"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Tonnerre et Tempête

Encore une toute récente manifestation de notre « environnement naturel » dans son expression la plus sinistre et la plus brutalement destructrice: la tempête de ces derniers jours.

Entre un regard superstitieux  et anthropomorphique qui attribue à la Nature une légitime volonté  de vengeance devant les excès destructeurs de notre espèce, et des considérations prônant l’objectivité qui s’efforcent d’étudier et d’analyser la grande mécanique universelle, qu’est ce que la postmodernité va être en mesure d’inventer pour nous préparer à affronter ces phénomènes qui semblent prendre une ampleur inquiétante et susciter un effroi toujours croissant ?

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13 Réponses

  1. Amélie

    le fatalisme ? mais ça, on ne l’a pas inventé !

    janvier 27, 2009 à 15 h 50 min

  2. Amélie

    Je sais que c’est parfaitement déplacé au vu des gens qui ont souffert des ravages de la dernière tempête, mais je trouve dans la violence des phénomènes climatiques une fascination mêlée d’excitation. Le luxe de ceux qui sont au chaud…

    janvier 27, 2009 à 15 h 52 min

  3. Deux réflexions à chaud (et au chaud) :

    1) Le « regard superstitieux et anthropomorphique qui attribue à la Nature une volonté de vengeance » ne peut-il pas être perçu comme une saine résurgence d’une forme de panthéisme primitif ?

    2) Les changements climatiques prévus (notamment l’éventuelle montée du niveau de la mer) vont sûrement entraîner des déplacements massifs de population auxquels nous ne sommes pas encore bien préparés. Plutôt que de mettre toute l’énergie à tenter (sans grand succès) de réduire les causes, ne pourrait-on pas commencer à préparer la gestion des conséquences ?

    janvier 27, 2009 à 19 h 16 min

  4. La lecture des « Trois petits cochons » nous avait pourtant prévenus depuis longtemps : il faut bâtir en dur !!!
    Tant pis pour l’esthétique : revalorisons le béton… et rions de de voir le loup s’époumonner sur nos maisons blockhaussisées !
    😉

    janvier 27, 2009 à 19 h 23 min

  5. Malraux ne se serait-il pas trompé ?
    Le XXIe siècle ne sera-t-il pas finalement plutôt « pneumatique » ?

    NB : http://www.cosmovisions.com/pneuma.htm

    janvier 27, 2009 à 19 h 27 min

  6. Isidore

    J’ai l’impression que ces phénomènes naturels extrêmes, capables de développer une puissance formidable, sont aussi capables de réveiller en nous cette sorte de Terreur sacrée qui est aussi une exaltation telle que tu la désignes, Amélie, ou également une forme de religiosité comme ont dû l’être les panthéismes primitifs, je suis bien d’accord aussi avec toi, Vincent.
    Ils me semblent en tout cas capables de bouleverser sérieusement notre psychisme moderne s’ils deviennent plus fréquents et nous obligent à nous y confronter sérieusement.
    L’illusion prométhéenne qui préside à notre suffisance actuelle face à une Nature qui semble dominée, va sans doute s’effondrer devant ces assauts cataclysmiques.
    Une post-modernité ne surgira sans doute réellement que de cette obligation de nous adapter à de tels bouleversements. Il est donc certainement plus sage « de commencer à préparer la gestion des conséquences » dès aujourd’hui… sans plus trop nous faire d’illusion sur notre capacité (toute moderne) « de réduire les causes » et d’en maîtriser le surgissement.
    Le renoncement nécessaire à notre rêve bien illusoire de toute puissance devra t’il nécessairement passer par une telle épreuve ?

    janvier 27, 2009 à 21 h 50 min

  7. Vincent

    Si le début de la Modernité est souvent associé au cartésianisme qui voyait l’homme « comme maître et possesseur de la Nature », la prise de conscience des limites et des dangers de ce projet ne marque-t-il pas les débuts de la Post-Modernité ?

    janvier 28, 2009 à 23 h 20 min

  8. Vincent

    « Vengeance de la Nature » (ou de Gaïa), oui pourquoi pas…
    On peut aussi l’interpréter en terme de « Retour du Hasard et du Fatal » (dans un monde sans doute trop « arraisonné »)
    Pour ma part, je préfère cette idée car cela permet d’expliquer pourquoi ce ne sont pas forcément les premiers responsables qui sont essentiellement visés.

    février 4, 2009 à 0 h 41 min

  9. Pour tout dire, ce qui m’effraie le plus en la matière, c’est la tentation (illusoire et surtout… dangereuse) de régler le problème en désignant des coupables.

    En ces temps de crise (pas seulement climatique), c’est un réflexe guerrier qui se répand me semble-t-il : couper le monde en deux avec un « Nous » vertueux et un « Eux » diabolisé.

    Ca nous promet, là aussi, de sacrées tempêtes !

    février 8, 2009 à 10 h 29 min

  10. 120

    Ecrit par Jean-Pierre Dupuy :

    Comme les baigneurs de Thaïlande qui n’ont vu qu’au dernier moment la vague gigantesque déferler sur eux, nous ne semblons pas apercevoir les centaines de millions de malheureux qui, dans un avenir proche, chassés de chez eux par la sécheresse, la montée des eaux, les ouragans ou les tempêtes, chercheront un asile chez nous, pour fuir non plus seulement des régimes d’oppression, mais des territoires que nous aurons saccagés, sans même les connaître, par notre inconséquence.

    Ces vagues humaines rendront dérisoires nos pauvres calculs. L’action politique doit aujourd’hui se penser dans la perspective, non plus de la révolution à accomplir, mais de la catastrophe à repousser, s’il en est encore temps. […] Ma thèse est qu’il nous faut vivre désormais les yeux fixés sur cet événement impensable, l’auto-destruction de l’humanité, avec l’objectif, non pas de le rendre impossible, ce qui serait contradictoire, mais d’en retarder l’échéance le plus possible. Nous sommes entrés dans l’ère du sursis.

    (La marque du sacré, Carnets nord, 2008)

    février 8, 2009 à 10 h 39 min

  11. Les anciens Grecs avaient Némésis
    http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9m%C3%A9sis
    Peut-être faut-il à nouveau célébrer son culte pour calmer sa vengeance ?

    février 8, 2009 à 10 h 42 min

  12. Isidore

    Avec la tempête qui souffle dehors et le chant sinistre de la maison qui gémit sous ses assauts rageurs, je me dis, à la lecture de ces derniers commentaires que la journée commence sous de bien sombres auspices… Raison de plus pour me réjouir d’être encore en mesure d’y songer faute d’y penser sérieusement.

    Les perspectives catastrophistes ont au moins le mérite de rendre très douce la situation préalable qui se contente en général de les imaginer.

    Et l’angoisse terrifiante qu’elles suscitent se limite aux fantasmes que l’imagination se plait à inventer à l’occasion.

    Par contre vivre réellement une catastrophe procède d’une tout autre dynamique psychologique puisque la question de survie devient première et qu’il n’est plus temps ni de fantasmer ni de quoi que ce soit capable de nous détourner de cette préoccupation essentielle.

    Il me paraît donc très difficile d’envisager froidement et rationnellement toute catastrophe. Peut-on faire autre chose que simplement la redouter comme simple manifestation d’une fatalité inéluctable et devant laquelle nous serions irrémédiablement impuissants ?

    On peut aussi se demander si la notion même de catastrophe qui hante notre cerveau n’est pas le visage moderne de la Fatalité pour une modernité qui est fondée sur le progrès et la croyance dans notre capacité à maîtriser le monde ?

    Et donc, ce goût de catastrophe qui hante notre psychisme n’est-il pas simplement révélateur du besoin de Fatalité pour tout humain normalement constitué ? C’est sûr qu’avec notre manie de tout vouloir contrôler, il n’y a pas d’autre solution pour accepter malgré tout une réalité qui nous prouve sans arrêt la vanité d’un tel désir.

    février 10, 2009 à 8 h 45 min

  13. L’attraction que l’imaginaire de la « catastrophe » exerce sur nous n’est-elle pas simplement celle de l’événement miraculeux qui rendrait simplement, pour un temps du moins, notre vie un peu plus intense ?

    Quand les existences s’hygiénisent, se sécurisent, se mécanisent, bref… se modernisent, la catastrophe peut en effet être perçu comme le seul choc capable de nous remettre à la vie (avec tous les risques et les dangers que comportent justement la vie).

    février 10, 2009 à 18 h 54 min

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