"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Sous le préhistorien, même scientifique, se cache… devinez quoi ?

…Un « préhisto », bien sûr !

C’est en tout cas Jacques Collina-Girard (cf. photo) qui le dit en conclusion de son ouvrage intitulé Le feu sans allumettes (éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1998). Et c’est assez amusant pour être rapporté ici.

Petit résumé, donc.

Lorsqu’elle évoque la production de feu par friction, la littérature scientifique a coutume d’avancer l’idée que la réussite de l’entreprise nécessite la combinaison de deux bois aux caractéristiques bien différénte : un bois dur pour le forêt (ou « drille »), un bois tendre pour la planchette.

Or, l’expérimentation rigoureuse qu’il a menée sur la question (20 bois testés deux à deux lors de 200 essais) démontre que cela ne  se rapporte à aucune réalité objective car les meilleures combustions ont toujours lieu avec deux bois tendres (qui s’usent vite et produisent beaucoup de sciure).

D’où vient l’erreur ?

Tout simplement, selon lui, d’une persistance de la « pensée sauvage » au coeur même de la rationalité scientifique : une imagerie anthropomorphique instinctive inciterait en effet à reporter, de façon analogique, l’opposition mâle/femelle sur le monde extérieur (même dénué de toute sexualité).

Intéressant, non ?

Vision binaire du monde, quand tu nous tiens !

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17 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Jacques Collina-Girard :

    L’expérimentation des techniques […] nous a amené à la conclusion que la plupart des descriptions d’allumage du feu étaient erronées. L’opposition des caractéristiques relatives des bois, tenue pour importante, n’avait, en particulier, aucun effet réel.

    […] Il faut noter le caractère spontané de cette opinion qui apparaît toujours évidente et partagée, malgré les dénégations de tous les expérimentateurs (depuis Hough, 1880 à 1928), dénégations dont il n’a jamais été tenu compte. Nous pensons que si cette croyance persiste, c’est qu’elle recouvre un substrat affectif et irrationnel, un mythe implicite dont la force de conviction écarte toute évidence rationnelle.

    Il est vrai que fantasmes, mythes et technologie ne sont pas forcément étrangers et qu’il peut être intéressant de s’interroger sur la fonction, pas nécessairement utilitaire, de cette dernière : la constatation de la grande antiquité (Préhistoire) des représentations binaires d’un fatasme originaire, de son universalité (ethnographie) et de son actualité (distorsion des observations modernes) conduit à de nouvelles interrogations sur la technique et son articulation sociologique.

    L’instrument technique est-il antérieur au fantasme ou n’est-ce pas le fantasme qui se trouve à l’origine de l’instrument, comme le pensaient Bachelard (1937) et Roheim (1943) ? L’intrication du myhtique et du fonctionnel pour le foret à feu amène en tout cas, à se poser la question.

    (Le feu avant les allumettes, La Maison des sciences de l’homme, 1998)

    octobre 7, 2009 à 22 h 35 min

  2. Sur les techniques « préhisto » de production de feu (véhiculant d’ailleurs d’autres fausses informations), je renvoie à un ancien article :
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/05/10/technique-de-feu-primitive/

    octobre 7, 2009 à 22 h 40 min

  3. Retour possible aussi sur un de nos articles les plus visionnés :
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/03/02/le-feu-en-poesie/

    octobre 7, 2009 à 22 h 43 min

  4. Tiens, c’est le dégel ?
    Les mammouths (Vincent, 120…) se réveillent ?

    octobre 7, 2009 à 22 h 50 min

  5. 120

    Ecrit par Jacques Collina-Girard :

    L’allumage du feu par friction coïncide toujours avec la représentation mythologique d’un accouplmenet cosmique entre un Père originel (le foret) et une Mère tout aussi fantasmatique symbolisée par la planchette (Frazer, 1915). Cet appareil n’est donc pas simplement utilitaire, mais joue aussi comme représentation d’un fantasme originaire, celui de la création du monde.

    La bipolarisation mâle/femelle des constituants de l’appareil renvoie à un symbolisme général issu directement de cette représentation mentale.

    Le scénario coïncide en tout cas avec un très banal schéma oedipien dans la plupart des mythes où le héros entre en conflit avec les « parents du monde » pour leur dérober le feu. C’est le cas chez les Maoris (Best, 1924). C’est aussi le cas dans le mythe classique de Prométhée, héros dont le patronyme dériverait d’un terme sanscrit, prâmantha, qui signifierait « celui qui creuse en frottant », en d’autres termes le foret à feu védique.

    (ibidem)

    octobre 7, 2009 à 23 h 01 min

  6. A propos de surgissement inopiné de fantasmes ou de mythes dans des discours en apparence rationnels, j’aime beaucoup, Vincent, l’accent circonflexe sur « foret » dans ton texte.
    😉

    octobre 8, 2009 à 12 h 03 min

  7. Isidore

    Avec cette manière de voir les choses, faire du feu en frappant d’un silex une autre pierre riche en minerai de fer (sinon pas d’étincelle, paraît-il) me semble encore plus pertinent pour décrire les relations homme-femme. Et celle qui utilise une sorte d’arc tendu de crin et manié comme un archet pour faire tourner rapidement une tige de bois frottant et échauffant un mélange d’amadou et autres substances facilement inflammables me fait penser à la manie qu’avait nos ancêtres de trainer leurs femmes par les cheveux jusqu’à ce que l’échauffement induit réveille quelques ardeurs insoupçonnées… C’est sûr, les analogies ne manquent pas pour établir des correspondances universelles avec tout ce qui chauffe, d’une manière ou d’une autre, d’ailleurs. 🙂

    octobre 9, 2009 à 11 h 36 min

  8. Tu ironises, Isidore, mais comment expliques-tu, autrement que par la persistance de mythes archaïques, une erreur aussi flagrante au coeur même de ce qui se veut hautement rationnel ?

    En tout cas, les propos de J. C.-G ne me semblent pas aussi choquants que ton sarcasme laisse entendre. Je ne sais pas comment tu les as lus, mais il me semble qu’il dit juste que l’Humain, qui structure dans la prime enfance sa lecture du monde suivant le prisme binaire de son univers proche (où la distinction Homme/Femme est primordiale), a ensuite la tentation sourde (et illusoire, « fantasmatique ») de lire le reste du monde selon la même grille (d’où les multiples doctrines dualistes qui ont fleuri de par le monde, et qui percent parfois, de façon surprenante, au sein même de la pensée la plus rationnelle).

    Ce qui m’intrigue, c’est que, connaissant ta réticence à tout dualisme, j’aurais plutôt cru, au départ, que tu aurais facilement souscris à ce point de vue. Ce n’est pas le cas ?

    C’est où que ça « coince » pour toi ?

    octobre 9, 2009 à 20 h 10 min

  9. Tiens, une autre persistance de cet « archaïsme » : la structure en genre masculin/féminin du lexique français (contrairement à l’anglais et à l’allemand qui sont parvenus à construire un genre « neutre » pour désigner ce qui n’est pas sexué).

    octobre 9, 2009 à 20 h 16 min

  10. Isidore

    Ah, les malentendus d’Internet ! A vrai dire, Vincent ne vois surtout nul sarcasme ni propos sérieux dans ma diatribe précédente. J’ai juste voulu me lancer dans le sujet, ne sachant vraiment pas par quel bout le prendre compte tenu du petit pois qui me fait office de cervelle en ce moment… et avec ma manie de me laisser entraîner par la première chose qui me vient à l’esprit… tu vois le résultat… Alors, maintenant, réfléchir sérieusement à ce sujet ? Il faudrait que je m’y lance. En tout cas, désolé pour cette légèreté contrariante.

    octobre 9, 2009 à 22 h 05 min

  11. Oups… C’est à moi de demander des excuses du coup. Le jeu léger est en effet toujours préférable au pesant sérieux (même si ce dernier est parfois malicieusement mimé).

    octobre 9, 2009 à 22 h 51 min

  12. Un petit pois en guise de cervelle ?
    Encore un effort, Isidore, et tu parviendras — comme moi — aux délices paisibles et légers du grand vide. Insiste encore !

    octobre 9, 2009 à 22 h 51 min

  13. Isidore

    Ah oui, mon bon Ourko, je rêve aussi de ce grand vide sidéral et reposant du ciboulot… Encore un effort et l’enseignement de Krishnamurti donnera ces fruits. Au fait je ne suis pas encore parvenu à pondre le chapitre 3 de ma « Révolution tranquille » tel que je l’avais imaginé au départ de l’aventure… Je sais que je n’y parviendrai qu’une fois atteint ce grand vide sidéral et sidérant.

    octobre 9, 2009 à 23 h 00 min

  14. 120

    Ecrit par Pipiou :

    « On a toujours besoin d’un petit pois… chez soi. »

    http://www.dailymotion.com/video/x9eyi2_pipiou-on-a-toujours-besoin-dun-pet_fun

    octobre 9, 2009 à 23 h 01 min

  15. Isidore

    Ca me fait penser à l’histoire d’une amie qui s’était fait offrir un adorable petit poussin. Devenu très vite extrèmement familier avec celle qu’il considérait désormais comme sa mère, ce cher petit, pioupioutant à corps et à cris comme savent le faire tous les poussins de la création, s’était vu rapidement affublé du délicieux nom de « Pioupiou » . Et donc Pioupiou de pioupiouter de jour comme de nuit à l’oreille de sa protectrice, et elle de prendre peu à peu goût à cette affection débordante. Mais notre Pioupiou de petit poussin devint poulet… toujours pioupiotant à l’oreille d’icelle… puis de poulet devint coq. Oh pas n’importe quel coq, un coq majestueux et formidable qui d’un doux pioupiou fit un jour un tonitruant cocorico, mais toujours à l’oreille de celle qu’il commença à voir en simple poulette appétissante à souhait (malgré son grand âge, il faut le dire). Et là, la pauvre amie ne put se résoudre à son nouvel état gallinacesque, d’autant plus que la voix désormais puissante de son protégé commençait à mettre sérieusement en danger ses facultés auditives. Il a donc bien fallu que l’histoire se terminât. Et de la façon la plus tragique puisque croyant confier son cher pioupiou à un homme de confiance qui lui promettait d’en faire un somptueux coq de basse cour, elle découvrit par hasard qu’il en fit plutôt un délicieux coq au vin, seule manière, selon l’avis de ce brave homme, de réintégrer l’ordre normal des choses. Elle en fut néanmoins fort triste.

    octobre 9, 2009 à 23 h 23 min

  16. Ah ben, c’est malin, 120, maintenant j’ai moi aussi un petit pois (ou du moins la voix de pipiou) dans la tête !

    octobre 10, 2009 à 10 h 45 min

  17. Très belle histoire, Isidore.
    L’ordre normal des choses aurait, bien entendu, été qu’elle accepte de devenir elle-même volaille.
    On perd toujours de ne jamais oser se perdre assez.

    octobre 10, 2009 à 10 h 47 min

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