"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Des préhistos parmi nous (4) : Eugène Guillevic

« […] Je suis un homme de la préhistoire. Je ne suis pas un homme de la société industrielle. Je vis intérieurement, au fond de moi, dans la préhistoire, dans l’élémentaire. Ca ne m’empêche pas d’être un homme sociable et un « contribuable honnête et sincère », mais profondément, je suis enraciné dans l’élémentaire. La pierre me donne une émotion, réelle, première. Pas la même qu’un visage de femme, mais aussi profonde. Et l’eau est sans doute primordiale pour moi, comme elle l’est dans la réalité des choses. […] »

(Choses parlées, Champ Vallon, 1982)

Publicités

20 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    « Je suis né, comme tu le sais, à Carnac. Personne n’ignore, pas même le Petit Larousse, que Carnac est une commune du Morbihan, le pays des mégalithes, des dolmens et des menhirs, ces pierres dont on ne sait pas à quel âge elles remontent, bien avant les druides c’est sûr, mais on ignore exactement à quelle époque ; je suis né là, j’ai vécu là jusqu’à deux ans, j’ai appris à marcher au milieu des menhirs, parce que les manhirs du Menec touchent le bourg de Carnac, et ma mère m’emmenait marcher dans cette espèce de jardin public. Très tôt, j’ai eu contact avec la pierre originelle. A ce moment-là, mon père était marin et, quand il est devenu gendarme, il a trahi, aux yeux de ma mère, cette terre des origines. »

    (Choses parlées, Entretiens, Champ Vallon, 1982)

    ***

    « Si j’étais né ailleurs qu’à Carnac, je ne sais pas si je serais différent, mais quand même, il me semble — je laisse à de plus calés que moi et à des psychachoses le soin de le dire (si ça les intéresse — que le fait d’être né dans un pays sacré, cela travaille. C’est aussi bien que d’être né à Milly… Être né au pays des menhirs — du monde mégalithique –, ces menhirs qui appartiennent à une civilisation dont on ignore tout et qui date de longtemps avant les Celtes. On est en plein inconnu, en plein mystère. On est dans le sacré. […] Je l’ai dit, je suis un homme de la préhistoire. Je vis dans la préhistoire. »

    (Vivre en poésie ou l’épopée du réel, Le temps des cerises, 2007)

    juillet 6, 2009 à 9 h 27 min

  2. Hum…. Il le ressasse un peu trop pour que ça n’éveille pas quelques soupçons. On dirait qu’il cherche à se convaincre… ou se justifier. Rappelle-nous, Vincent, son parcours. Il faisait quoi, déjà, comme métier, ton « préhisto » ?

    juillet 6, 2009 à 9 h 29 min

  3. « Après avoir passé un baccalauréat de mathématiques, il est reçu au concours de 1926 dans l’administration de l’Enregistrement (Alsace, Ardennes). Nommé en 1935 à Paris rédacteur principal à la Direction Générale au Ministère des Finances et des Affaires économiques, il est affecté en 1942 au Contrôle économique. Il appartient de 1945 à 1947 aux Cabinets des ministres communistes François Billoux (Économie nationale) puis Charles Tillon (Reconstruction). En 1947 après l’éviction des ministres communistes, il réintègre l’Inspection générale de l’Économie où il s’occupe notamment d’études de conjoncture et d’aménagement du territoire, jusqu’à sa retraite en 1967. »

    La suite (si ça t’intéresse vraiment) sur :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_Guillevic

    juillet 6, 2009 à 9 h 40 min

  4. Wahou !
    Drôlement « préhisto » le fonctionnaire de la Direction Générale du Ministère des Finances et des Affaires économiques !
    😉

    juillet 6, 2009 à 10 h 43 min

  5. Pfff… C’est sous le vernis que se trouve le « préhisto ». Et chez lui (du moins me semble-t-il) le vernis est on ne peut plus mince… et craquèle de partout.
    (120, aide-moi, steuplé !)

    juillet 6, 2009 à 10 h 45 min

  6. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    Le rôle du poète, il me semble, est de donner à vivre le sacré. A la limite, poésie et sacré se confondent. Le sacré est toujours à réinventer. Le poète, parce qu’il est l’homme du langage, a un rôle privilégié dans cette invention perpétuelle. Il lui appartient particulièrement de donner à la société cette fondation sur le sacré.

    Dans les sociétés primitives, il n’y avait pas le profane et le sacré, tout était sacré : manger, marcher, dormir… Ces hommes vivaient à longueur de temps le sacré. Le monothéisme a, il me semble, créé cette distinction, d’où le malaise de la vie actuelle écartelée entre deux réalités. Il y a là une erreur de l’idéalisme, au sens philosophique du terme.

    En tant que matérialiste, j’invoque le sacré. Je rêve d’une société qui baignerait dans le sacré. Pour moi, le poète doit aider les autres à vivre le sacré dans la vie quotidienne. Le sacré, ce sentiment qui vous exalte, force votre respect, vous fait frôler quelque chose qui vous grandit et peut vous détruire. Le risque de la joie totale.

    (Vivre en poésie ou l’épopée du réel, Le temps des cerises, 2007)

    juillet 6, 2009 à 10 h 53 min

  7. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    Je t’aime grotte humide, asile froid et sombre,
    J’aime à venir ici méditer dans ton ombre,
    A rêver au passé pour revivre avec lui,
    A contempler le ciel, le nuage qui fuit.
    Rien ne dérange ici ma pensée et mon rêve,
    Et du fond de ton ombre une autre ombre se lève :
    Celle du souvenir, triste, doux, enchanteur,
    Qui me parle, me berce et me rend mon bonheur.
    Tandis que la forêt qui devant moi se dresse
    Ainsi qu’un mur mouvant, chante, chante sans cesse,
    J’aime entendre son chant majestueux et fier
    Qui rappelle la voix gradiose de la mer.

    (Poèmes orgueilleux, 1924, cité dans L’expérience Guillevic, Deyrolles & Opales, 1994)

    juillet 6, 2009 à 23 h 44 min

  8. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    Sage peut-être
    Qui a trouvé la grotte

    Heureuse d’être un creux
    Profond dans la pénombre.

    (Sphère, Gallimard, 1963)

    juillet 8, 2009 à 18 h 22 min

  9. Isidore

    OK pour Eugène Guillevic, membre d’honneur de notre non moins honorable PP. Ça va de soi, n’est-ce pas ? En plus il a le physique de l’emploi… Je l’imagine d’ailleurs assez bien dans le rôle de Crâo.

    juillet 8, 2009 à 20 h 04 min

  10. Rien que son nom (qui signifie « petit diable » en breton) devrait suffire pour le compter parmi nous.

    Quant à sa tête de Grand Schtroumpf (« cette malicieuse tête ronde entourée de poils gris » selon Jacqueline Piatier), voici ce qu’en disait Raymond Jean dans les « Instantanés » de Choses parlées, son livre d’entretiens : […] « Rondeur qui finalement est moins un trait distinctif qu’un attribut de tout l’être, annonçant une certaine manière d’aborder le monde, de se sentir à l’aise dans la « sphère » terrestre et d’y respirer librement ».

    Il a semble-t-il, pourtant, eu un peu de mal à la porter, cette tête (sa mère, odieuse, ne cessait de lui dire qu’il était laid, que son nez était comme ceci, ses sourcils comme cela, sa figure inexpiable) mais elle irait en effet très bien à Craô. Mieux que sa voix, en tout cas, qui — si mes souvenirs sont bons — était marquée d’un fort zozotement.

    C’est en tout cas un poète méconnu mais important. Son premier ouvrage majeur, Terraqué, est sorti je crois la même année que Le Parti pris des choses de Ponge et a marqué avec lui (et quelques autres : Tardieu, Caillois… sous le patronage du grand ancêtre, Rimbaud, qui avait affirmé bien avant eux : « Si j’ai du goût, ce n’est guère / Que pour la terre et les pierres ») une sorte de retour « matérialiste » aux sources, à la terre, aux pierres… bref à l’élémentaire.

    juillet 8, 2009 à 23 h 12 min

  11. Et le fait qu’il ait été communiste, ça ne vous gêne pas ?
    Il a quand même dédié un de ses premiers poèmes au « camarade Staline » !

    juillet 8, 2009 à 23 h 15 min

  12. Isidore

    Oh mais il y a même des tas de gens très bien qui ont été aussi communistes… et qui le sont encore… 😉

    juillet 9, 2009 à 9 h 19 min

  13. Le « préhistorisme » ne serait-il pas d’ailleurs une forme de « communisme à échelle humaine » (sans l’idéalisme internationaliste) ?

    juillet 9, 2009 à 10 h 14 min

  14. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    Carnac, je crois, est un exemple de ce que j’ai appelé « vivre en poésie ». C’est ainsi que je dis :

    Les herbes de Carnac
    Sur les bords du chemin
    Sont herbes d’épopée
    Que le repos ne réduit pas.

    Vivre en poésie, faire qu’un objet quotidien aussi modeste soit-il, l’herbe, devienne l’équivalent de l’océan ou d’un menhir.
    Vivre un certain degré d’exaltation dans la communion avec les choses de tous les jours, le brin de bruyère comme l’océan.
    J’étais hanté par le pays natal, il fallait que je le dise. On ne doit écrire que ce qu’on ne peut pas ne pas écrire.

    […]

    J’ai dit ça autrement dans un autre poème de Inclus :

    Ce n’est pas difficile

    Dans une touffe d’herbe
    De voir un incendie
    Où s’exaltent des cathédrales,

    De voir un fleuve qui se presse
    Pour les sauver.

    Pas difficile
    D’y voir des filles nues
    Faire la nique aux cathédrales

    Et danser sur le fleuve
    Qui chante l’incendie,

    D’y voir venir l’armée
    Crachant par tous ses tanks
    Pour, sur le dos du fleuve,
    Acclamer sa victoire.

    — Mais voir la touffe d’herbe.

    Voir les choses comme elles sont réellement, ce qu’elles sont en elles-mêmes dans la mesure où on le peut. On n’est jamais sûr, parce que nous sommes liés à notre propre vue. Nous ne savons pas comment l’herbe se voit, se vit ou comment elle voit sa voisine.
    Il s’agit donc de voir d’abord comme un objectf photo et d’incorporer cette vue dans un courant, une épopée — je reviens à ce mot –, l’épopée du quotidien. Pas de complaisance au fantastique. Ce qui m’intéresse dans ce monde, c’est d’essayer de voir ce qu’il est vraiment, ce que nous sommes vraiment, ce que nous sommes par rapport aux choses, ce que sont les choses par rapport à nous. J’ai écrit récemment :

    Délirer, délirer
    Dans du vrai.

    Franchir les clichés comme le fait le microscope, par exemple.
    Je me risquerai à dire que pour moi le poète est moins voyant que voyeur, et là je me réfère à la poésie présocratique, lorsque le poète était à la fois le savant, le penseur, le chantre. En entendant certains scientifiques, je me dis aujourd’hui que cette synthèse n’est pas impossible pour toujours.

    (Vivre en poésie ou l’épopée du réel, Le Temps des Cerises, 2007)

    juillet 9, 2009 à 10 h 49 min

  15. Une de ses « méthodes » consiste à se plonger dans l’objet visé et de le faire parler (voir par exemple Les menhirs cité par 120 dans l’article sur Carnac).

    Est-ce là un anthropomorphisme excessif ?

    J’aime bien la réponse qu’il fait à cette critique (et qui montre, pour reprendre la classification de Descola, qu’il est davanatge animiste que naturaliste) :

    « On m’a accusé d’anthropomorphisme, eh bien, moi, je ne crois pas, c’est plutôt l’homme qui est « matériomorphique », si je puis dire, l’arbre pour moi n’est pas tout à fait différent de l’homme, l’homme est simplement un organisme un peu plus compliqué que l’arbre, voilà, comme il y a une différence de l’ordinateur à la bicylclette, mais nous sommes faits de la même matière, des mêmes métaux, des mêmes métalloïdes, des mêmes sucs… Je sens profondément la vie de la matière et je sens profondément la vie de l’homeme en moi. »

    (Choses parlées, Entretiens, Champ Vallon, 1982)

    juillet 9, 2009 à 19 h 08 min

  16. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    Je crois qu’on ne peut envisager un pays sans poésie. Qu’est-ce que ce serait, un pays sans poésie ? Ca ne veut pas dire, fatalement, une poésie en vers. Dans les temps anciens, il y a eu des pays qui ont surtout connu une poésie chantée, etc. […]

    Il est certain que dans une période où il existe une tendance à l’uniformation, à la robotisation, la déshumanisation, la poésie est indispensable, parce qu’elle est une exaltation. Enfin, la poésie telle que moi je la comprends est une aide à vivre, une aide à faire… Chacun, chaque homme doit pour son bien, ce n’est en rien une obligation — faire de sa vie une épopée pour la vivre au plus haut. Et je crois que la poésie y contribue. Je regrette que les gens passent tant de temps, le soir, à lire le journal ou des romans, alors que s’ils lisaient des poèmes ils vivraient plus haut. Ils seraient mieux. Ils vieilliraient moins, parce que lire un roman c’est vieillir de sa propre vie et de la vie des personnages, ce qui fait un double vieillissement…

    (Un brin d’herbe, Après tout —, La part commune, 1998)

    juillet 10, 2009 à 18 h 53 min

  17. 120

    Ecrit par Bernard Noël :

    (complétant le commentaire 10)

    Ce qui est unique chez Guillevic, c’est que son poème est d’une telle simplicité qu’il en est souverain, aussi bien par la façon qu’il a d’éclairer le lecteur que par son air d’exposer tout ce qui le compose, si bien qu’il paraît dire son tout, sans ombre et sans aucun retrait. La force de la simplicité est d’être sans fond, c’est-à-dire sans limite. Vous lisez le poème, vous êtes devant une surface, mais une surface qui n’arrête pas : elle aère. Et d’ailleurs, observez comme chaque livre de Guillevic est fait de brefs poèmes, chacun complet en soi, et chacun pourtant lié à tous les autres dans une sorte d’expansion naturelle et infinie.

    […] Il est difficile d’imaginer, aujourd’hui, la rupture radicale que représente un tel poème [NDLR Terraqué] à l’égard de ce qu’on appelait alors « la poésie », avec son lyrisme, ses états visionnaires et ce « stupéfiant-image » que le surréalisme pratiquait. La même année que Terraqué a paru un autre livre célèbre, et qui semble avoir eu le même effet, Le parti pris des choses de Franis Ponge. Guillevic et Ponge partagent, dirait-on, le « parti pris », mais en réalité Ponge n’a souci, à travers le sien, que de mieux articuler la langue française en réarticulant ses références pour que tout soit bien nommé, tandis que Guillevic réarticule notre relation avec le monde selon le principe suivant, qui forme deux vers de Gagner :

    « Il s’agit de voir
    Tellement plus clair. »

    Voir, pour Guillevic, est un acte inséparablement sensuel et mental, un acte qui opère la fusion de ses deux composants en les projetant vers une conception politique de l’homme, que condense et réfléchit la morale du poème. Ce point est très important : il ne s’agit pas d’une morale dans un style fabuliste, mais d’un choix qui découvre et objective au bout de la pratique poétique sa relation communiquante avec la pensée de tous. Guillevic n’est pas aux ordres, mais à l’écoute, et cette position de sensibilité lui permet de donner forme à ce qui, dans le collectif, resterait flou, flottant et donc incommuniqué.

    (L’expérience Guillevic, Deyrolles & Opales, 1994)

    juillet 12, 2009 à 11 h 03 min

  18. 120

    Ecrit par Jean Follain :

    Les poèmes de Guillevic nous délivrent avant tout ; ce seul fait d’être et de vouloir durer que manifestent en une étroite communion le minéral, la plante, la bête et aussi bien l’homme dans l’instant où celui-ci s’oublie jusqu’à ne plus revendiquer sa facile royauté.

    Il semble que ce que Guillevic recherche soit la réconciliation des trois signes en lesquels circule sous des revêtements divers une magnifique et tragique vie unique.

    […] Guillevic donne droit d’asile, en ses poèmes, aux bêtes effarouchées, contraintes dans leurs tissus et par les lois de leur ordre, […] et lui-même se réfugie dans ces innocences.

    (Prière d’insérér à Terraqué, mai 1942)

    juillet 13, 2009 à 12 h 43 min

  19. 120

    Ecrit par Jean Tardieu :

    Cher Guillevic,

    Je voulais vous écrire pour vous parler des « Rocs » — mais je les aime tant, et leur halètement sourd m’obsède, me harcelle tellement, je me sens tellement roc moi-même à leur contact que je n’ai plus pour eux qu’un silence noir et confus de reconnaissance.

    Comme il est difficile de parler des poèmes !

    Il faudrait pouvoir écrire des poèmes à propos des poèes — et cela n’en finirait plus.

    Je pense aussi à cette hantise du roc qui obsède les poètes d’aujourd’hui (avec, pour grand ancêtre le : « Si je n’ai du goût, ce n’est guère / Que pour la terre et les pierres »).

    Cela semble être un signe de ralliement entre plusieurs. Vous lirez un jour l’étonnant « Galet » de Ponge. Et moi aussi, j’ai eu l’obsession du rocher. Nous nous étions donnés le mot sans nous connaître.

    Plus je relis ces vers, ces brefs et profonds ébranlements, cette incantation magique à voix basse, comme venue d’un autre monde, comme assourdie par l’effort d’une voix extravasée, emportée, rapportée, remportée par les vagues, plus je me réjouis de vous connaître.

    Vos vers sont très beaux — et Follain a su en parler comm personne peut-être ne saura le faire.

    […]

    (lettre du 18 mai 1942, citée dans L’expérience Guillevic, Deyrolles & Opales, 1994)

    juillet 13, 2009 à 12 h 51 min

  20. 120

    Ecrit par Max Jacob :

    Mon cher Guillevic,

    Vous recevez de belles lettres des plus grands hommes de ce temps et j’ai honte de celle-ci avec son air dogmatique et ces truismes de pion. Je ne sais être que fou ou universitaire : la folie se montrera quand nous nous connaîtrons. Voici donc le pion :

    Votre livre prouve :
    1° qu’on peut être léger tout en restant solide.
    2° qu’on peut être beau sans être ennuyeux.
    3° qu’on peut être pensé sans être obscur.
    4° qu’il n’est tel que d’être soi-même pour être neuf.
    5° que la sincérité amène l’intérêt.
    6° que la grande affaire est d’être intelligent.
    7° qu’on peut être profond en restant fantaisie.
    8° qu’on peut être lyrique en restant sur la terre.
    9° qu’une bonne langue est une langue concrète.
    10° qu’on peut être spirituel sans tenir boutique d’esprit.
    11° qu’il n’est rien de tel pour définir un objet que de rester planté devant jusqu’à ce qu’il parle.
    12° qu’on peut donner un démenti à La Bruyère… « 6 000 ans et plus ».
    13° qu’être artiste ça ne veut pas dire artificiel.
    14° qu’on peut écrire 189 pages en vers et qui se lisent comme un roman.
    15° que la poésie peut se passer d’aucun cliché poétique quoiqu’on ait dit.
    16° qu’on peut être noble sans toge.
    17° qu’on peut avoir un vocabulaire sans renverser le dictionnaire sur sa page.
    18° qu’on peut écrire bien sans faire de ratures.
    19° qu’on peut aimer la nature sans radoter.
    20° qu’on peut encore faire plaisir au plus blasé des vieux bonhommes amateurs de poésie réelle.

    comme est votre ami.

    Max Jacob

    (courrier du 20 mai 42, cité dans L’exparience Guillevic, Deyrolles &Opales, 1994)

    juillet 15, 2009 à 23 h 26 min

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s