"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Archives de mars, 2009

Petite théorie du moi branchu

Ce week-end, en me baladant en forêt, j’admirais l’architecture des arbres que me permettait encore d’observer l’absence de feuilles lorsque me revint à l’esprit la discussion menée sur ce blog autour de nos quêtes personnelles.

M’est alors apparue comme une évidence que l’image usuelle du chemin — plus ou moins scabreux, consciemment orienté vers un but programmé ou serpentant au gré du hasard et des circonstances — n’était pas la plus pertinente pour illustrer la réalité comme le ressenti de nos existences.

L’arbre m’a en effet soudainement semblé bien plus adapté, avec son tronc initial lancé comme une enfance canalisée par ses contingences, puis ses multiples branches explorant à peu près simultanément plusieurs directions.

La question de l’aboutissement de nos vies, sur laquelle me semble-t-il nous achoppions, se résolvait alors en substituant à l’idée de destination celle de l’épanouissement.

J’étais content de ma petite trouvaille d’autant plus qu’elle me semblait bien « préhisto ». Et puis, on a bien développé, en son temps, une théorie audacieuse du « moi-peau », alors pourquoi ne pas tenter de faire germer ici celle, à mon sens tout aussi séduisante, du « moi branchu » ?


Chronique de Craô (8) : Le changement d’heure

Depuis le plus profond des âges, les humains semblent avoir célébré les changement de saison (voir notamment les articles consacrés ici à Samain, Imbolc, Beltaine, Noël, etc.).

On pensait nos temps modernes enfin débarassés de ces superstitions archaïques — comme si la saison avait besoin de notre appui pour survenir ! —, mais le changement d’heure est venu vite combler l’insupportable manque.

Ne nous y trompons pas : l’alibi prosaïque (économiser l’énergie) n’est qu’un mince et transparent vernis. Le changement d’heure est en effet, avant tout, dans sa réalité profonde, un rituel postmoderne de changement de saison.

On y retrouve en effet tous les éléments nécessaires :

– la dimension collective : c’est un des rares événements concernant, sans la moindre exception, tous les membres de la collectivité (qu’ils soient porteurs de Swatch, de Rolex ou n’aient rien au poignet)

– La dimension symbolique : il s’applique à ce qui est peut-être actuellement notre valeur suprême (ce temps que l’on mesure, allonge, gère, rentabilise, libère… bref vénère)

– La dimension sacrificielle : le passage est en effet dur pour tout le monde (même les vaches paraît-il ont du mal à se faire à la nouvelle heure de traite)

Il joue enfin — et j’aime à dire surtout — sur cette fameuse “règle symbolique” du don/contredon, en nous disant implicitement :

Donne-moi une heure de ton précieux temps, et je te fais venir le Printemps !


L’ail des ours

En cette période de l’année, les forêts commencent à se couvrir de tapis d’une plante à forte odeur d’ail au nom mystérieux : l’ail des ours.

Sans craindre d’énerver un plantigrade ronchon, on peut en cueillir les feuilles lancéolées et les consommer crues, hachées menues, en condiment des salades, ou cuites en soupes ou comme les épinards.

Et c’est partiiiiiii pour une nouvelle saison de cueillettes sauvages !


Une ‘tite cure préhisto de sève de bouleau

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La technique est toute simple (et sûrement ancestrale) : repérer un beau bouleau, creuser n’importe où dans son tronc un petit trou, y ficher une tige creuse de sureau, une paille, un tuyau ou un tube quelconque et placer dessous un récipient.

En cette période de l’année où la sève « bouillonne » dans les troncs, la récolte est étonnamment abondante et peut atteindre le litre d’eau d’arbre (potable) par jour.

Une façon de célébrer la nouvelle saison en ayant l’impression de trinquer avec nos cousins branchus !


Et vous, quelle est votre quête ?

Avec l’allongement de la durée de la vie, il semble que nous nous soyons tous plus ou moins consciemment forgé un projet de vie, un idéal vers lequel tendre : bonheur, joie, paix, calme, volupté … ? Quelle est votre quête profonde ?


Le petit Eden des Holzer

Dans la famille « jardinier », je vous invite à découvrir le travail remarquable du couple Holzer,  dans une vallée des montagnes autrichiennes. Ce document d’une quinzaine de minutes (suivi d’un second pour les mordus) illustre d’une façon intéressante la notion de permaculture dont Masanobu Fukuoka, déjà évoqué lors d’un précédent article sur le jardinage, a été un grand inspirateur par sa conception et de sa pratique  de l’ agriculture naturelle .

Ce n’est d’ailleurs pas tant la permaculture en soi qui m’a interpelé (on peut trouver d’autres approches intéressantes également dans l’agriculture biodynamique par exemple) que la posture de résistance constructive de ce couple d’agriculteurs, choisissant la mise en pratique et la preuve par l’exemple à toute action exclusivement critique ou polémique.


Ciné-PP-club (3) : Le grand nord avec Nicolas Vanier

La troisième soirée du Ciné-PP-club aura lieu samedi 21 mars (toujours au même endroit). Nous enterrerons l’hiver en visionnant deux films glacés de notre trappeur national : Nicolas Vanier (voir aussi son site officiel).

19 h (dernier délai) : L’enfant des neiges (documentaire, 1995)

22 h (environ) : Le dernier trappeur (fiction, 2004)

A moins que vous ne préfériez inverser l’ordre des projections.

Entre les deux films, comme d’hab’, petite collation sortie du panier. Gibier pris au collet et saumons fraîchement pêchés seront évidemment bienvenus, mais toute autre victuaille de printemps ne sera pas pour autant refusée.

Les meilleurs places seront réservées aux personnes déguisées (Davy Crocket, grizly, bonhomme de neige…)


Anniversaire en yourte nature

Un « week-end en festoyeries primitives » avait dit Amélie (cf. article précédent).

En voici quelques souvenirs : (suite…)


40 ans un Vendredi 13… ouille ! Bon anniversaire quand-même Vincent !

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Deux caps à passer la même journée…

Manquerait plus que l’inspectrice soit passée aujourd’hui… 🙂


Quignardise (3) : Sur la culpabilité paléolithique

Le fœtus mange sa mère.
Le chasseur mange le fauve.
La culpabilité paléolithique est un obscur sentiment de faute attaché à manger plus fort que soi et plus vivant que soi.
Les mains encore souillées du sang de la chasse on redoute la vengeance de la proie mise à mort.
On la mange : un « re-mords » s’ébauche pour chaque morsure qu’on fait dans le corps qui est autre.
Détrivorie, carnivorie, cannibalisme : l’homme mange du passé.
L’homme vole du passé au jadis.

(Abîmes, Dernier royaume III, Grasset, 2002)


L’éternel retour de Dionysos

Dans la mythologie grecque, Dionysos (Bacchus pour les Romains) est le dieu, errant et populaire, de la vigne et du vin, de l’ivresse, de l’extase, des sucs vitaux, de la fermentation et de la régénération.

Sa musique, à base de flûtes et tambours, dissonante et syncopée, provoque la surprise et l’effroi. Elle s’oppose à celle d’Apollon, patron de l’art lyrique et de l’harmonie.

C’est Friedrich Nietszche, me semble-t-il, qui réactiva — dès son premier ouvrage (La naissance de la tragédie ou Hellénisme et pessimisme, 1872) — cette opposition stimulante entre Apollon et Dionysos en appelant au nécessaire retour de la folie instinctive, exubérante et joyeuse du second pour contrebalancer la raison toujours un peu trop sage et désincarnée du premier.

Reste peut-être désormais à déterminer si son voeu est toujours d’actualité ou déjà, voire trop bien, réalisé. Et en quoi, cette polarité est pertinente et potentiellement éclairante pour le PP.


Des préhistos parmi nous (2) : Georges Brassens

Tentons de poursuivre l’idée de cette rubrique : qui sont donc, parmi les figures que tout le monde connaît, celles qui pourraient, par l’ensemble ou un simple aspect de leur oeuvre ou de leur personnalité, du moins tels qu’on la perçoit par média interposé, être labélisées « PP » (ce qui, soit dit en passant, n’est peut-être qu’un moyen détourné pour tenter de cerner davantage ce qu’on entend par là) ?

Après Gérard Depardieu, on ne pouvait pas passer à côté de celui qui fut à l’origine même du Parti Préhistorique (relire si besoin ici) : tonton Georges.

Bon, c’est sûr, il se prétendait lui-même, sur le tard, plutôt moyenâgeux, mais n’était-ce pas là simplement la marque de sa légendaire modestie ? Son goût pour la poésie, la musique, la « tribu » de potes, la rigolade (plus ou moins paillarde), sa simplicité, sa discrétion, sa morale anarchiste, etc. ne sont-ce pas plutôt là des attributs tout à fait… préhistoriques ?

Qu’en pensez-vous ?


Les contes de ma tribu (1)

Le mouvement a été lancé avec l’article du 20 janvier dernier : Remythons-nous !. Le besoin d’histoires que nous avons touché là me semble après coup trop ancestral — et le partage de contes une activité trop « PP » — pour ne pas tenter de la prolonger au-delà.

Avant d’en faire une éventuelle réunion mensuelle supplémentaire (autour d’un feu de bois, d’un bon repas ou de je ne sais quoi), essayons déjà de nous retrouver « virtuellement » en début de chaque mois dans cette nouvelle rubrique des Contes de ma tribu.

Chacun pourra venir y écrire un conte, un mythe, une légende, un racontar… bref une histoire (drôle ou tragique, réelle ou fictive, inventée ou répétée).

L’ensemble constituera au fil du temps une sorte de mémoire commune et vivante, voire même une forme d’identité, du PP.