"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Anniversaire

Le prochain Week-end du 25 et 26 avril sera fêté un anniversaire mémorable : celui de l’explosion du réacteur nucléaire n° 4 de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine. Plus d’un million de personnes sont allés lutter contre cette catastrophe, en recouvrant le réacteur dans un sarcophage de plomb, de sable, d’acier et de béton, et en tentant de limiter la diffusion radioactive aux alentours. Tous ces « liquidateurs » ont payé désormais, de leur vie ou de leur santé, ce sacrifice. C’est donc en leur honneur, et pour ne pas oublier cette catastrophe industrielle aux conséquences toujours aussi dramatiques aujourd’hui, que ces journées anniversaires sont organisées internationalement. je vous invite à découvrir quelques documentaires passionnants à ce sujet.

Publicités

33 Réponses

  1. Si le sujet ne vous déprime pas trop, je vous invite aussi à visionner dans la rubrique « vidéo » du site, une autre série intitulée: la bataille de Tchernobyl. Elle nous apporte encore d’autres informations édifiantes et surtout nous précise la chronologie des évènements ainsi que le choix des solutions imaginées et mises en œuvre pour faire face à la catastrophe.

    Ensuite, boire une bonne vodka de toute urgence…

    avril 24, 2009 à 22 h 35 min

  2. Encore une incitation à la lecture, je suis infatigable, pardon : « La supplication » de Svetlana Alexievitch (au bout du lien en signature). L’ouvrage le plus poignant lu sur ce thème.

    avril 25, 2009 à 9 h 01 min

  3. J’ai découvert l’article et consulté les liens hier soir en me demandant bien ce que je pourrais bien dire — voire même penser — sur le sujet.

    Je me suis réveillé ce matin avec cette question :

    Qu’est-ce qui est le plus troublant (choquant ?) dans cette affaire :

    – l’accident en lui-même, qui concrétise les dangers jusque-là un peu abstraits du nucléaire ?

    – les mensonges des pouvoirs, qui révèle le peu de confiance qu’on peut leur accorder même (voire surtout) en temps de crise ?

    – l’oubli du problème et du suivi du traitement des conséquences de l’accident, qui laisse entrevoir notre soumission docile et insouciante à l’événementiel médiatique ?

    J’avoue ne pas savoir répondre…

    avril 25, 2009 à 10 h 43 min

  4. J’me suis permis de mettre une image pour illustrer ton article, Isidore. Si elle ne te convient pas, tu peux évidemment l’enlever… ou la changer.

    Il y a aussi celle-là, qui me semble utile :

    avril 25, 2009 à 10 h 56 min

  5. Isidore

    J’avais trouvé une magnifique illustration pour cet article. Elle a été malheureusement retirée (sans doute par Word press, elle ne devait pas être libre de droit…). Très bien pour ta proposition, Vincent.

    avril 25, 2009 à 11 h 34 min

  6. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard (sur « la revanche de l’atome ») :

    Nous avons « découvert » les sociétés primitives, l’Amérique, l’atome, l’inconscient, les virus. Mais les conséquences de cet élargissement du champ de la connaissance nous échappent. Nous croyons les avoir innocemment découverts à l’ombre de la science. Mais aux aussi nous ont découverts et font irruption dans notre monde — juste retour de notre irruption dans le leur.

    La revanche de l’atome est éclatante. Celle des virus non moins flagrante. Celle des sauvages nous guette en profondeur. Celle de tous les peuples du miroir que nous avons dérangés dans leur secret et leur altérité. […]

    Il n’y a pas d’alternative. Nous ne pouvons que les découvrir, les « libérer », et ils ne peuvent que nous anéantir. Le processus entier est ce qu’il est, c’est une sorte de destin. Comment ne pas être détruit par ce qu’on découvre — pour le meilleur et pour le pire ? Comment ne pas le détruire par le fait même de le découvrir ?

    (Fragments, Cool Memories III, 1991-1995, Galilée, 1995)

    avril 27, 2009 à 12 h 37 min

  7. « Eclatante » la revanche de l’atome ? Moi je dirais carrément… « explosive » !

    avril 27, 2009 à 12 h 38 min

  8. Je relierais volontiers cet article avec celui sur le « sacré » en osant cette hypothèse :

    L’idée de plus en plus prégnante de « catastrophe » (écologique, économique, atomique, agronomique…) n’est-elle pas en train de devenir la nouvelle transcendance qui remplace le « sacré » perdu dans les peuples sécularisés ?

    avril 27, 2009 à 12 h 48 min

  9. Isidore

    Il y a quelque chose à creuser de cet ordre là, effectivement. Car, à priori, ce truisme catastrophiste qui noue pétrifie de plus en plus actuellement et qui semble s’imposer comme point de vue convenu sur l’état du monde (corrélatif à une non moins euphorique vision du nouvel Éden libéral et progressiste), que nous dit-il en réalité du monde où nous vivons et des mutations en cours ?

    D’autre part, je trouve absolument sidérant la capacité de ce peuple russe en pleine déliquescence gouvernementale à l’époque des faits, à faire face à cette catastrophe sans précédent, en évitant même cette deuxième explosion si redoutée encore aujourd’hui, et avec un génie de solutions invraisemblables imaginées dans la plus extrême urgence et une énergie colossale.

    Je ne suis pas certain qu’en France nous saurions faire face à un accident de même type avec autant d’énergie et de courage… alors que nous sommes un des pays les plus nucléarisé au monde. Quand on lit les comptes rendus du « Réseau Sortir du Nucléaire » concernant tous les « incidents » annuels de nos 58 centrales (et des centrales européennes) on attrape froid dans le dos et on se demande par quel miracle on n’a pas eu d’accident majeur à ce jour… et pour combien de temps ?

    Tout ceci me fait penser à l’époque où l’Allemagne nazie préparait tranquillement ses tristes desseins hégémoniques dans l’indifférence totale des pays alentours et ce, malgré les cris d’alerte incessants et insistants de nombreuses personnalités lucides et tout à fait conscientes du danger.

    J’en viens à croire à une certaine fatalité du destin de l’humanité et donc, à l’inéluctable de certaines tragédies. C’est assez déprimant parfois…

    avril 27, 2009 à 14 h 04 min

  10. avril 27, 2009 à 17 h 27 min

  11. Isidore

    Ourko, tu exagères, car il ne suffit pas de mentionner le nazisme ou tout le fatras qui va autour pour gagner un point godwin, si j’ai bien compris ce dont il s’agit… Mais bon, si ça t’amuses de me décerner ce titre honorifique…

    avril 28, 2009 à 13 h 14 min

  12. 120

    Ecrit par Jean-Pierre Dupuy :

    La manière dont la catastrophe de Tchernobyl a été gérée par la technocratie nucléaire mondiale fait largement douter que l’on puisse assurer la sûreté de cette forme d’énergie par des moyens qui soient compatibles avec les principes de base d’une société ouverte, démocratique et juste.

    S’il s’avérait que l’opacité, la dissimulation et le mensonge sont les conditions nécessaires de cette sûreté, l’équation énergétique et environnementale serait sans solution, à moins que l’humanité use de sa liberté de choisir un autre mode d’accomplissement que le développement matériel.

    En définitive, je crois que la principale menace qui pèse sur l’avenir de l’humanité est la tentation de l’orgueil. La présomption fatale, c’est de croire que la technique, qui a mis à mal les systèmes symboliques qui contenaient dans des limites les débordements toujours possibles de l’action, pourra assumer le rôle que ceux-ci jouaient lorsque la capacité d’agir ne portait que sur les relations humaines et non sur la nature. Croire cela, c’est rester prisonnier d’une conception de la technique qui voit en celle-ci une activité rationnelle, soumise à la logique instrumentale, au calcul des moyens et des fins. Mais la technique relève aujourd’hui beaucoup plus de l’action que de la fabrication. Elle-même participe de cette capacité de déclencher des processus sans retour. S’abandonner à l’optimisme scientiste, qui compte uniquement sur la technique pour nous sortir des impasses où nous a mis la technique, c’est courir le risque d’engendrer des monstres qui nous dévoreront.

    (La marque du sacré, Carnets Nord, 2008)

    avril 28, 2009 à 13 h 38 min

  13. 120

    Ecrit par Jean-Pierre Dupuy :

    L’apocalypse est inscrite comme un destin dons notre avenir, et ce que nous pouvons faire de mieux, c’est de retarder indéfiniment l’échéance. Nous sommes en sursis. Nous sommes entrés en août 1945 dans l’ère du « délai » (die Frist) […]

    […] Dépassés certains seuils, notre pouvoir de faire excède infiniment notre capacité de sentir et d’imaginer. C’est cet écart irréductible qu’Anders nomme le « décalage prométhéen ». Hannah Arendt diagnostiquera l’infirmité psychologique d’Eichmann comme « manque d’imagination ». Anders montre que ce n’est pas l’infirmité d’un homme en particulier, c’est celle de tous les hommes, lorsque leur capacité de faire, et de détruire, devient disproportionnée par rapport à la condition humaine.

    Anders écrit : « Entre notre capacité de fabrication et notre capacité de représentation un fossé s’est ouvert, qui va s’élargissant de jour en jour. » « Le trop grand nous laisse froid », précise-t-il, et il illustre cette assertion ainsi : « Il n’existe pas d’être humain capable de se représenter une chose d’une si effroyable grandeur : l’élimination de millions de personnes. »

    (ibidem)

    avril 28, 2009 à 13 h 52 min

  14. Allez, Ourko, sors tous tes points Godwin : il en faut aussi pour Dupuy, Arendt et Anders !

    En tout cas, Isidore, tu n’es semble-t-il pas le seul à faire le rapprochement nucléaire/nazisme.

    avril 28, 2009 à 13 h 55 min

  15. Si tu penses le rassurer, Vincent, en lui disant qu’il n’est pas le seul, je crois que tu te gourres.
    😉

    avril 28, 2009 à 13 h 56 min

  16. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Chaque catastrophe fait crever l’abcès de la responsabilité collective. Nos systèmes sécrètent une telle charge de responsabilité flottante qu’elle se condense de temps en temps comme l’électricité statique dans la foudre, l’étincelle étant fournie par l’accident ou la catastrophe. A toutes les couches qui nous surplombent (ozone, gaz carbonique, etc.), il faut ajouter cet amas de responsabilité, cette nuée radio-active qui guette la moindre occasion pour crever.

    En fait, toute cette culpabilité n’est que l’onde concentrique de l’effet de jouissance que suscite naturellement en nous la catastrophe. Quelle libération ce serait pour l’esprit humain de reconnaître cette jouissance comme naturelle, et les catastrophes elles-mêmes comme naturelles, c’est-à-dire spontanées, sans artifice ni volonté de personne (surtout pas Dieu bien sûr !). Mais tel est l’esprit humain : il lui faut toujours une imputation mentale ou une imputation causale, étant lui-même artificiel. Les catastrophes ne lui apparaissent jamais comme merveilleusement naturelles, dans leur simplicité fatale. Il veut être cause de tous les malheurs, et s’abîme dans cette superstition héroïque.

    Contrairement à cette superstition qui consiste, sous le couvert des droits de l’homme, à étendre ses responsabilités à l’infini, nous désirons vivement qu’il nous arrive des choses dont nous ne soyons pas responsables, et auxquelles nous n’avons pas droit. La catastrophe est de cet ordre. C’est pourquoi elle pourrait devenir une revendication vitale et légitime — pourquoi pas un des droits de l’homme ? (elle est déjà, comme on sait, un signe de libéralisation des régimes totalitaires : la réinvention de la catastrophe en URSS fait partie de la Glasnost).

    (Cool Memories I, Galilée, 1987)

    avril 28, 2009 à 14 h 11 min

  17. La catastrophe désirable, merveilleuse, voire carrément jouissive ?

    C’est pas un « point Godwin » qu’il va gagner, Vincent, ton ami Baudrillard, mais un… poing dans la gueule !

    N’empêche, le bon Dieu l’a puni de toutes les conneries qu’il a pu dire. Il en est mort. A-t-il également trouvé cette « catastrophe » personnelle « merveilleuse » ?

    avril 28, 2009 à 14 h 15 min

  18. Isidore

    Le lien nucléaire, nazisme ? Tiens donc, il a certainement quelque chose à creuser là. Mais quel lien ? Pourquoi Dupuy établit-il ce lien ainsi que Arendt ? Je n’irais pas jusque là me concernant puisqu’il s’agissait de donner un exemple pour illustrer le cri dans le désert des gens qui voient arriver une catastrophe, mais la question de ce lien reste pertinente et intéressante à creuser.

    Jusqu’à présent ce sont les régimes démocratiques qui ont le plus fait usage du nucléaire civil et militaire, si je n’m’abuse (sans oublier les régimes communistes bien sûr). Pourtant la bête immonde qu’on pressent dans le nucléaire évoque bien,pour ma part, le monstre froid et terrifiant du nazisme. Alors, le nucléaire serait-il donc l’hydre nazie enfouie dans nos démocraties et tous les régimes qu’il a combattus, sa part maudite en quelque sortecomme l’aime à la désigner Baudrillard ? A creuser…

    avril 28, 2009 à 17 h 15 min

  19. Intro d’Amin Maalouf dans son passionnant essai: « Le dérèglement du monde » (Grasset, 2009)

    Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole.
    Dès les tout premiers mois, des événements inquiétants se produisent, qui donnent à penser que le monde connaît un dérèglement majeur, et dans plusieurs domaines à la fois – dérèglement intellectuel, dérèglement financier, dérèglement climatique, dérèglement géopolitique, dérèglement éthique.
    Il est vrai que l’on assiste aussi, de temps à autre, à des bouleversements salutaires inespérés ; on se met alors à croire que les hommes, se voyant dans l’impasse, trouveront forcément, comme par miracle, les moyens d’en sortir. Mais bientôt surviennent d’autres turbulences, révélatrices de tout autres impulsions humaines, plus obscures, plus familières, et l’on recommence à se demander si notre espèce n’a pas atteint, en quelque sorte, son seuil d’incompétence morale, si elle va encore de l’avant, si elle ne vient pas d’entamer un mouvement de régression qui menace de remettre en cause ce que tant de générations successives s’étaient employées à bâtir.
    Il ne s’agit pas ici des angoisses irrationnelles qui ont accompagné le passage d’un millénaire à l’autre, ni des imprécations récurrentes que lancent depuis toujours ceux qui redoutent le changement ou s’effarouchent de sa cadence. Mon inquiétude est d’un autre ordre ; c’est celle d’un adepte des Lumières, qui les voit vaciller, faiblir et, en certains pays, sur le point de s’éteindre ; c’est celle d’un passionné de la liberté, qui la croyait en passe de s’étendre sur l’ensemble de la planète et qui voit à présent se dessiner un monde où elle n’aurait plus sa place ; c’est celle d’un partisan de la diversité harmonieuse, qui se voit contraint d’assister, impuissant, à la montée du fanatisme, de la violence, de l’exclusion et du désespoir ; et c’est d’abord, tout simplement, celle d’un amoureux de la vie, qui ne veut pas se résigner à l’anéantissement qui guette.
    Pour qu’il n’y ait aucun malentendu, j’insiste : je ne suis pas de ceux qui boudent le temps présent. Fasciné par ce que notre époque nous apporte, je suis à l’affût des dernières inventions, que j’introduis sans délai dans ma vie quotidienne ; j’ai conscience d’appartenir, ne serait-ce qu’en raison des avancées de la médecine et de l’informatique, à une génération fort privilégiée par rapport à toutes celles qui l’ont précédée. Mais je ne puis savourer les fruits de la modernité en toute quiétude si je ne suis pas sûr que les générations à venir pourront les savourer tout autant.
    Mes craintes seraient-elles excessives ? Je ne le crois pas, hélas. Elles me paraissent, au contraire, amplement justifiées, ce que je m’emploierai à montrer dans les pages qui suivent ; non pour accumuler des pièces dans un dossier, ni pour défendre par amour-propre une thèse qui serait mienne, mais simplement pour que mon cri d’alarme soit entendu ; ma première ambition étant de trouver les mots justes pour persuader mes contemporains, mes  » compagnons de voyage « , que le navire sur lequel nous sommes embarqués est désormais à la dérive, sans cap, sans destination, sans visibilité, sans boussole, sur une mer houleuse, et qu’il faudrait un sursaut, d’urgence, pour éviter le naufrage. Il ne nous suffira pas de poursuivre sur notre lancée, vaille que vaille, en naviguant à vue, en contournant quelques obstacles, et en laissant faire le temps. Le temps n’est pas notre allié, c’est notre juge, et nous sommes déjà en sursis.

    Si l’imagerie marine vient spontanément à l’esprit, peut-être devrais-je d’abord expliciter mes craintes par ce constat simple et sec : à l’étape actuelle de son évolution, l’humanité est confrontée à de nouveaux périls, sans équivalents dans l’Histoire, et qui exigent des solutions globales inédites ; si celles-ci n’étaient pas trouvées dans un proche avenir, rien de ce qui fait la grandeur et la beauté de notre civilisation ne pourra être préservé ; or, jusqu’à ce jour, peu d’indices permettent d’espérer que les hommes sauront surmonter leurs divergences, élaborer des solutions imaginatives, puis s’unir et se mobiliser pour les mettre en œuvre ; bien des signes donnent même à penser que le dérèglement du monde est déjà à un stade avancé, et qu’il sera difficile d’empêcher une régression.

    Dans les pages qui suivent, les différentes perturbations ne seront pas traitées comme autant de dossiers séparés, ni de manière systématique. Ma démarche sera plutôt celle d’un veilleur de nuit dans un jardin au lendemain d’une tempête, et alors qu’une autre, plus violente, s’annonce. Muni d’une lampe, l’homme chemine d’un pas prudent, oriente son faisceau vers un massif, puis vers l’autre, explore une allée, revient sur ses pas, se penche au-dessus d’un vieil arbre arraché ; ensuite il se dirige vers un promontoire, éteint sa lumière et cherche à embrasser du regard le panorama tout entier.
    Il n’est ni botaniste, ni agronome, ni paysagiste, et rien dans ce jardin ne lui appartient en propre. Mais c’est là qu’il habite avec les personnes qui lui sont chères, et tout ce qui pourrait affecter cette terre le concerne de près.

    avril 28, 2009 à 20 h 10 min

  20. Aaaaaah enfin, des citations qui ne viennent pas de 120 !
    (Ca fait du bien. Merci Pascale !)

    avril 28, 2009 à 20 h 25 min

  21. Je suis passionnée par cet essai, en tout point remarquable. J’adhère tant à tout ce qu’il condamne, analyse et j’apprends beaucoup car très documenté historiquement sur le conflit arabe. Ses réflexions tant éthiques que morales sont les miennes et je suis contente de les lire enfin sous la plume d’un grand écrivain. Accessible, intéressant, bien écrit, fameux bouquin, vraiment!

    avril 28, 2009 à 22 h 17 min

  22. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :
    (jouant à son tour de l' »imagerie marine »)

    La catastrophe la plus belle, avant même celle du Titanic, eut lieu pendant la nuit du 31 décembre 1899, la première nuit du siècle. Le paquebot armé par la ville de Manaus, riche alors des bénéfices du caoutchouc, avait remonté tout le fleuve Amazone, chargé de la gentry et des stars du monde entier, en vue de la plus luxurious des fêtes internationales. Toute la nuit, la high society but et dansa au rythme des orchestres, tandis que le paquebot dérivait lentement et se perdait dans le labyrinthe de la forêt. Echoués au fond d’un des inombrables tentacules du fleuve, on ne les retrouva que bien plus tard, alors qu’ils étaient déjà morts de faim, de soif et de chaleur. C’est ainsi qu’une part de l’élite mondiale fut offerte en sacrifice humain au siècle nouveau. Manus deus — Manaus — consonance maléfique.

    Non seulement ils ont disparu, mais cette histoire même a disparu des archives. Je n’en ai moi-même jamais retrouvé la trace. L’ai-je hallucinée par ennui, ou par l’effet de la chaleur ? Non, je suis sûr de l’avoir lue, comme une information authentique. Pourquoi cette histoire n’est-elle pas dans toutes les mémoires, comme celle du Titanic ?

    (Cool Memories II, Galilée, 1990)

    avril 29, 2009 à 10 h 29 min

  23. Pourquoi ?
    Sans doute parce qu’elle est moins cruelle (plus morale) que la catastrophe du Titanic au cours de laquelle se manifesta l’ignoble (mais réaliste) : « Les riches et les bien nés avant ! ».

    Du coup je rajoute un point dans mon commentaire 3 :

    – l’innocence des victimes.

    avril 29, 2009 à 10 h 36 min

  24. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais il me semble que l’imaginaire de la catastrophe imminente n’a jamais été si prégnante qu’aujourd’hui. Nous sommes la sans doute la première génération (du moins depuis des lustres) à plaindre les générations futures des lendemains peu enchanteurs qu’on leur prépare, voire même de la potentielle absence de ces lendemains.

    avril 29, 2009 à 10 h 50 min

  25. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Prophétiser la catastrophe est d’une banalité inouïe. Plus original est de considérer qu’elle a déjà eu lieu. Ceci change toutes les conditions d’analyse. Car de ce fait nous sommes libérés de l’hypothèse de la catastrophe future, et de toute responsabilité à cet égard. Fin de la névrose préventive qui enveloppe toutes les actions d’une mulière crépusculaire. La fin de l’Histoire, la fin du réel, la fin des grands reptiles, la fin de l’ozone, la disparition de la femme — plus de remords, l’objet perdu est derrière nous ! There is a last time for everything — the last time is over ! Les société primitives avaient compris cela, elles vivaient librement parce qu’elles avaient placé le crime à l’origine, une fois pour toutes. Nous n’avons qu’à mettre la catastrophe à l’origine, une fois pour toutes, et nous voilà libres du Jugement dernier, libres de revivre toutes les passions historiques, si cela nous plaît, ou d’opter pour l’indifférence transhistorique, as we like.

    (Cool Memories II, Galilée, 1990)

    avril 29, 2009 à 10 h 50 min

  26. 120 ? JB ?

    avril 29, 2009 à 10 h 51 min

  27. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Oui ?

    avril 29, 2009 à 10 h 53 min

  28. Vos gueules !!!!

    avril 29, 2009 à 10 h 54 min

  29. Isidore

    Je me dis aussi parfois que pour regarder en face l’éventualité d’une catastrophe et ne sombrer ni dans le désespoir impuissant ni dans l’angélisme aveugle, il est possible de se convaincre que de toute façon il y a partout matière à vivre et à témoigner d’un destin humain…

    Même au cœur de la pire catastrophe certains êtres parviennent toujours à incarner la grandeur et la dignité de notre humanité. Je pense au témoignage de la compagne de cet irradié de Tchernobyl, capable d’accompagner jusqu’au bout son mari malgré l’insoutenable des souffrances qu’il supporte d’une façon incroyable… « cauchemar, cauchemar… »

    Et puisqu’il en est ainsi, autant regarder les choses en face et se dire que même si le « Deus ex machina » n’est pas souvent au rendez vous dans la vraie vie, il n’y a pourtant aucune raison de désespérer de pouvoir vivre quand même un destin humain… Ça fait aussi partie de notre liberté, sans doute.

    avril 30, 2009 à 18 h 49 min

  30. A ce propos, qui a lu La route d Cormac Mac-Carthy ?
    Dans le genre (ramené aux fondamentaux au coeur de la catastrophe), on fait difficilement mieux.
    On n’en sort pas indemne.

    avril 30, 2009 à 19 h 15 min

  31. Je l’ai lu et ne suis pas arrivée au bout. Trop noir, j’étouffais, j’en pouvais plus, « je n’ai pas choisi le bon moment pour le lire », me suis-je dit. Mais qq temps après je suis allée voir au ciné l’adaptation d’un de ses romans par les frères Coen, No Country For Old Men. Idem, j’en déduis que cet auteur n’est pas pour moi, je fuis son univers violent, noir, brr…

    avril 30, 2009 à 21 h 31 min

  32. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    On dit que la communication planétaire abolit les distances. Mais l’impact des catastrophes, lui, reste toujours inversement proportionnel à la distance : 5 000 morts en Chine ne valent pas 10 vies humaines occidentales. C’est même pire qu’avant, puisqu’alors l’indifférence pouvait être imputée au manque de communication — une fois cet obstacle levé, on peut vérifier que, derrière la solidarité formelle, la discrimination est sans appel.

    (Cool Memories IV, Galilée, 2000)

    mai 7, 2009 à 18 h 29 min

  33. En rebond sur le commentaire 29 d’Isidore :

    Il reste aussi l’option « cathare » (dont on a déjà causé à l’époque ou Bardamu discutait avec nous) qui est une retournement de la superstition commune qui consiste à considérer le Mal comme une exception dont on pourrait se débarrasser. Préférer au contraire voir en lui la règle fondamentale du monde et se réjouir, du coup, des multiples exceptions heureuses qui la déjouent miraculeusement.

    mai 10, 2009 à 23 h 36 min

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s