"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Haut-lieu « préhisto » (1) : Carnac

Les menhirs sont en rang

Vers quelque chose

Qui doit avoir eu lieu.

(Eugène Guillevic, Carnac, 1961)

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44 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    […] ces menhirs […] appartiennent à une civilisation dont on ignore tout et qui date de longtemps avant les Celtes. On est en plein inconnu, en plein mystère. On est dans le sacré.

    […] A Carnac, il n’y a pas de falaises comme à Groix, mais pourquoi ces hommes qui ont édifié les menhirs ont-ils choisi Carnac ? Pourquoi se sont-ils arrêtés à cet endroit-là ?

    Peut-être tout simplement parce que la mer y est calme et qu’il y a peu de vagues. Au fond de la presqu’île de Quiberon, c’est une plage des familles, comme on dit la publicité.

    Peut-être ce lieu est-il apparu comme un havre de grâce. Les pins, la lande…

    J’ai connu Carnac à une époque où il n’y avait aucune villa. […] Il y a maintenant des milliers de villas, et on a fait sauter des rochers pour créer des plages. De mon temps, entre les rocs on pêchait des anguilles, des petits poissons, des crabes, etc. Ca, c’est la mer. Mais le côté sacré de Carnac, c’est autre chose.

    Ces allées sur des kilomètres de pierres levées qui commencent d’abord petites et deviennent de plus en plus grandes, et au bout, le cromlech, la grande pierre ronde sur laquelle, probablement, étaient sacrifiées les victimes. On pense que ces allées étaient celles d’un temple. On ne sait pas.

    Je parlerais volontiers encore de Carnac, mais j’ai écrit un livre de cent cinquante poèmes environ sur ce lieu et je ne ferais que délayer ce que j’ai mieux dit ailleurs.

    (Vivre en poésie ou l’épopée du réel, Le temsp des cerises, 2007)

    juin 21, 2009 à 21 h 27 min

  2. Et le solstice, on ne le fête pas cette année ?

    juin 21, 2009 à 21 h 28 min

  3. Les fameux alignements (du moins une partie d’entre eux) et les villas évoquées par l’Eugène :

    juin 21, 2009 à 21 h 37 min

  4. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic

    Derrière les menhirs
    Encore un autre vent
    Sur des bois et des champs.

    La terre et moins de sable,
    C’est vert et c’est épais.

    C’est de ce pays-là
    Peut-être que la mer
    Etait un oeil ouvert.

    Ca se ressemble peu
    Tout un corps et son oeil.

    (Carnac, Gallimard, 1961)

    juin 21, 2009 à 21 h 46 min

  5. Pascale

    Carnac est un lieu étrange et attirant. Il y a au coeur des menhirs droits, deux grandes pierres couchées nommées « lit d’amour ». Je n’ai pas manqué de m’y coucher avec mon homme, il y a pas loin de 20-25 ans de cela. Je ne sais pas s’il existe toujours ou si le tourisme a tout saccagé ?

    juin 21, 2009 à 22 h 47 min

  6. Vous y avez passé la nuit ?

    juin 22, 2009 à 11 h 58 min

  7. 120

    Ecrit par Jean Rouaud :

    Le manège de Carnac :

    […] A quiconque déambulant au milieu des alignements, découvrant son ordonnancement de jardin minéral, cela saute aux yeux. Il n’y a pas de place laissée au hasard. Nulle improvisation où l’on ajouterait au fil des ans une pierre ici ou là pour marquer un anniversaire ou un décès. Il s’agit d’un projet conçu et mené à son terme. Une affaire de quelques années tout au plus. De quoi occuper le temps d’un règne. Ce qui veut dire qu’il y a un avant à Carnac, et que cet avant on le connaît : c’est une pensée. Une pensée parfaitement conçue, calculée, anticipatrice, prévisionnelle, attendant des retombées bénéfiques de son savant arrangement. Certains pensées se disent avec des fleurs. Ici, c’est un bouquet de pierres levées, alignées, sur sept, onze ou treize rangs, en ordre croissant de la plus basse à la plus élevée, du levant au couchant. […]

    (Préhistoires, Gallimard, 2007)

    juin 22, 2009 à 12 h 17 min

  8. Une pensée ? Oui, mais laquelle ?

    juin 22, 2009 à 12 h 20 min

  9. 120

    Ecrit par Jean Rouaud :

    Le manège de Carnac :

    […] Il y a quelques dizaines d’années, les visiteurs étaient acueillis sur le site par des enfants qui se proposaient contre une piécette de livrer la clé de l’énigme, avant de se lancer, sur un mode mi-grégorien, mi-table de multiplication, dans une longue complainte à laquelle on ne comprenait pas un mot. On se consolait en se disant que ce devait être du gallo, un patois vernaculaire du pays vannetais, si bien qu’après avoir récompensé le petit guide spontané pour sa formidable mémoire phonétique, on n’avait pas progressé d’un pouce dans la connaissance des alignements. Le mystère s’épaississait de ces pierres dressées qui dessinaient un alphabet secret dans une langue incompréhensible. On errait alors sur le champ en quête d’une interprétation personnelle, commentant la hauteur décevante des menhirs en s’y appuyant comme à une toise, cherchant dans les rondes-bosses des blocs mangés par le lichen et le vent à identifier le profil d’un guerrier ou d’une divinité païenne, une crosse ou un poignard, une hache ou des cornes, l’érosion ayant sculpté à sa guise toute une variété de possibles. L’hypothèse circulait déjà que nous étions en présence d’un calendrier astronomique, beaucoup plus savant et précis que les nôtres puisque capable de prévoir des éclipses, la date de la fin du monde, et l’âge du capitaine de cette armada de pierres. On regrettait que nos astronomes antédiluviens, qui avaient sans doute aussi inventé la montgolfière pour consulter le saint du jour, n’eussent pas songé à miniaturiser leur système cosmique. Pour la date on continuerait de s’en remettre aux petits calendriers de coifeur qui embaumaient nos portefeuilles. […]

    (Préistoires, Gallimard, 2007)

    juin 22, 2009 à 12 h 31 min

  10. 120

    Ecrit par Jean Rouaud :

    Le manège de Carnac :

    […] Ce que racontaient les enfants, on l’apprend par la suite. C’était la légende de saint Cornély, le protecteur des bêtes à cornes, lequel, poursuivi par une armée de Romains, n’aurait dû son salut qu’à l’intervention du Seigneur dont le souffle puissant aurait pétrifié, comme les laves du Vésuve, les légionnaires en ordre de marche. Ainsi il faudrait en conclure que chaque menhir est un Italien parti cherché un jour ses allumettes et qui n’est jamais rentré au pays. Ce qui ne devrait pas étonner quand on sait que Vannes, la ville des Vénètes, a été fondée par des marins vénitiens. Quand ils découvrirent le golfe du Morbihan et ses myriades de canaux circulant entre les promontoires, ils reconnurent leur lagune et s’y installèrent. Ce que dit à sa façon la légende. […]

    (Préhistoires, Gallimard, 2007)

    juin 22, 2009 à 12 h 37 min

  11. Le problème avec cette légende, c’est qu’elle ne tient pas du tout compte du fait que ces pierres ont été dressées bien avant l’arrivée des Romains. Bien avant l’arrivée des Celtes, même.

    juin 22, 2009 à 12 h 38 min

  12. J’vous ai bien eus, hein ? Vous avez vraiment cru que j’y étais pour quelque chose, hein ? Avouez !

    juin 22, 2009 à 12 h 41 min

  13. Carnac… Carnac…
    C’est pas le repère historique de l’ultra-gauche où se fomentent les attentats ferroviaires ?

    juin 22, 2009 à 12 h 46 min

  14. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    Du milieu des menhirs
    Le monde a l’air

    De partir de là,
    D’y revenir.

    La lumière y est bien,
    Pardonne.

    Le ciel
    A trouvé sa place.

    (Carnac, Gallimard, 1961)

    juin 22, 2009 à 22 h 03 min

  15. 120

    Ecrit par Jean Rouaud :

    […] le mystère ne fait que s’épaissir des intentions des bâtisseurs quand on découvre dans un nouveau champ de menhirs ensevelis et préservés jusque-là des fouilles sauvages, sous chaque pierre dressée, une poignée de noisettes grillées, comme une petite provision énergétique en prévision d’une longue traversée.

    (Préhistoires, Gallimard, 2007)

    juin 23, 2009 à 16 h 37 min

  16. 120

    Ecrit par Jean Rouaud :

    Il existe une certitude cependant concernant la civilisation des mégalithes. On possède la partition originale : le vent était ce vent, modulant de force un à douze, et la pluie cette pluie, d’ouest ou de noroît, à gros ou petits grains, cinglante ou méditative, douce ou pénétrante, et le déferlement des vagues sur le sable, et le ressac qui crépite sur la bande de coquillages, et les rouleaux puissants des marées d’équinoxe, et le hurlement des tempêtes, et le cri obsédant des mouettes. Il suffit de tendre l’oreille. On peut même y ajouter le cognement des percuteurs de pierre contre les blocs de quartz et de granit, la clameur d’un porteur qui vient de s’écraser un doigt, et les jurons fantastiques du préposé à la manoeuvre traitant de fainéants les centaines de corps arc-boutés, entreprenant de déplacer sur des kilomètres les masses cyclopéennes. Ces hommes n’étaient pas non plus si différents de nous, qui regardaient à la dépense, n’hésitant pas à réemployer le métériau existant : la dalle de couverture de Gavrinis provient d’un menhir de quatorze mètres débité en trois morceaux dont les autres se trouvent à Locmariaquer, à quatre kilomètres à vol d’oiseau (mais un oiseau ne soulève pas de telles masses) : l’un sur la Table des Marchands, l’autre sur le caveau d’Er Vinglé.

    Il y a cinq ou sept mille ans, le décor était à peu près identique. Le temps peut-être plus clément, la mer plus basse, et donc le rivage repoussé de quelques encablures. La preuve en est, les deux cromlechs à demi ennoyés du petit îlot d’Er Lannic, près de Gavrinis. Le golfe du Morbihan était une région de collines traversée par deux fleuves. Le grand menhir brisé de Locmariaquer, du haut de ses vingt mètres, en marquait l’embouchure. On en déduit que ces gens-là se risquaient sans doute à caboter, qui de leur embarcation ne perdaient jamais de vue le formidable amer. Ils pratiquaient l’élevage (de grands boeufs aux cornes-lyres), fabriquaient de la céramique et des outils de pierre polie. Ils marchaient pliés contre le vent, plissaient des yeux sous la pluie, couraient s’abriter quand elle battait trop fort. Les jours de tempête, ils priaient les forces du monde de ménager leurs longs abris collectifs de chaume ou de peau, redoutant qu’ils ne s’envolent. La forêt de chênes était giboyeuse et le saumon abondait à ce point dans les rivières que, au début du XXe siècle encore, les journaliers qui n’en pouvaient plus de ce mets soi-disant de luxe avaient obtenu qu’on ne leur en servît pas plus de trois fois par semaine.

    (Préhistoires, Gallimard, 2007)

    juin 23, 2009 à 16 h 54 min

  17. Ok, Carnac est foncièrement « préhisto ». Rien à redire là-dessus.
    Mais je me demande tout de même sérieusement si ce n’est pas aussi le moment de la bascule dans l’arrogance « humaine, trop humaine » (ou « moderne, trop moderne »).
    Question d’échelle, sans doute, qui devient en quelque sorte inhumaine.
    (cf. http://www.partiprehistorique.fr/2009/04/29/lechelle-humaine/)
    Je ne sais pas vous, mais moi ce genre de monument m’effraie peut-êre autant qu’il me fascine.
    Ca sent tout de même un peu trop l’esclave, non ?

    juin 23, 2009 à 19 h 26 min

  18. Je précise ma pensée :
    Autant je n’ai rien — bien au contraire — contre l’utilisation de la pierre brute, autant j’ai quelques réticences contre le gigantisme du site (du moins a priori car je n’y suis, encre, pas allé).
    En d’autres termes : un menhir (ou dolmen) ça va, mais près de trois mille… c’est trop pour moi.

    juin 24, 2009 à 13 h 32 min

  19. Dis, Yatsé, comment faire pour intégrer la localisation « Google earth » dans l’article, une fois qu’on a pointé l’endroit visé sur la carte, steuplé ?

    juin 25, 2009 à 8 h 30 min

  20. Bon j’ai survolé un ptit peu. Ca m’a permis d’éclaircir au moins un mystère : le lumbago récurrent de Pascale vient d’une folle nuit d’amour passée à Carnac… on comprend aisément qu’autant de monolithes dressés aient imposé l’agencement d’un lit d’amour en leur sein…
    Si ce champ phallique émoustille sans doute les femmes, il est probable qu’il refroidisse quelque peu les hommes, terrassés par tant de « grandeur » (qui a beaucoup trainé dans les toilettes hommes des discothèques, apprend très vite que la psychologie masculine fonctionne par comparaison).

    juin 25, 2009 à 11 h 16 min

  21. pas compliqué. Carnac c’est un champ sexuel et puis c’est tout ! Ca commence tout petit, avec d’interminables préliminaires, ponctués de réserves énergétiques pour tenir la distance (les petites noisettes), et ça se termine en apothéose, sur une large pierre entourée d’immenses menhir, offerte au vent, aux embruns et au ciel.
    hmmmmmmmm !!!!
    Ca te dit des vacances à Carnac, OUrko ?

    juin 25, 2009 à 11 h 26 min

  22. Heu… C’est gentil, Barbarella, mais je préfèrerais New-York : les gratte-ciels de Manhattan sont davantage à ma mesure ! 😉

    juin 25, 2009 à 11 h 52 min

  23. ah oui, c’est vrai : une petite contrariété et ils s’écroulent, eux aussi 🙂

    juin 25, 2009 à 12 h 04 min

  24. zavez rien compris.
    Les extra terrestres, quand ils sont venus créer l’homme, tout au début de l’humanité, ont également pensé à se construire une piste d’atterrissage durable pour le jour de leur retour.

    juin 25, 2009 à 12 h 08 min

  25. pour le lumbago… Pascale confirme.
    « Mais, a-t-elle ajouté, ça en valait la peine ! »

    juin 25, 2009 à 12 h 39 min

  26. 120

    Ecrit par Jean Markale :

    Le plus caractéristique des monuments de la préhistoire est sans aucun doute l’immense sanctuaire mégalithique de Carnac (Morbihan), le plus célèbre et aussi le plus impressionnant du monde. Une telle accumulation de menhirs, rangés dans un certain ordre, et de tailles diverses mais calculées, témoigne, de la part des constructeurs, de la volonté de marquer un lieu sacré. Les alignements eux-mêmes datent de 2.500 ans avant notre ère, mais on peut constater qu’ils recouvrent des monuments antérieurs, tel le célèbre Tertre du Manio, avec son menhir gravé de serpents, qui date de 4.000 ans avant notre ère. A l’Est des alignements, à Kerlscan, on peut voir une sorte de quadrilatère formé d’énormes blocs, auquel répond un autre quadrilatère, à l’extrémité occidentale, au Ménec. Il n’est pas douteux que ces quadrilatères ne constituent des temples en plein air : quant à savoir quelles étaient les cérémonies qui s’y déroulaient, c’est une autre affaire. Dans le domaine mystérieux des mégalithes, on en est souvent réduit aux hypothèses.

    On a pu ainsi prétendre que les menhirs des alignements correspondaient à des emplacements réservés dans l’Autre Monde, chacun d’eux étant la place symbolique de celui qui l’avait érigé ou qui avait contribué à son érection. Pourquoi pas ? L’idée qui semble prédominer est celle de la permanence, de l’éternité, et cela en relation avec le cosmos. Le menhir en lui-même, par son aspect phallique, représente une force qui jaillit de la Terre et s’élance vers le Ciel. C’est à l’image de l’humanité qui sort de la glèbe primitive, rampe sur le sol, s’élève sur le plan de la verticalité et tend son intelligence vers ce qui est au-dessus dans une vaste tentative, sinon pour comprendre, du moins pour appréhender l’univers et saisir le sens de sa propre existence. Mais, comme le dit Héraclite, les chemins qui montent sont aussi ceux qui descendent, et il est tout à fait possible d’imaginer ces menhirs comme des antennes terrestres qui captent les rayons cosmiques, ou encore comme des paratonnerres qui provoquent l’échange (allant d’ailleurs de bas en haut) entre le Ciel et la Terre. Quoi qu’il en soit, ces alignements sont incontestablement des points de rencontre entre des forces qui pour être contradictoires et antagonistes, n’en sont pas moins complémentaires. […]

    (La France magique, Esquisses pour une géographie sacrée, dans Question de n° 65, “L’esprit des Hauts Lieux”, Albin Michel, 1991)

    juin 25, 2009 à 13 h 09 min

  27. Pour ce qui me concerne (comme je l’ai déjà dit plus haut, sans donner à mon propos cette conotation), ce n’est pas tant la hauteur ou la dureté qui m’effraient… mais la répétition.
    2.800, à mon âge, c’est vraiment beaucoup trop !

    juin 25, 2009 à 13 h 13 min

  28. Description complète et précise du site ici :
    http://www.lieux-insolites.fr/morbihan/alignements/carnac.htm

    juin 25, 2009 à 13 h 18 min

  29. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    […]

    Nous, pierres,

    Quelles que soient nos formes, l’infini
    Nous le portons, le savourons

    Car nous sommes
    L’infini du temps.

    Depuis toujours en nous
    Il se complaît.

    ***

    Nous, pierres,

    C’est de nous
    Que nous parlons,

    De cette source
    Que nous sommes à nous-mêmes.

    C’est notre élan
    Que ressent

    Celui qui nous regarde.

    ***

    Nous sommes ce qu’au monde
    Il y a de plus élémentaire —
    A égalité avec l’eau.

    ***

    Nous venons
    Du tout premier temps.

    Nous vous apportons
    Le goût de l’origine.

    ***

    Nous sommes tourbillons
    Tout comme la flamme
    Quand elle s’offre.

    ***

    Nos rêves sont nourris
    De l’histoire
    De tous les règnes.

    Nos histoires
    Sont vos histoires —
    Mais autres sont nos forces.

    Interrogez l’insecte,
    L’oiseau
    Et l’homme dans sa mythologie.

    ***

    Rien comme nous
    Ne reçoit la lumière,

    L’ingurgite
    Et la répand.

    C’est devenu
    Notre souffle

    Et par lui
    Nous régnons

    Sur l’entourage
    Et au-delà.

    Aux visages des hommes
    Nous apportons notre feu.

    ***

    Quelque chose en nous
    Ne cesse de nous dire :
    Parle beauté.

    Comme si nous savions ce que c’est,
    Comme si nous savions où la beauté
    Se garde, en nous, au secret.

    ***

    Nous aspirons
    A la création d’un vide
    Que nous désirons combler

    Comme si en nous-mêmes
    Nous étions trop lourdes
    Pour nous-mêmes.

    ***

    Nous voudrions pouvoir
    Aller et venir,

    Voir autre chose
    Que ces lieux,

    Faire comme ceux
    Qui passent devant nous.

    Peut-être, alors,
    Compendrions-nous mieux

    Qui nous sommes,
    A quoi nous servons.

    […]

    (Yves Humblot, pierres sculptées, Pierron, 1993)

    juin 25, 2009 à 16 h 32 min

  30. Pascale

    Je suis pétée de rire Amélie! Bon, comme tu fais les questions et les réponses, je n’ai rien à ajouter;-)

    En vrai, on n’a fait que s’y allonger Vincent, puis nous avons regagné et dormi dans notre tente. Décevants, ces jeunes… mais chez nous, l’intimité n’est pas compatible avec la foule, quelle soit humaine ou de pierres!

    juin 25, 2009 à 21 h 52 min

  31. 120

    Ecrit par Jean Rouaud :

    Le manège de Carnac

    […] Ici, à Carnac, on prend le monde à rebrousse-poil. On renverse le cours des choses. Tout est dompté, le temps qui passe et le temps qu’il fait, la terre et le ciel. « Se rendre comme maître et possesseur de la nature », écrira Descartes. Les hommes du Néolithique ne l’ont pas attendu, il y a bien longtemps que la nature, ils en ont fait leur affaire, qu’ils l’ont mise en coupe réglée. Ils ont appris à faire pousser les plantes en leur fixant des rendez-vous d’une saison à l’autre, les animaux dont leurs ancêtres captaient le mouvement sur les parois des grottes mangent à présent dans leur main, fournissant de la viande et des peaux à demeure, et la forêt s’éclaircit à volonté selon qu’ils ont besoin d’espace pour installer un camp ou ensemencer un champ. La condition bien sûr est de demeurer sur place, de ne plus bouger, d’attendre jusqu’à la moisson prochaine, de parquer et de surveiller les troupeaux. Ce qui fait beaucoup de temps libre à simplement regarder pousser l’épeautre, ou les agneaux jouer à saute-moutons. Il s’agit aussi d’occuper tous ces bras poussés à l’oisiveté depuis qu’on n’a plus à parcourir de grands espaces pour cueillir sa nourriture. Et puis tout ce temps disponible, ça fait réfléchir. On commence à regarder en l’air à présent que pour la moisson tout dépend de l’humeur du ciel. Au lieu de le laisser faire à sa guise, d’être à sa merci, peut-être serait-il temps de le mettre lui aussi au pas, ce ciel capricieux, incertain, de le domestiquer comme on l’a fait des plantes et des animaux.

    Ceux-là qui procèdent à l’érection de cette forêt de pierres sont ivres de ce pouvoir de plier à leur guise le monde et les choses. Cette friche sacrée cache bien son jeu, ces pierres sont de belles plantes. Les alignements n’ont pas le triomphe modeste. […]

    (Préhistoires, Gallimard, 2007)

    juin 26, 2009 à 13 h 18 min

  32. Heu… bonjour a tous, je m’apelle Gilles, j’habites en Bretagne. Il y à 20 an de sa environs, j’ai été témoin d’une sène pas trop cool dans un petit bois a cotée du champ de ménirs de Carnac.
    Y avais une canadiène vert bouteille plantés au pied d’un arbre et elle était éclairé de l’intérieure. Comme ça faisai du bruit je me suis aproché et là je peux pas vous raconter ce que j’ai vu en ombres chinoise. Ca ma fait un telle choque que quand je suis rentrer chez moi, ma mère m’a amené à l’hopital. Et j’en suis pas encore sorti. Les médicaments marche bien et m’aide à dormir et a pas crier la nuit pour pas réveillé les autres qui dort, mais quand même, ce que j’ai vu cette nuit la, jamais je pourrai l’oublié. Ca me fait peur quand il fait noir.

    juin 26, 2009 à 15 h 40 min

  33. Je m’appelle Mireille. je suis infirmière de nuit au centre hospitalier bretagne-atlantique. C’est moi qui veille sur Gilles le nuit depuis plus de 30 ans.
    Si certaines personnes sur ce site connaissent les raisons de son traumatisme, l’équipe soignante leur serait reconnaissante de bien vouloir nous contacter au plus vite, les traitements chimiques s’avérant de moins en moins efficaces.
    La nuit dernière, on l’a vu déambuler dans les couloirs caché sous une tente canadienne dans laquelle il avait enfermé plusieurs pensionnaires féminines aux cheveux bouclés. IL n’y a pas de mots pour ce qu’il leur a fait subir.
    Par pitié, contactez-nous !

    juin 26, 2009 à 16 h 04 min

  34. Pascale, on te laisse gérer ?

    juin 26, 2009 à 16 h 24 min

  35. 120

    Ecrit par Jean Rouaud :

    Le manège de Carnac

    […] Une question cependant. Domestiquer les plantes et les animaux, on comprend le riche profit qu’en tire le groupe, dont soudain la survie ne dépend plus des hasards de la chasse et de la cueillette. Elever, semer, il suffit d’attendre, bêtes et plantes arriveront à point, mais domestiquer les pierres ? Qu’est-ce qu’on en attend ? Car s’ils font grandir les pierres, en une belle métaphore des âges de la vie, c’est qu’il est bien dans l’esprit de ceux-là de les élever, comme on élève un troupeau, un enfant peut-être, et donc de mettre un tuteur au temps, et s’ils les alignent comme des sillons parallèles, s’ils les plantent en terre, c’est aussi qu’ils doivent en espérer une récolte prochaine. Simplement de la pluie ? En Bretagne, inutile de se donner tant de mal. Alors quoi ?

    Dans une tombe on a retrouvé une hache plante dans le sol le tranchant en l’air, comme s’il s’agissait d’inciser le ciel, de le labourer. Pour y faciliter l’entrée du défunt ? L’ensemencer avec l’esprit du disparu ? Alors quelle récolte pour ce labourage à socs multiples, milliers de haches la tête en l’air, entaillant en lignes les ciels bas de l’Atlantique pour y recevoir les restes et la semence de tout un peuple ?

    Une chose est sûre. La mort continue, comme hier, comme toujours, de provoquer une belle pagaille. Les rituels varient mais jusqu’à présent, les morts, même barbouillés d’ocre pour rendre un peu de la couleur du sang à leur pâleur, on ne les a jamais vus revenir. Voilà un nouveau défi à la hauteur des nouveaux maîtres de l’univers. Après avoir domestiqué la vie, il est temps d’ouvrir un second chantier, plus ambitieux, au terme duquel c’est la mort qui devra plier, se soumettre à ce régime de répétition généralisée. Car cette vie, qui s’évanouit dans la nature, ne pourrait-on faire en sorte qu’elle s’appelle reviens ? Et pourquoi cette rigidité de pierre des cadavres ? Allons, debout les pierres, comme debout les morts, en colonnes par sept, onze, treize, la plus grande devant, la plus petite derrière. Les pierres, après les plantes et les animaux, on les met au pas. A Carnac, c’est une arme disciplinée, une grande muette, qui avance dans un silence minéral. Le général de cette armée morte ne veut voir qu’une seule tête. Celle qui entraîne ses troupes immobiles dans la grande traversée des ténèbres, en direction du couchant, là où le soleil éteint ses feux dans l’eau rougissante de l’Atlantique. Or qu’est-ce qu’on attend du soleil ? Qu’il nous revienne, non ?

    (Préhistoires, Gallimard, 2007)

    juin 26, 2009 à 17 h 05 min

  36. Wahou !

    Je ne sais pas s’il touche juste, mais y’a pas à dire : l’hypothèse est on ne peut plus séduisante, vous ne trouvez pas ?

    Je ne sais pas si Rouaud fait preuve de la même pertinence et finesse d’esprit (autant que de style) dans ses autres ouvrages, mais ça donne envie d’aller y voir.

    juin 26, 2009 à 17 h 07 min

  37. tiens… justement, je suis en train de lire, romancée, l’idée que les morts vivent tant que vivent leurs vivants.

    juin 26, 2009 à 17 h 18 min

  38. 120

    Ecrit par Jean Rouaud :

    Le manège de Carnac

    […] Sur ce haut blason armorié qu’est le menhir brisé aux restes dispersé à Gavrinis et Locmariaquer, les bâtisseurs sédentaires persistent et signent, où sont gravées une araire, des têtes de bovidés et une hache. Agriculture, élevage et déboisement. C’est exactement le programme de tout candidat du Néolithique. Respecté à la lettre à Carnac. Mais maintenant que les techniques ont fait leurs preuves, on s’autorise à passer aux choses de l’esprit, la même chose, en fait, mais dans son émanation poétique.

    Après le peur de manquer, la peur de mourir. Après l’Homo erectus, l’Homo erector, où le redressé d’Afrique parti à la conquête du monde à présent dresse, érige, invente le miroir de pierre, son double de granit, sa projection de lui-même, la statue. Car c’est lui, là, ce sont eux, alignés par milliers, parfaitrement ressemblants à l’idée qu’ils se faisaient d’eux-mêmes, de leur place sur terre, de leur passage en ligne droite en ce monde, se distinguant par l’essentiel, la taille, la position, l’arrondi ou l’aigu. C’est tout un peuple qui le nez en l’air choisit de faire alliance avec le ciel, un peuple reconnaissant pour cette profusion dispensée par le soleil, un peuple qui parie, un peuple confiant qui ne s’offusque plus de cette alternance entre l’ombre et la lumière. La légende a raison, c’est une armée en marche avec femmes et enfants qui se prépare à affronter le redoutable, le redouté au-delà. Les sédentaires, ces nomades pétrifiés, inventent le nomadisme métaphysique. […]

    (Préhistoires, Gallimard, 2007)

    juin 29, 2009 à 22 h 35 min

  39. « Après l’Homo erectus, l’Homo erector » ! Etc..
    Il me bluffe vraiment ce Rouaud !

    juin 29, 2009 à 22 h 57 min

  40. 120

    Ecrit par Jean Rouaud :

    Le manège de Carnac

    […] Le maître de Carnac ne veut plus de son tumulus pour abriter sa vie future, cette pyramide destinée à propulser l’âme des morts vers les cieux, rampe de lancement pour l’au-delà, sans espoir de retour. Lui tient à revenir. Depuis qu’il maîtrise le cycle des saisons il ne voit pas de raison d’aller voir ailleurs. Il installera donc son ciel sur la terre. Pour ce déménagement, les sillons s’ouvrent, chargés de recueillir les rayons solaires comme un engrais de lumière. Au prince du ciel on offre en signe d’hommage et de louange son ombre projetée, pétrifiée, déclinante, une traîne rayonnante et corpusculaire de centaines de pierres en lignes. Une fois plaquée au sol, on prend le Soleil en orage, on le somme de tirer l’attelage des morts. Les magiciens du Néolithique peaufinent leur gigantesque fronde métaphysique. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ils comptent bien que l’astre représenté en bout d’alignement par ce cercle de pierres ramène toute sa petite armée pour un nouveau tour lumineux après ce périlleux passage dans les ténèbres. Et ainsi ad libitum. Car ils ont tout prévu. A l’est de leur grand ouvrage, ils ont installé une enceinte ovoïde pour accueillir le renaissant. Carnac est cette pensée qui revient en boucle. Carnac est ce grand manège où les navigants de pierre se dirigent sur la carte du ciel. Les alignements de Carnac sont un jeu d’enfants.

    (Préhistoires, Gallimard, 2007)

    juillet 3, 2009 à 18 h 37 min

  41. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    LES MENHIRS

    Il fallait qu’il y eût cette mer,
    Cette baie où elle se repose,
    Pense à elle-même,

    S’interroge
    Sur le mouvement,

    Rame vers nous.

    *

    Nous sommes
    De l’immobile en mouvement.

    Nous traversons
    La durée.

    *

    Nous sommes de la durée
    Qui s’est arrêté

    Pour se voir passer.

    *

    Nous sommes faits
    Des cris des goélands

    Arrivés au bout du monde,
    Fatigués.

    *

    Nous avons été
    Quelque chose d’important,

    Nous avons gouverné.

    *

    Nous avons été
    La musique
    De ces landes sans fin.

    *

    Nous sommes
    Une protestation
    Contre l’espace vide.

    Nous sommes le fruit
    Du besoin d’avoir à toucher,
    Du besoin de la verticale.

    Nous sommes un cri
    Contre le cri
    Que nous incarnons.

    *

    Plantés là
    Contre le balancement,

    Contre la marée,
    Contre le vent.

    *

    La mer — où est-elle ? —
    Vient à nous
    Sous forme de pluie.

    Pour nous battre.
    Pour nous laver ?

    Rien
    Que pour nous saluer ?

    Nourrir nos lichens ?

    *

    Lovés en nous
    Retirés en nous,

    Voyant quand même
    Et pas sans compassion,

    Tout ce qui vient
    Autour de nous
    Et ne dure pas :

    Ces nuages, ces herbes,
    Ces gens.

    *

    Nous en avons vu
    Se mettre à genoux

    A la façon du soleil
    Vers le soir

    Comme si c’était nous
    Qui les incitions,

    Comme si le couchant
    Nous avait sacrés,

    Afin que vers lui
    Nous témoignions.

    *

    Ce n’est pas vers la justice
    Que nous sommes
    Une armée en marche.

    C’est vers un équilibre difficile
    Dans un demi-cercle
    Avec une pierre plate

    Où le sang peut couler.

    *

    Nous allons
    Vers où l’on va
    Quand on est arrivé.

    (Motifs, poèmes 1981-1984, Gallimard, 1987)

    juillet 8, 2009 à 23 h 30 min

  42. 120

    Ecrit par Jean Guilaine :

    […]
    — La pratique des mégalithes a, elle aussi, été importée du Proche-Orient ?

    — On a cru un moment qu’il y avait eu un peuple des dolmens, missionnaire d’une religion mégalithique (« la grosse pierre », en grec) qui serait venu de Méditerranée orientale. C’est faux. Le concept du mégalithe n’est pas né au Proche-Orient. Il est propre à certaines régions, à un moment de leur évolution, et n’apparaît pas aux mêmes époques dans le Caucase, à Malte, en Afrique du Nord ou en Armorique…

    — On songe évidemment aux fameux dolmens bretons…

    — La datation au radiocarbone l’a montré, ceux-ci sont plus anciens que ceux d’Israël, de Jordanie ou de Syrie. C’était des sépultures collectives avec une chambre funéraire à laquelle on accédait par un couloir et qui étaient à l’origine recouvertes d’un tertre. Il n’en reste souvent aujourd’hui que les tables de pierre constituées d’énormes blocs, la charpente en quelque sorte.

    — Rien à voir, donc, avec les Celtes ?

    — Non ! Contrairement aux idées reçues, les dolmens sont bien antérieurs à l’arrivée des Celtes et ils n’ont rien à faire avec la culture celtique : ces fadaises ont été inventées par la « celtomanie » qui a sévi au XVIIIe et au XIXe sècles. Les dolmens sont des tombeaux préhistoriques, et on en trouve davantage dans le midi de la France qu’en Bretagne !

    — Et tout le monde sait qu’il ne faut pas les confondre avec les menhirs. Quelle est vraiment la différence ?

    — Les menhirs, ces pierres plantées, dressées vers le ciel, ne sont pas des vestiges de tombeaux, mais des stèles, des bornes, des monuments commémoratifs, des lieux où on venait consulter l’oracle. Dans le cas des alignements de Carnac en Bretagne, on a parlé de systèmes de visée astronomique. Mais ce n’est qu’une hypothèse. Certains menhirs décorés d’Armorique sont antérieurs aux dolmens, d’autres leur sont contemporains, d’autres enfin sont sans doute plus récents…

    — Pourquoi les dolmens étaient-ils si volumineux ?

    — Sans doute pour manifester un sens de l’éternité, une volonté de s’inscrire dans le temps. Mais ils traduisent aussi l’esprit de compétition qui sévit à l’époque. Ce sont des démonstrations de puissance : on marque son territoire pour qu’il soit incontesté, on le balise. C’est ainsi que, par les sépultures, le paysage se structure et se socialise.
    […]

    (La plus belle histoire de l’homme, Seuil, 1998)

    juillet 9, 2009 à 22 h 27 min

  43. Ourko

    Les menhirs comme façon de marquer son territoire ?
    Ben dis donc, il avait de sacrées coliques néphrétiques le gars qui a pissé tout autour de son champ, à Carnac !!!

    juillet 9, 2009 à 22 h 30 min

  44. Craô

    Pour ériger un menhir :

    juillet 9, 2009 à 22 h 41 min

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