"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Littérature et préhistoire

Bon, c’est sûr, a priori il y a incompatibilité entre littérature et préhistoire, cette époque caractérisée par l’absence d’écrirure. Pourtant, c’est un thème qu’elle a maintes fois — plus ou moins heureusement — exploré. Sans doute est-elle, par nature, attirée par ce qui lui est étranger et fait dès lors mystère.

Petit florilège, donc, de ces « fictions préhistoriques » (dans l’ordre chronologique). A vous de choisir celles qui vous accompagneront éventuellement cet été. Et on en recause après, si vous le souhaitez.

Rulaman de David Friedrich Weinland (1878)

Vamireh des Frères Rosny (1894)

Avant Adam de Jack London (1907)

La guerre du feu de J.H. Rosny Aîné (1911), suivi de Le félin géant (1920)

Le monde perdu de Arthur Conan Doyle (1912)

La femme des cavernes de Edgar Rice Burroughs (1913), suivi de Retour à l’âge de pierre (1935)

Daâh le premier Homme de Edmond Haraucourt (1914)

(…)

Le Premier amour de Marcel Pagnol (1946)

La vengeance du Rhin de Max Landreau (1946)

Les animaux dénaturés de Vercors (1952)

La marche au soleil de Adam Saint-Moore (1955)

Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis (1960)

Muta, fille des cavernes de Norbert Carteret (1965), suivi de Dans la nuit des temps (1966)

La caverne magique, le roman de Lascaux de Michel Peyramaure (1986)

La lune des rennes de Elizabeth Marshall Thomas (1988), suivi de La femme sauvage (1990)

Le peuple des rennes de Megan Lindholm alias Robin Hobb (1988) suivi de Le frère du loup (1988)

Les enfants de la Terre de Jean M. Auel (Le clan de l’ours des cavernes, tome 1, 1980 ; La vallée des chevaux, tome 2, 1982 ; Les chasseurs de mammouths, tome 3, 1985 ; Le grand voyage, tome 4 (1ère partie), 1990 ; Le retour d’Ayla, tome 4 (2ème partie), 1990 ; Les refuges de pierre, tome 5 (1ère et 2ème parties), 2002)

Le rêve de Lucy de Pierre Pelot et Yves Coppens (1990), suivi de Sous le vent du monde (Qui regarde la montagne au loin, tome 1, 1996 ; Le nom perdu du soleil, tome 2, 1998 ; Debout dans le ventre blanc du silence, tome 3, 1999 ; Avant la fin du ciel, tome 4, 2000 ; Ceux qui parlent au bord de la pierre, tome 5, 2001) et Le livre de Ahorn (Le jour de l’enfant tueur, tome 1, 1999 ; L’ombre de la louve, tome 2, 2000)

Demain la veille de Jean-Marie Laclavetine (1995)

Ma mère la terre mon père le ciel de Sue Harrison (1996) suivi de Ma soeur la lune (1998) et Mon frère le vent (1999)

La déesse mère de François Cavanna (1997)

Le père de nos pères de Bernard Werber (1998)

Lucy, la femme verticale de Andrée Chédid (1998)

L’aube du lac de Bernard Maurin (1998) suivi de La pirogue (1999)

L’homme de la Combe d’Arc de Gérard et Sylvie Aubriot (2000)

Le renne blanc de Claude Caillat (2001)

Les grandes falaises de Michel Peyramaure (2003)

Aô l’homme ancien de Marc Klapczynski (2003) suivi de Le pouvoir d’Ik-Tia (2006)

Mesopotamia de Armand Herscovici (La légende de Ninmah, tome 1, 2004 ; Le secret de Razin, tome 2, 2006 ; Les étoiles de Tupsar, tome 3, 2008)

Soleils d’ocre de Mylène Mouton (2006)

Bon ok, ça fait beaucoup, et pourtant j’ai écarté tous les romans étiquetés « jeunesse » (alors qu’il y en a peut-être qui valent largement ceux qui sont cités ici).

Pour une liste plus exhaustive, voir notamment ce site.

61 Réponses

  1. Vincent

    Il y en a au moins un que Pascale a déjà commenté sur son site :
    http://pagesperso-orange.fr/calounet/resumes_livres/lewis_resume/lewis_mangerpere.htm

    juillet 23, 2009 à 0 h 08 min

  2. Je ne me souvenais pas l’avoir chroniqué. On dirait que j’ai aimé ce livre ;-). J’en garde un bon souvenir. Merci Vincent.

    juillet 23, 2009 à 0 h 22 min

  3. Pour info : ta chronique arrive en cinquième position lorsqu’on cherche « Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis » sur Google.

    juillet 23, 2009 à 9 h 32 min

  4. De toute cette liste, je n’ai pour l’instant lu que :
    – Les animaux dénaturés de Vercors
    – Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis
    – Le rêve de Lucy de Pelot et Coppens
    – Demain la veille de Laclavetine
    – La déesse mère de Cavanna
    – Le père de nos pères de Bernard Werber (qui m’est tombé des mains avant la fin)

    Lewis, Laclavetine et Cavanna me paraissent bien au-dessus du lot (et j’aurais bien du mal à n’en choisir qu’un parmi eux).

    Pour le reste, je compte bien me plonger dans une bonne dizaine cet été.

    juillet 23, 2009 à 9 h 38 min

  5. Méfie-toi de l’indigestion !

    juillet 23, 2009 à 9 h 40 min

  6. Pour approcher un peu la question littéraire (pour laquelle je ne me sens pas de compétence particulière), le livre de Werber est je crois le seul que je n’ai pu finir à cause de son écriture qui, pleine de clichés à deux balles (les filles sont forcément jeunes et jolies, les savants vieux et un peu fous, etc.), m’a empêché d’entrer dans l’histoire et d’être pris dans l’espèce de petit suspens qu’il met en place (et dont Yatsé nous a déjà révélé sur ce blog la solution : notre ancêtre n’est pas un singe mais… un cochon, ce qui en soi n’est pas mal trouvé).

    A part ce cas unique dans ma carrière de lecteur amateur (plus que légère, soit dit en passant, en matière romanesque), je lis sans problème les Pelot, Cavanna et même Jourde, et ai bien du mal à distinguer ce qui est « bien » et « mal » écrit (même si je sais tout de même distinguer le talent stylistique d’un Grozda, par exemple).

    Quels sont tes critères, Pascale ?
    N’y aurait-il pas, là aussi, une affaire de « politesse » ?

    juillet 23, 2009 à 9 h 59 min

  7. Isidore

    Bien ou mal écrit ? A mon avis ce qui compte le plus et qui valide en définitive la prétention d’être écrivain, c’est le style. Il est ou n’est pas et c’est lui qui crée l’écriture. Un écrivain c’est plus quelqu’un capable de se forger une écriture que toute autre chose. Mais finalement , le style on le reconnait quand il est là mais comment le définir ? Je ne sais pas. Tout ça pour dire qu’il ne suffit pas de bien écrire pour se prévaloir de la qualité d’écrivain, encore faut-il que ce soit avec un style. C’est peut-être ça la politesse de l’homme de lettre ?

    juillet 23, 2009 à 10 h 27 min

  8. Je partage l’avis d’Isidore: fond et forme doivent se rejoindre. Un écrivain, c’est une voix, un style personnel. Il devrait en exister autant que nous sommes. Ensuite, il plaît ou pas, mais on doit entendre quelque chose de singulier.

    juillet 23, 2009 à 10 h 29 min

  9. Isidore

    Peut-être que finalement le style est la manifestation de la présence de la littérature, si on peut la concevoir comme un être à part entière. Quand on lit une oeuvre littéraire, on perçoit avant tout cette présence là, plutôt que celle de l’écrivain. Ce dernier ne lui donne en fait qu’une personnalité particulière grâce à son style immédiatement identifiable. Et ce souffle de la présence littéraire qui l’anime donne à sa création une singularité, fraternelle à toutes les oeuvres littéraires présentes et passées, mais tout à fait unique en son genre.

    juillet 23, 2009 à 10 h 40 min

  10. Isidore devrait se lancer dans la critique littéraire, il serait excellent!
    Quant à moi, dans la liste de Vincent, j’avoue n’avoir lu que celui chroniqué. Et cet été, je vous fausse compagnie avec un récit de voyage presque préhisto, celui d’un danois, Peter Freuchen : « Aventure arctique. ma vie dans les glaces du Nord. » Ethnographe, explorateur, écrivain, anticolonialiste, admiré par Jean Malaurie, 1er « Blanc » à honorer le peuple des Inuit dans le Nord du Groenland, en épousant une de ses femmes. Il y vécut toute sa vie (1859 – 1927) dès 1906.

    juillet 23, 2009 à 21 h 11 min

  11. Grave erreur, j’ai commencé le livre que je comptais emmener en vacances, et je suis mordue, je dévore! Tant pis, je crois qu’il m’en restera suffisamment pour les 15 jours de vacances car c’est un pavé de 500 pages écrites en police 6, faut de bons yeux!
    Pour situer le passage qui suit, je précise que le lieu où il va se rendre – et définitivement vivre – est Thulé, la partie habitée la plus septentrionale du globe :
    « Je réfléchis plusieurs jours; j’avais à penser à moi et à mon avenir. Je me rendais compte que j’avais autant de chances que les autres jeunes gens de me faire une situation dans le monde civilisé : je pouvais achever mes études et exercer la médecine, ou devenir marin, je pouvais, puisque j’avais débuté, me faire un nom dans le journalisme… je pouvais adopter je ne sais combien de métiers prosaïques.
    Mais je repoussai toutes ces possibilités : j’avais hérité de l’esprit d’aventure. Mon grand-père, quelque peu vagabond lui-même, m’avait mis en tête le goût de chercher l’étrange, le différent.
    Je dis à Knud (Rasmussen) que je l’accompagnais et je n’ai jamais regretté ma résolution. »

    Incroyable de décider à un peu plus de 20 ans de tout larguer comme ça…

    juillet 23, 2009 à 22 h 57 min

  12. On peut tout autant trouver incroyable, à vingt ans, de jouer le jeu de « la situation dans ce monde civilisé » sans la moindre envie de tout larguer, tu ne crois pas ?

    juillet 24, 2009 à 9 h 24 min

  13. J’aime bien votre définition du « style » et j’y souscris volontiers.
    Ce serait en quelque sorte l’équivalent littéraire du swing en jazz, ou du duende flamenco, ce je-ne-sais-quoi, ce presque-rien qui fait que la magie (quelque chose de plus grand que l’auteur) passe.

    juillet 24, 2009 à 9 h 27 min

  14. « On peut tout autant trouver incroyable, à vingt ans, de jouer le jeu de “la situation dans ce monde civilisé” sans la moindre envie de tout larguer, tu ne crois pas ? »
    Pour cela, nul besoin de courage, c’est le cas de la majorité, non ?

    juillet 24, 2009 à 9 h 29 min

  15. A vrai dire, je ne sais pas.
    Il me semble tout de même qu’il faut une sacrée dose de courage (même lorsque l’on est « bien né ») pour s’engager dans notre monde hyper-concurrentiel et individualiste.

    juillet 24, 2009 à 9 h 59 min

  16. Pascale

    Ce n’est pas du courage mais une soumission consentante, c’est la facilité, plutôt, je pense…

    juillet 24, 2009 à 10 h 03 min

  17. Difficile à juger tout ça.
    J’ai par exemple le souvenir que lorsque j’ai opté pour l’objection de conscience puis quitté Paris pour aller vivre dans un petit village de Franche-Comté, beaucoup de gens autour de moi ont interprêté ça en terme de « courage » alors qu’au fond de moi je savais très bien que c’était plutôt l’inverse : je me sentais tout simplement incapable d’affronter tout autant l’armée que la vie « salariée » parisienne.

    juillet 24, 2009 à 10 h 06 min

  18. Pascale

    oui, mais c’est une prise de conscience, un refus du troupeau, et rien que ça, c’est bien. Combien râlent sans agir ?

    juillet 24, 2009 à 10 h 08 min

  19. 120

    Ecrit par Federico Garcia Lorca :

    Les grands artistes du sud de l’Espagne, gitans ou joueurs de flamenco, chanteurs, danseurs ou musiciens, savent qu’aucune émotion n’est possible sans l’arrivée du duende? Ils peuvent tromper et donner une impression de duende alors qu’il n’y en a pas, de même que tous les jours on est trompé par des auteurs, des peintres ou des lanceurs de modes littéraires sans duende ; mais il suffit d’y regarder d’un peu plus près et de ne pas se laisser aller à l’indifférence pour déjouer le piège et les faire fuir avec leur artifice grossier.

    […] Dans toute la musique arabe, danse, chanson ou élégie, l’arrivée du duende est saluée d’énergiques « Allah, Allah ! », « Mon Dieu, mon Dieu ! », si proches du « Olé ! » des corridas que personne ne sait s’il s’agit de la même chose, et dans tous les chants du sud de l’Espagne, l’apparition du duende est suivié de cris sincères « Viva Dios ! », « Dieu soit loué ! », cri profond, humain, tendre cri d’une communication avec Dieu par le biais des cinq sens, grâce au duende qui agite la voix et le corps de la danseuse ; évasion réelle et poétique de ce monde, aussi pure que celle qu’avait réussie l’excellent poète du XVIIe siècle, Pedro Soto de Rojas à travers sept jardins ou celle de Jean Climaque par une tremblante échelle de larmes.

    Naturellement quand cette évasion est réussie, tout le monde en ressent les effets ; l’initié en voyant de quelle façon le style vient à bout d’une matière pauvre, et l’ignorant, dans le je-ne-sais-quoi d’une authentique émotion. Il y a des années, dans un concours de danse de Jerez de la Frontera, une vieille de quatre-vingts ans l’a emporté sur de belles femmes et des jeunes gens cambrés comme de l’eau, par le seul fait de lever les bras, relever la tête, et taper du pied sur la petite estrade, mais dans l’assemblée de muses et d’anges qu’il y avait là, beauté de formes et beauté de sourires, la victoire devait revenir, et elle est revenue à ce duende moribond qui laissait traîner par terre ses ailes aux couteaux rouillés.

    (Jeu et théorie du Duende, Allia, 2008)

    juillet 24, 2009 à 10 h 20 min

  20. En tout cas, pour mon compte, ça s’est fait sans effort, donc sans grand mérite.

    Et puis, le refus de suivre le troupeau, n’est-il pas l’acte le plus orgueilleux qui soit ?

    😉

    juillet 24, 2009 à 10 h 23 min

  21. Pascale

    Non, pas le plus orgueilleux, le plus intelligent 😉

    juillet 24, 2009 à 10 h 30 min

  22. 120

    Ecrit par Duke Ellington :

    Si ça ne swingue pas, ça ne veut rien dire !

    juillet 24, 2009 à 10 h 37 min

  23. Pascale

    Si tu ne vis pas, disait Coltrane, la vie ne sortira pas de ton saxo.

    juillet 24, 2009 à 10 h 40 min

  24. Isidore

    Oui, c’est tout à fait ça !.. le duende. Ah que voilà la chose bien exprimée ! C’est ce qui fait la différence fondamentale entre un produit de consommation et un rite artistique. Dans le premier on est simple spectateur-consommateur, dans le second on devient acteur au même titre que celui qui se coltine la scène de représentation…. et l’idée même d’une reproduction mécanique, d’un enregistrement, n’a plus aucun sens: l’éternité de l’instant magique du « duende » ne pouvant être saisi par aucun procédé mécanique ni mis en boîte d’aucune façon que ce soit. Et quand bien même il le serait, quel sens peut bien avoir la re-écoute solitaire de cette expérience collective, si ce n’est de se la remémorer. Mais la mémoire vivante reste alors beaucoup plus fidèle et respectueuse de l’essentiel.

    juillet 24, 2009 à 11 h 04 min

  25. Isidore

    Je pense que le véritable courage en réalité ne demande jamais de grands efforts conscients et qu’on est toujours étonné de se voir qualifié de courageux là où on a justement l’impression de ne faire rien de bien valeureux.

    Car le véritable courage est animé par l’être profond et la vitalité primordiale, et il est nécessaire d’être bien aveuglé par cette vitalité pour oser affronter les dangers qu’on aura à traverser.

    Dès qu’il s’agit de dominer sa peur ou d’oser faire quelque exploit visiblement dangereux, on est dans une forme de courage mineure plus proche de la témérité en réalité puisqu’on commence à se poser des questions là où le véritable courage agit tout simplement et avant tout.

    juillet 24, 2009 à 11 h 16 min

  26. 120

    Ecrit par Federico Garcia Lorca :

    (ravi de plaire à Isi 😉 )

    […] Le merveilleux chanteur de flamenco El Lebrijano, créateur de la Debla, disait : « Moi, le jour où je chante avec duende, personne n’est plus fort que moi » ; la vieille danseuse gitane La Malena s’est écriée un jour en entendant Brailowski jouer un morceau de Bach : « Olé ! Ca, ça a du duende ! » et elle s’est ennuyée avec Gluck et avec Brahms et avec Darius Milhaud ; et Manuel Torres, l’homme à avoir le plus de culture dans le sang de tous ceux que j’aie connus, a dit cette phrase splendide en écoutant Falla jouer lui-même son Nocturne du Generalife : « Tout ce qui a des sonorités noires a du duende. » Et il n’y a rien de plus vrai.

    Ces sonorités noires sont le mystère, les racines qui s’enfoncent dans le limon que nous connaissons tous, que nous ignorons tous, mais d’où nous vient ce qui a de la substance en art. Des sonorités noires, a dit l’homem populaire d’Espagne et il a rejoint en cela Goethe, qui donne la définition du duende à propos de Paganini, en disant : « Pouvoir mystéreux que tout le monde ressent et qu’aucun philosophe n’explique. »

    Ainsi donc, le duende est dans ce que l’on peut et non dans ce que l’on fait, c’est une lutte et non une pensée. J’ai entendu un vieux maître guitariste dire : « Le duende n’est pas dans la gorge ; le duende remonte par-dedans, depuis la plante de pieds. » Ce qui veut dire que ça n’est pas une question de faculté mais de véritable style vivant ; c’est-à-dire, de sang ; de très vieille culture et, tout à la fois, de création en acte.

    Ce « pouvoir mystérieux que tout le monde ressent et qu’aucun philosophe n’explique » est, en somme, l’esprit de la Terre, ce même duende qui consumait le coeur de Nietzsche, qui le recherchait dans ses formes extéreures sur le pont du Rialto ou dans la musique de Bizet, sans le trouver et sans savoir que le duende qu’il poursuivait était passé des mystères grecs aux danseuses de Cadix ou au cri dionysiaque de la séguedille égorgée de Silverio.

    (ibidem)

    juillet 24, 2009 à 11 h 46 min

  27. Pascale

    Normal que tu plaise (à Isi et à moi), avec des références pareilles!
    D’autre part, pour moi, le vrai courage relève de la survie, donc totalement inconscient et réflexe. Le reste, ce que les gens appellent faussement courage, n’est que parade.

    juillet 24, 2009 à 11 h 59 min

  28. Ouais, ben j’en conclus que le courage n’existe pas, ou du moins ne se voit pas… et surtout qu’il ne sert à rien de s’y référer. 😉

    juillet 24, 2009 à 12 h 07 min

  29. Disons que la notion de courage a dû être inventée pour les commodités du spectacle et de la parade du moi-moi-moi.

    Quant à Garcia Lorca… quelle émotion sa poésie mais aussi sa musique pour guitare !!! Il reste un de mes artistes préféré.

    juillet 24, 2009 à 12 h 13 min

  30. J’entends bien ta réserve, Isidore, face à la musique enregistrée.
    As-tu toutefois la même réticence devant la littérature (qui n’est à bien y regarder que de la parole enregistrée et industriellement reproduite) ?
    Et si « non », parviens-tu à déterminer pourquoi ?

    juillet 24, 2009 à 12 h 14 min

  31. 120

    Ecrit par André Comte-Sponville :

    COURAGE
    La vertu qui affronte le danger, la soufrance, la fatigue, qui surmonte la peur, la plainte ou la paresse. C’est la vertu la plus universellement admirée, sans doute depuis le plus longtemps, et d’ailleurs (avec la prudence) l’une des plus nécessaires. Toutes les autres, sans courage, seraient impuissantes ou incomplètes. Vertu cardinale, donc, proprement, ce que l’étymologie à sa façon confirme (dans courage il y a coeur, dans vertu il y a courage) et que l’expérience ne cesse de nous rappeler. On évitera pourtant de le louer trop aveuglément. D’abord parce que le courage peut servir aussi au pire ; ensuite parce qu’il ne tient lieu d’aucune des vertus qu’il sert. L’amour peut donner du courage, non le courage suffire à l’amour.

    (Dictionnaire philosophique, PUF, 2001)

    juillet 24, 2009 à 12 h 23 min

  32. Ce fameux « duende », donc, les espagnols ne l’ont pas oublié, ni les arabes, ni les africains, ni les indiens… Mais nous, malheureux français, dans quelles sonorités noires nous perdre, dans quel limon creuser et encore creuser, quelle vouivre invoquer pour le faire renaître et nous arracher à cette affreuse torpeur accablante ? C’est bien là ma préoccupation principale dans mon travail artistique depuis toujours. Mais je n’y suis pas encore parvenu, malheureusement. Alors, courage, l’impossible reste encore la seule chose qui vaille d’être faite !!!

    juillet 24, 2009 à 12 h 25 min

  33. Pfff ! Tu gâches tout, 120 !
    On te félicite pour tes extraits de Garcia Lorca et… tu passes à Comte-Sponville.
    Tu ne respectes vraiment rien !

    juillet 24, 2009 à 12 h 25 min

  34. Pour ce qui concerne le courage.
    Mon avis est que c’est un peu facile d’être courageux… quand on est courageux.
    En revanche, ce qui me semble vraiment « courageux », c’est de vivre justement sans courage, en jonglant avec ses esquives et autres lâchetés, et de tenter de faire au mieux avec nos tares.

    juillet 24, 2009 à 12 h 29 min

  35. Plonge dans la préhistoire, Isidore, y’a plus que ça ! 😉

    juillet 24, 2009 à 12 h 31 min

  36. à Ourko :
    je crois que tu confonds courage et complaisance… mais bon…

    juillet 24, 2009 à 12 h 46 min

  37. 120

    Ecrit par 120 :
    (en réponse au commentaire 33)

    C’est fait exprès, très cher. La magie se doit d’être rare et éphémère pour rester désirable.

    (Blog du Partipréhistorique, 24 juillet 2009)

    juillet 24, 2009 à 12 h 49 min

  38. Pour ce qui concerne la littérature, le problème est tout à fait similaire. Sauf que le livre en constitue la scène primordiale (comme le tableau pour la peinture), et que la reproduction mécanique ne l’affecte que d’une manière spécifique et différente de ce qui concerne la musique par exemple.

    Le « duende » de la littérature se vit, seul, dans une rencontre avec le livre. S’il s’agit d’une oeuvre littéraire, la magie peut se produire pour celui qui s’offre à la vivre et qui développe à cette fin une forme de lecture et d’écoute particulière capable de lui en ouvrir les portes. L’expérience vécue reste unique et il importe peu que le livre en question soit reproduit en multiples exemplaires, ceci n’affectant que la facilité de se le procurer et n’influençant en rien la possibilité de vivre cette rencontre magique.

    Cependant, la facilité de la reproduction mécanique du support livre, va favoriser l’apparition et la diffusion d’une autre sorte d’objets « littéraires », de même nature que les CD pour la musique: des simples produits de consommations, fabriqués selon des règles industrielles qui n’ont plus rien à voir avec celles qui régissent la création littéraire, et qui n’ont d’autre but ni d’autre fonction que le divertissement spectaculaire. Ces objets là ne seront jamais aptes à faire vivre l’expérience du « duende », quelque soit l’effort consenti par le lecteur. De toute façon, il est très aisé de les reconnaître pour celui qui a vécu ce « duende » de la littérature.

    Disons donc plutôt que pour ce qui concerne le livre, la facilité de la reproduction mécanique et industrielle du support n’a fait que favoriser la production et la diffusion de ces » objets-spectacles de divertissement » (qui, entre parenthèse ont aussi leur place et leur légitimité dans les affaires humaines…. à condition de les différencier des oeuvres littéraires et de ne pas soumettre ces dernières aux mêmes lois de fabrications ni aux mêmes finalités). Même chose pour la musique enregistrée, à mon avis.

    juillet 24, 2009 à 12 h 56 min

  39. 120

    Ecrit par Michel Le Bris :

    La clé du « mystère » : un petit mot, et un claquement de doigt. A peu près indéfinissable : un certain rapport entre la tension et la détente, entre l’attaque et le « relax », une manière de créer du rythme et de se faire habiter par lui, le moment où « ça » parle, un élan vital…

    Un petit mot et un claquement de doigts, pour dire l’essence d’une musique et une manière d’être — quelque chose donc comme le bonheur, et tout ce livre en aura été, en fin de compte, la quête et le commentaire :

    SWING !

    …ou bien tout cela n’a aucune importance.

    It don’t mean a thing
    If it ain’t got that swing
    It makes no difference
    if it’s sweet or hot
    Just put that rythm in
    Give it everything you’ve got

    (L’homme aux semelles de vent, Grasset, 1977)

    juillet 24, 2009 à 12 h 57 min

  40. La musique enregistrée n’est-elle pas à la musique « live » ce que la littérature est au conteur ?

    Si la magie peut passer, malgré la mise à distance (et la reproduction mécanique), dans le livre… pourquoi ne passerait-elle pas aussi dans l’enregistrement musical ?

    Comment expliquer, sinon, qu’on puisse frémir (sans que ce soit le simple souvenir de l’événement puisqu’on n’y était pas) en écoutant ça :

    ou ça :

    (Enfin, je ne sais pas si tout le monde frémit, mais moi oui)

    Pourquoi la musique enregistrée (« mise à distance » et reproduite) ne pourrait-elle pas obtenir le statut d’art à part entière qu’a obtenu avant elle la parole écrite ? Une simple affaire de temps (la littérature ayant juste quelques siècles d’avance) ou une impossibilité foncière ?

    Glenn Gould n’aurait-il alors rien compris à la musique, lui qui s’est fortement impliqué dans cette voie ?

    juillet 24, 2009 à 13 h 31 min

  41. Mon avis (mais ce n’est qu’un avis, la question reste pour moi ouverte) est que le duende — ou le style, le swing, le charme, qu’importe ! — est plus fort que tout, et se joue de tous les filtres et autres obstacles qui peuvent être plus ou moins volontairement placés sur son chemin pour réduire son pouvoir.

    juillet 24, 2009 à 13 h 51 min

  42. Je ne pense pas que la littérature soit de l’oral mis en boîte dans un support livresque . La langue oralisée procède différemment. Que ce soit la poésie, le conte, la déclamation, etc., les formes se rapprochent du théâtre et ont besoin du « live » pour que le « duende » puisse se manifester. La littérature n’a pas besoin de « live » autre que l’acte de lecture du lecteur. Le livre a donc une place particulière, différente du CD et analogue à la scène de théâtre ou au tableau pour la peinture (je radote, oui, je radote). Le livre étant à comparer à la scène et non pas au CD, ceci explique que l’effet « live » du CD n’existe pas.

    Que le CD fasse naître des émotions inoubliables, je n’en doute pas un seul instant ni qu’une certaine magie puisse en surgir. Mais il me semble essentiel de discerner cette magie là avec celle du « duende » que seul le « live » peut faire naître.

    Car il s’agit, à mon avis, d’une fascination, d’un envoûtement, d’une magie noire qui fait surgir la lumière en exact miroir de celle du « duende ». L’une nous entraîne vers l’illusion d’une abstraction désincarnée, la « voix des morts », l’autre nous appelle à être encore plus vivant ici et maintenant. J’ai déjà eu l’occasion de développer cette réflexion lors d’un précédent article, il me semble.

    Ceci dit, une fois conscient du phénomène, et avec une bonne imagination, rien n’empêche de se faire une idée du « duende » potentiel à partir d’un simple enregistrement mécanique. Mais ça restera une idée et non pas une véritable expérience. On peut au mieux se rendre compte que telle ou telle musique est porteuse de cette expérience possible, et qu’elle est donc bien une oeuvre d’art.

    juillet 24, 2009 à 14 h 00 min

  43. Alors, comme ça, Vincent, ce sont les mamies qui te font frémir ? Hmmmm ?

    juillet 24, 2009 à 14 h 06 min

  44. Ceci dit j’aime bien ton idée que le « duende », le « style », le « charme », le « swing », etc., se joue de tous les filtres et autres obstacles qu’il trouve sur son chemin pour réduire son pouvoir… et qu’aucune idée, aucun système puisse parvenir à le circonscrire et lui dicter ses lois de fonctionnement. Tu as raison de me le rappeler… élégamment et poliment en plus.

    juillet 24, 2009 à 14 h 17 min

  45. Que ce soit en expérience directe ou en imagination, le plus important, finalement, n’est-il pas de reconnaître le duende, donc en quelque sorte de reprendre contact avec celui qui est en nous ?

    Qu’importe alors si la source est pure ou pervertie, tant que l’on est en fin de compte rafraîchi, non ?

    Et quand le contact est pris avec lui (le duende en nous), et qu’on ne le lache plus, n’est-il pas alors envisageable de pouvoir alors le retrouver partout, aussi bien dans une oeuvre d’art que dans le mouvement d’une branche d’arbre, dans un geste rare que dans la banalité la plus « mécanique » ?

    Olé !

    juillet 24, 2009 à 14 h 23 min

  46. Pfff… Là, Vincent, c’est clair, t’as fumé !
    Comment veux-tu qu’on parvienne à discuter avec toi dans cet état-là ?
    Reviens parmi nous, steuplé… Youhoooou !

    juillet 24, 2009 à 14 h 28 min

  47. Pascale

    Isidore, je pensais comme toi jusqu’à peu (post 42), jusqu’à ce que je découvre la lecture à voix haute. Je pensais avoir déjà tout senti, perçu, du « duende », en solitaire et je me trompais. Un texte lu à voix haute, et non théâtralisé, simplement lu et bien, c’est une sacrée expérience. Je parle en tant que lecteur et non écouteur. J’en discutais avec une amie cantatrice et on se comprenait : tout passe par le corps, tu sens toutes les fibres, la corde se tend, c’est magique. Et je pense que tout bon texte écrit peut être lu à voix haute. S’il est mauvais il se dégonfle. Lu haut, le texte passe en 3 D, il vit autrement, moi j’adore.

    Par contre, je pense que le courant passe (post 44), il y a apparition du « duende » s’il y a participation. Je fais partie de ces gens qui pensent que la littérature est une rencontre entre un auteur et un lecteur. C’est la communion de deux âmes. Si l’une défaille, la magie n’a pas lieu.

    juillet 24, 2009 à 15 h 04 min

  48. Isidore

    Tout à fait d’accord avec toi, Pascale. D’ailleurs j’expérimente quelque chose de similaire sur scène, en tant que musicien-diseur. Là, il faut que la rencontre se fasse aussi avec le public. Il existe une forme d’écoute, de la part des spectateurs, qui fait surgir la magie, et une autre qui pétrifie cet échange; l’une qui stimule mes facultés d’interprétation et les risques à prendre, l’autre qui m’éteint dans un rôle misérable et exhibitoire… la communion- partage ou le spectacle-consommation.

    Et je réfléchis ardemment actuellement à la forme qui puisse me permettre de sortir, consciemment et avec la complicité active du public, du spectacle, dans sa forme consumériste et voyeuriste qui m’est devenue odieuse et insupportable à vivre.

    Quant à la lecture à voix haute d’oeuvres littéraires, je pense aussi qu’on peut vivre quelque chose d’extraordinaire, une autre forme du « duende », mais qui relève davantage des arts de la scène que de la littérature dans sa spécificité livresque. Car c’est justement particulier au livre de pouvoir être une scène à lui tout seul.

    juillet 24, 2009 à 16 h 51 min

  49. Pascale

    « Quant à la lecture à voix haute d’oeuvres littéraires, je pense aussi qu’on peut vivre quelque chose d’extraordinaire, une autre forme du “duende”, mais qui relève davantage des arts de la scène que de la littérature dans sa spécificité livresque. Car c’est justement particulier au livre de pouvoir être une scène à lui tout seul. »

    J’expérimente les deux: la scène tet sans (enregistrement avec casque et micro en solo). Sans, je préfère car je ne suis pas comédienne. De toute façon quand je lis en public, je lis sans le regarder, je suis concentrée pour ne penser qu’au texte, le mettre en valeur. Je ne cherche pas à « communier » autrement que par le texte.

    Mais je comprends ce que tu dis, et j’aimerais un jour t’écouter sur scène.

    juillet 24, 2009 à 18 h 10 min

  50. (Post 40) Quant à Glenn Gould et sa tentative pour créer un objet sonore artistique en réfléchissant à une forme d’interprétation capable de transcender toute mécanicité (car c’est à ce prix là, forcément), je pense que la démarche est tout à fait pertinente mais je ne suis pas certain que le but ait vraiment été atteint. Il aura eu le mérite d’ouvrir la voie.

    J’ai pour ma part le sentiment que ceci n’ira pas sans affronter la composition particulière de musiques capables de transcender toute mécanicité. N’importe quelle oeuvre ne peut s’adapter à ce défi uniquement grâce à la forme de son interprétation.

    par contre j’ai l’impression que notre grand maître de la musique occidentale, J.S Bach, nous a donné des clés avec son art de la fugue. En effet, la forme fugue, assez unique dans son genre, me semble résister à toute mécanicité.

    Sur ce principe de composition à 1, 2, 3 ou 4 voix, il est sans doute possible de créer des formes, qu’un ordinateur saura interpréter parfaitement, qui pourront être reproduites à l’infini sur différents supports sans problème et sans affecter le moins du monde leur nature, et qui seront alors de véritables objets d’art (contrairement à tout ce que j’ai pu dire jusqu’à présent).

    Donc capables de faire naître ce fameux « duende » de la même manière que le livre y parvient pour la littérature. Ce sera un pur travail de composition pour l’artiste qui s’y colle, donc d’agencement des voix à la manière des fugues de Bach, et sans qu’on ait à se préoccuper ni de l’interprétation puisque l’ordinateur ou tout autre intelligence mécanique le fera parfaitement (même avec les logiciels déjà présents sur le marché d’ailleurs), ni des questions relatives à cette reproductibilité mécanique.

    Il s’agit, bien entendu, d’un délire très personnel, qui se soucie assez peu finalement de sa réalisation possible… pour l’instant. Le « live » me semblant nettement plus jouissif.

    juillet 24, 2009 à 18 h 35 min

  51. Tu veux qu’on t’envoie l’enregistrement du concert qu’il fait chez nous, Pascale ?
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/12/30/soiree-athomique/
    (Bon, ok, je sors…)

    juillet 24, 2009 à 20 h 20 min

  52. Si j’en crois Kenneth White, après avoir cherché — via l’enregistrement — l’interprétation « parfaite » des grandes oeuvres pianistiques, Glenn Gould aurait tenté ensuite des compositions (apparemment introuvables) mélangeant savamment musique sons et paroles et peut-être ainsi inauguré ce qui pourrait devenir le « nouvel art » évoqué.

    120 ? Tu peux me trouver ça ?

    juillet 24, 2009 à 20 h 34 min

  53. 120

    Ecrit par Kenneth White :

    […] Ce départ métaphorique « pour la Chine » de Cage me fait penser à Glenn Gould qui, lui, est parti « vers le Nord ». Interprète renommé de Bach, mais dégoûté de la « consommation musicale », du travail de virtuose, du « talent théâtral » et de valeurs « orientées d’une manière déprimante vers l’urbain, donc spirituellement limitées », capable aussi de jugements musicaux iconoclastes (« Je n’aime pas vraiment la musique de Mozart ») qu’il est capable aussi de soutenir avec des arguments, Gould décide de quitter les salles de concert en 1964. Son désir est de jouer d’une façon non musicale (« il est très difficile de faire du non-musical »), d’arriver à « une sorte de rigueur et de simplicité, d’absence de sophistication », et pour cela, il doit, se dit-il, passer le plus de temps possible loin de son piano. C’est alors que l’ « idée du Nord » entre dans son esprit, le Nord étant compris comme un lieu d’isolement et de silence, de solitude exaltée : « J’ai toujours pensé que pour chaque heure passée en compagnie d’êtres humains, il fallait x heures passées seul. » Gould avait connu un premier moment d’exaltation au cours d’un séjour solitaire d’un mois à l’hôtel des Quatre-Saisons à Hambourg. Pendant un certain temps, au Canada, il écrivit des articles critiques sur la musique, sous le nom de Herbert von Hochmeister, supposé vivre dans les Territoires du Nord-Ouest. Et durant toutes ces années, son rêve était de passer au moins un hiver entier dans le cercle artique. Avec cette idée du Nord en tête (solitude et latitude), sans oublier le désir d’une autre musique, il entreprend, pour la Canadian Broadcasting Company, une série de documentaires sonores (contrapuntal radio documentaries) sous le titre général « La trilogie de la solitude », dont la première partie s’intitule « L’idée du Nord » (The Idea of the North), les deux autres étant « Les derniers arrivés » (The Late-comers) et « Territoire tranquille » (The Quiet in the Land). Faisant appel à la parole, ainsi qu’à des bruits électroniques et naturels, ces oeuvres visent un « art total », art total dont Gould trouve la prémonition sinon les prémices chez… Busoni, auquel il se réfère dans ses entretiens avec Jonathan Coff : « Le pianiste-compositeur Busoni a écrit : « Tous les compositeurs se sont approchés au plus près de la vraie nature de la musique dans les passages préparatoires et transitoires (préludes et transitions), là où ils étaient autorisés à négliger les questions de proportion et de symétrie ; ils respiraient alors librement. » » Gould voulait respirer librement, et trouver ce que Busoni appelait « les latitudes d’un art total ».

    (Le plateau de l’Albatros, Introduction à la géopoétique, Grasset, 1994)

    juillet 24, 2009 à 21 h 09 min

  54. En relisant ce texte (merci 120 !), je me rends compte que Gould était tout de même un sacré malade : une « autre » musique, plus « vraie » plus proche de sa « nature » tout autant que l’attirance pour le silence, le froid, la solitude et le dégoût puritain pour tout compromis avec le Réel, n’est-ce pas là le symptôme flagrant de cette maladie (qu’il pousse à un degré rare) qu’on peut appeler… « idéalisme » ?

    Pas surprenant du coup qu’il ne soit sans doute pas parvenu à son but.

    juillet 24, 2009 à 21 h 17 min

  55. Pascale

    Je trouve 120 sacrément malade de citations…

    juillet 24, 2009 à 22 h 27 min

  56. Isidore

    Je préfère quand même avoir affaire avec un « malade de citations » qu’avec une « salade de mites à Sion »… juste une question de goût, en fait.

    juillet 24, 2009 à 22 h 45 min

  57. J’suis d’accord avec toi, Pascale, et, pour tout dire, ravi qu’il soit là, 120, et prenne sur lui cette maladie à laquelle j’aurais, sinon, sans doute la tentation, parfois, de me laisser aussi aller.
    Pour le dire autrement : s’il n’avait pas été là, mon psy m’a souvent dit qu’il aurait fallu l’inventer.
    😉

    juillet 24, 2009 à 23 h 18 min

  58. Pascale

    Je comprends, Vincent, et compatis car j’aurais tendance à ne faire que citer plutôt que de la critique littéraire, si je m’écoutais.

    juillet 24, 2009 à 23 h 40 min

  59. En même temps, ici, Pascale, tu peux (si tu veux) libérer ta « Scalp’a », tu sais, ton double inversé qui fait et dit tout ce que d’ordinaire, pour de bonne ou mauvaises raisons, tu retiens.

    Je suis certain, en plus, que 120 ne le prendrait pas mal. Au contraire, même, il se sentirait sûrement un peu moins seul, devant sa salade de mites, à Sion. 😉

    juillet 25, 2009 à 10 h 15 min

  60. Rebond sur le commentaire 54 :

    Heureusement qu’on en croise de temps en temps des « malades », sinon, qu’est-ce qu’on s’ennuierait !

    Et dans le style, soit dit en passant, « ton » Baudrillard, il est pas mal non plus !
    😉

    juillet 26, 2009 à 12 h 51 min

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