"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

…et les derniers seront les premiers ?

Une bonne partie de la population mondiale (en gros, les pays dits « du Sud ») n’est pas entrée dans la modernité. Parents pauvres de la mondialisation, ces « laissés-pour-compte » vivent — ou survivent — en dehors de l’économie marchande.

Et si, au lieu de s’acharner — plus ou moins charitablement — à tenter des les aider à « se développer » (c’est-à-dire « entrer dans notre logique ») on les abordait en pensant plutôt que ce sont eux qui ont des choses à nous apprendre ?

A l’heure où notre monde semble sur le point de s’écrouler et où nos arrogantes « lumières » tardent à parvenir à esquisser l’espoir d’une alternative réaliste, n’y a-t-il pas dans leur « art (savant) de la débrouille » l’expression d’une profonde (et très ancienne ?) sagesse sur laquelle pourrait bénéfiquement s’appuyer l’avenir de l’Humanité ?

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92 Réponses

  1. Oulah !
    Il va falloir que tu développes davantage ton idée, Vincent.
    Méfie-toi, cependant (si tu permets) : c’est un sujet un peu « casse-gueule » !
    😉

    juillet 17, 2009 à 8 h 43 min

  2. Arff… Pas trop le temps, là. Faut que je file.
    En attendant je renvoie à la lecture des ouvrages de Serge Latouche sur « L’autre Afrique » (je crois que 120 a déjà cités des passages en commentaires de je ne sais plus quel article) … ou aux réflexions déjà menées sur le « bricolage » (http://www.partiprehistorique.fr/2008/11/02/petit-eloge-du-bricolage/) qui n’est finalement pas si éloigné de la « débrouille » visée ici.

    juillet 17, 2009 à 8 h 50 min

  3. 120

    Ecrit par Serge Latouche :

    […]
    L’autre Afrique comme modèle de la sortie de l’économie

    Il y a en marge de la déréliction de l’Afrique officielle, à côté de la décrépitude de l’Afrique occidentalisée, une autre Afrique bien vivante sinon bien portante. Cette Afrique des exilés de l’économie mondiale et de la société planétaire, des exclus du sens dominant, n’en persiste pas moins à vivre et à vouloir vivre, même à contresens.

    Cette autre Afrique n’est pas celle de la rationalité économique. Si le marché y est présent, il n’y est pas omniprésent. Ce n’est pas une société de marché, au sens d’une société du tout marché. Ce n’est certes plus pour autant l’Afrique traditionnelle communautaire, si tant est que celle-là ait vraiment jamais existé. C’est une Afrique de bricolage dans tous les domaines et à tous les niveaux, entre le don et le marché, entre les rituels oblatifs et la mondialisation de l’économie. Pour avoir perdu la bataille économique, l’Afrique a-t-elle définitivement perdu la guerre des civilisations ? Telle est la question. L’économie a bel et bien été battue ; mais la société a survécu à cette défaite. Cela signifie que les fonctions que nous attribuons aux instances technique et économique (la production de « richesses ») ont été tout de même assumées tant bien que mal par la société. L’explication la plus plausible est donc que l’économie et le technique ont reflué dans le social, ou pour le dire dans les termes de Karl Polanyi, économie et technique ont été réenchâssées. Ceci se voit tant dans le phénomène de l’économie dite informelle que, plus généralement, dans la persistance de la solidarité quotidienne. C’est cette forme de réponse par l’ingéniosité locale que j’ai tenté d’analyser dans mon livre « L’autre Afrique ». Cette autre Afrique peut se caractériser par l’auto organisation sociétale, la logique du don et une certaine sagesse démocratique paradoxale.

    L’auto organisation sociétale

    […] Les économistes se trompent en ne saisissant « l’informel » que sous l’angle de l’économie. La dynamique de ces sociétés vernaculaires se manifeste non seulement au niveau techno économique, mais aussi dans la création imaginaire et le bicolage d’une construction sociale. Si on y est ingénieux bien plus qu’ingénieur, entreprenant plutôt qu’entrepreneur, et industrieux et non industriel, c’est précisément parce qu’on se situe ailleurs, en dehors du paradigme dominant.

    La logique du don et la solidarité africaine

    Ce fonctioonnement de la société vernaculaire s’inscrit dans la persistance, voire la résurgence d’une certaine « solidarité africaine ». Les sociétés africaines ont ignoré longtemps l’individualisme et continuent assez largement à le faire en dépit de très fortes poussées des processus d’individuation. L’impérialisme du social se manifeste à travers l’importance des relations de parenté. La parenté s’étend non seulement au groupe familial élargi, mais elle sert de moule dans lequel se coulent les relations d’amitié, de voisinage, d’association sportive, culturelle, politique ou religieuse, les rapports même de travail et les formes du pouvoir. Elle est réactivés et renforcée par les cérémonies, les cultes d’ancêtres, les liens à la terre, les relations avec le monde de l’invisible. Toute cela engendre la fameuse solidarité africaine qui n’a pas vraiment d’équivalent ailleurs.
    […]
    Cette très forte prégnance du social exclut l’isolement et l’incognito. Dans les cas les plus durs, elle est littéralement ce qui permet de tenir le coup. Elle est aussi la cause du succès et de la spécificité de l’oeconomie vernaculaire africaine. Les obligations de donner, de recevoir et de rendre tissent les liens entre les hommes et les dieux, entre les vivants et les morts, entre les parents et les enfants, entre les aînés et les cadets, entre les sexes, au sein des classes d’âge, etc. Elles biaisent fortement les lois du marché, limitent les méfaits des rapports marchands, assurent un minimum de garantie contre l’exclusion économique et sociale. […]

    Conclusion

    L’après-développement sera nécessairement pluriel. Il s’agit de la recherche de modes d’épanouissement collectif dans lesquels ne serait pas privilégié un bien-être matériel destructeur de l’environnement et du lien social. L’objectif de la bonne vie se décline de multiples façons selon les contextes. En d’autres termes, il s’agit de reconstruire de nouvelles cultures. Cet objectif peut s’appeler l’umran (épanouissement) comme chez Ibn Kaldûn, swadeshi-sarvodaya (amélioration des conditions sociales de tous) comme chez Gandhi, ou bamtaare (être bien ensemble) comme chez les Toucouleurs, ou l’idéal de vie que les Borana appellent fidnaa ou gabbina […] ou de tout autre nom. L’important est de signifier la rupture avec l’entreprise de destruction qui se perpétue sous le nom de développement ou aujourd’hui de mondialisation. Pour les exclus, pour les naufragés du développement, il ne peut s’agir que d’une sorte de synthèse entre la tradition perdue et la modernité inaccessible. Ces créations originales dont on peut trouver ici ou là des commencements de réalisation ouvrent l’espoir d’un après-développement.

    (Entre mondialisation et décroissance, L’autre Afrique, A plus d’un titre, 2007)

    juillet 17, 2009 à 20 h 06 min

  4. Isidore

    Très intéressant tout cela… Il est bon de se rappeler de temps en temps la réalité de l’emprise réelle de la mondialisation et de la modernité… et de songer parfois à cette autre modernité qui agite l’humanité au travers de tous ces bricolages de survie qu’on trouve en Afrique mais aussi sur les autres continents, et même au coeur de la société occidentale. En quelque sorte, la vraie vie est quand même sacrément plus riche, diverse et inventive que celle fabriquée par les médias dominantes. Tant mieux.

    juillet 18, 2009 à 9 h 42 min

  5. 120

    Ecrit par Serge Latouche :

    […] La manière de fonctionner des artisans, même les plus professionnalisés, laisse toujours perplexe l’observateur. […] Le premier réflexe de l’expert économiste est de vouloir introduire un peu de rationalisation. Certes, ça marche, mais cela ne pourrait-il pas marcher beaucoup mieux ? On cherche à accroître la productivité, accélérer les ventes, améliorer les locaux, investir dans l’équipement et entrer dans le cercle vertueux de l’accumulation et de la croissance illimitée. Ce réflexe intelligent est sans doute la voie royale de l’échec. André Whittaker, lui-même entrepreneur et spécialiste de la « gestion créole », note avec humour à propos d’un ouvrage d’expert (Le financement de la petite entreprise en Afrique, L’Harmattan, 1995) : « Ce guide-manuel du bon gestionnaire est en réalité un guide-manuel du mauvais gestionnaire. Il eut été plus conséquent d’intituler ce livre : Manuel pour échouer dans la gestion de l’entreprise en Afrique ou encore guide et recettes pour l’échec ». Les artisans qui ont suivi les directives de ces conseilleurs (bons samaritains d’ONG, ou autres), ont fini dans la déconfiture ou sont revenus à leur pratique antérieure. Il ne faut jamais oublier en ce qui concerne ces artisans des banlieues populaires, que leur existence même tient au miracle. […]

    (ibidem)

    juillet 18, 2009 à 10 h 01 min

  6. 120

    Ecrit par Philippe Engelhard :

    […] Ce qu’on ne perçoit pas, ou ce qu’on perçoit mal, c’est que l’Afrique est sans doute le seul continent à produire encore de la relation sociale ou, plus précisément, à innover socialement […] Le continent africain fabrique l’ « antidote » sous nos yeux, mais nous ne le voyons pas. Ce qu’on a appelé l’ « afro-pessimisme » est sans doute l’une des plus grandes fautes de jugement de ces vingt dernières années. La vitalité protéiforme du continent noir pourrait bien produire, quelque jour, le miracle africain. Ce n’est pas une certitude, seulement un pari et un espoir. Ils ne sont pas dénués de raisons. […]

    (L’homme mondial, Arlea, 1996)

    juillet 18, 2009 à 10 h 08 min

  7. Isidore

    On revient donc à ces deux conceptions de l’économie et des échanges marchands:
    – l’une fondée sur la rationalité, la productivité, la croissance et l' »efficacité »,
    – l’autre fondée sur une logique plus proche du fonctionnement de la nature, à savoir la surenchère du don et de la fécondité, le défi du miracle permanent et de la foi, le risque plutôt que la certitude comptable.

    En somme et caricaturalement, une conception cerveau gauche affrontant une conception cerveau droit.

    L’avenir est sans doute dans un juste équilibre entre ces deux façons de fonctionner et d’appréhender la question.

    juillet 18, 2009 à 10 h 18 min

  8. Vincent

    Oui, on peut sans doute le concevoir comme ça.

    On peut aussi dire (mais c’est dans le fond très proche) qu’il n’y a pas deux conceptions de l’économie, mais une seule : la conception « occidentale » qui en fait un domaine isolé (très « cerveau gauche » donc), autonome, et qui finit par imposer ses lois et dominer l’ensemble de la société.

    Dans l’autre option (davantage « cerveau droit » pour reprendre ta terminologie), ce domaine est — comme dit Latouche en reprenant la formule de Polanyi — « réenchâssé » dans le social et n’est donc pas une « science à part » (à prétention dedomination).

    Peut-être est-ce la complexité d’un système « réenchâssé » — donc l’impossibilité de le conceptualiser totalement, de le cerner et maîtriser intellectuellement — qui engendre la dimension de « nature », de « miracle » et de « foi » à laquelle tu fais allusion.

    Et c’est ce qui fait peur à l’occidental : faire confiance à ce qu’on ne contrôle pas.

    juillet 18, 2009 à 10 h 47 min

  9. Isidore

    Je souscris assez bien à cette manière de voir, d’autant plus qu’étant un pratiquant assidu de cette conception non-productiviste et providentielle de l’économie, j’en connais aussi les avantages et les exigences pratiques: le jardin de la Providence a besoin aussi de soins réguliers et soutenus. Et ça se cultive aussi la faculté de faire confiance et de ne pas vouloir tout contrôler…

    juillet 18, 2009 à 11 h 13 min

  10. 120

    Ecrit par Serge Latouche :

    […] Les réussites relatives de la débrouille africaine ne s’inscrivvent pas, en effet, dans le paradigme occidental du développement et de l’économie. Les performances « économiques » africaines ne peuvent en aucun cas constituer un modèle de développement alternatif. Elles offrent peu de recettes transposables pour remédier aux défaillances des économies et des sociétés du Nord. Elles tiennent à une sortie de l’économisme ou au réenchâssement de l’économie dans le sociel. Il convient de parler de société vernaculaire bien plus que d’économie informelle. L’esprit du don et les logiques de réciprocité expliquent le miracle de cette réussite relativve, hors économie. L’économie et le développement sont même des concepts ethnocentriques qui ne correspondent ni à l’interprétation des pratiques de la débrouille, ni à l’imaginaire africain. Avant le contact avec l’Occident, le concept de développement était tout à fait absent. Dans la plupart des sociétés africaines, le mot même de développement n’a aucun équivalent dans la langue locale. Selon Gilbert Rist : « Les Bubi de Guinée équatoriale utilisent un terme qui signifie à la fois croître et mourir, et les Rwandais construisent le développement à partir d’un verbe qui signifie marcher, se déplacer, sans qu’auncune directionnalité particulière ne soit incluse dans la notion ». « Cette lacune, poursuit-il, n’a rien d’étonnant ; elle indique simplement que d’autres sociétés ne considèrent pas que leur reproduction soit dépendante d’une accumulation continue de savoirs et de biens censés rendre l’avenir meilleur que le passé. » Ainsi, en Wolof on a tenté de trouver l’équivalent du développement dans un mot qui signifie « la voix du chef ». Les Camerounais de langue Eon sont plus explicites encore. Ils parlent du « rêve du blanc ». […]

    Cette absence de mots pour le dire est un indice, mais il ne suffirait pas à lui seul à prouver l’absence de toute vision développementiste et économiste. Seulement, les valeurs sur lesquelles reposent le développement, et tout particulièrement le progrès, ne correspondent pas du tout à des aspirations africaines profondes. Ces valeurs sont liées à l’histoire de l’Occident, elles n’ont probablement aucun sens pour les autres sociétés.

    En ce qu concerne l’Afrique noire, les anthropologues ont remarqué que la perception du temps est caractérisée par une nette orientation vers le passé. « Les Sara du Tchad estiment que ce qui se trouve derrière leurs yeux et qu’ils ne peuvent pas voir, c’est l’avenir, tandis que le passé se trouve devant, puisqu’il est connu ». L’auteur ajoute : « On aurait mauvaise grâce à contester la logique d’une telle représentation. » Andrzej Zajaczkowski fait une observation analogue pour les Kikuyu. Il semble que cela soit assez général et pas seulement en Afrique ; mais, pour ne pas manquer de pertinence, cette représentation ne facilite pas l’appréhension d’une notion telle que le progrès pourtant essentiel à l’imaginaire du développement.

    A cela il faudrait ajouter l’absence générale de la croyance dans la maîtrise de la nature dans les sociétés animistes. Si le python est mon ancêtre, comme pensent les Achantis, à moins que ce ne soit le crocodile, comme pour les Bakongo, difficile de faire des ceintures et des portefeuilles avec leur peau. Si les forêts sont sacrées comment les exploiter rationnellement ?

    (ibidem)

    juillet 19, 2009 à 10 h 55 min

  11. Le dernier paragraphe de l’extrait cité est à relier (du moins dans mon esprit) à la réflexion esquissée suite aux travaux de Descola (relayés par Serres) :
    http://www.partiprehistorique.fr/2009/06/11/couper-lhumain-en-quatre/

    juillet 19, 2009 à 11 h 06 min

  12. Isidore

    A la lumière de ma propre expérience, J’en viens actuellement à me demander s’il est possible de concilier le mode d’existence urbain progressiste occidental et tout autre mode « post moderne » moins farouchement antithétique à la nature.

    En effet la tension intérieure entre ces deux modes de réalité étant tellement forte , je me demande parfois si le point de rupture et d’éclatement intérieur ne va pas être atteint.

    En tout cas vivre au coeur de Paris et partager l’existence et les préoccupations de ceux qui y vivent en permanence ne va pas de soi lorsqu’on expérimente en même temps une forme d’existence radicalement différente en pleine campagne , en compagnie d’animaux, de plantes à cultiver et de personnes qui se préoccupent d’avantage de la terre et de la nature. Il s’agit de deux mondes parallèles qui ont bien du mal à se voir et se comprendre, malheureusement. Et ce conflit, je le vis à l’intérieur de moi-même avec une tentation violente de rejoindre la réalité progressiste et urbaine dominante et d’envoyer valser cette marginalité écolo. Mais je sais aussi combien cette tentation est illusoire. Et lorsqu’on touche à la « culture », le conflit prend alors une ampleur phénomènale qui génère des affontements vraiment violents… extérieurement et intérieurement, forcément. Quelle solution ? Je ne sais pas…

    juillet 19, 2009 à 12 h 25 min

  13. Pascale

    Ai lu cet article dans le Courrier International : La femme qui sait parler aux indiens du Brésil:

    http://www.courrierinternational.com/article/2009/07/03/la-femme-qui-savait-parler-aux-indiens

    juillet 19, 2009 à 23 h 29 min

  14. Depuis le passage de Nicolas Hulot chez eux, l’été dernier, ces pauvres Zo’és ont été « TF1-isés ».
    Pour preuve, ce joli clip : http://www.youtube.com/watch?v=FUPh2SQXOYY

    Il n’empêche…
    Quand l’idéologie « moderne progressiste » dominait (et espérait encore des lendemains qui chantent), ces peuples faisaient plutôt figure de « repoussoirs ».
    Qu’on en fasse désormais des clips « Paradis perdu » me semble une des marques du changement de paradigme que nous sommes en train de vivre.

    juillet 20, 2009 à 8 h 22 min

  15. Vite, envoyons-leur une ONG spécialement créée pour eux (et un peu en mal de bonne cause à défendre et de peuple à sauver) : L’Arche de Zo’é !

    juillet 20, 2009 à 8 h 24 min

  16. La tension entre deux pulsions contradictoires peut en effet être tout autant stimulante qu’accablante. Question de fatigue, sans doute. Nietzsche évoquait la dose de vérité que chacun était capable de supporter. On peut en dire autant de la « dose de conflit ».

    Il faut dire que tu as mis la barre sacrément haute : entre Paris et ton petit village de Picardie, tu fais en effet un « grand écart » qui demande une souplesse dont je me sens pour ma part bien incapable. En optant pour la vie dans une petite capitale régionale, j’ai d’ailleurs, en quelque sorte, baissé le niveau de la tension à un niveau qui me semble plus « supportable ».

    Mais, faut-il voir dans cette option une « solution » ? N’est-il pas plus stimulant de trouver des « problématisations  » que des « solutions » ?
    😉

    juillet 20, 2009 à 8 h 39 min

  17. Entendu (par la voix de Michael Lonsdale) dans un documentaire animalier :
    « L’Afrique sait regarder en arrière, sans se retourner. »

    juillet 20, 2009 à 11 h 15 min

  18. 120

    Ecrit par Serge Latouche :

    […] La raison économique peut être jugée « déraisonnable » pour au moins cinq motifs :
    – Elle repose sur une confusion de la fin et des moyens, ou plutôt supprime toute fin.
    – Les objectifs qu’elle se fixe sont, eux aussi, sans fin, et de ce fait, vides.
    – Elle propose une homogénéisation impossible de la diversité du monde.
    – Elle postule l’existence d’un sujet porteur de la raison tout à fait problématique.
    – Enfin, elle implique une passion pour elle-même qui n’a pas son fondement en elle-même.

    (ibidem)

    juillet 20, 2009 à 11 h 18 min

  19. Il me plaît vraiment bien, ce Latouche.
    Son approche « africaine », en tout cas, me réconcilie quelque eu avec la mouvance « décroissante » qui a, sinon, souvent tendance à m’agacer (sûrement cette « envie d’envoyer valser » à laquelle tu faisais allusion, Isidore, à propos des écolos)

    juillet 20, 2009 à 11 h 22 min

  20. Et bien sûr, cet amour soudain n’a rien à voir avec le fait qu’il ait évoqué son « regretté ami Jean Baudrillard » dans l’ouvrage que ne cesse de citer 120, n’est-ce pas ?

    juillet 20, 2009 à 11 h 25 min

  21. Heu… J’avoue que ça m’a conforté.
    (On a, chacun, les « communautés inavouables » qu’on peut 😉 )

    juillet 20, 2009 à 11 h 28 min

  22. Isidore

    Quant aux « peuples premiers », je ne pense justement pas qu’on ait changé de paradigme. On a trouvé une manière bien plus efficace et redoutable pour les faire disparaître (et avec eux la menace symbolique qu’ils représentaient): à savoir, les transformer en spectacle (comme on le faisait déjà au XIXème siècle en les exhibant tels des bêtes sauvages dans des foires) et en les enfermant définitivement dans des réserves et des espaces protégés tout en fabriquant une fable médiatique destinée à les déréaliser aux yeux d’un public ému.

    Cette situation signe la fin de leur existence en tant qu’interlocuteurs humains, en tant que véritable Autre, puisque ainsi ils ne représentent plus aucune menace à l’ordre établi et peuvent continuer à vivre et à se reproduire d’une manière parfaitement inoffensive en dehors de » La Civilisation ». Celle-ci se donne d’ailleurs le devoir de les protéger comme vestige encore visible et spectaculaire de son lointain passé… Quelle farce et quelle sinistre illusion !!!

    On va s’apercevoir que tous ceux qui auront eu le malheur d’être pris dans les rets du spectacle vont mourir progressivement, soit volontairement et consciemment comme certains peuples ont déjà décidé de le faire (certains Aborigènes d’Australie, il me semble), soit en sombrant dans l’alcool, la drogue et l’argent. Il n’y a pas d’autre issue pour ces peuples, une fois l’incognito de la vie sauvage disparu, que celle de se confronter à notre civilisation et d’inventer une solution pour exister. Que les meilleurs gagnent ! Mais ce n’est pas gagné… et on en est tous plus ou moins là: leur défi c’est aussi notre défi, et c’est le défi tout court de la survie de l’humanité.

    juillet 20, 2009 à 20 h 27 min

  23. Pascale

    Rien à voir mais c’est trop drôle!

    Quand le journaliste, confondu de jalousie, emporté par la colère, nivellé par la base, ne sait plus quoi tuer et descend aussi bas que sa proie. On dirait l’hôpital qui se fout de la charité: http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/pierre-jourde/20090720/13880/enfin-lalanne-vint

    Quand aura-t-on en France des hommes de la trempe et de la classe d’un Bernard Frank, par exemple, ça manque cruellement dans nos colonnes!

    juillet 21, 2009 à 8 h 49 min

  24. Isidore

    J’ai eu deux fois l’occasion d’être en contact avec cette question des peuples premiers.

    La première c’est en rencontrant l’association Tchendukua, lors d’une conférence animée par son fondateur Éric Julien, géographe, et 3 représentants du peuple Kogi. L’ association a pour but d’aider ce peuple colombien à racheter peu à peu ses terres ancestrales spoliées progressivement par l’agrobusiness. La présence de ces interlocuteurs Kogis et tout ce qu’ils étaient amenés à dire m’avaient paru particulièrement intéressants pour sortir des clichés de la fable médiatique qui tend à les enfermer dans un rôle décoratif inepte. On sentait d’autre part un engagement authentique d’Éric Julien et de l’association pour mener à bien ce qui était devenu un véritable combat. Il faut dire qu’Éric Julien avait une dette à leur égard depuis qu’il avait eu la vie sauve grâce aux soins prodigués par cette tribu lors d’un périple dans leur territoire. Pour plus d’informations:
    http://www.tchendukua.com/index.php?option=com_content&view=article&id=46&Itemid=5

    La seconde c’est en découvrant le documentaire réalisé par un ami sur le peuple guyanais, les Wayanas. Ils vivent au fin fond de l’Amazonie de chasse et de cueillette comme ils l’ont toujours fait… sauf qu’ils sont désormais français, que les enfants suivent l’enseignement primaire dans leur villages et partent au collège à quelques jours de pirogue dès l’adolescence, qu’ils se retrouvent à cheval sur deux cultures et que la plupart perdent la boule. Il est édifiant de voir ces images de jeunes gens partageant la vie de leurs aînés, mais avec un mp3 sur l’oreille et en se gavant de DVD pornos et de mauvaises bières… Il est encore plus intéressant de découvrir quelques personnages étonnants comme ce jeune homme finissant sa formation d’instituteur pour aller enseigner au sein de sa propre tribu avec la maturité et la détermination de celui qui a compris la menace qui plane sur la survie de son peuple et qui décide de relever le défi. Ou alors ce vieillard dont le profond silence enveloppé du chant de la nature devient plus éloquent que tout autre commentaire.
    http://nicolas.blog.lemonde.fr/2008/07/07/wayanas-amerindiens-de-guyane/
    http://danslapeaudunpapou.survivalfrance.org/journal/fichewayana.html

    juillet 21, 2009 à 9 h 38 min

  25. Je ne suis pas sûr d’avoir bien compris, Pascale : tu n’apprécies pas Jourde, c’est bien ça ? Qui n’est, selon toi, pas plus écrivain que bon critique ?

    juillet 21, 2009 à 13 h 29 min

  26. Ben oui… Bernard Frank aurait su apprécier, lui, les hautes qualités littéraires de Francis Lalanne !
    😉

    juillet 21, 2009 à 13 h 30 min

  27. Pascale

    Jourde écrivain était à lire. Jourde scribouillard, mauvais critique, jaloux, coléreux, détenteur de LA vérité, qui tient des brèves de comptoir (avec étalage de références inutiles) le discréditant en tant qu’auteur – car c’est non seulement mal écrit mais tellement nulle comme démarche – devrait se calmer. Tu n’as jamais lu Bernard Franck dans les colonnes du Monde ? ce que tu manques! ça c’était de la haute voltige dans la critique assassine, c’était fin, subtil élégant, bien écrit, intelligent. Tout l’inverse, quoi.

    juillet 21, 2009 à 17 h 14 min

  28. Sans doute a-t-il simplement voulu soutenir son copain Nalleau — qui s’est fait un peu le spécialiste de la mise en spectacle de la critique « punk » (notamment avec ce même Lalanne).
    Voir : http://www.youtube.com/watch?v=7RzK2mpjnUY

    Après, j’admets bien volontiers qu’on peut ne pas trop apprécier ces « manières » et préférer les attaques plus subtiles (type « frankistes » que je ne manquerais pas de conssulter à l’occas) mais alors peut-être faut-il éviter de faire avec eux ce qu’on leur reproche de faire aux autres, non ?
    😉

    juillet 21, 2009 à 19 h 00 min

  29. Pascale

    Parce que tu trouves que je n’argumente pas et que j’écris aussi mal que lui quand j’écris un papier public lu par des millions de personnes ? Bon, je sors ;-). Là, c’est entre nous, ça ne va pas plus loin. Lui, son intention est toute autre.

    Naulleau, bonnet blanc et blanc bonnet.

    juillet 21, 2009 à 19 h 06 min

  30. Moi je ne trouve pas qu’il écrive mal (mais bon, j’admets ne pas avoir des des critères d’analyse très pointus).

    Sinon, je n’ai pas souvenir d’avoir lu sous ta plume des critiques « négatives ». J’ai même comme à l’idée que ce n’est pas ton truc. Que tu as notamment d’autres choses à faire que consacrer du temps — et de l’encre — à ce qui ne te plaît pas (alors qu’il y a tant de choses que tu aimes et as envie de faire connaître). Je me trompe ?

    Quant aux intentions des gens…

    Mais bon, je suis prêt à admettre, sans souci, qu’on peut formuler des critiques avec plus de finesse et d’esprit. Plus de sournoiserie aussi. Les attaques de front ont, à mon sens, plutôt tendance à renforcer l’ennemi.

    Mais ça ne me gêne pas (et m’amuse même plutôt quand j’en suis spectateur) que certains préfèrent jouer les « guerriers ».

    juillet 21, 2009 à 23 h 17 min

  31. T’as envie de critiquer les bouquins de Lalanne, toi ?

    juillet 21, 2009 à 23 h 26 min

  32. Pascale

    Je n’ai aucune envie de critiquer les bouquins de Lalane car je n’écris, en effet, que sur ce qui me plaît. Ce que je veux dire pour en revenir à l’article de Jourde, c’est que ça vole vraiment bas, on dirait le genre d’agression que l’on entend dans les bars, sans aucun discernement ni recul tout l’inverse de ce qu’on attend d’un écrivain. Et Jourde s’estime au-dessus de tout le monde, alors qu’il nous prouve qu’il ne vaut pas grand chose dans ce domaine-là. Je trouve dommage qu’il ne maîtrise pas ses impulsions, ça le dessert. Il est bien meilleur lorsqu’il n’écrit pas sur le vif, en colère; il est bien meilleur lorsqu’il prend une défense littéraire que lorsqu’il attaque comme un buldozer. Je peux t’assurer que ce papier sur Lalane a beaucoup fait rire dans le milieu littéraire, mais rire jaune: la critique littéraire serait donc tombée si bas ?

    juillet 22, 2009 à 0 h 04 min

  33. Qu’une partie d’entre elle veuille — pour de bonnes ou mauvaises raisons — « participer au spectacle » n’empêche pas l’autre de s’en tenir — pour de tout aussi bonnes ou mauvaises raisons — éloigné.
    Je ne vois pas en quoi la critique littéraire serait le seul domaine qui ne soit pas en partie compromis avec la « société du spectacle ».
    Enfin bref…

    juillet 22, 2009 à 10 h 44 min

  34. Cette évocation du « spectacle » va peut-être être l’occasion de faire le lien avec les commentaires 22 et 24 d’Isidore. 😉

    juillet 22, 2009 à 10 h 48 min

  35. Pascale

    Ce n’est pas ce que je dis… lorsqu’il s’agit du spectacle, on n’est plus dans le domaine littéraire, c’est là toute l’ambiguité du problème.
    Et je n’ai rien contre les guerriers, quand ils me font rire, mais pour me faire rire, il faut être intelligent. Tu vas peut-être me trouver snob ou prétentieuse mais sincèrement je pense qu’une bonne bagarre c’est quand on essaie pas de niveller le débat mais de l’élever. Là, Jourde, il s’est mis au niveau de Lalane, il éructe sur le plancher des vaches, meugle, mais sans humour. Donc, ça ne passe pas. Enfin, chacun lit comme il veut…

    juillet 22, 2009 à 10 h 48 min

  36. Isidore

    « Il éructe sur le plancher des vaches »: sans vouloir le moins du monde t’offenser, Pascale, on est bien là exactement au coeur du conflit insoluble qui ronge notre civilisation finissante.

    En effet le réflexe d’associer ce qui fait référence à notre ancienne culture paysanne avec tout ce qui peut être bas, grossier, brutal, sans intelligence, primaire, etc., reflète exactement les a-prioris ineptes et la haine féroce de la culture urbaine progressiste et dominante vis à vis de cette ancienne culture paysanne encore très proche, dans sa relation avec la nature, de ce qui fonde les cultures « préhistoriques ».

    C’est bien le drame de la maturation d’une vraie pensée « écolo ». Le divorce est tellement profond entre notre élite intellectuelle et les héritiers de cette culture paysanne que toute tentative d’élever le débat se heurte au mépris hautain de la gente « cultivée »… et aussi au rejet épidermique de ses adversaires. Il faudrait qu’un véritable dialogue parvienne enfin à naître, et surtout qu’une écoute réciproque (autant d’un côté que de l’autre bien entendu) existe pour qu’une pensée post-moderne, solide et enracinée parvienne enfin à émerger. On en est malheureusement très loin, à mon avis.

    juillet 22, 2009 à 11 h 21 min

  37. T’inquiète, Craô, je ne les ai pas oubliés les deux commentaires d’Isidore.

    « Que les meilleurs gagnent ! » dit-il à la fin du 22. Mon idée (celle du moins que je souhaitais développer dans cet article) est que ce n’est justement peut-être pas ceux qu’on croit qui ont, en fin de compte, les meilleures chances de « gagner » (à supposer que ce soit le bon terme).

    Quant à savoir quelle est la meilleure attitude à avoir à leur égard — conserver des liens ou les couper — je ne sais trop quoi dire. J’ai, pour ma part, tendance à me méfier des « bonnes volontés » affichées qui cherchent à aider (sous prétexte qu’elles ont une dette, réelle ou symbolique, à rembourser) car c’est souvent en cherchant à faire l’ange… Mais bon, j’exprime là davantage un tempérament personnel qu’une vérité assurée.

    Je me contenterai de prôner, quelle que soit l’option prise, simplement un peu moins d’arrogance, d’assurance, de certitude de représenter et d’apporter le « Bien » — bref un peu plus d’humilité (la maladie occidentale étant assurément le complexe de supériorité).

    Et advienne ensuite que pourra…

    juillet 22, 2009 à 11 h 23 min

  38. Pascale

    Isidore: il y a méprise. Je respecte infiniment les vaches, plus que les vomissements de certains humains!

    juillet 22, 2009 à 11 h 25 min

  39. Meeeeeeeeeeuuuuuh !

    juillet 22, 2009 à 11 h 30 min

  40. Ourko ?
    Ta gueule !

    juillet 22, 2009 à 11 h 34 min

  41. 120

    Ecrit par Jean-Marie Gourio :

    Les Indiens, dès qu’ils ont plus porté de plumes, y se sont mis à picoler !
    — C’est pour ça qu’on porte pas de plumes, nous…

    (Brèves de comptoir, Tome 1, Michel Lafon, 1992)

    juillet 22, 2009 à 11 h 37 min

  42. 120

    Ecrit par Jean-Marie Gourio :

    Les Indiens savaient pas boire…

    (Brèves de comptoir, Tome 2, Michel Lafon, 1993)

    juillet 22, 2009 à 11 h 45 min

  43. Isidore

    Pour aller un peu plus loin, je peux te dire que parmi ces héritiers de notre culture paysanne (qui était d’abord une culture du paysage, ne l’oublions pas; ce que tous les impressionnistes ont su percevoir et exprimer en culture savante), il n’y a ni moins ni plus d’intelligence, de finesse, d’humanité, de vulgarité ou de méchanceté qu’au sein de la gente qui tient le pouvoir culturel actuel. Connaissant assez bien les deux univers ceci me paraît d’une évidence consternante que le simple bon sens suffit à étayer de surcroît.

    Je pense d’autre part qu’il ne peut exister de grande culture sans un dialogue fécond entre « le haut et le bas », cette pyramide ne désignant jamais qu’une hiérarchie sociale en rapport avec l’exercice du pouvoir, ce qui n’a pas beaucoup à voir avec la profondeur et la valeur humaine inhérente, tu en conviendras.

    Nous avons encore la chance de vivre dans la résonance d’une période très riche de la culture européenne? Mais malheureusement nous avons épuisé le filon sans avoir su lui donner un nouveau rayonnement. Forcément, tant que ce dialogue essentiel est rompu, il ne peut en être autrement.

    Mais comment le rétablir ? je l’ignore et je crois ceci particulièrement difficile du fait des remises en questions déchirantes qu’il ferait surgir forcément quant au modèle de société dominant qu’on est loin de vouloir remettre en question ni de vouloir voir abandonner dans sa volonté hégémonique. Et ce n’est pas Obama qui me contredira. Alors continuons d’aller droit dans le mur. Une fois de plus la fatalité gouvernera les affaires humaines. Mais peut-il en être autrement, après tout ? Nous n’avons sans doute guère prise sur le destin de notre humanité… Mais quand même je ne me résigne pas à cette idée trop fataliste à mon goût.

    juillet 22, 2009 à 11 h 55 min

  44. Pascale

    Isidore, est-ce à moi que tu t’adresse particulièrement ? Tu prêches une convertie et je pense qu’on s’égare, en tout cas par rapport à ce que je disais à Vincent. Dire que ce qu’écrit Lalane est de la littérature, et donc que le paier de Jourde est une critique littéraire, je ne le pense pas. C’est tout. ce qui ne veut en aucun cas dire que ce qu’écrivent les gens d’en-bas n’est pas littérature. Le débat a lieu que lorsqu’il y a dialogue. En l’occurence, entre ces deux compères, il n’y a que guerre, sans ouverture à quelque écoute.

    juillet 22, 2009 à 12 h 01 min

  45. Pascale, remplace juste « il éructe sur le plancher des vaches, meugle, mais sans humour » par « il éructe au ras du bitume (ou de a moquette), braille, mais sans humour » et tu verras qu’Isidore retrouvera son flegme légendaire.
    😉

    juillet 22, 2009 à 12 h 07 min

  46. Je sais bien que tu ne t’opposes pas du tout à ce que je dis, Pascale, et loin de moi l’idée d’imaginer quoique ce soit à ce sujet. Je profitais bêtement de l’occasion pour asséner quelques uns de mes prêchis-prêchas favoris… et continuer de développer le sujet de l’article.

    juillet 22, 2009 à 12 h 10 min

  47. 120

    Ecrit par Frédéric Dard :

    Une vache, ça quoi ? Ca bouffe, ça chie, ça fait des veaux et ça donne du lait. Un point, that’s all ! Ah ! si : ça rumine. Mais pas des souvenirs, pas des pensées, pas des projets : de l’herbe ! Ce qui revient à dire qu’elle bouffe deux fois au lieu de réfléchir. On devrait prendre exemple, les hommes.

    (San Antonio, cité dans Je hais les animaux de Eric Momus, éditions du Rocher, 2007))

    juillet 22, 2009 à 12 h 15 min

  48. Un de ces quatre, un article sur la « bêtise » (qui n’est peut-être pas toujours si inintelligente qu’on veut bien le croire), ça vous dit ?

    juillet 22, 2009 à 12 h 17 min

  49. Et puis, tout prochainement, un article sur « Préhistoire et… littérature » !

    juillet 22, 2009 à 12 h 21 min

  50. Isidore

    Pas trop vite, Vincent, je n’ai même pas encore pondu mon chapitre 2 d' »une révolution tranquille »… Mais OK pour la bêtise, on risque tous d’exceller sur ce sujet… et sans faire d’effort.

    juillet 22, 2009 à 12 h 22 min

  51. Heu… Dans lequel des deux on pourra continuer de discuter de Jourde et Lalanne ?

    juillet 22, 2009 à 12 h 22 min

  52. Voir commentaire 41

    juillet 22, 2009 à 12 h 23 min

  53. Isidore

    Traduction: « T’es con ou t’as des vers ? »

    juillet 22, 2009 à 12 h 25 min

  54. Petite info : ce week-end, nous partons pour 3 semaines loin de toute connection.

    juillet 22, 2009 à 12 h 25 min

  55. Pascale

    Un très beau passage à lire sur les vaches, de Georges Picard, dans « Le vagabond approximatif ». Regard drôle et plein d’amour d’un intellectuel sur les vaches.

    juillet 22, 2009 à 12 h 27 min

  56. Isidore

    Remarque ça me dit bien personnellement de parler de ces deux zigotos, d’autant plus que je ne connais ni l’un ni l’autre… C’est un avantage évident dans la discussion.

    juillet 22, 2009 à 12 h 28 min

  57. Isidore

    Bon ben j’attendrai votre retour avant de lancer le prochain article. Un peu de vacances ne fera pas de mal au blog. Et Yatsé, et Amélie, ils sont malades ? La grippe porcine, sans doute ? Vous rigolez, mais je viens de passer trois semaines ratatiné par une grippe. laquelle ? Je l’ignore. Mais finalement ça fait du bien une petite grippe de temps en temps. Ca permet de tout relâcher et de faire une cure de repos. Vive la grippe !!!

    juillet 22, 2009 à 12 h 34 min

  58. Pour les deux zigotos.
    J’ai tendance à les penser ainsi : la société du spectacle fonctionne en saturant toutes les « niches médiatiques ». Il y en avait une de libre (celle de la critique hargneuse contre « ce qui se vend » et se fait passer pour de la littérature). Ils l’ont donc prise, par opportunisme sans doute, tempérament aussi sûrement, et y font ce qu’ils peuvent (jonglant entre leurs limites et celles du genre).
    Tant mieux pour eux s’ils y trouvent leur compte.
    Et tant mieux pour nous qui ne souhaitons pas prendre leur place !

    juillet 22, 2009 à 13 h 20 min

  59. Une petite histoire savoureuse, en passant, sur l’innocente barbarie occidentale envers les autres cultures, extraite de Le rire de la grenouille, Petit traité de philosophie artisanale de Henri Gougaud (Carnets Nord, 2008) :

    […] « Je m’en tiens donc, faute de mieux, à ce mot vieillot [NDLR : la politesse], endormi qu’a réveillé pour moi, il y a quelques années, un ami africain.

    Il venait de me raconter en riant abondamment comment, avec la complicité de son père et de son oncle, il avait mystifié un ethnologue français en visite dans son village. Aux questions de ce chercheur probablement respectable les trois hommes avaient répondu je ne sais quel chapelet de sottises et d’invention saugrenues. Je lui dis que je n’étais pas d’accord, que leur visiteur n’avait eu d’autre intention que d’étudier et de faire connaître les coutumes de son peuple, ce qui me semblait tout à fait honorable. Il reprit d’un coup son sérieux et laissa tomber de son haut : « Il n’a pas été poli. » Et comme je lui demandais de m’expliquer pourquoi : « Il est arrivé chez nous comme dans une boutique avec son barda, son carnet. Il a pris des photos sans rien dire à personne, puis il s’est mis à poser des questions, à prendre des notes. » « Bon, lui dis-je, mais il ne vous a pas insultés, il ne s’est pas moqué, il a manifesté de l’intérêt pour vous. En quoi a-t-il été impoli ? » « Quand tu as quelque chose à demander à quelqu’un, m’a répondu gravement mon ami, qu’est-ec que tu fais ? Tu frappes à sa porte, d’abord. Tu attends qu’on te dise d’entrer, tu donnes le bouquet de fleurs à la maîtresse de maison, parce que tu as porté au moins un bouquet de fleurs, si ce que tu viens chercher est important pour toi. Puis tu attends que l’on te dise de t’asseoir, et tu prends le temps de faire connaissance. C’est ce que j’appelle être poli. » Il sourit à nouveau, amplement. Il me dit encore : « Toi qui connais tant de contes, tu dois bien savoir cela, non ? »

    C’est ce jour-là que j’ai pris conscience de notre innocente barbarie. Innocente, car nous ne nous rendons pas compte, nous ne faisons pas exprès d’être comme nous sommes. Et en effet combien de contes, partout dans le monde, ne cessent de nous dire l’importance de cette politesse-là ! Jusqu’à ce jour, j’étais passé à côté d’eux distraitement, sans rien entendre de leur musique, parce que je croyais les connaître. En vérité, je ne percevais d’eux que les caricatures qu’en avaient fait les mornes moralisateurs de mon enfance.

    juillet 22, 2009 à 14 h 21 min

  60. La « politesse » : c’est peut-être le lien (indiscernable au départ) entre les deux zigotos et le sujet de départ. 😉

    juillet 22, 2009 à 14 h 23 min

  61. Pascale

    J’aime beaucoup ce conte, la politesse fait partie intégrante de mon édcation, je n’y suis pour rien. Et c’est en gros ma réponse à toutes les agressions que je reçois via mon site. Je n’ai que très peu de retours ensuite, parfois, et rarement, un « pardon d’avoir été impoli mais je pensais que mon livre vous intéressait ». Depuis quand les gens savent ce que je désire, sans me connaître, sans me dire bonjour ni m’apporter des fleurs, alors que je ne leur demande absolument rien ;-).

    juillet 22, 2009 à 14 h 45 min

  62. Le problème de la politesse est que, même si l’intention reste l’attention portée à l’autre, ses règles ne sont pas forcément les mêmes (surtout entre cultures différentes).
    Rien n’est plus déstabilisant que de paraître impoli alors qu’on tentait de l’être !
    Et que faire quand on prend conscience qu’on est, quoiqu’on tente de faire pour l’éviter, par « nature » (ou plutôt « culture ») un « innocent barbare » ?

    juillet 22, 2009 à 15 h 24 min

  63. Pascale

    Que faire ? Prendre des cours de « culture »! Jean-Luc t’en a peut-être parlé mais c’est le gros souci dans les sociétés internationales qui travaillent à l’export: le choc des cultures. Combien de contrats n’ont pas été signé à cause de ce manque de « politesse », donc de connaissance des coutumes de l’autre, et non à cause du produit ou projet désiré qui correspond parfaitement à la demande. Le monde est complexe, ce qui le rend passionnant!

    juillet 22, 2009 à 15 h 37 min

  64. 120

    Ecrit par André Comte-Sponville :

    POLITESSE

    « Après vous. » Dans cette formule de politesse, Lévinas voyait l’essentiel de la morale. On comprend pourquoi : c’est refuser l’égoïsme et court-circuiter la violence par le respect. Toutefois ce n’est que politesse : l’égoïsme reste inentamé, le respect, presque toujours, n’est que feint. Peu importe. La violence n’en est pas moins évitée, ou plutôt elle ne l’est que mieux (s’il fallait respecter vraiment pour la faire disparaître, quelle violence presque partout !). C’est dire, sur la politesse, l’essentiel : qu’elle n’est pas une vartu mais qu’elle en a l’apparence, et qu’elle est pour cela aussi socialement nécessaire qu’individuellement insuffisante. Efficacité de l’apparence. Etre poli, c’est agir comme si l’on était vertueux : c’est faire semblant de respecter (« pardon », « s’il vous plaît », « je vous en prie »…), de s’intéresser (« Comment allez-vous ? »), de ressentir de la gratitude (« merci »), de la compassion (« mes condoléances »), de la miséricorde (« ce n’est rien »), voire d’être généreux ou désintéressé (« après vous »)… Ce n’est pas inutile. Ce n’est pas rien. C’est ainsi que les enfants ont une chance de devenir vertueux, en imitant les vertus qu’ils n’ont pas. Et que les adultes peuvent se faire pardonner de l’être si peu.

    L’étymologie rapproche la politesse de la politique. Non sans raison : c’est l’art de vivre ensemble, mais en soignant les apparences plutôt que les rapports de forces, en multipliant les parades plutôt que les compromis, enfin en surmontant l’égoïsme par les manières plutôt que par le droit ou la justice. C’est « l’art des signes », disait Alain, et comme une grammaire de la vie intersubjective. L’intention n’y fait rien ; l’usage y est tout. On aurait tort d’en être dupe, mais plus encore de prétendre s’en passer. Ce n’est qu’un semblant de vertu, moralement sans valeur, socialement sans prix.

    (Dictionnaire philosophique, PUF, 2001)

    juillet 22, 2009 à 15 h 46 min

  65. Peu importe ce qu’en disent les Jourde & Nalleau (et autres Bernard Frank), moi je l’apprécie vraiment, André Comte-Sponville, quand il développe ce réalisme plein de justesse et de bon sens.

    juillet 22, 2009 à 15 h 50 min

  66. Comte-Sponville : le Lalanne de la philosophie ! 😉

    juillet 22, 2009 à 15 h 51 min

  67. Allez hop ! Retour à la case 41.
    (sans toucher les 20 000)

    juillet 22, 2009 à 15 h 53 min

  68. Pascale

    Comte-Sponville : oui, clichés habituels qu’il fait bien de redire mais réducteur. c’est plus que ça la politesse, pas seulement « faire semblant ».

    juillet 22, 2009 à 15 h 56 min

  69. Ben moi j’crois que si.
    En bon réaliste (cad « anti-idéaliste »), je pense que c’est à force de répéter les gestes et les phrases qui font « comme si » on prêtait attention à l’autre qu’on finit par prendre un petit peu conscience qu’il existe.
    De la même façon que c’est à force de dire « je » que se crée l’esquisse d’un « moi », à force de s’agenouiller pour prier qu’on fait venir la foi, etc.

    juillet 22, 2009 à 18 h 55 min

  70. Méfie-toi, Vincent, à force de dire des conneries…

    juillet 22, 2009 à 18 h 56 min

  71. Une question me taraude avec cette discussion : peut-on dire que les « peuples premiers » sont « polis » avec les autres peuples ?
    Il me semble que non… et ça m’interpelle sur el statut à accorder à la politesse.

    juillet 22, 2009 à 18 h 57 min

  72. Il y a un texte de Clastres que 120 a souvent cité sur le sujet : l’état de guerre nécessaire au « système primitif » (notamment pour consolider sa cohésion).

    Le fantasme moderne de l’Humanité réconciliée, enfin en paix (bref la réalisation du Bien sur Terre) leur est semble-t-il totalement étranger.

    N’ont-ils pas raison de considérer que nous ne disposons que d’une quantité limitée de « respect pour autrui » et que, plutôt que d’en attribuer une dose infime équitablement à tout le monde, il est plus sage d’en consacrer le meilleur à notre « tribu » (le cercle intime de nos affinités électives) ???

    juillet 22, 2009 à 19 h 11 min

  73. Isidore

    Le plus difficile dans la politesse telle que n’en parle pas Comte-Sponville et telle que Pascale semble vouloir l’évoquer, c’est la capacité d’écoute vis-à-vis de l’hôte qui accepte d’accueillir, mais celle aussi vis-à-vis de l’hôte (c’est le même mot) qui se donne à cet accueil. Et c’est la délicate alchimie, entre cette écoute mutuelle et l’échange équilibré qui peut s’ensuivre pour que la rencontre fonctionne, qui peut faire naître cette fameuse et merveilleuse politesse… qui n’est plus alors seulement un « faire semblant ».

    juillet 22, 2009 à 19 h 53 min

  74. Amusant et rassurant, Isidore, de lire ton dernier post quelques après que j’ai mis en ligne ma réflexion sur cette discussion comme billet d’humeur sur mon site (lien ensignature). Nous aboutissons tous deux sur les mêmes idées. Merci!

    (j’ai lu ce livre sur les contes en 2008, quand il est sorti, et c’était en gros la réflexion que j’avais couché dans mes carnets, à l’époque)

    juillet 22, 2009 à 23 h 08 min

  75. Oui, Pascale, c’est vraiment une bonne idée de nous rappeler cette notion de politesse, et aussi combien elle a tendance à être bafouée à longueur de temps dans nos moeurs de plus en plus barbares. Alliée à la courtoisie elle me paraît une discipline salutaire pour nous élever dans les sphères joyeuses de cette belle convivialité qui demeure heureusement encore bien vivante dans notre culture. Merci pour ton billet d’humeur.

    juillet 23, 2009 à 8 h 35 min

  76. Bonjour Messieurs Dames… Vous allez bien ?… Je peux m’asseoir ?… Merci bien… C’est bien aimable… Tenez je vous ai apporté ces petites verroteries qui vous plaisent tant… Cette petite bouteille aussi… Je vous en prie… C’est avec grand plaisir… Sinon, aurais-je l’outrecuidance d’oser solliciter de votre grande bienveillance la permission de vous exproprier votre bout de forêt qui nous intéresse et de vous massacrer sans vous faire trop souffrir ?

    juillet 23, 2009 à 10 h 05 min

  77. juillet 23, 2009 à 10 h 16 min

  78. juillet 23, 2009 à 10 h 22 min

  79. Je n’ai pas trouvé la scène ou le chasseur Bushmen demande poliment « pardon » à la gazelle qu’il vient de tuer mais vous vous en souvenez sans doute.

    juillet 23, 2009 à 10 h 24 min

  80. Les Dieux sont tombés sur la tête : un film « poli » sur un peuple « poli ».
    Limite « gnangnan », quand même, non ?
    Quelqu’un peut-il m’éclairer sur la limite entre le poli et le gnangnan ?

    juillet 23, 2009 à 10 h 27 min

  81. Isidore

    A mon avis la limite entre le « poli » et le « gnangnan », c’est la qualité et la sincérité de l’écoute. Être poli dans le but de mieux manipuler son interlocuteur pour l’amener à ses fins, je n’appelle pas cela de la politesse, bien au contraire. Ton « gnangnan » caractérise à mon avis tout ce qui se rapproche de cette politesse hypocrite, manipulatrice et mensongère: une simple imposture quoi.

    juillet 23, 2009 à 10 h 52 min

  82. 120

    Ecrit par Frédéric Schiffter :

    SUR LE GNANGNAN

    […] J’appelle « gnangnan » ces discours édifiants et lénifiants censés redresser le moral des foules et que tiennent en toute occasion un syndcaliste ou un journaliste, un ministre ou un sportif, un évêque ou une chanteuse, un philosophe ou un comique, et auxquels les maîtres mots de « tolérance », de « respect », de « partage », scandés sur le mode incantatoire, donnent un certificat de moralité. Même le voyou de banlieue prompt à hurler qu’il a « la haine » finit par lâcher avec des trémolos dans la voix que « les hommes doivent s’enrichir de leurs différences » — sans s’aviser que ce fut la devise même des esclavagistes. On ne se mobilise plus pour des idées, mais pour des « valeurs » ; on ne lutte plus pour le peuple, mais pour les « vraies gens » qui ont de « vrais problèmes » dans leur « vraie vie ». L’heure est à l’ « engagement citoyen » — conçu sur le modèle associatif, ou, plus glamour, sur celui des sauveurs sans frontières — au service d’une société plus « solidaire ». Pas une heure de programme télévisé ou radiophonique ne passe sans qu’une vedette de ceci ou de cela, nationale ou internationale, vienne pousser un « cri d’alamre » pour mieux adresser à l’humanité, dans l’instant qui suit, un « message d’espoir » renforcé par un « appel à la responsabilité de tous » — tel, chez nous, le professeur Albert Jacquard, porte-parole des mal-lotis de tout poil et philosophe de proximité. Hier encore, les projecteurs éclairaient l’Intellectuel qui faisait figure de Conscience ; ils éclairent à présent la Conscience qui fait figure d’Intellectuel — preuve qu’il n’y eut jamais de meilleur combustible pour enflammer les Lumières que la mélasse des bon sentiments — et preuve, surtout, que de plus en plus de gens vivent, sans que nul s’en émeuve, en dessous du seuil de pauvreté de l’esprit critique.

    On pourrait m’objecter que la généralisation du gnangnan marque au moins la fin des utopies meurtrières ; et que, dût-on subir en échange le matraquage commercial de la sirupeuse spiritualité du dalaï-lama, de l’hédonisme à l’eau de rose de Michel Onfray ou de la morale prudhommesque d’André Comte-Sponville, mieux vaux des blablas qui invitent les hommes à plus d’humanité que d’autres qui les incitent à changer l’Homme. Sans doute ; sauf que je ne parviens pas à voir en quoi des sagesses visant à rendre les hommes plus humains seraient moins délirantes et plus inoffensives que les entreprises de certains savants qui, par exemple, chercheraient à faire en sorte que les chiens fussent plus canins ou les vaches plus bovines.

    (Le philosophe sans qualités, Flammarion, 2006)

    juillet 23, 2009 à 11 h 02 min

  83. Merci Isi.
    Merci Frédéric.
    (Et excusez-moi, j’avais oublié de dire « s’il vous plaît »)
    😉
    Sinon, Frédéric, t’en penses quoi, toi, de Francis Lalanne… s’il te plaît ?
    🙂

    juillet 23, 2009 à 11 h 07 min

  84. Isidore

    Chacun prend comme il le désire les incantations meurtrières ou empathiques qui peuvent être exprimées ici ou là, avec plus ou moins de maladresse ou de cynisme, certes. Mais je ne suis pas certain que le dénigrement systématique de ces mêmes incantations apporte grand chose de supplémentaire ni soit en mesure de proposer quelque chose de plus fécond. A chacun de trier le bon grain de l’ivraie et de savoir ne pas forcément jeter le bébé avec l’eau du bain… simple question de politesse, en quelque sorte 😉

    juillet 23, 2009 à 11 h 24 min

  85. 120

    Ecrit par André Comte-Sponville :

    (développant davantage sa « morale prudhommesque »)

    La politesse

    La politesse est la première vertu, et l’origine peut-être de toutes. C’est aussi la plus pauvre, la plus superficielle, la plus discutable : est-ce seulement une vertu ? Petite vertu, en tout cas, comme on dit des dames du même nom. La politesse se moque de la morale, et la morale de la politesse. Un nazi poli, qu’est-ce que cela change au nazisme ? Qu’est-ce que cela change à l’horreur ? Rien, bien sûr, et la politesse est bien caractérisée par ce rien. Vertu de pure forme, vertu d’étiquette, vertu d’apparat ! L’apparence, donc, d’une vertu, et l’apparence seulement.

    Si la politesse est une valeur, ce qu’on ne peut nier, c’est une valeur ambiguë, en elle-même insuffisante — elle peut recouvrir le meilleur comme le pire — et à ce titre presque suspecte. Ce travail sur la forme doit cacher quelque chose, mais quoi ? C’est un artifice, et l’on se méfie des artifices. C’est une parure, et l’on se méfie des parures. Diderot évoque quelque part la « politesse insultante » des grands, et il faudrait évoquer aussi celle, obséquieuse ou servile, de bien des petits. On préfèrerait le mépris sans phrases et l’obésissance sans manières.

    Il y a pire. Un salaud poli n’est pas moins ignoble qu’un autre, et peut-être il l’est davantage. Par l’hypocrisie ? C’est douteux, puisque la politesse ne prétend pas à la morale. Le salaud poli serait volontiers cynique, d’ailleurs, et sans manquer pour cela ni à la politesse ni à la méchanceté. Mais alors, pourquoi choque-t-il ? Par le contraste ? Sans doute. Mais point contraste entre l’apparence d’une vertu et son absence (ce que serait l’hypocrisie), puisque notre salaud, par hypothèse, est effectivement poli — au reste, qu’il le paraît l’est suffisamment. Contraste, bien plutôt, entre l’apparence d’une vertu (qui est aussi, dns le cas de la politesse, sa réalité : l’être de la politesse s’épuise tout entier dans son apparaître) et l’absence de toutes les autres, entre l’apparence d’une vertu et la présence de vices, ou plutôt du seul réel, qui est méchanceté. Le contraste, à le considérer isolément, est pourtant davantage esthétique que moral : il expliquerait la surprise plus que l’horreur, l’étonnement plus que la réprobation. S’y ajoute ceci, me semble-t-il, qui est d’ordre éthique ; la politesse rend le méchant plus haïssable parce qu’elle dénote en lui une éducation sans laquelle sa méchanceté, en quelque sorte, serait excusable. Le salaud poli, c’est le contraire d’un fauve, et l’on n’en veut pas aux fauves. C’est le contraire d’un sauvage, et l’on excuse les sauvages. C’est le contraire de la brute épaisse, grossière, inculte, laquelle est effrayante, certes, mais dont on peut au moins expliquer, par l’inculture, la violence native et bornée. […] Comme le sang se voit davantage sur les gants blancs, l’horreur se montre mieux quand elle est policée. Les nazis, à ce qu’on rapporte, du moins certains d’entre eux, excellaient dans ce rôle. Et chacun comprend qu’une part de l’ignominie allemande s’est jouée là, dans ce mélange de barbarie et de civilisation, de violence et de civilité, dans cette cruauté tantôt polie tantôt bestiale, mais toujours cruelle, et plus coupable peut-être d’être polie, plus inhumaine d’être humaine, dans les formes, plus barbare d’être civilisée. […] La politesse est en cela comme une circonstance aggravante, qui accuse directement l’homme, peuple ou individu, et la société non dans ses échacs, qui pourraient être autant d’excuses, mais dans ses réussites. Bien élevé, dit-on, et c’est tout dire en effet. […]

    Face à la politesse, l’important d’abord est de n’être pas dupe. La politesse n’est pas une vertu, et ne saurait tenir lieu d’aucune.

    […] La politesse, donc, n’est pas une vertu, mais comme le simulacre qui l’imite (chez les adultes) ou qui la prépare (chez les enfants). Elle change en cela sinon de nature, du moins de portée, avec l’âge. Essentielle pendant l’enfance, inessentielle dans l’âge adulte. Quoi de pire qu’un enfant mal élevé, si ce n’est un adulte méchant ? Or, nous ne sommes plus des enfants. Nous savons aimer, juger, vouloir… Capables de vertu, donc, capables d’amour, dont la politesse ne saurait tenir lieu. Un rustre généreux vaudra toujours mieux qu’un égoïste poli. Un honnête homme incivil, qu’une fripouille raffinée. La politesse n’est qu’une gymnastique de l’expression, disait Alain ; c’est dire assez qu’elle est du corps, et c’est bien sûr le coeur ou l’âme qui importent. Même, il y a des gens chez qui la politesse dérange, par une perfection qui inquiète. « Trop poli pour être honnête », dit-on alors, car l’honnêteté impose parfois de délaire, de choquer, de heurter. Même honnêtes, d’ailleurs, beaucoup resteront toute leur vie comme prisonniers des bonnes manières, ne se montrant plus aux autres qu’à travers la vitre — jamais totalement transparente — de la politesse, comme ayant confondu une fois pour toutes la vérité et la bienséance. Dans le style BCBG, comme on dit maintenant, il y a beaucoup de cela. La politesse, à la prendre trop au sérieux, est le contraire de l’authenticité. Ceux-là, bon chic bon genre, sont comme de grands enfants trop sages, prisonniers des règles, dupes des usages et des convenances. L’adolescence leur a manqué, par quoi l’on devient homme ou femme — l’adolescence qui renvoie la politesse au dérisoire qui est le sien, l’adolescence qui n’a que faire des usages, l’adolescence qui n’aime que l’amour, la vérité et la vertu, la belle, la merveilleuse, l’incivile adolescence ! Adultes, ils seront plus indulgents, et plus sages. Mais enfin, s’il faut absolument choisir, et immaturité pour imaturité, meux vaut, moralement parlant, un adolescent prolongé qu’un enfant trop obésissant pour grandir : mieux vaut être trop honnête pour être poli que trop poli pour être honnête !

    Le savoir-vivre n’est pas la vie ; la politesse n’est pas la morale. Mais ce n’est pas rien pourtant. La politesse est une petite chose, qui en prépare de grandes. C’est un rituel, mais sans Dieu ; un cérémonial, mais sans culte ; une étiquette, mais sans monarque. Forme vide, qui ne vaut que par ce vide même. Une politesse pleine d’elle-même, une politesse qui se prend au sérieux, une politesse qui se croit, c’est une politesse dupe de ses manières et qui manque par là aux règles mêmes qu’elle prescrit. La politesse ne suffit pas, et il est impoli d’être suffiant.

    La politesse n’est pas une vertu mais une qualité, et une qualité seulement formelle. Prise en elle-même, elle est secondaire, dérisoire, presque insignifante : à côté de la vertu ou de l’intelligence, elle est comme rien, et c’est ce que la politesse, dans sa réserve exquise, doit aussi savoir exprimer. Que les êtres intelligents et vertueux n’en soient pas dispensés, c’est pourtant assez clair. L’amour même ne saurait se passer totalement des formes. C’est ce que les enfants doivent apprendre de leurs parents, de ces parents qui les aiment tant — quoique trop, quoique mal –, et qui ne cessent pourtant de les reprendre, non sur le fond (qui oserait dire à son enfant : « Tu n’aimes pas assez » ?), mais sur la forme. Les philosophes discuteront pour savoir si la forme première, en vérité, n’est pas le tout, et si ce qui distingue la morale de la politesse est autre chose qu’une illusion. Il se pourrait que tout ne soit qu’usage et respect de l’usage — que tout ne soit que politesse. Je n’en crois rien pourtant. L’amour résiste, et la douceur, et la compassion. La politesse n’est pas tout, et elle n’est presque rien. Mais l’homme, aussi, est presque un animal.

    (Petit traité des grandes vertus, PUF, 1995)

    juillet 23, 2009 à 11 h 54 min

  86. Y’a pas à dire, la « morale prudhommesque » d’ACS manie l’intellect et la langue avec brio — et un sacré sens de la formule — et forme un tout magnifiquement « poli » (dans les deux sens du terme), vous ne trouvez pas ?

    Peut-être parfois justement trop poli. Trop raisonnable.

    Je me demande, du coup, si je ne me sens pas plus proche de la rébellion plus « adolescente » d’un Schiffter.

    Question d’âge mental sûrement. 😉

    juillet 23, 2009 à 12 h 06 min

  87. La première marque de politesse, lorsqu’on écrit, est de « faire court » (histoire de ne pas prendre trop de temps au lecteur).
    Ca ne me semble, du coup, pas du tout être un qualificatif adapté au texte d’ACS cité par 120 !

    juillet 23, 2009 à 12 h 09 min

  88. 120

    Ecrit par Frédéric Schiffter :

    L’ANTI-GNANGNAN

    Aux fadaises altruistes on pourrait aisément opposer les considérations de Freud sur l’instinct de mort, les analyses de René Girard sur le mimétisme des désirs poussant les humains au carnage ou, tout simplement, les aspirations progressistes sincères et profondes dont certains tueurs en série sont animés — comme en témoigne ce billet glissé par Jack l’Eventreur dans le sac à main d’une de ses victimes : « Un jour, les hommes se souviendront et comprendront que j’ai donné naissance au XXe siècle. »

    Une parabole valant mieux que des raisonnements, voici le récit que Critilo fait à son jeune élève Andrenio dans le Criticon de Balthasar Gracian : on jette vivant un criminel dans une fosse profonde grouillant d’affreux insectes, de reptiles, de fauves, après quoi on en ferme hermétiquement l’ouverure afin qu’il périsse à l’abri des regards. Un voyageur vient à passer par là. Entendant des cris de douleur et des appels à l’aide, il retire la dalle qui obstrue la fosse. Aussitôt, un tigre bondit, et le voyageur, qui croit être déchiqueté sur-le-champ, voit que la fauve lui lèche les mains. Quand surgit un serpent, il craint d’être étouffé quand celui-ci s’enroule autour de ses jambes ; mais il est surpris de constater que l’animal se prosterne à ses pieds. Toutes les autres bêtes font de même, lui rendant grâce de leur avoir sauvé la vie menacée dans cette périlleuse promiscuité avec un homme. Reconnaissantes à l’égard de leur bienfaiteur, elles lui conseillent de filer au plus vite avant qu’il soit menacé à son tour par le cruel prédateur. Et, sitôt dit, elles s’enfuient les unes en volant, les autres en courant, d’autres encore en rampant. Resté seul et perplexe, le voyageur voit enfin l’homme sortir. Ce dernier, pensant que son libérateur a de l’argent, se rue sur lui, le tue et le dépouille. Et Critilo de conclure que la nature, pour éviter que des espèces s’entre-détruisent, fut bien avisée de faire en sorte que les animaux les plus dangereux ne pussent jamais égaler la férocité humaine.

    (Le philosophe sans qualités, Flammarion, 2006)

    juillet 23, 2009 à 12 h 25 min

  89. Une autre forme de « politesse littéraire » (qui nous ramène au texte initial de Gougaud) : la parabole plutôt que les raisonnements.

    juillet 23, 2009 à 12 h 27 min

  90. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    (rebondissant, avec un peu de retard, sur le commentaire 22 d’Isidore)

    Les deux extrêmes : l’aborigène et l’occidental se croisent ici en Australie comme nulle part au monde et louchent l’un sur l’autre dans une sorte de strabisme anthropologique. Mais au fond pourquoi vouloir arracher les aborigènes au néolithique ? Et pourquoi nous arracher nous-mêmes à notre état technologique avancé ? C’est aussi absurde que d’arracher les enfants à l’enfance ou les vieux à leur vieillesse. Ce que nous faisons partout par insinuation ou électrochoc sur la voie dynamique de notre humanisme providentiel.

    Si nous nous supportions tels que nous sommes, nous supporterions les sauvages tels qu’ils sont : échevelés, effarés, exorbités – et nous secrètement corrompus et dégénérés.

    *

    Plus on exterminera les Aborigènes, plus la nostalgie en grandira dans la conscience occidentale, déjà stupéfiée par leur apparition au XVII-XVIIIe siècle (le moment le plus étonnant de notre histoire : juste quand l’Occident s’invente une raison universelle, il découvre aux antipodes une humanité réfractaire à l’histoire et au progrès, préadamique et fabuleuse, qu’il ne peut que détruire en l’annexant à cette raison universelle – et voilà l’histoire piégée par le meurtre). C’est comme si un malin génie avait réservé à l’orgueil civilisé ce démenti cinglant de la primitivité et de la négritude (peut-être d’ailleurs est-ce, comme on l’a dit des peintures néolithiques, une invention diabolique des libertins du XVIIIe siècle ?) Quoi qu’il en soit, la conscience philosophique et morale, déjà stupéfiée par leur apparition, restera paralysée par leur extermination. Et elle le sera de plus en plus jusqu’à leur accorder un droit de veto maudit sur ses propres valeurs.

    C’est la même chose pour la science. Car qu’est-ce qu’on découvre à la fin, qu’est-ce qu’on fait surgir en le traquant sur les mers australes ou dans le champ biologique ? Toujours un objet noir, des peuplades maléfiques, qui auraient mieux fait de rester secrètes, pour le plus grand bien des Lumières. On déterre toujours le pire, et il finit toujours par se venger.

    *

    Conjonction de ce que l’hémisphère Nord a produit de plus straight, de plus austère – le presbytérien, l’anglo-saxon, quintessence de l’hyperboréen dans son orgueil et sa théologie – avec ce que les antipodes cachaient de plus primitif, de plus régressif, de plus impuissant, et de plus désinvolte aussi sous le soleil : les Aborigènes. Le choc s’est traduit par l’extermination quasi totale de l’Antipode, mais l’hémisphère Sud n’a peut-être pas dit son dernier mot.

    *

    On les a bien eus, les Aborigènes : on les a amenés à revendiquer comme territoire, des étendues que du temps de leur tranquillité ils parcouraient en nomades, sans aucune notion de territorialité. On a fixé leur revendication sur un objet qu’ils n’ont jamais possédé et qu’ils auraient jugé méprisable et sacrilège de posséder. Ruse typiquement occidentale. En revanche, eux nous ont refilé un virus bien plus meurtrier encore, celui de l’origine.

    *

    Non seulement les Noirs et les Indiens sont esclaves de la technologie des Blancs mais il faut encore qu’ils soient esclaves de leur nostalgie d’origine. Il faut encore qu’ils servent d’ancêtres et témoignent des origines mystérieuses et rituelles de l’espèce humaine. Division du travail : les uns les exploitent physiquement, les autres culturellement, se nourrissant de leur musique, de leur danse et de leur description anthropologique. Aucune contradiction là-dedans, bien au contraire : une complicité profonde, celle des esclaves eux-mêmes. Ainsi, dans la chasse, l’animal tout entier sert à quelque chose : la viande, la corne, les poils, le sang, la fourrure – même les viscères serviront à lire l’avenir, et le masque servira d’emblème à la divinité.

    *

    L’humanisme fait semblant de considérer le sauvage et les races primitives comme des êtres à part entière et même comme des êtres supérieurs (par l’authenticité). Mais les premiers humanistes, les vrais, ceux dont nous descendons tous, considéraient les Canaques comme des macaques, fondant la définition de l’humanisme sur une discrimination rigoureuse. Ce n’était pas une affaire de racisme, mais de discernement. Et les macaques de leur rendaient bien, se désignant ex-mêmes comme les seuls « hommes ». La version actuelle, qui tend à recréer une convivialité de l’espèce sur une base à la fois biologique et sentimentale, est certainement la plus pauvre.

    *

    Toute société doit se désigner un ennemi, mais elle ne doit pas vouloir l’exterminer. Ce fut l’erreur fatale du fascisme et de la Terreur. Mais c’est celle aussi de la terreur douce et démocratique, qui est en train d’éliminer l’Autre encore plus sûrement.que par l’holocauste.

    *

    Que l’Autre soit un Autre glorieux et non pas misérable, un objet d’admiration, et non de commisération, l’objet d’un défi et non cet Autre interactif et démocratique qui n’est même pas réellement votre égal.

    L’Autre existe bien plus intensément dans la relation duelle, dans la rivalité et le défi, que dans l’interaction, la convivialité et la multiculturalisme de complaisance.

    (Cool Memories I, II, III et V, Galilée, 1987, 1990, 1995, 2005)

    juillet 25, 2009 à 10 h 58 min

  91. Info glanée dans le dossier spécial du Courrier international n°976 (du 16 au 22 juillet 2009) consacré au sujet :

    « […] Ils ont survécu à l’arrivée de Christophe Colomb, aux maladies importées d’Europe, aux dictateurs, à la United Fruit Company et à la fièvre du caoutchouc. Mais la prospection pétrolière, les scieries et les cultures de soja ont fait fuir leur gibier et les ont obligés à s’enfoncer toujours plus profondément au coeur de la forêt.

    Il reste en Amérique latine environ 500 peuples indiens représentant quelques 43 millions de personnes, soit 7,6 % de la population du continent. Plusieurs dizaines de ces groupes n’ont jamais entendu parler du Christ, de Mozart, de la péniciline ou du World Trade Center. On estime qu’il y auarit ainsi au Brésil une soixantaine de peuples qui n’ont jamais eu le moindre contact avec le monde extérieur, mais aussi une vingtaine au Pérou, six en Bolivie, deux en Equateur, deux au Paraguay, un en Colombie et, vraisemblablement, un ou deux autres au Venezuela. […] »

    Leur situation de ces Indiens semble plus qu’inquiétante, vu que le Brésil est actuellement le seul de ces pays à avoir une politique d’Etat en leur faveur… et que celle-ci ne fait guère le poids face au puissant lobbies économiques (grands cultivateurs de soja, producteurs d’éthanol, éleveurs, groupes pétroliers, etc.)

    août 27, 2009 à 13 h 55 min

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