"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Archives de juin 2, 2009

Question éternelle, réponse postmoderne

Qui sommes-nous  ? Quelle est donc la caractéristique qui nous distingue des autres espèces et par là même nous définit ?

Il semble qu’à l’origine  la question ne se posait pas vraiment ou se résolvait aisément : étaient humains (par exemple inuits, puisque c’est la traduction du terme) les seuls membres de la tribu ou de la communauté. Les autres étaient renvoyés dans un ailleurs barbare, indistinct ou innommable.

La question du propre de l’homme est venue avec l’apparition de la philosophie. Toutes les hypothèses ont depuis lors été suggérées : la raison, le langage, la conscience (notamment de notre finitude), la verticalité, la religiosité… Le rire, même. Toutes ont progressivement été relativisées, voire infirmées, entre autres par l’éthologie qui a décelé toutes ces caractéristiques, en bribes, dans les autres espèces animales. L’idée même d’une distinction en est finalement devenue elle-même hypothétique.

Le développement de la toute nouvelle sphère virtuelle vient cependant — l’air de rien — de relancer l’éternel débat. Dans le souci, tout pragmatique, de distinguer les humains des autres « êtres » qui peuvent circuler sur la toile en tentant de se faire passer pour eux, après quelques tâtonnements, elle a trouvé le crible imparable permettant à tout être humain de « prouver son humanitude »  : demander de copier correctement un ensemble de signes déformés.

Implicitement, donc, la spécificité de l’humanité ainsi repérée est l’étrange capacité (folie ?) d’interpréter les apparences et leur trouver un sens caché.

A bien y réfléchir, n’est-ce pas là la meilleure définition de l’Humain qu’on ait jusqu’à présent trouvée ? Ne sommes-nous pas effectivement cet animal qui ne peut s’empêcher d’imaginer derrière ce monde imparfait un autre monde plus organisé, cohérent, bref rationnel ? Et qui ne trouve, au terme de ce laborieux décryptage, rien d’autre qu’un code ne portant guère plus de sens que les hiéroglyphes de départ.

L’Humain, nous révèle l’époque actuelle, est cet être qui, bien qu’il n’en trouve jamais, cherche toujours du sens.