"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Chronique de Craô (9) : le vote et la pensée magique

Mais que vont donc faire tous ces Européens, ce week-end ? Quel étrange rite pratiquent-ils ?

Ils vont voter, bien sûr (du moins certains d’entre eux). Mais pourquoi le font-ils, alors qu’il n’y a pratiquement aucune chance que leur voix soit décisive dans le décompte final des voix ? Hein… pourquoi ?

Demandez-leur et vous verrez que se cache là — dans l’un des plus beaux fleurons de la Modernité — une bonne part de cet archaïsme qu’est la « pensée magique ».

Elle est increvable, celle-la. On la renvoie par la porte, et hop ! elle revient par la fenêtre. En priorité, même, là où on ne l’attend pas. Où on ne la souhaite pas.

De quoi réjouir un « préhisto » (qui pourrait bien aller voter rien que pour la célébrer).

Nawa !

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11 Réponses

  1. Vous ne trouvez pas que ça fait un peu « burka » le rideau des isoloirs ?

    La démocratie serait donc une religion qui porte aussi le voile (dans les écoles, en plus, le plus souvent, là où c’est normalement interdit) mais épisodiquement.

    juin 6, 2009 à 11 h 10 min

  2. D’accord avec Craô sur la dimension irrationnelle du vote.

    La probabilité qu’un bulletin de vote soit au final décisif est en effet déjà quasiment nulle.

    Et même si, par facécie du hasard, la situation du parfait 50-50% se présente (on s’en est pas mal approché dernièrement lors de la dernière élection de Bush, ou de Martine Aubry au sein du PS), ce n’est jamais au final le bulletin supplémentaire qui fait la différence (et décide du vainqueur final) mais la marge d’erreur (ou de fraude) du système de comptage.

    La décision d’aller voter ne ressort donc effectivement pas de la pensée rationnelle, mais d’un autre ordre, symbolique (en hommage à ceux qui sont morts pour acquérir ce droit, etc.) ou magique (pour inciter implicitement les autres à en faire autant, etc.).

    juin 6, 2009 à 11 h 23 min

  3. On peut remarquer sur la photo que cette année encore elle se portera bien courte la « burka démocratique ». On est même passé bien au-delà de « ras la moule ». C’est un peu un appel au viol, tout de même. Qu’on s’étonne après, de se faire…

    juin 6, 2009 à 11 h 33 min

  4. Tutututut !

    juin 6, 2009 à 11 h 34 min

  5. Bon, ok, je sors. 😉

    juin 6, 2009 à 11 h 35 min

  6. Suite à l’élection folklorique de Bush (avec tout le ridicule du comptage et recomptage infini des voix que cela entraîna), Baudrillard a écrit je ne sais plus où (bon courage à 120 pour le retrouver !) que le 50-50 était l’horizon fatal vers lequel la démocratie allait inexorablement tendre et mourir.

    Je trouve (comme souvent avec JB) cela à la fois drôle et… prophétique. On verra ce que l’avenir en dira, mais la confrontation Aubry/Royal au sein du PS semble confirmer la tendance.

    La démocratie (dans sa logique) n’aime pas trop les grands écarts (qui transforment l’élection en plébicite). Tout le « jeu » (inconscient) des sondages et des médias précédant les élections consisterait en définitive à « lisser les écarts » et tendre vers ce trou noir sans fond du 50-50.

    juin 6, 2009 à 11 h 47 min

  7. 120

    Ecrit par Jean-Pierre Dupuy :

    […] Les psychologues cognitifs américains se sont donc demandé pourquoi certains de leurs compatriotes (relativement peu nombreux, il est vrai !) se déplaçaient pour exprimer leur suffrage. Ils ont cru déceler des modes de raisonnement qu’ils ont nommés, d’une façon quelque peu méprisante, « magiques ». Le citoyen moyen se dirait : « Si je me décide à voter, il est probable que ceux qui, s’ils votent, votent comme moi, se décideront également à voter. En mettant mon bulletin dans l’urne ou en poinçonnant a carte, ce sont donc des milliers de concitoyens qui j’influence. » L’électeur du matin s’attribuerait même une influence plus forte que l’électeur du soir, ce qui, au sein du sophisme (si c’en est un), possède après tout une certaine logique. […]

    (La marque du sacré, Carnets Nord, 2008)

    juin 6, 2009 à 12 h 28 min

  8. 120

    Ecrit par Jean-Pierre Dupuy :

    (pour sortir du « paradoxe du vote »)

    Il est possible, il est nécessaire de sortir du paradoxe du vote, mais il faut pour cela renoncer à traiter l’élection comme une procédure rationnelle de choix des gouvernants et remonter aux origines rituelles de la démocratie. […]

    […] C’est dans un premier temps […] la mise en scène d’un duel d’autant plus intense que le regard extérieur ne distingue rien qui, vraiment, sépare les rivaux. Plus ils se ressemblent, plus ils s’échinent à signifier des différences illusoires. Ce premier temps ne semble être là que pour préparer le second, beaucoup plus bref, qui rassemble en un mouvement cathartique la nation, elle était encore coupée en deux, mais le presque rien ou le je-ne-sais-quoi qui décident de l’élu suffisent à faire soudainement de lui l’intégrateur de la totalité. Les rituels qui accompagnent la signature d’un taité de paix ou une alliance mettent traditionnellement en scène la guerre ou le conflit pour mieux en signifier la négation. Le rituel dit : « guerre », puis « non-guere », et ce second moment s’accompagne régulièrement d’un sacrifice. […]

    […] Le rite électoral joue avec le feu en représentant l’affrontement pour mieux le dépasser. Le risque est que la fête tourne mal et que l’incendie embrase tout pour de vrai.

    (La marque du sacré, Carnets Nord, 2008)

    juin 9, 2009 à 12 h 06 min

  9. Wahou !
    Je ne sais pas vous, mais moi j’aime beaucoup cette conception du vote en terme de rituel « carnavalesque » (au sens propre du terme).

    En tout cas c’est une façon très « préhisto » de sortir du paadoxe du vote, non ?

    juin 9, 2009 à 12 h 09 min

  10. « Le rite électoral joue avec le feu en représentant l’affrontement pour mieux le dépasser. Le risque est que la fête tourne mal et que l’incendie embrase tout pour de vrai. »

    C’est ce qui semble se passer aujourd’hui en Iran.

    juin 18, 2009 à 12 h 47 min

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