"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Question éternelle, réponse postmoderne

Qui sommes-nous  ? Quelle est donc la caractéristique qui nous distingue des autres espèces et par là même nous définit ?

Il semble qu’à l’origine  la question ne se posait pas vraiment ou se résolvait aisément : étaient humains (par exemple inuits, puisque c’est la traduction du terme) les seuls membres de la tribu ou de la communauté. Les autres étaient renvoyés dans un ailleurs barbare, indistinct ou innommable.

La question du propre de l’homme est venue avec l’apparition de la philosophie. Toutes les hypothèses ont depuis lors été suggérées : la raison, le langage, la conscience (notamment de notre finitude), la verticalité, la religiosité… Le rire, même. Toutes ont progressivement été relativisées, voire infirmées, entre autres par l’éthologie qui a décelé toutes ces caractéristiques, en bribes, dans les autres espèces animales. L’idée même d’une distinction en est finalement devenue elle-même hypothétique.

Le développement de la toute nouvelle sphère virtuelle vient cependant — l’air de rien — de relancer l’éternel débat. Dans le souci, tout pragmatique, de distinguer les humains des autres « êtres » qui peuvent circuler sur la toile en tentant de se faire passer pour eux, après quelques tâtonnements, elle a trouvé le crible imparable permettant à tout être humain de « prouver son humanitude »  : demander de copier correctement un ensemble de signes déformés.

Implicitement, donc, la spécificité de l’humanité ainsi repérée est l’étrange capacité (folie ?) d’interpréter les apparences et leur trouver un sens caché.

A bien y réfléchir, n’est-ce pas là la meilleure définition de l’Humain qu’on ait jusqu’à présent trouvée ? Ne sommes-nous pas effectivement cet animal qui ne peut s’empêcher d’imaginer derrière ce monde imparfait un autre monde plus organisé, cohérent, bref rationnel ? Et qui ne trouve, au terme de ce laborieux décryptage, rien d’autre qu’un code ne portant guère plus de sens que les hiéroglyphes de départ.

L’Humain, nous révèle l’époque actuelle, est cet être qui, bien qu’il n’en trouve jamais, cherche toujours du sens.

Publicités

32 Réponses

  1. Heu… Il veut dire quelque chose, ton article, Vincent ? Il y a quelque chose à comprendre, un sens caché… ou il est à prendre tel quel : comme un simple hiéroglyphe ?

    juin 2, 2009 à 16 h 35 min

  2. Comme tu veux, Ourko, mais tu me sembles déjà avoir saisi l’essentiel. A toi de voir — et toi seul — si ton « besoin de chercher du sens » est rassasié ou non.

    juin 2, 2009 à 16 h 37 min

  3. Les animaux sont donc tout aussi humains que nous pour la plupart, qui suivent une piste, traquent une proie, interprètent de signes…
    Il me semble pour ma part que ce qui caractérise le plus clairement l’humain est sa propension à observer son nombril, non ? IL ne s’agit que d’une hypothèse, bien entendu, puisque je ne détiens aucune preuve, mais quel animal, à force d’introspection et de mises en doutes et en abimes, en arriverait à se demander si son existence est réelle ?

    juin 2, 2009 à 17 h 15 min

  4. je précise, au cas où il serait nécessaire de le faire ici, que je ne place pas l’humanité au-dessus de l’animalité…

    juin 2, 2009 à 17 h 18 min

  5. A mon avis, nous sommes devenus humains à partir du moment où nous nous sommes considérés nous-mêmes comme objet de réflexion.

    juin 2, 2009 à 17 h 19 min

  6. Jusque là, j’ai l’impression qu’on rayonnait.

    juin 2, 2009 à 17 h 22 min

  7. Ce « nombrilisme » (pointé par Amélie) n’est-il pas venu de la philosophie, elle-même issue de la raison, qui est une arme à double tranchant sans doute bien trop puissante pour nos capacités de maniement ?

    Je ne suis pas loin de trouver l’attitude « préhisto » plus sage que celle des philosophes. Sans être spécialiste de la question, j’émets en effet de sérieux doutes quant à la fameuse traduction du nom des tribus. On a coutume de dire qu’ils s’auto-proclamaient « humains » et rejetaient tout autre individu appartenant à une autre tribu hors de la sphère humaine. N’est-ce pas là une interprétation idéologique, destinée à laisser croire qu’ils n’étaient pas sortis du narcissisme enfantin, bien primitif comparé à notre vertueux universalisme ?

    J’aurais plutôt tendance à croire que le concept même d’Humain était totalement hors de leur représentation, et ne peut donc être la traduction adéquate du nom de leur tribu. Ils se considéraient, à mon avis, simplement comme eux-mêmes, sans se poser de questions métaphyiques oiseuses. Ils n’étaient pas (encore) atteints par la maladie de la raison : l’universalisation intempestive.

    juin 2, 2009 à 19 h 13 min

  8. Du coup, je ne dirais pas que nous sommes devenus « humains » à partir du moment où on s’est regardé le nombril (on l’était déjà avant, humains, mais sans ressentir l’impérieux besoin de se le dire). Je dirais plutôt qu’on est devenus… « modernes ».

    juin 2, 2009 à 19 h 18 min

  9. Je suis lasse d’entendre parler de philosophie comme d’une science, à vrai dire. Philosopher, c’est un penchant naturel, c’est du quotidien. Philosopher c’est juste exercer sa curiosité, donc se questionner. Avant la raison, je pense donc que la philosophie dont tu parles, Vincent, est plutôt issue d’une curiosité toute naturelle. Il est probable en effet qu’elle marque le début de l’humanité.
    Quant au terme d’humain, je pense qu’il reflète ce qu’on connait, qui nous est familier et que l’on comprend : ce à quoi on s’identifie aisément, ce en quoi on se reconnaît et qui n’éveille pas trop d’interrogations. (ce qui apaise notre frénésie de questionnement c’est à dire notre nature de philosophe).

    juin 4, 2009 à 13 h 23 min

  10. « humain », si son équivalent existait vraiment, voulait sans doute dire « comme moi ».
    Dans cette hypothèses, l’humanité existe depuis la nuit des temps 🙂

    juin 4, 2009 à 13 h 26 min

  11. On comprendrait dès lors qu' »humain », utilisé par homo sapiens, ait été opposé à bison, araignée, chenille, mammouth, et que finalement la somme de ces oppositions se soient constituée en « animal » ?

    juin 4, 2009 à 13 h 28 min

  12. Et puis, une autre sous-partie (immobile) se serait constituée en « végétal » ?

    juin 4, 2009 à 13 h 34 min

  13. Bref, « humain » pourrait très bien ne rien vouloir dire et n’être qu’une façon de se distinguer soi, et ceux en lesquels on se reconnaît, du reste du monde.

    juin 4, 2009 à 15 h 41 min

  14. Isidore

    Tiens, ça me plaît bien comme façon de voir, Amélie !

    juin 4, 2009 à 16 h 40 min

  15. D’accord avec toi, Amélie, pour trouver pédante la philosophie (souvent jargonneuse) qui se prétend science et, implicitement, réservée à une élite sachant raisonner convenablement, et préférer la simple (et naturelle) curiosité intellectuelle.

    Pas d’accord cependant avec la suite de ton propos. L’humain, différent des autres êtres naturels (végétaux et animaux) n’est pas une catégorie « naturelle » et « universelle ».

    C’est, en l’occurrence, la façon « moderne » et « occidentale » de voir le monde, mais il en existe d’autres. Trois autres, même, pour être précis, si on s’en tient au monumental travail d’anthropologie comparée effectué ces dernières années par Philippe Descola (le sucesseur de Lévi-Strauss).

    Dans un rapport « totémique » au monde, par exemple, un membre d’une tribu affiliée à l’élan se sentira plus proche de cet animal (et de tout ce qui lui est associé) que d’un membre d’une autre tribu attachée à un autre animal.

    Je comptais justement faire un petit article sur le sujet un de ces quatre.

    juin 4, 2009 à 16 h 41 min

  16. Peut-être,mais il ne s’y « reconnait » pas réellement. Il se sent plutôt en communion spirituelle, il me semble.

    juin 4, 2009 à 16 h 47 min

  17. D’ailleurs (s’il est vraiment indispensable de faire appel à des livres pour en parler), le bouquin sur le chamanisme de Clottes précise bien (mais ce n’est pas une science, simplement des hypothèses et déductions), que les animaux totem sont des « humains » prenant la forme d’animaux.

    juin 4, 2009 à 16 h 50 min

  18. Sinon, au sein même de la conception « naturaliste » de l’Humain (conception « moderne » marquant une frontière nette entre l’espèce humaine et les autres règnes), on peut remarquer que le terme même d’humain est sacrément ambigu.

    Il désigne, en effet, à la fois tout ce qui appartient à l’espèce humaine, indifféremment (le fait humain, biologique, objectif), et ce qui, au sein de celle-ci, est considéré comme seul vertueux et souhaitable (une valeur morale définissant ce qu’on voudrait qu’elle soit).

    Cette double conception est source de confusion et surtout de grands dangers : on ne compte plus, en effet, les humains « biologiques » qui ont été écartés de l’Humanité symbolique (avec toutes les conséquences que cela peut impliquer) car ils ne correspondaient pas à l’image morale qu’on s’en faisait.

    juin 4, 2009 à 17 h 00 min

  19. Je persiste (et signe) avec un commentaire précédent : le terme humain (même avec des guillemets) ne devrait pas être employé quand on traduit une conception du monde qui n’est pas « naturaliste », car il n’a de sens que dans cette conception-là (il est même le coeur).

    juin 4, 2009 à 17 h 04 min

  20. donc une personne qui a commis un crime contre l’humanité est humain ?

    juin 4, 2009 à 18 h 13 min

  21. Vincent

    Rien n’est plus humain que l’inhumanité, non ?

    juin 4, 2009 à 18 h 48 min

  22. Je persiste aussi : si on prend du recul par rapport au mot, il me semble que l’ambiguité que tu soulignes n’en est pas une : le terme d' »humain » reste ce par quoi on se reconnait dans nos semblables. Ca vaut pour des valeurs morales aussi quoi que ça puisse avoir d’hypocrite… Dans la mesure où l’on se reconnait, on préfère lisser l’image que nous renvoie le miroir.

    juin 4, 2009 à 20 h 50 min

  23. donc homme : qui est comme moi ?

    c’est très généreux comme conception des choses, si seulement on le pensait tous …

    juin 4, 2009 à 23 h 07 min

  24. Isidore

    Tout à fait d’accord avec vous… j’ajouterais même que si l’humain dans son humanité quasi humaine devait humer la main de la naine chaque fois qu’un ami mâle alité avait l’audace de manier sans la moindre aménité le malin merlu de ses mirettes, alors il est fort à parier que l’animal cousu main aux manies de grand mâle qui sommeille en son sein se ferait une joie d’exprimer la vanité de cette foutue manne mitée…

    juin 4, 2009 à 23 h 17 min

  25. Isi j’t’adore !

    juin 5, 2009 à 11 h 01 min

  26. A Yatsé
    C’est drôle, je trouve au contraire que ça n’a rien de généreux puisque ça exclue tous ceux qui ne me ressemblent pas.

    juin 5, 2009 à 11 h 02 min

  27. Hop hop

    merci Vincent pour le livre :  » les Animaux dénaturés » mais du coup c’était un peu facile pour toi de lancer un tel sujet après avoir lu un tel bouquin…

    L’auteur explore énormément de voies différentes pour définir l’homme et j’avoue en sortir avec encore plus de questions 🙂

    Donc pour moi l’homme c’est vraiment l’entité qui se pose pleins de questions inutiles et qui a une capacité d’abstraction gratuite !

    Par contre, je trouve ce débat complétement déplacé car définir l’homme c’est pas du tout préhisto !

    Nawa ! 😛

    juin 13, 2009 à 12 h 52 min

  28. Et sur le sujet de départ de cet article : le filtre inventé par les informaticiens pour « prouver » l’appartennace de l’utilisateur à l’espèce humaine (un code déformé à décrypter ou un petit calcul mental à réaliser), tu n’as rien à dire ?

    En tout cas, moi, ce truc m’hallucine. J’ai vraimennt l’impression que, l’air de rien, la technique (et ses praticiens) a trouvé là non pas une question supplémentaire mais… une — voire « la » — réponse.

    Du coup, la question ne se pose plus (ou moins).

    juin 14, 2009 à 9 h 37 min

  29. ah ? le filtre sera cassé, c’est qu’une affaire de temps …
    tout comme les limites de notre intelligence 😉

    juin 15, 2009 à 23 h 56 min

  30. tu avais pensé quoi d’IA, le film de spielberg ?

    juin 15, 2009 à 23 h 57 min

  31. Pas vu !

    Tu entends quoi par « les limites de notre intelligence seront, elles aussi, cassées » ?

    juin 16, 2009 à 12 h 09 min

  32. Vincent

    Je parie ma peau d’auroch des neiges que le filtre de type calcul (combien font 6+8 ?) sera « cassé » bien avant celui qui demande de « lire » des écritures déformées.
    Il y a en effet dans le premier une simple « mécanique » accessible à toute machine (la moindre calculette peut trouver le résultat : il lui suffit juste de reconnaître chiffres et signes). Dans le deuxième, il y a toute de même en jeu une compétence bien plus complexe : une sorte d’anticipation d’un sens présent sous les apparences trompeuses.
    Non ?

    juillet 9, 2009 à 22 h 37 min

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s