"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Et vous, quelle est votre quête ?

Avec l’allongement de la durée de la vie, il semble que nous nous soyons tous plus ou moins consciemment forgé un projet de vie, un idéal vers lequel tendre : bonheur, joie, paix, calme, volupté … ? Quelle est votre quête profonde ?

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71 Réponses

  1. wahouuu ca, c’est la question !!!!

    mars 26, 2009 à 18 h 42 min

  2. en plus c’est super préhisto comme question !
    on court tous (chacun son rythme) après quelque chose …

    mars 26, 2009 à 18 h 43 min

  3. Je réponds sans hésiter : la joie.
    Qui n’est pas le bonheur, mais son contraire.
    Et qui n’est surtout pas le fruit d’une quête.
    Ma quête serait donc, pour le coup, de cesser d’en avoir, de ne plus me projeter dans des lendemains meilleurs afin de parvenir à cueillir la seule fleur qui vaille et dure, le seul et vrai paradis : l’instant présent (qui ne se pense pas mais tout « bêtement » s’éprouve, se vit).
    Et ce n’est, me semble-t-il, pas si compliqué que cela.

    mars 26, 2009 à 19 h 24 min

  4. Du coup, je ne perçois pas trop le rapport avec l’allongement de la durée de vie.

    mars 26, 2009 à 19 h 26 min

  5. J’aurais plutôt tendance à penser que l’augmentation phénoménale de l’espérance de vie, en favorisant justement les « projets de vie » personnels, sont à l’origine du développement parallèle du narcissisme moderne (prenant le dessus sur le « collectif » préhisto).

    Le « moi » a beau être une illusion, en durant on finit par ne pas pouvoir faire autrement qu’y croire.

    mars 26, 2009 à 19 h 36 min

  6. Isidore

    Ma quête profonde ? Ben dis-donc, tu y vas fort ! Je veux bien t’en dire un mot mais à condition que ça reste entre nous et que tu ne le répètes à personne, d’accord ?

    mars 26, 2009 à 23 h 12 min

  7. parce que tu souhaites devenir le maître du monde que tu veux que ca reste secret ?

    mars 27, 2009 à 9 h 59 min

  8. Isidore

    Oh mais c’est-y pas qu’il se moquerait un tantinet ?… Et puis d’abord comment tu le sais que je veux devenir le maître du monde ? D’ailleurs c’est fait depuis longtemps. La preuve ? J’ordonne à cette minute même que le soleil soit couché chez toi et qu’il fasse nuit noire à 22 heure. Tu pourras ainsi constater par toi-même l’étendue de mon pouvoir… Aaaah mais !!!

    mars 27, 2009 à 10 h 39 min

  9. Amélie à Vincent

    Ton commentaire 5 prouve au contraire que tu vois très bien le rapport avec l’allongement de la durée de la vie… 🙂
    Quant à ton commentaire 3, si, je pense que c’est une quête : l’état de joie et la jouissance de l’instant. Pour que ce ne soit pas une quête il faudrait que tu y sois déjà, à chaque instant…

    mars 27, 2009 à 11 h 00 min

  10. Amélie à Isidore

    Je te comprends, je ne pourrais pas étaler en public les fonds véritables de ma quête. Pas en étant sincère en tous cas. Je ne m’attends pas ici à des confessions intimes… je me doute qu’on restera dans les rails de ce qui se dit sans trop y penser, mais peut-être que chacun de notre côté on y réfléchira quand-même ?
    C’est notre discussion sur le paradis, le bonheur,l’amour qui m’a suggéré cette question. La paradis ce serait aimer. Mais aimer, est-ce si facile ? Le paradis, est-ce ce qu’on désire ? Je l’évoquais aussi : certains sont à la recherche de la vie la plus calme possible. Certains fuient et d’autres cherchent…

    mars 27, 2009 à 11 h 03 min

  11. 😀

    ce qui est sur c’est qu’on n’a pas tous la même (de quête) …

    c’est ptete pas très préhisto comme envie mais je crois que j’ai bien envie de réussir à ma vie.
    Ma quête est de pouvoir tellement la remplir qu’au moment du dernier soupir, je puisse me dire :
    « yes ! pas de regrets ! »

    mars 27, 2009 à 14 h 43 min

  12. Isidore

    Ce qui est sûr, aussi, c’est qu’on n’a pas tous la même quéquette non plus… heureusement, d’ailleurs.

    mars 27, 2009 à 17 h 13 min

  13. C’est amusant, Yasté, j’aurais de mon côté davantage envie de simplifier, alléger, désemcombrer ma vie que de la « remplir ».

    mars 28, 2009 à 13 h 33 min

  14. Si je n’associe pas facilement « joie » et « quête », Amélie, ce n’est peut-être pas tant que j’y suis déjà, mais qu’elle me semble survenir essentiellement quand on ne la cherche pas.
    Le bonheur est l’objet d’une quête (impossible, soit dit en passant). La joie davantage, me semble-t-il, d’un lâcher-prise.

    mars 28, 2009 à 13 h 36 min

  15. Entendu ce matin à la radio :

    « Si tu veux faire rire Dieu,
    Raconte-Lui le programme de ta vie. »

    (Vous ne devinerez jamais dans la bouche de qui)

    mars 28, 2009 à 13 h 41 min

  16. Serais-je le seul à oser l’avouer ?

    Ma quête est bien évidemment (et malgré moi) de tenter de retrouver tant bien que mal le Paradis perdu de la poche amniotique dans laquelle j’ai passé 9 mois incomparables : au chaud, sans heurts, sans efforts, sans crainte, au plus proche des gens que j’aimais, sans distinction entre un « moi » et un « monde extérieur », etc.

    mars 28, 2009 à 13 h 48 min

  17. Vous êtes en GRANDE forme Mr Zisi !

    mars 28, 2009 à 14 h 43 min

  18. Et Vincent, si l’on peut se permettre de juger la quête des autres, je trouve les tiennes plutôt idéalisées …

    Mais je partage avec toi le besoin de joie

    mars 28, 2009 à 14 h 46 min

  19. Tu entends quoi par « idéalisé », Yasté ?

    mars 28, 2009 à 14 h 52 min

  20. Pour moi, en tout cas, la « joie » — que je mesure à mon envie corporelle de rire, chanter, danser — me paraît beaucoup plus concrète, beaucoup moins abstraite et « idéale » que le « bonheur » que l’on préfère généralement, me semble-t-il, quêter.
    Non ?

    mars 28, 2009 à 20 h 00 min

  21. Pour me dévoiler davantage :
    C’est tout le travail du philosophe Clément Rosset qui m’a permis de distinguer « bonheur » et « joie de vivre » et de passer de la tentation de la quête du premier à l’accueil de la deuxième.
    Je lui serais à jamais reconnaissant car cette « révolution » a été pour moi capitale.

    mars 28, 2009 à 20 h 04 min

  22. Valentin

    Je crois d’abord qu’il faut s’accorder sur le terme de quête qui n’a surement pas les même nuances aux yeux de tous. Déjà ce terme est associés au saint Graal et donc à la religion. La quête n’est elle que religieuse alors ? Savoir si elle est mystique et donc attend un idéal impossible, ou alors pratique.
    Sa définition qui nous concerne est « action de chercher ». Je ne crois pas forcément qu’on ai tous une quête car on ne cherche pas tous quelques choses. Comme Vincent de quête pas la joie car ce n’est pas un état qui se cherche, mais qui se vie présentement. Enfin il me semble.
    Pour ma part, ça serai la simplicité et la joie aussi, mais pas en quête, plus en aspiration.

    mars 29, 2009 à 11 h 07 min

  23. Oui, dans « quête » moi je perçois un chevalier qui prend armes et bagages, abandonne tout et s’apprête à lutter vaillamment pour parvenir à sa fin.
    Sans doute l’influence de la mythologie du Graal.
    C’est juste un peu trop guerrier et volontaire à mon goût.

    mars 29, 2009 à 12 h 05 min

  24. .. »à ton âge », tu veux dire.

    mars 29, 2009 à 12 h 05 min

  25. (Des fois, tout de même, je regrette de ne pas avoir une épée me permettant de trancher la tête de tous ces petits farfadets moqueurs qui parfois traînent à nos basques)
    😉

    mars 29, 2009 à 12 h 07 min

  26. Isidore

    Toutefois, je ne pense pas qu’en employant le terme « quête », Amélie ait voulu donner une connotation religieuse ou saintgraalesque. Je l’entends plutôt comme un souci de donner un peu de profondeur dans l’expression d’une recherche existentielle. D’ailleurs c’est bien dans ce sens là que les réponses me semblent formulées.

    Pour ma part, ce que j’attends principalement du présent et de l’avenir, c’est avant tout de pouvoir poursuivre le chemin entamé et en approfondir sans cesse l’exploration et la possible fécondité… dans la pénible compagnie de cet irrémédiable compère: le doute, mais aussi celle joyeuse et vivifiante du plaisir de créer et de partager.

    mars 29, 2009 à 12 h 43 min

  27. Et as-tu une idée de la destination finale de ce chemin, Isidore, ou te contentes-tu de le laisser serpenter au hasard ?

    mars 29, 2009 à 12 h 51 min

  28. Isidore

    Je ne sais pas la destination finale de ce chemin (à part bien sûr le cimetière, mais je ne pense pas que ce soit le sens de ta question), mais il ne s’agit pas non plus d’une errance au hasard des évènements car j’ai quand même une boussole intérieure qui m’aide à ne pas aller n’importe où et à conserver un cap. je ne connais pas la destination finale mais je sais à peu près si je suis le bon chemin.

    Ceci dit je peux aussi dire ça d’une façon moins « spiritualiste » en disant que ce chemin n’a pas d’autre sens que celui que je lui donne et auquel je m’accroche désespérément autant que joyeusement, et que ça me convient aussi très bien, vu sous cet angle là.

    mars 29, 2009 à 14 h 48 min

  29. Isidore

    Finalement la figure de Don Quichotte me semble une proposition raisonnable pour tenter de traverser la Modernité en conservant un minimum de faculté d’émerveillement. Ce n’est sans doute pas par hasard que ce personnage de Cervantès, imaginé à partir des ruines de la chevalerie, soit devenu un archétype toujours très signifiant à notre époque.

    mars 29, 2009 à 15 h 29 min

  30. Valentin

    Mais je trouve que l’archétype moderne est bien éloigné du personnage de Cervantès pour ma part. On en fait un idéal engagé et conscient (du moins moi j’avais toujours cru cela) alors que pour le livre, ce n’est pas vraiment là même chose.
    Je voudrais revenir sur ce que tu as dis Isidore : le doute est il vraiment aussi pénible que cela ? C’est notre seul « outil » qui permet de combattre le dogme et de trouver un autre sens que celui imposé par la culture ou autre. Ce qui ne veut pas dire qu’il est vrai, juste autre. Mais c’est vrai que c’est dur car on est habitué au confort de la certitude.
    Notre saint Graal, notre quête ou notre but n’a aucun sens si on considère les travaux du docteur Henri Laborit qui a dit « le seul but de l’être c’est d’être », et qui considère en résumé que tout nos comportements, ou désirs ou choix sont issus de notre expérience et éducation et que le libre arbitre est donc remis en doute. Dans ce cas là, l’idée d’un but ultime serai vaine et surtout indépendante de nous même.

    mars 30, 2009 à 10 h 16 min

  31. Amélie

    Coucou Valentin,

    IL me semble qu’Isidore est comme la plupart de nous un adepte du doute; et le doute, aussi vertueux soit-il est la posture la plus inconfortable qui soit. Le doute interdit de s’installer dans quoi que ce soit.
    Quant à simplement « être », ce qui est peut-être difficile et peut faire l’objet d’une quête, c’est vivre en concordance avec ce qu’on est, sans besoin de masques, de justifications, de règles. C’est souvent ce qui disent les quinquas : qu’ils sont enfin en paix avec eux-mêmes parce qu’ils ont cessé de se voiler derrière de faux principes et de poursuivre d’obscures chimères.Je ne sus pas sûre qu’il soit si simple de juste « être », Valentin. On a tendance à se travestir d’attitudes… tu ne crois pas ?

    mars 30, 2009 à 11 h 11 min

  32. Mais les masques et les attitudes dont tu parles, Amélie — bref le « paraître » — font partie de l’ « être » (…du moins celui évoqué par Laborit).

    Il n’existe pas d’ « être » pur autrement que dans la pensée de ceux qui l’idéalisent intellectuellement.

    Les quinquas qui croient ne plus poursuivre d’obscures chimères n’ont juste fait qu’en changer.

    Du moins, c’est ce que je crois (en accord, me semble-t-il, avec Laborit même… même si ça ne prouve pas que j’ai forcément « raison »).

    mars 30, 2009 à 12 h 10 min

  33. C’est peut-être disgressif mais vous vous sentez plus proche de Don Quichotte ou de Sancho Pansa ?

    (car à mon sens, l’un ne peut se penser sans l’autre, tout comme Don Juan et Sganarelle)

    mars 30, 2009 à 12 h 12 min

  34. Amélie à Vincent

    Oui et surtout tu n’es encore que quadra ! 😉

    mars 30, 2009 à 12 h 21 min

  35. Amélie à Vincent

    ce que je veux dire c’est qu’il arrive peut-être un âge où plutôt que de prôner la générosité, on se tait et on se contente d’être généreux. En ça on quitte l’attitude pour se rapprocher de l’être.

    mars 30, 2009 à 12 h 22 min

  36. Amélie

    Comme il arrive un âge ou plutôt que de lutter contre la fatigue à force excitants, on se contente d’aller dormir…

    mars 30, 2009 à 12 h 25 min

  37. Amélie

    Comme il arrive un âge où on renonce à recouvrir ses cheveux blancs 🙂

    mars 30, 2009 à 12 h 25 min

  38. Amélie

    etc etc

    mars 30, 2009 à 12 h 27 min

  39. On peut certes « espérer » qu’avec l’âge viendra une forme de « sagesse » (reste encore à définir laquelle, car il en existe toutes sortes), mais je ne vois rien qui le garantisse.

    Avec l’âge, on peut tout autant s’enferrer dans ses travers… et d’autant plus se leurrer que les cheveux blancs nous font croire à la hauteur de notre point de vue.

    Je crois, pour ma part, comme Brassens que « le temps n’y fait rien à l’affaire… »

    mars 30, 2009 à 12 h 37 min

  40. Amélie

    C’est là qu’intervient la quête, très cher…

    mars 30, 2009 à 12 h 40 min

  41. …don quichotesque !

    mars 30, 2009 à 12 h 44 min

  42. Je ne vois malheureusement pas de lien direct et automatique entre la maturation d’une quête (ou plutôt une évolution personnelle ascendante) et le vieillissement. La sagesse venant avec l’âge me paraît un conte pour les enfants trop pathétique pour être encore raconté.

    Mais c’est finalement mieux ainsi car on peut apprendre à fonder une fraternité sur autre chose que de nobles apparences et admettre que même l’infini de la faiblesse humaine n’affecte pas le respect qu’on peut avoir malgré tout pour cette drôle d’espèce… géniale autant que misérable.

    mars 30, 2009 à 14 h 43 min

  43. Amélie

    si la vieillesse n’est pas un gage de sagesse (il suffit de regarder autour de soi !), on ne peut nier l’influence de l’expérience sur la réflexion, non ? Que cette expérience s’enrichisse plus tôt ou plus tard n’enlève rien au fait qu’elle s’inscrive dans une durée.

    mars 30, 2009 à 14 h 51 min

  44. Amélie

    désolée, Isi, je te réponds tout en travaillant… c’est un peu expéditif et hâché 🙂

    mars 30, 2009 à 14 h 56 min

  45. vous papotez mais vous n’êtes quand même pas nombreux à répondre à la question …

    mars 30, 2009 à 14 h 58 min

  46. Valentin

    Parce qu’on peut pas y arriver, même honnêtement peut être, enfin pour ma par je crois pas avoir de quête. J’ai envie de quelques choses : vivre en autonomie la plus totale (matériellement surtout), et le plus près de la nature. C’est que je suis jeune, et c’est plus un projet qu’une quête je pense.
    Entre douteur je me sentirai pas mal alors.
    Quand Laborit dire que « le but de l’être est d’être », cela concerne le vivant, et par le verbe être il entend je crois exister, biologiquement parlant, soit subvenir à ces propres besoins, et ensuite, à l’échelle spécifique, perpétuer l’espèce, mais on retrouve l’échelle individuelle car c’est SON code génétique qu’il faut transmettre, le seul que l’on peut.
    Don Quichotte ou Sacho Panza ? Je ne sais pas vrai : l’un croit son imagination comme vrai et mettrait sans réfléchir sa vie en danger, pire qu’un enfant, et l’autre suis sa folie, et le crois tout de même, même s’il comprend petit a petit qu’il lui manque une case. Le plus heureux est surement Don Quichote qui vis comme il le veux, il vis ses rêves. Je préfèrerai être heureux qu’attendre comme Sancho Panza après une chimère qu’on me fait rêver. J’ai pas fini le livre donc je sais pas comment cela se termine.
    Les autres but, et les quêtes sont je crois humaines seulement. Invention, ou plutôt prédestination culturel machin chose.

    mars 30, 2009 à 22 h 01 min

  47. Isidore

    Pour revenir au doute, Valentin, je pense aussi qu’il joue son rôle et qu’il a une fonction bénéfique… quand on parvient à surmonter son autre fonction destructrice. Malheureusement je le vois trop souvent triompher autour de moi sous son sinistre visage. C’est en ce sens qu’il m’est pénible. Mais je reconnais aussi tout à fait son aspect bénéfique.

    Quant à la figure de Don Quichotte, je la trouve archétypale de la modernité en ce qu’elle met en avant l’aspect dérisoire de la vanité humaine. Devant la puissance mécanique domptée par cette modernité, la force de l’homme que symbolisait jusqu’alors le chevalier se trouve réduite à néant. Mais plutôt que de s’abîmer dans une sorte de désespoir à devoir ainsi renoncer à cette manifestation solaire de la puissance du corps, Don Quichotte nous ouvre une sorte de salut possible, certes tragique ou simplement pathétique, en posant ce défi invraisemblable, tel David contre Goliatt, de surmonter la force et la violence aveugle par la seule voie qui demeure encore pour l’expression d’une humanité possible: celle du rêve absolu et de la vie conçue comme pure représentation. Il s’agit bien entendu d’une pure folie mais c’est le seul chemin qu’il nous reste pour sortir de l’enfermement mécanique des temps modernes. C’est une proposition qui me semble hautement pertinente.

    mars 31, 2009 à 10 h 33 min

  48. Valentin

    Se libérer par le rêve, ou par la folie, c’est l’ultime solution, mais la plus radicale de toute surtout. Comme tu dis, de l’extérieur elle est pathétique et dérisoire, mais celui qui la pratique ignore maintenant même les jugements.
    Je ne sais pas si Cervantès a voulu mettre tant de sens dans son livre ou s’il s’est contenter de soulevé des problème de façon comique sans apporter de solution.

    Le doute est toujours bon, car c’est lui qui permet de sortir des dogmes. Car un dogme, tu ne le remarques pas, car tu as toujours vécu avec, c’est un acquis, une base. Le doute, le vrai et le grand remet tout en cause, même les certitudes les plus profonde. Et même s’il n’apporte aucune réponse, et qu’il y en aura peut être jamais, il a l’avantage d’être libérateur en un sens. Mais il est humainement difficile a supporter.

    mars 31, 2009 à 10 h 41 min

  49. Pour moi Don Quichotte n’est pas atteint de folie car chaque fois, me semble-t-il, il admet qu’il s’est trompé et accepte de revoir son jugement.

    Il s’illusionne, certes, mais comme tout être humain (quelle que soit son époque, d’ailleurs) et c’est ce qui fait que cette figure « universelle » est si pertinente.

    Le « fou » dans l’affaire, c’est Sancho. Il ne s’illusionne peut-être pas (ne s’enflamme pas pour des chimères) mais tient des raisonnements absurdes ou bancals (ce qui n’est jamais le cas de Don Quichotte).

    Bref, la « folie » pour moi est dans la logique du raisonnement, pas dans la véracité (jamais assurée) de ce qui est pensé.

    mars 31, 2009 à 13 h 16 min

  50. Isidore

    Tout à fait d’accord avec toi !

    mars 31, 2009 à 13 h 48 min

  51. Valentin

    Ouai, je suis parfaitement d’accord avec la conclusion. C’est très intéressant comme phrase d’ailleurs. Ça pousse a méditer.

    mars 31, 2009 à 21 h 11 min

  52. 120

    Ecrit par Clément Rosset :

    Don Quichotte vit, au moins pour une large part, dans un monde imaginaire ; et Cervantès prend soin d’en avertir son lecteur dès le premier chapitre de son roman : Son imagination se remplit de tout ce qu’il avait lu dans les livres, enchantements, querelles, défis, batailles, blessures, galanteries, amours, tempêtes et extravagances impossibles. Mais, et c’est là un point important quoique à ma connaissance peu remarqué, il vit en même temps dans le monde réel, reste en contact avec une réalité que ses lubies ne lui font jamais et d’aucune façon perdre de vue. C’est en quoi il n’est rien de plus faux que l’image d’Epinal selon laquelle Sancho Pança garde les pieds sur terre, alors que don Quichotte rêve aux étoiles.

    Remarquons d’ailleurs que l’inverse serait de toute façon plus vrai, don Quichotte faisant le plus souvent preuve d’un bon sens et d’une conscience du réel beaucoup plus claire et beaucoup plus aiguisée que celle de son écuyer. Car Sancho se perd sans cesse dans des raisonnements absurdes touchant la nature des choses (ses fameux refranes), un peu comme Sganarelle dans le Dom Juan de Molière ; et, s’il finit par retomber sur le réel, c’est toujours un peu par chance. Pour en savoir sur le réel, il faut à Sancho le hasard d’une bonne bouteille ou d’un bon lit ; tandis qu’à son maître il suffit de raisonner et il raisonne bien. Pourtant don Quichotte voit trouble : il prend des moulins à vent pour des géants, un troupeau de brebis pour une armée en marche, une assemblée de marionnettes pour des guerriers en chair et en os. Cependant, il est remarquable que ce trouble de la vision n’entraîne pas un trouble de la pensée. Car don Quichotte, une fois en contact immédiat avec le moulin, la brebis, la marionnette, reconnaît aussitôt et de bon cœur sa méprise ; méprise dont il attribue systématiquement la responsabilité à l’enchanteur Freston, qui le poursuit de sa jalousie et de sa haine et n’a trouvé pour le contrarier de meilleur moyen que de faire paraître et disparaître à ses yeux, au gré de sa malice, tous les objets dont il est friand.

    Cette intervention de l’enchanteur, invoquée par don Quichotte chaque fois qu’il est prié de s’expliquer sur ses visions, est de très grande importance (elle constitue même, à mon avis, le ressort secret du roman, son idée génératrice) : en démontrant que don Quichotte tient en toute circonstance l’hallucinatoire pour de l’hallucinatoire et le réel pour le réel, elle lave l’ingénieux hidalgo de tout soupçon de folie véritable, quoi qu’il puisse dire ou faire d’insensé. Don Quichotte vit le réel sur le mode du réel et l’imaginaire sur le mode de l’imaginaire. Autant dire qu’il n’est atteint d’aucune folie.

    Une étude attentive du texte montrerait d’ailleurs que don Quichotte sait parfaitement faire la part du réel et de l’imaginaire, qu’il n’est jamais dupe de ses prétendues folies, lesquelles ne sont que des extravagances où se mêlent confusément beaucoup de complaisance et aussi, probablement, un rien de provocation. Cervantès signale lui-même le fait, de la manière la plus formelle, à la fin du chapitre XLI de la seconde partie de son roman. Sancha Pança, qui a pris modèle sur son maître, vient de divertir l’assistance en se vantant d’un voyage dans les espaces sidéraux qu’il aurait effectué à califourchon sur un cheval fabuleux, Clavilègne, aimablement mis à sa disposition par des protecteurs narquois. Don Quichotte le prend alors à part et lui glisse à l’oreille : Sancho, puisque vous voulez qu’on croie ce que vous avez vu dans le ciel, je veux à mon tour que vous croyiez ce que j’ai vu dans la caverne de Montesinos ; je ne vous en dis pas davantage.

    Ainsi n’y a-t-il nul divorce entre le réel tel que le vit quotidiennement don Quichotte et l’imaginaire tel qu’il se le représente de loin en loin : ce dernier n’étant autre que le réel ordinaire affecté d’un petit coefficient de bizarrerie. Coefficient sans incidence grave, puisque l’imagination se donne pour telle et se laisse effacer à la première remontrance du réel, comme il advient dans maint épisode de Don Quichotte.

    (Fantasmagories, suivi de Le réel, l’imaginaire et l’illusoire, Minuit, 2006)

    mars 31, 2009 à 22 h 13 min

  53. Isidore

    C’est cette posture tout à fait lucide et provocatrice de Don Quichotte qui témoigne de la compréhension de Cervantès des ressorts secrets de la modernité dans la composition de son personnage. Je suis bien convaincu qu’il n’y a nulle folie dans son extravagance mais je pense aussi qu’on peut le percevoir comme un complet timbré afin d’atténuer la force de son questionnement.

    mars 31, 2009 à 22 h 24 min

  54. La conclusion de cette étude de Rosset (après le passage par Don Quichotte) est la suivante. Elle aussi, me semble-t-il, « pousse à méditer » :

    […] C’est donc à tort, semble-t-il, qu’on oppose le réel à l’imaginaire. L’imaginaire s’accommode parfaitement du réel et sait, on l’a vu, lui rendre justice en toute occasion. Ce qui s’oppose au réel n’est pas du tout l’imaginaire, mais l’illusoire ; et le domaine de l’illusoire n’a rien de commun avec celui de l’imaginaire. L’illusion se caractérise essentiellement par l’imprécision : soit une incapacité à jamais définir exactement un quelconque objet précis qui pourrait s’y proposer. Témoin Mme Bovary, dont les rêves ne consistent pas seulement dans la constitution d’un monde imaginaire, mais dans l’incessante répudiation de toute réalité tangible. Les songes qui lui troublent l’esprit en appellent moins à une réalité imaginée qu’à l’imagination, si je puis dire, d’aucune réalité que ce soit ; voeu paradoxal qui résume l’essentiel de l’illusion et peut-être du romantisme.

    Une telle imagination illusoire est évidemment et nécessairement imprécise, ne pouvant s’exercer que dans le vague et le flou. Or il en va exactement à l’inverse de l’imaginaire proprement dit. Car il n’est rien de plus précis, si l’on prend la peine d’y réfléchir, que le domaine de l’imaginaire.

    […] Ce qui se passe dans l’imaginaire obéit à des lois aussi strictes, car il s’agit au fond des mêmes lois, que ce qui se passe dans le réel : on n’y confondra jamais une personne avec une autre, un endroit avec un autre. Autant l’illusoire est vague, autant est précis l’imaginaire. Imaginaire dont la devise pourrait êrte cette formule remarquable de Samuel Butler : « I do not mind lying, but I hate inaccuracy » — je m’accommode du mensonge, mais je ne supporte pas l’imprécision.

    (Ibidem)

    mars 31, 2009 à 22 h 39 min

  55. J’aime bien la polarité Don Quichotte / Madame Bovary.
    Quant à savoir laquelle est la figure la plus représentative de la modernité…

    mars 31, 2009 à 22 h 41 min

  56. Tout à fait d’accord avec l’idée que le réel ne s’oppose pas à l’imaginaire. J’ai toujours conçu l’imaginaire comme un aspect du réel: celui de la représentation. La réalité a un double visage pour nous, humains: le réel objectif (celui des phénomènes matériels perceptibles) et le réel représenté (celui auquel l’imaginaire donne accès).

    L’erreur qui consiste à confondre imaginaire et illusoire, rêve et irréalité me semble à l’origine des problèmes que nous vivons aujourd’hui quant à l’art et à la représentation en général.

    avril 1, 2009 à 9 h 25 min

  57. Faudrait savoir, Vincent, où tu te places : là tu nous cites Rosset (et sa distinction on ne peut plus nette entre réel-imaginaire et illusion) alors que tu fais constamment référence, sinon, à Baudrillard qui, si je ne m’abuse, à tout de même écrit un ouvrage intitulé Car l’illusion ne s’oppose pas à la réalité…
    Alors ?

    avril 1, 2009 à 10 h 27 min

  58. Si ça te tracasse tant que ça, Ourko, considère juste qu’il s’agit de deux branches qui vont certes dans des directions opposées mais qui sont tout de même reliées à mon tronc.

    Tu peux aussi lire l’ouvrage de Baudrillard cité et te rendre compte que la contradiction n’est qu’apparente, l’illusion qu’il pointe n’étant pas celle de Rosset mais celle des créations artistiques (il s’agit en effet d’un ouvrage de photographies).

    Et toc !

    Autre chose ?

    avril 1, 2009 à 10 h 32 min

  59. Si Don Quichotte peut bien être considéré comme une figure de la modernité (comme le suggère Isidore), c’est aussi car il est un des premiers héros de roman… et que le roman (comme l’a si bien montré Kundera dans l’Art du roman, puis Le rideau) est indissociablement lié à la Modernité.

    avril 2, 2009 à 13 h 03 min

  60. 120

    Ecrit par Milan Kundera :

    […] En effet, pour moi, le fondateur des Temps modernes n’est pas seulement Descartes mais aussi Cervantes

    […] Quand Dieu quittait lentement la place d’où il avait dirigé l’univers et son ordre de valeurs, séparé le bien et le mal et donné un sens à chaque chose, don Quichotte sortit de sa maison et il ne fut plus en mesure de reconnaître le monde. Celui-ci, en l’absence de Juge suprême, apparut subitement dans une redoutable ambiguïté ; l’unique Vérité divine se décomposa en centaines de vérités relatives que les hommes se partagèrent. Ainsi, le monde des Temps modernes naquit et le roman, son image et modèle, avec lui.

    Comprendre avec Descartes l’ego pensant comme le fondement de tout, être ainsi seul en face de l’univers, c’est une attitude que Hegel, à juste titre, jugea héroïque.

    Comprendre avec Cervantes le monde comme ambiguïté, avoir à affronter, au lieu d’une seule vérité absolue, un tas de vérités relatives qui se contredisent (vérités incorporées dans des ego imaginaires appelés personnages), posséder donc comme seule certitude la sagesse de l’incertitude, cela exige une force non moins grande.

    Que veut dire le grand roman de Cervantes ? Il existe une littérature abondante à ce sujet. Il en est qui prétendent voir dans ce roman la critique rationaliste de l’idéalisme fumeux de don Quichotte. Il en est d’autres qui y voient l’exaltation du même idéalisme. Ces interprétations sont toutes deux erronées parce qu’elles veulent trouver à la base du roman non pas une interrogation mais un parti pris moral.

    L’homme souhaite un monde où le bien et lem al soient nettement discernables car est en lui le désir, inné et indomptable, de juger avant de comprendre. Sur ce désir sont fondées les religions et les idéologies. Elles ne peuvent se concilier avec le roman que si elles traduisent son langage de relativité et d’ambiguïté dans leur discours apodictique et dogmatique. Elles exigent que quelqu’un ait raison ; ou Anna Karénine est victime d’un despote borné, ou Karénine est victime d’une femme immorale ; ou bien K., innocent, est écrasé par le tribunal injuste, ou bien derrière le tribunal se cache la justice divine et K. est coupable.

    Dans ce « ou bien-ou bien » est contenue l’incapacité de supporter la relativité essentielle des choses humaines, l’incapacité de regader en face l’absence de Juge suprême. A cause de cette incapacité, la sagesse du roman (la sagesse de l’incertitude) est difficile à accepter et à comprendre.

    (L’art du roman, essai, Gallimard, 1986)

    avril 2, 2009 à 13 h 21 min

  61. est-ce que vous avez vu « lost in la mancha ? »

    je pense qu’on pourrait l’inscrire dans la prochaine projection PP 🙂

    avril 2, 2009 à 13 h 31 min

  62. Amélie

    On avait prévu « les dieux sont tombés sur la tête  » en fait pour la prochaine projection, parce que vu que le dernier thème, c’était le grand nord, les filles sont arrivées sous 15 couches de fringues, et cette fois-ci, Vincent aimerait bien les voir en pagne…
    la suivante ?

    avril 2, 2009 à 13 h 35 min

  63. je veux bien me déguiser en moulin s’il le faut …

    avril 2, 2009 à 16 h 38 min

  64. Faudrait trouver un second film dans le même thématique.

    avril 2, 2009 à 17 h 44 min

  65. 120

    Ecrit par Milan Kundera :

    On parle beaucoup et depuis longtemps de la fin du roman : notamment les futuristes, les surréalistes, presque toutes les avant-gardes.[…]

    Or, si Cervantes est fondateur des Temps modernes, la fin de son héritage devrait signifier plus qu’un simple relais dans l’histoire des formes littéraires ; elle annoncerait la fin des Temps modernes. C’est pouquoi le sourire béat avec lequel on prononce des nécrologies du roman me paraît frivole. Frivole, parce que j’ai déjà vu et vécu la mort du roman, sa mort violente (au moyen d’interdictions, de la censure, de la pression idéologique), dans le monde où j’ai passé une grande partie de ma vie et qu’on appelle d’habitude totalitaire. Alors, il se manifesta en toute clarté que le roman était périssable ; aussi périssable que l’Occident des Temps modernes. En tant que modèle de ce monde, fondé sur la relativité et l’ambiguïté des choses humaines, le roman est incompatible avec l’univers totalitaire. Cette incompatibilité est plus profonde que celle qui sépare un dissident d’un apparatchik, un combattant pour les droits de l’homme d’un tortionnaire, parce qu’ele est non seulement politique ou morale mais ontologique. Cela veut dire : le monde basé sur une seule vérité et le monde ambigu et relatif du roman sont pétris chacun d’une matière totalement différente. La Vérité totalitaire exclut la relativité, le doute, l’interrogation et elle ne peut donc jamais se concilier avec ce que j’appellerais l’esprit du roman.

    (L’art du roman, essai, Gallimad, 1986)

    avril 2, 2009 à 17 h 54 min

  66. Evidemment :

    avril 2, 2009 à 19 h 23 min

  67. Je ne sais pas ce qu’il a fumé pour l’interview mais il n’a pas l’air tout là, l’ami Jacquo.
    Il n’empêche : « La folie n’est-elle pas de voir le monde tel qu’il est plutôt que tel qu’il devrait être », c’est pas mal !

    avril 2, 2009 à 19 h 29 min

  68. Pour répondre à la question d’Amélie, ça, c’est mieux (du moins, je trouve) :

    avril 2, 2009 à 19 h 31 min

  69. C’est donc lui l’inventeur des comédies musicales « à deux balles » qui, de Starmania au Roi Lion, en passant par ND de Paris, nous pompent régulièrement l’air (et les ondes) et ont fait disparaître l’attrait populaire pour l’opéra ?
    Quelle brêle, ce Jacques !!!

    avril 2, 2009 à 19 h 43 min

  70. Valentin

    Je suis pas d’accord avec Kundera sur certain point : déjà il dit que Cervantès est fondateur des temps modernes. Je pense pas. Il était en avance sur son temps, peut être mais n’a pas instituer ce temps qui est le notre maintenant. Descartes oui. Et je crois que quoi qu’on dise, il y a une vérité majoritaire dans notre occident. Ou alors plusieurs très semblable. Je n’arrive pas a éclaircir ma pensée, mais il y a quelque chose qui me gêne dans ses propos.

    avril 2, 2009 à 21 h 26 min

  71. Vincent

    La thèse de Kundera (du moins telle que le l’ai comprise) est la suivante :

    On ne peut penser la Modernité occidentale en ne regardant que la pensée scientifique qui s’y est développée.

    Une vision complète exige d’intégrer l’esprit du roman qui lui est indissociablement lié et qui d’une certaine façon « compensait » (ou « contrebalançait ») ce que l’esprit scientifique pouvait développer.

    On ne peut donc, selon lui, penser Descartes (et ses successeurs) sans penser en même temps Cervantès (et ses successeurs), tous deux étant « co-fondateurs » de la Modernité européenne.

    Qu’est-ce qui te gène dans cette thèse, Valentin ?
    Peux-tu tenter de le débrouiller ?

    avril 3, 2009 à 13 h 24 min

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