"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Il est bon, mon sauvage !

« La presse française consacrant toutes ses forces à nous parler du talent trop méconnu de Patricia Kaas ou de Johnny Hallyday, c’est comme d’hab’ vers nos confrères d’outre-Manche qu’il faut se tourner pour savoir ce qui se passe dans le monde – y compris chez nous. Figurez-vous qu’un chercheur français, nous apprend The Guardian, vient peut-être de résoudre une des énigmes les plus taraudantes de la Préhistoire : la disparition des Néanderthaliens. D’après Fernando Rozzi du CNRS, leur extinction n’a rien de si mystérieux, ils auraient juste été bouffés par les hommes modernes : Cro-Magnon considérait son lointain cousin à gros pif comme un vulgaire animal de boucherie ! A l’appui de cette hypothèse, le paléo-nutritioniste nous explique qu’un nombre impressionnant de squelettes néanderthaliens porte des micro-traces de dépeçage, qui laissent peu de doutes sur l’identité des coupables et sur leurs mobiles. La coexistence pacifique entre les deux catégories d’homos était jusque-là un des thèmes récurrents de la plupart des séries de vulgarisation scientifique, genre L’odyssée de l’espèce. Il est vrai qu’elle présentait l’insigne avantage de faire remonter à la nuit des temps la mondialisation forcément heureuse et l’enrichissement obligé par les différences. Avec cette réécriture du mythe du bon sauvage, va falloir trouver autre chose à se mettre sous la dent… »

(Marc Cohen, http://www.causeur.fr/il-est-bon-mon-sauvage,2427 )

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64 Réponses

  1. Dans le résumé (trouvé sur Internet) de L’ordre cannibale de Jacques Attali (que je n’ai pas lu) je lis cette question qui fait écho à cette info du Guardian relayée sur Causeur :

    « Au terme de cette double-enquête, on est conduit à se demander si, de la consommation réelle des corps dans les sociétés cannibales de jadis à la consommation des copies du corps que nous prépare l’ère des prothèses, nous sommes jamais sortis d’un ordre cannibale, ou encore si notre société industrielle n’a jamais été rien d’autre qu’une machine à traduire un cannibalisme vécu en cannibalisme marchand. »

    Marc Cohen a sans doute raison de suggérer de revoir le mythe du bon sauvage : l’ Homo qui a survécu est sans doute plus « démens » — voire « violens » — que « sapiens » !

    Depuis le temps, on devrait d’ailleurs s’en être rendus compte. 😉

    mai 17, 2009 à 14 h 03 min

  2. On n’est pas obligé d’être violent ou dément pour manger son congénère, Vincent. On peut très bien concevoir de le faire par… amour !

    mai 17, 2009 à 14 h 05 min

  3. Pour ceux qui veulent aller voir.

    On a déjà causé, sur ce blog, de Néandertal :
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/11/26/neandertal-en-nous/

    Et même du cannibalisme :
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/05/06/quignardise-2-devenir-bete/

    mai 17, 2009 à 14 h 16 min

  4. Amélie

    Je suis allée fouiller The Guardian pour retrouver cet article (sans succès pour l’instant), en revanche, y en a plein d’autres !!! On dirait que The Guardian s’est fait une spécialité du sujet néanderthalien ! Vous dis si je déniche qq chose…

    mai 18, 2009 à 10 h 26 min

  5. Amélie

    Concernant les motivations probables de sapiens, cependant, quelques réflexions initiales :
    Néanderthal étant doté d’une musculature stupéfiante, il est peu probable que sa chair ait été tendre et juteuse : pas un met de choix pour les sapiens donc.
    En revanche, sa force herculéenne et son apparence sans doute effrayante (brute, forte, dense) devaient intimider et effrayer sapiens.
    Il me parait donc possible que sapiens, effrayé par la puissance de son cousin, ait voulu l’éliminer (en utilisant la ruse et la technique plus que le combat frontal , sans doute); puis que, dans un rituel (déjà évoqué dans l’article sur le cannibalisme), il ait dévoré Néanderthal pour s’approprier sa puissance.

    mai 18, 2009 à 10 h 33 min

  6. Amélie

    Ce n’est ni violent ni dément. Si on se met à sa place, dans un contexte de survie et de croyances anthropophages, ça se conçoit. Non ?

    mai 18, 2009 à 10 h 40 min

  7. pfiou enorme cet article !

    mais alors pourquoi trouve-t-on encore des gènes de néanderthal chez nous ?

    En plus d’être cannibal, on était zoophile ?? pfiou sacré sapiens 🙂

    mai 18, 2009 à 11 h 21 min

  8. Amélie

    Channel 4 a produit et diffusé un film sur neanderthal (c’est assez rare, finalement); yatsé va essayer de le récupérer…
    http://www.channel4.com/history/microsites/N/neanderthal/

    mai 18, 2009 à 11 h 21 min

  9. Amélie

    ayet : retrouvé les sources de causeur :
    http://www.guardian.co.uk/science/2009/may/17/neanderthals-cannibalism-anthropological-sciences-journal

    mai 18, 2009 à 11 h 31 min

  10. Amélie

    « This does not prove we systematically eradicated the Neanderthals or that we regularly ate their flesh. But it does add to the evidence that competition from modern humans probably contributed to Neanderthal extinction. »

    mai 18, 2009 à 11 h 33 min

  11. Amélie

    OUh lala… On n’a retrouvé qu’un seul os fossilisé de Néanderthal portant de traces de dépeçage humain… Ca prouve donc qu’UN Néanderthalien aurait été mangé par des Sapiens… Or on sait également que des squelettes Sapiens portent des traces de cannibalisme…
    On est loin du « le paléo-nutritioniste nous explique qu’un nombre impressionnant de squelettes néanderthaliens porte des micro-traces de dépeçage, qui laissent peu de doutes sur l’identité des coupables et sur leurs mobiles. »…
    Un p’tit cours de rigueur, journalistes de Closer ? (pardon : Causeur) 🙂

    mai 18, 2009 à 11 h 37 min

  12. Hé hé ! Bien ouéj !
    Je m’empresse de déposer un commentaire rectifiant l’erreur sur C(l)auseur !

    mai 18, 2009 à 11 h 53 min

  13. ou va-t-on si le pp se met à relayer de l’intox ??

    mai 18, 2009 à 12 h 10 min

  14. Amélie

    Bah c’est le danger à trop traîner dans les salons à la mode… on finit par privilégier la forme au fond… 🙂

    mai 18, 2009 à 12 h 12 min

  15. Amélie

    Mais l’article était tellement drôle qu’on pardonne volontiers Marc Cohen !

    mai 18, 2009 à 12 h 13 min

  16. Dans les commentaires des lecteurs de Causeur, celui de Rotil m’a pas mal amusé :

    “Au nom de tous les français sapiens sapiens, nous demandons pardon aux Néanderthaliens que nous bouffâmes dans le temps…”

    mai 18, 2009 à 12 h 13 min

  17. Amélie

    peut-être que ce n’est au fond qu’un problème de langue ? (c’est souvent le cas avec Néanderty…)

    mai 18, 2009 à 12 h 14 min

  18. Amélie

    Bon, ben moi je vais aller me dégommer un bon gros sauvage pour mon déjeuner…

    mai 18, 2009 à 12 h 16 min

  19. La langue devait certainement être le morceau le plus recherché car le plus savoureux …

    mai 18, 2009 à 12 h 17 min

  20. accompagné de quelques pousses d’ail d’ours, on est civilisé tout de même !

    mai 18, 2009 à 12 h 18 min

  21. Il n’est pas trop « à la mode » ce salon. Plutôt mal vu (politiquement trop incorrect) — « tricard » même — dans le milieu des blogs politiques.

    C’est d’ailleurs pour ça, soit dit en passant, que j’y jette régulièrement un coup d’oeil : on y trouve des infos et/ou des points de vue qu’on ne trouve pas ailleurs.

    Et puis Marc Cohen et Trudi Kohl sont vraiment drôles !

    mai 18, 2009 à 12 h 22 min

  22. Amélie

    hmmmm… j’y ai fait un tour… pour moi, c’est quand même bien un salon à la mode…:-) mais ça n’enlève rien à sa drôlerie !

    mai 18, 2009 à 12 h 26 min

  23. Trop nerveuse et musculeuse la viande de Néandertal. On a bien essayé de le cuire à la broche (d’ailleurs un os a été retrouvé de cet unique méchouis) mais c’était vraiment immangeable. On a préféré ensuite le faire longuement bouillir (avec notamment de l’ail et des petits oignons). C’était bien meilleur… et la viande se détachait toute seule de l’os (donc pas de traces de dépecage : le crime parfait !)

    mai 18, 2009 à 12 h 30 min

  24. d’ailleurs en parlant de trucs dégueux, vous en avez pensé quoi de la polémique sur l’expo à paris avec les chinois dépecés ?

    mai 18, 2009 à 14 h 22 min

  25. Amélie

    c’est quoi cette histoire ?

    mai 18, 2009 à 15 h 35 min

  26. Une expo d’anatomie qui présentait de vrais corps (de Chinois ayant cédé leur corps à la science) dépecés.

    mai 18, 2009 à 16 h 49 min

  27. Vincent

    Moi, je pense que c’est (ou c’était) carrément une expo d’utilité publique.

    Y’a pas de raison, en effet, que les cadavres, la mort et la connaissance du corps humain qu’elles permettent soit réservés (confisqués) par la médecine.

    Les réactions morales et esthétiques m’ont paru déplacées. Seules m’ont paru potentiellement légitimes (bien qu’assez mesquines) les questions d’ordre légal.

    mai 18, 2009 à 16 h 59 min

  28. Isidore

    On peut effectivement réduire un corps à sa simple qualité d’objet, jusqu’à le mettre en scène d’une façon spectaculaire ou « artistique », mais je ne nous crois pas suffisamment raisonnables pour que cette tentation ne soit pas accompagnée d’autres aspirations plus suspectes moralement parlant, et je préfère, pour ma part, cultiver cette idées que les morts doivent avoir leur espace réservé au milieu des vivants (le cimetière ou l’urne funéraire) et qu’un rituel puisse accompagner dignement une disparition physique irrémédiable.

    Les corps librement donnés à la science ne me choquent nullement dans la mesure où le rituel d’hommage au décédé est très clairement défini, respecté dans nos usages, et qu’il est clairement encadré juridiquement parlant.

    Dans le cas de cette exposition de cadavres humains, le cadre de la cérémonie funéraire est beaucoup trop flou et mal défini dans nos usages traditionnels pour assurer que le respect dû aux morts et la dignité du rituel funéraire, essentiels à toute civilisation digne de ce nom, ont été pleinement respectés.

    Et dans ce cas je trouve tout à fait pertinente l’intervention de la justice française dans cette affaire. Elle met simplement en évidence ce flou et cette incertitude quant au respect de ces valeurs fondamentales et fondatrices pour ce qui concernent la mort.

    Cela n’enlève rien à l’intérêt qu’on peut porter à ce genre de découvertes concernant le corps humain, mais pour ce qui me concerne je suis trop gêné par l’idée que ces cadavres ne sont pas à leur juste place. Je préfère qu’ils demeurent avant tout signes d’une présence disparue et digne de respect plutôt que simples objets de découvertes et d’observations anatomiques… surtout si en plus ils deviennent aussi produits marchands. Non, décidément je ne peux pas approuver ce type d’initiative à l’intérieur d’un cadre éthique aussi flou.

    Certes cette interdiction pose aussi le problème de la censure et de la liberté d’expression dans notre démocratie. On ne peut évidemment pas l’ignorer.

    Moralité: le débat est ouvert et la controverse doit être nourrie pour relever le défi de cette provocation.

    mai 18, 2009 à 23 h 07 min

  29. Petit aperçu de l’expo pour ceux qui ne voient pas encore de quoi il s’agissait :

    mai 18, 2009 à 23 h 16 min

  30. Poussons le débat jusqu’au bout, notamment jusqu’aux squelettes animaux mis en scène dans les galeries d’histoire naturelle, aux arbres qu’on prive de sépulture naturelle quand on en fait des masques ou des sculptures (sans parler de tous ces objets manufacturés sans esthétique) aux pierres qu’on « déterre » et livre aux mains de ces « humains trop humains ».
    Que fait la loi !

    mai 18, 2009 à 23 h 25 min

  31. Quand je parle « d’autres aspirations plus suspectes moralement parlant », je pense avant tout à cette étrange complaisance à l’égard de la mort, péché majeur contre l’esprit selon Thomas Mann, que semble témoigner notre civilisation vieillissante. Ce goût du voyeurisme, de l’exhibitionnisme sans retenue, de cette injonction à la transparence, à la mise en scène publique de l’intime me semblent signe d’un dérèglement dangereux qui n’augure rien de bien folichon. De même, la fascination collective et aveugle à l’égard de la mort ne m’a jamais beaucoup plu.

    mai 18, 2009 à 23 h 35 min

  32. Mon cher Ourko, tu sembles faire d’étranges mélis-mélos. Va t’on bientôt voir refleurir des procès d’animaux comme ils ont pu exister à certains moments de notre histoire ? Je sais bien qu’il existe des cimetières pour animaux domestiques mais je ne suis pas certain que la question essentielle se situe à ce niveau là.

    mai 18, 2009 à 23 h 39 min

  33. La situation me semble plus complexe, Isidore.

    « Complaisance à l’égard de la mort », dis-tu, « voyeurisme, exhibitionnisme, transparence »… alors qu’elle me paraît au contraire totalement niée, occultée, mise à l’écart, à la limite même — j’ose le mot — « sacralisée » (comme le dernier tabou de nos sociétés).

    mai 19, 2009 à 0 h 04 min

  34. Sinon, Isidore, la forme clairement « artistique » de l’exposition me paraît relativiser grandement ton objection en matière de dignité et de respect.

    En tout cas, si je fais un jour don de mon corps à la science et qu’on me laisse le choix, entre servir de brouillon à un apprenti chirirgien (ou je ne sais quel autre genre de test médical inavouable) et être bichonné comme une oeuvre d’art dans les musées du monde entier… je ne suis pas certain de longuement hésiter.

    mai 19, 2009 à 0 h 16 min

  35. Au cas où certains (toi en premier) en doutaient, Vincent, ton penchant « m’as-tu-vu » pour le cabotinage est enfin dévoilé. C’est courageux (mais bien imprudent) de ta part, je trouve.

    mai 19, 2009 à 0 h 19 min

  36. Je comprends ton point de vue Isidore, mais après avoir vu les photos, il ne me semble pas s’appliquer ici. J’ai l’impression que dans cette exposition on coupe le corps de sa mort. Elle n’existe plus, pas plus que le vivant d’ailleurs. Certains postures me gênent plus que d’autres : celles où la chair semble éclater. Sans doute parce qu’y vois persister un peu de vivant.
    D’un point de vue éthique, si les corps ont été donnés à la science, les proches endeuillés n’avaient de toutes façons pas de sépulture sur laquelle se recueillir. Voir la musculature de son oncle exposée de cette façon là ne me paraît pas plus traumatisant que de voir son foie flotter dans un bocal grisâtre…

    mai 19, 2009 à 10 h 34 min

  37. Amélie

    Vincent ne donne pas ton corps à la science ! j’ai pas envie de te voir différemment de tel que je t’ai connu !

    mai 19, 2009 à 10 h 48 min

  38. Amélie

    Ces corps sont-ils anonymes ? Parce qu’à mon avis, ce serait ça l’atrocité : qu’ils soient identifiés.

    mai 19, 2009 à 10 h 49 min

  39. hum pour moi, ca relève d’une démarche de voyeurisme latent à nos sociétés …
    Baudrillard se retournerait dans sa tombe, lui qui se je me souviens bien une citation de 120 (et oui, je les lis parfois … 🙂 ) prônait l’orient et les beautés cachées face à l’occident et le besoin de tout montrer avec les caricatures comme le porn ou autre.

    Après le côté déontologique … l’offre et la demande messieurs-dames, à votre bon coeur 😛

    mai 19, 2009 à 10 h 50 min

  40. Amélie

    Il me semble qu’en général, on ressent une gêne à voir ce qui n’aurait pas dû être vu.

    mai 19, 2009 à 10 h 53 min

  41. ou ce qui ne l’a jamais été … 🙂

    mai 19, 2009 à 10 h 53 min

  42. Amélie

    plutôt que du voyeurisme, j’y verrais plutôt le besoin forcené de démasquer toujours plus. Pas du voyeurisme, donc, mais plutôt une frénésie de réalité.OU le besoin de démontrer que la réalité a plusieurs visages, selon le point de vue qu’on choisit ?

    mai 19, 2009 à 10 h 55 min

  43. mouais c’est accorder beaucoup d’importance à la « démarche artistique » du projet par la réflexion qu’elle procure à ses visiteurs et qui a plutôt l’air d’être une mass-expo …

    ok pour l’aspect pédagogique, mais pour le reste …

    mai 19, 2009 à 10 h 58 min

  44. Amélie

    J’ai pas dit que j’y souscrivais… je me demande juste qu’est-ce qui motive cette démarche…
    pour moi elle n’a rien de poétique, mais elle ne me fait pas hurler de dégoût non plus.

    mai 19, 2009 à 11 h 01 min

  45. et moi je n’ai pas dit que je n’y souscrivais pas. 😀

    Je dis juste qu’il faut la défendre pour ce qu’elle est, une expo à forte émotion et à forte rentrée d’argent pas pour une expo artistique.

    mai 19, 2009 à 11 h 04 min

  46. Bien vu pour Baudrillard, Yasté, qui y aurait sans nul doute vu une sorte d’au-delà du porno symptomatique.

    mai 19, 2009 à 12 h 58 min

  47. Ce qui motive une telle expo ?
    Selon moi, le besoin irrépressible de « dévoiler ».

    Ce qu’elle montre ?
    Selon moi toujours, que sous le voile, se cache nulle vérité mais… un autre « mystère » (peut-être même plus mystérieux encore que celui qu’il est censé déjouer).

    mai 19, 2009 à 13 h 22 min

  48. ca veut dire qu’on peut continuer à mater des pornos parce que ca reste mystérieux ? 😛

    mai 19, 2009 à 13 h 37 min

  49. Isidore

    On a beau « couper le corps de sa mort », comme tu le dis Amélie, il n’en demeure pas moins que ce sont bien des cadavres réels (donc des vraies personnes décédées), et que la question du flou juridique qui motive ma réserve et mon approbation de l’intervention de la Justice dans cette affaire reste entière.

    Je ne suis pas spécialement choqué par la vision macabre des corps esthétisés de l’exposition mais je pense qu’ils ne sont pas à leur place dans une exposition marchande de cette sorte et je pense aussi que dans ce cas précis, l’absence de cadre conventionnel et juridique permettant d’être rassuré quant au respect des personnes en question (dans une société où la dignité humaine est encore une valeur) pose un sérieux problème.

    Je signale aussi que pour ce qui concerne le don de corps à la science, il existe un cadre juridique très strict et des funérailles ont lieu normalement, les cendres des restes du corps inutilisés étant ensuite remises à la famille comme pour toute crémation. Il s’agit bien d’une pratique funéraire clairement ritualisée qui protège la dignité du défunt et de sa famille tout autant que n’importe quel enterrement.

    Dans le cas de cette exposition il en va tout autrement et ceci n’est pas acceptable. Inventons donc un cadre rituel et juridique qui puisse satisfaire la dignité de l’hommage dû aux morts et à leurs familles, et je reviendrai alors sur ma position.

    mai 19, 2009 à 15 h 30 min

  50. Inventer de nouveaux rituels, on ne demande que ça !

    mai 19, 2009 à 17 h 46 min

  51. Et la même expo avec, non pas de vrais corps décharnés, mais des « copies » réalistes (comme on sait si fidèlement les faire), ça ne te pose plus de problèmes éthiques, j’imagine, Isidore ?

    Pour ma part, ce n’est pas leur « authenticité » qui m’intéresse, mais leur « réalité » (à supposer qu’on puisse distinguer ainsi ces concepts). Des copies de corps ne retireraient donc rien à l’intérêt que je pourrais porter à cette expo.

    Et vous ?

    mai 19, 2009 à 17 h 55 min

  52. Isidore

    Évidemment qu’à partie de copies réalistes, purs objets de représentations, le problème éthique ne se pose plus, ni aucun problème d’ailleurs… sauf que tu fais disparaître le principal moteur qui attire les foules et tu réduis cette exposition « artistique » à une simple exposition anatomique qui risque de faire apparaître encore plus ridicules les mises en scène utilisées. Ne parlons alors pas du bide prévisible…

    D’ailleurs pour satisfaire notre curiosité en matière anatomique, il existe déjà de très bons musées avec de vrais cadavres formolés ou pas. mais c’est tellement dégoûtant que ça n’attire pas tant les foules.

    De plus ça ne me choque pas plus que ça, éthiquement parlant, le cadre juridique et rituel étant clairement établi en tant que don de corps à la science (enfin presque parce que ça ne me semble pas parfaitement clair pour ce qui concerne les embryons et les fœtus mis en bocaux, comme on peut en voir au musée du jardin de plantes à Paris, par exemple… à creuser).

    Il me semble finalement de plus en plus évident que cette volonté d’esthétiser quelque chose qui dans la réalité est tout à fait repoussant sinon horrible (ça sert bien à ça, les cadavres non ? rendre la mort la plus effrayante et repoussante possible), participe, peut être, d’un déni tout court de la chose en question, mais, certainement, d’une connaissance marketing très aboutie des ressorts à utiliser pour vendre de la camelote et du fantasme à gogo.

    Plus j’y réfléchis et plus je la trouve finalement vraiment débile cette expo. sacrebleu !!!

    mai 19, 2009 à 20 h 32 min

  53. 🙂
    Il se trouve que pour moi (par je ne sais quelle pathologie) le corps humain — la fantastique organisation interne de sa tuyauterie — est davantage fascinant (donc ambivalent) que simplement repoussant.

    Ne me satisfaisant pas des représentations proprètes et édulcorées des manuels scolaires, j’ai toujours souhaité voir comment c’était fait « exactement » dedans… et désespéré que l’accès (des lieux permettant de l’entrevoir : blocs oparatoires, salles d’autopsie, etc.) y était strictement réservé.

    C’est peut-être « débile », je suis prêt à en concvenir, ou du moins, comme je le pointe plus haut « pathologique » (et sans doute, si on creuse bien, pourquoi pas très « moderne »). Une chose cependant me semble sûre, entre une exposition de cadavres (ou de d’organes isolés en « pièces détachées ») formolés et celle-ci, que les corps soient réels ou de simples copies en résine (cela n’a aucune incidence pour moi), je préfère mille fois celle-ci car elle présente les corps en situation de vie.

    C’est là ce qui fait toute sa pertinence et sa magie.

    Elle n’expose pas des « cadavres » (les corps ne sont pas présentés allongés, les mains en croix, ou écrabouillés sous une voiture, ou je ne sais quoi du genre qui serait effectivement « éthiquement » contestable) mais des… « représentations (transparentes) de corps vivants ».

    Pour un « matérialiste/réaliste » comme moi (ce que tu n’es ouvertement pas, Isidore), si un corps humain vivant est déjà fascinant en soi, la conscience de ce qui est trivialement derrière cette apparence séduisante, au lieu d’enlever de la magie, ajoute du mystère et augmente l’intensité de la fascination. Cette expo contribue à élaborer cette conscience.

    C’est en cela que, pour ma part, plus j’y pense, plus je la trouve d’utilité publique », sacrebleu !

    mai 20, 2009 à 10 h 00 min

  54. 120

    Ecrit par Jacques Prévert :

    «Comme cela nous semblerait flou, inconsistant et inquiétant une tête de vivant s’il n’y avait pas une tête de mort dedans.»

    mai 20, 2009 à 10 h 06 min

  55. Isidore

    🙂

    mai 20, 2009 à 10 h 10 min

  56. Dans le style, il y a la fameuse scène de Hollow man (version moderne de L’homme invisible) qui, bien qu’étant « virtuelle », me paraît en comparaison beaucoup plus gore :
    http://www.dailymotion.com/relevance/search/hollow+man/video/x6z0fs_hollow-man-the-movie-part-4_shortfilms
    (et encore, je vous fais grâce de la scène finale où il redevient visible)

    mai 20, 2009 à 11 h 46 min

  57. Isidore

    Oui c’est bien de ce niveau là, cette exposition, tout à fait d’accord avec toi : fantasme et encore fantasme macabre. Beurk !!! Et vous remarquerez à quel point les personnages restent impassibles et indifférents à la monstruosité qui se réalise en leur présence : « même pas peur ! »

    mai 20, 2009 à 12 h 14 min

  58. Isidore

    Tiens d’ailleurs, je te propose de venir nous voir à l’automne lorsqu’on égorgera les agneaux et qu’on les dépècera en gigots et autres joyeusetés carnées. Pour une étude d’anatomie animale c’est tout à fait formidable… chiche ?

    mai 20, 2009 à 16 h 57 min

  59. Ben oui…

    Non pas que je sois grand fan des égorgements — loin de là — mais j’adore l’agneau et considère qu’un des objectifs du PP est justement de nous aider à nous réapproprier — au-delà du Bien ou du Mal — les gestes ancestraux (revoir le texte inaugural).

    J’ai d’ailleurs déjà prévu d’assister, voire participer, à la même scène qui aura lieu ici, chez une amie qui fait chaque année un méchouis avec ses deux brebis.

    Pour tout dire, j’ai même entamé une démarche pour être introduit et initié, à l’automne prochain, dans le milieu des chasseurs de cerfs de la forêt de Chaux.

    Je vous en dirai évidemment des nouvelles.

    mai 20, 2009 à 19 h 45 min

  60. Dis donc, Isidore, c’est pas toi qui réagissais à mon commentaire 30 en me reprochant de tout mélanger en ne maintenant pas fermement la frontière entre l’humain et les autre espèces animales ?
    Mais que fais-tu donc là de bien différent ?
    😉

    mai 20, 2009 à 19 h 54 min

  61. Rien à voir avec le Schmilblick, mais avez-vous vu le logo « PP » de Google aujourd’hui en hommage à Ida, soit disant « chaînon manquant » enfin découvert ?
    http://www.zorgloob.com/2009/05/logo-google-darwinius-masillae-le.asp

    mai 20, 2009 à 23 h 00 min

  62. yep ca vaudrait le coup de traiter cette news par un article vu que ca va faire partie de nos livres d’histoire sur les 100 prochaines années …

    mai 20, 2009 à 23 h 24 min

  63. Isidore (à Ourko)

    😛

    mai 20, 2009 à 23 h 53 min

  64. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    L’animal de boucherie doit mourir apaisé, inconscient de son sort, ou bien le taux excessif d’adrénaline dans son sang gâtera la viande. Voilà du reste pourquoi il y a de moins en moins de gourmets anthropophages. L’homme meurt dans la terreur, la conscience atroce de l’événement lui tourne les sangs – et ses restes sont à vomir.

    (908, L’autofictif, 25 mai 2010)

    mai 25, 2010 à 12 h 31 min

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