"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Le déracinement moderne…

…et la revanche du chiendent ?

[…] Vers la fin du XVe siècle, les pharmacopées manuscrites où des plantes sont figurées connaissent une mutation a priori peu frappante pour des yeux accoutumés à l’illustration botanique moderne : les racines disparaissent. On se met à représenter une tige coupée ou un simple rameau florifère. La suppression n’est pas fortuite, elle est contemporaine de la grande révolution qui va voir la nature échapper à l’ordre intangible de la Création, devenir pensable comme objet en soi alors qu’elle était propriété divine (ou démoniaque). Au moment où Copernic démontre que la Terre n’est plus le centre de l’univers, les botanistes du XVIe siècle arrachent la plante à ses profondeurs mythiques. Certains, comme Rambert Dodoens (Histoire des plantes, 1557), voudront que les bois gravé qu’ils publient des arbres continuent d’évoquer au moins la souche et ses racines. Mais quand celles-ci sont représentées chez les plantes herbacées, c’est parce qu’elles sont devenues un caractère utile à l’identification. Et l’on se met à ironiser sur les « fables » des manuscrits médiévaux. Au sens littéral, la modernité se déracine des « temps obscurs », prenant appui sur une Antiquité qui avait déjà connu, avec Théophraste, la première naissance de la botanique. Tandis que le chiendent continue de ramper sous les siècles, attendant les défaillances de cette raison qu’il a, à son humble place, contribué à nourrir. […]

(Pierre Lieutaghi, La plante compagne, Pratique et imaginaire de la flore sauvage en Europe occidentale, 1991)

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24 Réponses

  1. Isidore

    Sacré revanche, en effet !!! Je suis en train de passer de délicieux moments à tenter de contenir le développement féroce du chiendent dans l’immense jardin que nous avons mis en route avec les ânesses… Et je ne peux que m’incliner devant cette puissante énergie racinaire qui se moque comme de l’an quarante de ma prétention à vouloir la contenir. Mais en fait, il suffit de négocier paisiblement et de tenter une aimable cohabitation… et finalement ça ne marche pas si mal que ça.

    juillet 15, 2009 à 18 h 14 min

  2. Et comment tu t’y prends pour tenter de le contenir ? Simplement en l’arrachant ?

    juillet 15, 2009 à 21 h 51 min

  3. 120

    Ecrit par Pierre Lieutaghi :

    […] L’attention ancienne aux racines est attestée par les figures des manuscrits botaniques médiévaux. Sauf de rares exceptions, les plantes, arbres compris, y sont toujours montrées avec leurs parties souterraines (plus ou moins schématisées). Comme si l’image du végétal ne pouvait être vraie qu’en témoignant de sa globalité ; et cela laisse entendre la prise en compte habituelle de l’invisible. La plante, alors, est bien l’être double dont on ne saurait isoler arbitrairement la part qui revient au jour. D’autant plus que le côté de l’ombre est aussi celui des grands pouvoirs. La médecine le sait, qui usait autrefois des racines beaucoup plus que de nos jours, sur un mode qui évoque la recherche systématique des propriétés. Car ce n’est sûrement pas fortuitement qu’on a connu l’action vermifuge de l’écorce de racine de grenadier, celle cholagogue et fébrifuge des mêmes parties de l’épine-vinette. Quant à la magie, nul n’ignore ses accointances avec les êtres des profondeurs et leurs parentés végétales : qu’on se pende au cou un fragment de racine de pivoine en talisman contre l’épilepsie, qu’on invoque les démons pour transformer la mandragore en petit génie serviteur, c’est toujours l’intermédiaire des puissances du sous-sol qu’on sollicite : la racine est, en soi, un « objet chargé ».

    (La plante compagne, Conservatoire et Jardin botanique de Genève, 1991)

    juillet 15, 2009 à 22 h 37 min

  4. Isidore

    Pour tenter de le contenir ? D’abord en en arrachant le maximum, mais surtout en renonçant à le voir disparaître et en me contentant de modérer simplement son envahissement inconsidéré… De toute façon, tant que ce qui a été semé parvient à se développer et à fournir une récolte suffisante, que demander de plus ?

    juillet 16, 2009 à 7 h 43 min

  5. Ah oui, sacrée bestiole !

    « […] Ses rhizomes traçants à pointe dure sont capables de traverser des pommes de terre de part en part ! En retournant une prairie de trois ans, on peut trouver sous un seul mètre carré pas moins de 3 kilos de rhizomes, d’une longueur totale de 495 mètres, munis de près de 25 000 bourgeons ! Redouté des jardiniers, le chiendent est un ennemi tenace qu’il faut maintenir à distance, à défaut de pouvoir s’en débarrasser complètement. Même le « Round up » n’en vient pas à bout. L’enchevêtrement de ses racines concurrence sévèrement, voire étouffe de nombreuses cultures, notamment dans les massifs de vivaces et de petits fruits, car on ne peut pas travailler complètement le sol.
    Pourtant, cette « peste végétale » a sa place dans une prairie. Il prévient tout problème d’érosion dans un terrain en pente et constitue un excellent fourrage, notamment pour les moutons. […] »

    (extrait de http://www.terrevivante.org/468-le-chiendent.htm )

    juillet 16, 2009 à 8 h 11 min

  6. J’aime bien ta conception du jardinage, au plus loin des techniques de certains qui paraissent de simples transpositions potagères des tentations « modernes » du productivisme, de la table rase et de l’épuration ethnique.
    😉

    juillet 16, 2009 à 8 h 14 min

  7. 120

    Ecrit par Pierre Lieutaghi :

    […] Le chapitre du recours aux racines doit se conclure avec le chiendent. Ce nom recouvre deux Graminées distinctes, Agropyron repens et Cynodon dactylon, « petit » et « gros chiendent » (allusion à la taille du rhizome). « Mauvaises herbes » très communes dans les friches, promptes à envahir les champs et les jardins négligés, les chiendents se distinguent par une souche traçante ramifiée des plus vivaces. Si coriace qu’on en faisait des brosses, le rhizome d’Agropyron repens fut pourtant l’un des additifs les plus courants aux pains de disette. Après séchage et broyage, on le mêlait aux farines de céréales. Une certaine richesse en amidon n’excuse pas sa très haute teneur en fibres indigestes ; elle explique par contre qu’on ait pu préparer une boisson fermentée par macération dans l’eau, et même en tirer un alcool, paraît-il. […]

    (ibidem)

    juillet 16, 2009 à 8 h 27 min

  8. 120

    Ecrit par François Couplan :

    […] On peut faire sécher le rhizome, le moudre et le tamiser pour en obtenir une farine. Il est utilisé, en Pologne, en période de disette. Sa simple décoction est agréable à consommer.
    Torréfié, on s’en est servi comme succédané du café.
    Le rhizome contient des sucres : broyé et mélangé à de l’eau, il peut être mis à fermenter.

    (le régal végétal, Encyclopédie des plantes comestibles de l’Europe, volume 1, Equilibres, 1989)

    juillet 16, 2009 à 8 h 32 min

  9. Un alcool de chiendent, ça c’est une boisson « préhisto » !

    juillet 16, 2009 à 8 h 33 min

  10. Tchin !

    juillet 16, 2009 à 8 h 33 min

  11. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    RACINES

    A qui
    Sont les racines du chêne ?

    Elles sont à lui
    Comme il est à moi.

    Un peu plus à lui
    Quand même.

    *

    Par les racines, le chêne
    Connaît la terre

    Dans sa solitude,
    Dans ses remuements.

    A travers lui,
    Je sais.

    *

    Les racines,
    C’est l’économat,
    C’est l’intendance.

    Le laboratoire.
    Les cuisines.

    Qui, parmi les modestes,
    A compris d’emblée

    Pourquoi cet enfer
    Où voilà qu’ils rament ?

    *

    Est-ce que la frondaison
    A besoin de comprendre

    Ce qui se passe
    Dans les cuisines ?

    *

    Elle ne sait pas,
    La frondaison,

    Quand dans l’opacité
    De ces chambres goulues

    On va beaucoup plus loin
    Qu’elle ne peut songer

    Aller avec le ciel
    Et les coulis d’orages.

    *

    Vous, racines,
    Si vous êtes allées dans la terre,

    Probablement c’était
    A la recherche du silence.

    Et c’est pourquoi, sans doute,
    Vous vous enfoncez toujours plus,

    Avec l’espoir qu’un jour
    Le silence vous accablera.

    *

    Essaie, toi, de réussir
    Tu sais bien quoi :

    Ce que les racines
    Font avec la terre.

    Pénètre.

    *

    Silence.
    On creuse.

    *

    Dans les racines
    Il y a des aventures.

    Ce qui se fait là
    Apparaîtra peut-être,

    Un jour,
    Beaucoup plus tard,

    Dans un espace
    Où le cri aura corps.

    *

    Les racines,
    Pas propriétaires

    De la furie
    Ni de la terre.

    De soi
    Non plus.

    *

    La racine
    A tant palpé la terre

    Qu’elle donne envie
    Qu’on la palpe
    A son tour.

    *

    Ne cherche pas.
    Prends une racine,

    Touche-la, palpe,
    Regarde longtemps.

    C’est aussi toi-même
    Et l’anti-toi-même.

    *

    […]

    (Relier, Poèmes 1938-1996, Gallimard, 2007)

    juillet 16, 2009 à 8 h 52 min

  12. Tiens, on dirait qu’une racine de l’article précédent s’est faufilée, par on ne sait quel sentier souterrain, jusqu’ici ! 😉

    juillet 16, 2009 à 9 h 11 min

  13. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    RACINES (suite)

    Il y a donc une loi de la terre
    D’après laquelle

    Une racine jamais
    Ne peut être aussi droite

    Que l’avenue de l’Opéra.

    *

    Drôles d’usines,
    Ces racines

    Où l’on fait les trois-huit,
    Plutôt les un vingt-quatre.

    *

    Qu’est-ce qui se passe
    Pour une racine

    Quand elle débouche
    Dans l’air d’un abîme ?

    *

    Est-ce qu’il arrive
    A une racine
    De crier :

    Pas si vite.
    Pas si vite.
    J’ai peur ?

    *

    Entre le fossile
    Et le cadavre,

    Pour vous,
    Quelle différence ?

    *

    Passent les molécules
    De la terre aux racines.

    C’est là que se décide l’apothéose

    D’éléments anonymes
    Qui deviendront la feuille,

    Qui deviendront la fleur,
    Le scandale des couleurs.

    *

    Tu pars dans une racine
    Pour un long voyage

    Et tu reviens porteur
    D’un avenir d’oiseau
    Préparé pour les noces.

    *

    Les racines s’attendaient
    A quelque chose d’autre

    Que ce tronc, ces feuillages,
    Cette écorce pour quoi,

    Croyaient
    A une explosion

    Qui s’étendrait
    A l’éternité des temps.

    *

    La géographie
    Ce n’est pas pour elle.

    L’introspection non plus.

    « Connais-toi dans la terre
    Que tu vas distiller. »

    *

    Nous,

    Les racines
    D’un moment de plus tard.

    *

    Racines
    Des roses.

    Rose
    Des racines.

    *

    etc.

    (Ibidem)

    juillet 16, 2009 à 12 h 26 min

  14. Isidore

    Ce bricolage de jardinage que je pratique a des effets quand même assez extraordinaires… et j’ai finalement plus l’impression que c’est la terre qui me jardine plutôt que l’inverse.

    Car en vérité, et même si je fanfaronne à tour de bras, il faut bien dire que lorsque je découvre le paysage effarant de l’invasion chiendentesque à partir du moment où je me suis enfin décidé à y mettre les pieds, je suis pris d’un découragement sans nom devant les 1500 m2 à affronter. C’est normal, un vrai jardinier y travaille chaque jour… Pas moi…

    Je me lance quand même en songeant au doux repos qui s’ensuivra. Et là, miracle, la tâche insurmontable semble de plus en plus légère, et même finalement agréable peu à peu, le rythme secret de la terre commençant à m’entraîner dans ce calme contagieux d’un autre temps et l’agitation intellectuelle finissant par relâcher son emprise funeste.

    Le découragement se métamorphose peu à peu en franche stimulation lorsque je découvre finalement la variété des « mauvaises herbes » et la beauté de leurs fleurs, lorsque j’aperçois une, puis deux, puis un nombre impressionnant de coccinelles et autres « bonnes bêtes » des jardins, et lorsque je me rends compte aussi que toute cette herbe arrachées fait un bon paillage pour protéger la terre et la nourrir si je la laisse sur place et ne me préoccupe plus de vouloir l’éliminer…

    Je me dis finalement qu’en réfléchissant un peu, en m’informant et en observant bien les choses il doit exister une manière de faire bien économe en travail. Mais je n’en suis vraiment pas encore là. Et lorsque je constate l’incroyable générosité de la terre et la fécondité hallucinante, il me vient à retrouver beaucoup d’espoir quant aux facultés de régénération de la nature, et à avoir un regard moins sombre quant à l’avenir de notre planète et de notre humanité. Tant de vie et tant d’énergie à la voir se manifester : ce n’est pas la litanie du désenchantement ordinaire qui saurait l’affecter véritablement…

    Mais bon, je constate que j’ai encore beaucoup à me laisser jardiner pour accueillir tout cela simplement et sans m’énerver… et en lien avec la musique et la poésie.

    juillet 16, 2009 à 14 h 46 min

  15. Il paraît que la grelinette est utile contre le chiendent. Tu confirmes ?

    juillet 16, 2009 à 20 h 30 min

  16. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    RACINES (suite)

    Des racines pareilles
    A des monstres moyenâgeux.

    Des racines
    Comme des grimaces.

    Est-ce de la révolte
    Contre le tronc, la frondaison ?

    Contre la terre,
    Contre leur tâche ?

    Ou bien est-ce cela
    Pour les racines

    La plénitude ?

    *

    Une molécule
    De métalloïde

    Se voit
    Embringuée, noyée

    Dans des océans qui s’avalent.

    *

    Cette molécule, voici
    Qu’elle se retrouve

    Dans la pomme

    Qu’offre l’horizon
    A la nuit qui vient.

    *

    Dire
    Que la sustance de la pomme

    Est faite avec ce que les racines
    Ont fabriqué,

    Plus, il est vrai, l’apport
    De l’air, du soleil —

    Mais qui leur trouve
    Le même goût ?

    *

    Vient un moment
    Où les racines sont forcées
    De constater

    Que désormais
    Elles n’iront pas plus profond,

    Que de la terre, en somme,
    Elles ne pourront pas
    En savoir davantage.

    *

    Façon de vivre :

    Se sentir englobé
    Par l’ensemble des racines.

    *

    Silence.
    On aime.

    *

    Sous terre,
    Une aire de silence.

    Les racines
    Ont dû s’endormir.

    *

    La terre,
    La racine —

    Un couple ?

    *

    Toutes les eaux
    Ont passé par vous,
    Racines.

    Dans toutes les eaux
    On vous entend.

    On s’y retrouve.

    *

    L’épopée
    De l’eau et des racines,

    Comment toujours
    Elles se rencontrent.

    Qui cherche ?
    Qui appelle ?

    Il faut que se fasse
    La verticale.

    *

    L’eau jamais
    Ne se refuse
    A l’escalade.

    Ca se chante
    Dans les feuillages.

    *

    etc.

    (ibidem)

    juillet 17, 2009 à 8 h 08 min

  17. Isidore

    La grelinette est certainement utile contre le chiendent dans la mesure où elle facilite son arrachage lors de la préparation de la terre. Mais dès qu’il s’agit de désherber entre les légumes elle ne sert plus à grand chose… sauf si le but est de tout arracher, légumes y compris.

    Pour contenir le développement du chiendent il est plus efficace de semer du seigle. On m’a même suggéré de semer du trèfle nain avec les légumes…

    juillet 17, 2009 à 8 h 47 min

  18. La technique du trèfle nain est celle préconisée par Fukuoka (l’auteur le La révolution d’un seul brin de paille dont tu m’as fait connaître l’existence).

    juillet 17, 2009 à 16 h 24 min

  19. Isidore

    Ben, comme quoi, les informations suivent de drôles de chemins…

    juillet 17, 2009 à 18 h 58 min

  20. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    RACINES (suite)

    S’il suffisait
    De se glisser en vous
    Comme un scaphandrier

    Pour savoir comment
    Vous transsubstantiez.

    *

    Racines
    Elaborant le chêne

    Et vous élaborant
    Monument pour vous-mêmes.

    *

    Si c’étaient vos déchets

    Qu’ainsi vous refoulez
    A l’opposé de vous,

    Dans la hauteur.

    *

    Vous êtes
    Comme des radiographies

    De quelque chose en nous.

    *

    Espèces de gnomes,
    Racontez !

    *

    Comment est-ce
    Dans la terre
    La concurrence ?

    Quand, par exemple,
    Il n’y a pas
    Assez d’eau pour toutes.

    Quel est le règlement
    De la répartition ?

    *

    Casanières,
    Leur dirait un passereau.

    Mais la répétition
    Ouvre ds brèches.

    *

    Peut-être leur travail
    Fait en elles tant de bruit

    Qu’elles n’entendent pas venir
    La taupe, le ver blanc, la pelle.

    *

    Je tourne autour de vous,
    C’est vrai.

    Je ne demande qu’à entrer,
    A vivre comme vous,
    A me vivre racine.

    *

    Pour cela,
    Je suis prêt à tout.

    Sauf à me taire,
    Sauf à vous vivre sans le dire.

    Vivre sans dire
    Ce n’est pas vivre.

    Je ne vis
    Que ce que je dis

    A ma façon.

    *

    etc.

    (ibidem)

    juillet 18, 2009 à 9 h 47 min

  21. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    RACINES (suite)

    Appel de la frondaison
    Reçu par les racines :

    « Allô ! la technique,
    Envoyez plus de titane,
    S’il vous plaît.

    Ca urge ! »

    *

    Sans doute ignorez-vous le rire
    Et plus encore le sourire :

    Vous n’avez pas tant à souffrir.

    *

    Pouvez-vous lire
    Au ras du sol ?

    Savez-vous que c’est là
    Qu’est pour vous le danger ?

    Qu’il suffit d’une scie
    Qui grince dans le tronc ?

    *

    Comment faites-vous
    Pour ne pas vous heurter ?

    Avez-vous quelque chose
    Comme un téléphone de campagne ?

    A l’état-major ?

    *

    S’imposer
    Un réseau de racines

    Qui relierait entre elles
    Toutes les racines ?

    *

    Vous plongez, vous occupez,
    Vous étreignez, vous creusez,

    Vous écartez, vous choisissez,
    Vous distillez, vous malaxez.

    Je suis à l’écoute.
    Je rabâche.

    *

    Que ça ne sert à rien,

    On vous l’a dit,
    A vous aussi.

    *

    Coupables d’innocences ?

    *

    On imagine

    Que vous n’avez pas envie
    De quitter les rocs.

    Que feriez-vous là
    Où il n’y a pas

    Plus solide que vous ?

    *

    Si loin que vous alliez
    Vous ne rencontrerez
    Jamais la lumière.

    Pas davantage
    Le feu central.

    Du feu vous ne savez
    Que son goût dans la roche.

    *

    Colère,
    Colère.

    Pas encore,
    Ou jamais ?

    A sentir le sol des forêts
    On dirait que ça vous arrive.

    *

    Le mot recueillement
    Pourrait vous ébaubir.

    Tant vous vous entendez
    Goulûment gloutonner.

    *

    etc.

    (ibidem)

    juillet 19, 2009 à 9 h 44 min

  22. 25 000 bourgeons par mètre carré, citais-tu, Vincent ?
    J’espère juste qu’il n’y a pas autant de « poèmicules » de Guillevic par thématique.
    Un vrai chiendent, ce type !
    Où est la grelinette ???

    juillet 19, 2009 à 9 h 49 min

  23. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    RACINES (suite… et fin)

    Ceux qui sont au bout du parcours,
    Se pavanent dans l’air,

    Ne peuvent pourtant pas
    Etre sans souvenir
    Du passage par vous.

    Ceux-là rêvent peut-être
    De traverser le vent

    Et de s’enraciner
    Dans le ciel inutile.

    *

    De l’épais, du dur,
    Du mou, du visqueux,

    Des fibrilles, des écorces,
    Des cailloux, des fossiles,

    De l’humus,
    Des galeries,

    De l’eau.

    *

    Puissantes,
    Bien sûr,

    Puisque la terre —
    Toute la géologie
    A travers vous.

    *

    Les nuages eux-mêmes,
    C’est vous.

    *

    On ne se quittera pas
    Comme ça.

    Il a fallu du temps
    Pour oser se le dire.

    1972

    (Relier, poèmes 1938-1996, Gallimard, 2007)

    juillet 20, 2009 à 8 h 52 min

  24. Le premier et le dernier poèmes de cette dernière série me paraissent tout particulièrement bien résumer l’article… voire même tout le projet « PP », non ?

    juillet 20, 2009 à 8 h 54 min

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