"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

une expérience stupéfiante : la lecture de Georges Yemy

L’histoire : celle d’un enfant soldat albinos, en Afrique. Il a 12 ans, il vit en meute avec d’autres enfants soldats comme lui,  sous les ordres d’un sergent cynique qui les drogue avec force brassées de pilules, et il tue, viole, torture, tue encore. Quand son contingent est décimé, qu’ il est libéré de la drogue et de la meute, il entreprend de faire face aux crimes qui le hantent, sur un chemin qui semble être celui de la rédemption.

Ce roman est une expérience stupéfiante dans le sens où les mots y perdent toute forme rigide et se métamorphosent pour mieux pénétrer les profondeurs du lecteur. On plonge dans la magie du monde. Et si violents, si insoutenables parfois que soient les propos, il m’a semblé percevoir une forme d’acceptation du monde tel qu’on l’a souvent évoquée au PP, à savoir que tout est un tout. Que le mal, le bien, sont des notions absurdes. Qu’il n’y a pas forcément de début, ni de fin, plutôt un mouvement, puissamment imprégné de sacré.

Je n’ai pas trouvé le terme pour définir ce qui m’a le plus happée dans ce livre : « mysticisme » est trop pauvre, « panthéisme » aussi, et « sacré », curieusement, est réducteur. Il y a des souffles, des lumières, un jeu d’ombres…des choses qui ne sont pas exactement telles qu’on croit les voir. D’ailleurs le héros est un albinos au regard qui vacille…

J’aimerais beaucoup pouvoir parler de ce roman extraordinaire, mais les mots me manquent. Il faudrait que vous le lisiez, et que l’auteur s’exprime ici…

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28 Réponses

  1. Isidore

    Et bien dis-donc, tu y vas fort… il faut du temps pour commenter ce type de sujet, et les mots me manquent.
    Que dire à propos de ce type d’expériences de l’extrême violence, assez inimaginable pour moi, je l’avoue. Mais que ce témoignage puisse balayer d’un revers de la main pas mal de convictions liées à un mode de vie moins sauvage ne m’étonne nullement… mais que dire après cela? Il faudrait déjà que je lise l’ouvrage. Alors au boulot ! Je vais essayer de me le procurer dès demain.

    février 15, 2009 à 21 h 31 min

  2. Vincent

    J’vais également tenter de m’y atteler. Je dois toutefois avouer que me plonger dans la peau d’un enfant-soldat n’est, a priori, pas le genre d’expérience qui m’excite follement. On verra… et on en recausera.
    (Amélie, c’est sérieux, tu penses faire venir l’auteur ?)

    février 16, 2009 à 0 h 18 min

  3. yatsé

    pfiou effectivement j’ai un peu la même appréhension que toi Vincent …

    février 16, 2009 à 9 h 26 min

  4. Amélie

    que vous ayez des appréhensions, soit, mais vous ne parliez pas de faire sauter le vernis ?
    C’est un livre qui rencontre le PP à plusieurs égards. Je vous en dirai deux mots à ma pause déjeuner…

    février 16, 2009 à 10 h 50 min

  5. Barbarella

    Vincent va surtout avoir du mal parce qu’amélie lui a interdit de gribouiller son bouquin…:-))

    février 16, 2009 à 12 h 06 min

  6. C’est vrai ? Il est contraint de lire sans crayon pour souligner ?
    Wahou ! ça va être doublement « préhisto » comme lecture pour lui, alors ! Vous êtes sûrs qu’il va tenir le coup ?
    😉

    février 16, 2009 à 12 h 56 min

  7. Pour vous donner envie, voici le 4e de couverture :

    Né en 1975 au Cameroun, Georges Yémy est arrivé en France à l’âge de dix ans. Ses trois premiers romans, tous situés en France, La Lune dans l’âme (1997), Suburban Blues (2005) et L’Inévitable Histoire de chacun (2006), ont rencontré un vif succès critique. Tarmac des hirondelles marque un retour aux sources africaines.

    La quête initiatique d’un enfant-soldat devenu son propre enfer.

    « Je ne suis qu’un enfant, l’enfant éphémère dans l’essaim des papillons à mourir ce soir. La masse sacrifiée des phalènes à brûler pour la lumière d’une nouvelle Nation aux mêmes¨Pères assassins. J’ai onze ans, peut-être bien douze maintenant, et je suis un soldat. »

    Son contingent exterminé, Muna Nussadi erre solitaire dans la forêt, hanté par les souvenirs hallucinés de ses crimes, de ses parents, de Kenny, onze ans, mort au combat.

    Les phrases de Yémy ont le ton haché, violent, au rythme sauvage qui dit toute l’horreur et l’incohérence du conflit vu à tavers les yeux d’un enfant. Sa langue urgente et hypnotique, comme une mélopée, mêle un français classique à ses propres fulgurances et lie le son et le sens dans une littérature d’où sourd une musicalité violente et virtuose.

    février 16, 2009 à 14 h 03 min

  8. « Initiatique », c’est pas le mot que tu cherchais Amélie ?

    Pour ce qui concerne le style « hypnotique », au plus près de l’horreur, il me rappelle (après quelques chapitres) celui — inoubliable — de Douglas Mac Carthy dans La route.
    Comme s’il en était le tome précédent.
    Plutôt prometteur, donc (même si très violent).

    février 16, 2009 à 14 h 09 min

  9. Amélie

    Le côté PP de Tarmac des Hirondelles :
    D’abord la forme : elle est très libérée tout en étant très riche et place la rencontre entre le lecteur et l’écrivain au-delà des mots, dans ce qu’ils font ressurgir plus que dans leur sens premier, et dans leur musique et leur syncope aussi (il me semble). Elle désarçonne et contraint le lecteur à abandonner ses codes habituels pour en adopter de nouveaux, le temps de la lecture. Rétrospectivement, je pense que c’était nécessaire pour réellement pénétrer l’horreur du monde de l’enfant soldat, en lâchant prise avec ce qui nous est familier. Déroutée, la lecture devient plus instinctive.

    février 16, 2009 à 14 h 13 min

  10. Amélie à Vincent

    Non, ce n’était pas on plus « initiatique »…

    février 16, 2009 à 14 h 19 min

  11. Amélie

    Renseignements pris, Georges Yemy participera effectivement à la discussion, mais lui, c’est un vrai préhisto : il n’a pas internet. Il faudra donc patienter un peu, pour qu’il ait l’occasion de venir sur le blog (j’ai une alliée de charme). Ca vous donne le temps de le lire !! 🙂

    février 16, 2009 à 16 h 49 min

  12. Isidore

    Voilà donc chose faite. Et bien bravo à toi G. Yémy et merci à toi Amélie de me l’avoir fait découvrir. C’est vrai que les mots manquent mais qu’importe, la richesse et la puissance des images y suppléent amplement. J’attends de décanter un peu le flot d’impressions que la lecture a fait naître pour dire quelque chose… ou rien du tout.

    février 18, 2009 à 21 h 26 min

  13. Je n’en suis qu’aux alentours de la cinquantième page. Je dois avouer (que Georges Yémy me pardonne d’avance, mais autant être sincère) que j’ai eu un petit peu décroché.

    Je me suis formulé les choses ainsi : trop bavard !

    C’est la limite, me semble-t-il, de tout ouvrage prenant le parti du monologue d’un narrateur. J’ai pour ma part un peu de mal à rester tout un bouquin dans la seule tête d’une personne, quelles que soient la richesse et la pertinence de ses pensées. C’est toujours, à mon sens, trop étroit et « verbeux ». Très psychologique. Pas assez aéré. Bref, très français.

    Très différent, finalement (contrairement à ma première impression) de La route de Mac Carthy, qui est à sa façon très « américain ». Moins cérébral.

    Honnêtement, p.25, l’homme qui meurt assassiné en clamant « Le jour est là où lourd et las d’avoir trop vu aux soirs sans nue ni glas mourir l’éclat j’expire ! », c’est peut-être brillamment écrit, mais c’est à mon goût, justement, vraiment trop « écrit ».

    Mais bon… Je vais tout de même tâcher de poursuivre jusqu’au bout. J’y retourne, donc.

    février 19, 2009 à 0 h 52 min

  14. Amélie

    Moi je savais que ce n’était pas un livre pour Vincent… 🙂

    février 19, 2009 à 11 h 54 min

  15. Il le dit lui-même : y’a pour lui trop de mots (et sans doute pas assez d’images) ! 😉

    février 19, 2009 à 12 h 06 min

  16. Barbarella

    … oui… y a surtout beaucoup de sentiments et sensations… et bien peu de chose fermes et rationnelles… 🙂
    ça demande de lâcher prise.
    Mais on peut aussi tout bonnement ne pas aimer. C’est le propre de la littérature.

    février 19, 2009 à 12 h 30 min

  17. Lâcher prise ?
    N’écoute pas ce conseil à la noix, Vincent. Au contraire, tiens le fermement dans les mains, le livre… et persévère.

    février 19, 2009 à 13 h 41 min

  18. Barbarella

    mdrrrr
    déjà qu’on l’oblige à lire sans gribouiller…

    février 19, 2009 à 14 h 17 min

  19. Amélie

    Je ne peux plus me référer au livre, puisque je l’ai abandonné à Vincent, mais parmi les choses très PP que j’ai relevées dedans, il y a la fraternité réelle (et non pas « simplement » symbolique) ressentie avec un arbre, son frère, nourri du sperme de son père et du lait de sa mère, et aussi la cène initiatrice qui l’amène à devenir un homme de la lumière restante (si je me souviens bien du terme). J’ai particulièrement aimé, dans ce passage le fait que le rituel nécessite de boire et manger toutes choses sales et taboues.
    Qu’en as-tu pensé, Isidore ?

    février 19, 2009 à 14 h 21 min

  20. Isidore

    J’ai beaucoup aimé parce que les images qu’il nous offre me semblent nées (j’aimerais que Georges me le confirme) d’une véritable vision et que cette vision me parle profondément. Il m’a entraîné dans une partie d’un rêve qui me hante ou qui hante ma mémoire (ce qui est à peu près la même chose). Ce n’est pas facile de susciter ainsi des images de cette profondeur et je me réjouis qu’il y soit parvenu et aussi qu’elles aient tant résonné chez toi, Amélie. C’est sans doute ce que tu désignes en évoquant le côté PP du livre. C’est une vision d’avenir, à mon avis, et c’est aussi une image à cultiver pour nous aider à traverser les temps qui viennent… à grands pas. De toute façon elle est si familière à notre instinct et notre intuition qu’il n’y a guère de souci à se faire, elle saura bien s’imposer d’elle-même en temps voulu.

    février 20, 2009 à 0 h 21 min

  21. Isidore

    C’est le même type d’image que j’avais d’ailleurs rencontrées dans « Danse avec les loups » (dont je vous avais déjà parlé) de Pinkola Este (je viens de voir une référence à cet auteur dans la citation de la page d’accueil). Je pense qu’il s’agit d’une vision dont le centre est une femme… ou la féminité, si vous préférez… mais selon un certain angle qui me touche et m’émeut tout particulièrement.

    février 20, 2009 à 0 h 31 min

  22. Amélie

    C’est drôle : je suis en train de lire Femmes qui courent avec les loups de Pinkola Estès (d’où la phrase en exergue), et je me faisais une réflexion un peu similaire quoi que pas tout à fait. Je me disais que j’en parlerais aussi dès que je l’aurais fini. Elle parle pour l’instant (je n’en suis qu’au début) de la femme sauvage qui se retrouve ou se perd, et nous sauve.

    février 20, 2009 à 12 h 28 min

  23. Oui « Danse avec les loups » c’est le film de Kevin Kostner (dont la version longue est d’ailleurs prévue pour la prochaine séance du Ciné-PP-Club).
    Peut-être est-ce un simple hasard, mais on dirait bien que des boucles sont en train de se resserrer.

    février 20, 2009 à 13 h 32 min

  24. Isidore

    En fait je me suis trompé, c’est bien de « Femmes qui courent avec les loups » dont je voulais parler et dont je vous ai déjà parlé dans un lointain article de toi d’ailleurs Amélie (On a retrouvé la Vénus de Milo préhistorique- com 26)
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/03/06/on-a-retrouve-la-venus-de-milo-prehistorique/

    février 20, 2009 à 16 h 01 min

  25. Si on tente une synthtèse, ça fait donc : femmes qui courent sur le tarmac de la route avec les hirondelles et dansent avec les loups.
    Yeah !

    février 20, 2009 à 17 h 28 min

  26. quand est-ce que tu fais tourner le bouquin, Vincent ?

    février 21, 2009 à 0 h 07 min

  27. Dès que je l’ai fini, je te l’envoie, Yatsé, pas de souci… en le faisant tourner.

    février 22, 2009 à 22 h 08 min

  28. Je poursuis, à petites bouchées, la lecture.

    Le mot qui me vient pour retranscrire l’impression (est-ce celui que cherchait Amélie ?) est… onirique.

    On est en effet plongé dans une sorte de rêve (qui tourne souvent au cauchemar) où rien n’est stable : on passe du rire au larme, du présent au passé, un arbre peut sans souci se transformer en oiseau, la réalité jamais certaine, etc.

    C’est là, en tout cas, que le je trouve la dimension « PP » de ce livre : un rapport au monde comme avant le principe (philosophique) d’identité.

    mars 5, 2009 à 11 h 26 min

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