les clivages sont, sous cet angle, davantage symboliques (ce qui ne veut pas dire « moindres ») que réels.

    novembre 10, 2009 à 13 h 31 min

  23. Hein ???
    (J’ai rien compris)

    novembre 10, 2009 à 13 h 33 min

  24. C’est intéressant de distinguer ainsi la réalité de l »autre » et l’image dans laquelle on essaie de l’enfermer. Et c’est bien vu de la part de LS de mettre en doute la différence au niveau de cette rationalité dont on se veut si fier. Si les sauvages sont capables d’autant de rationalité, alors où va t’on, et que nous reste t’il pour affirmer notre indéniable supériorité ?

    De toute façon nous sommes bien dans une surenchère de défi avec ces « sauvages »: nous sur le plan de la domination physique et eux sur le plan de la domination symbolique. Et quand bien même on les aura tous massacrés, ils n’en auront que plus triomphé sur ce plan symbolique en devenant un mythe indestructible dans notre imaginaires collectif, avec en plus, l’image de martyrs entachant à jamais notre propre image de nous même.

    En somme ce sont de rudes adversaires que nous avons bien tort de sous-estimer, et avec qui il faudra bien apprendre à négocier, si on veut s’en tirer la tête haute et sans trop d’opprobre de la part de l’Éternité.

    novembre 10, 2009 à 14 h 04 min

  25. C’est le duel inaugural — Sapiens vs Néandertal — sans cesse recommencé…

    novembre 10, 2009 à 14 h 07 min

  26. Sauf que là on reste entre cromagnons.

    novembre 10, 2009 à 14 h 14 min

  27. C’était entre Homo, maintenant entre Sapiens : l’étau se resserre.

    novembre 10, 2009 à 17 h 23 min

  28. 120

    Ecrit par Claude Lévi-Strauss :

    (appuyant le commentaire 22)

    [•••] je n’établis pas une distinction objective enre des types différents de sociétés. Je me réfère à l’attitude subjective que les sociétés humaines adoptent vis-à-vis de leur propre histoire. Quand nous parlons de société « primitive », nous mettons des guillemets pour qu’on sache que le terme est impropre et nous est imposé par l’usage. Et pourtant, en un sens, il convient : les sociétés que nous appelons « primitives » ne le sont en aucune façon, mais elles se voudraient telles. Elles se rêvent primitives, car leur idéal serait de rester dans l’état où les dieux ou les ancêtres les ont crées à l’origine des temps. Bien entendu, elles se font illusion et n’échappent pas plus à l’histoire que les autres. Mais cette histoire dont elles se méfient, qu’elles n’aiment pas, elles la subissent. Tandis que les sociétés chaudes — ainsi que la nôtre — ont vis-à-vis de l’histoire une attitude radicalement différente. Nous ne reconnaissons pas seulement l’existence de l’histoire, nous lui vouons un culte parce que — l’exemple de Sartre le montre bien — la connaissance que nous croyons ou vouons avoir de notre passé collectif, ou plus exactement la façon dont nous l’interprétons, nous sert à légitimer ou à critiquer l’évolution de la société où nous vivons et à orienter son avenir. Nous intériorisons notre histoire, nous en faisons un élément de notre conscience morale.

    (De près et de loin, Odile Jacob, 1988)

    novembre 11, 2009 à 11 h 16 min

  29. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    Le politiquement correct procède des nobles valeurs de tolérance et de respect. Il suppose une compréhension infinie. Si les Kurkuzes ont pour coutume millénaire de fricasser leurs nains, qui sommes-nous pour y trouver à redire ? Cependant, cette ouverture d’esprit fait fi de nos allergies à bon compte. Bientôt notre belle âme se couvre d’urticaire et de croûtes purulentes que notre médecine est impuissante à soigner. Alors la question se pose : combien de temps supporterons-nous ces cruelles démangeaisons avant d’appliquer sur nos plaies l’emplâtre bienfaisant obtenu avec les cendres des nains kurkuzes ?

    (http://l-autofictif.over-blog.com/, 720, 11 novembre 2009)

    novembre 11, 2009 à 14 h 10 min

  30. « J’ai l’intelligence néolithique » écrit-il dans Tristes tropiques.

    « Préhisto » donc, mais pas trop…

    décembre 1, 2009 à 13 h 29 min

  31. 5 000 ans environ, sur plus de 3 000 000 d’années : ça fait quel pourcentage de « préhistoritude », ça ?

    décembre 1, 2009 à 13 h 39 min

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