"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

L’enfance de l’humanité

Et si reprendre contact avec le « préhisto » en nous (objectif plus ou moins avoué — et partagé ? — du P.P.) n’était qu’une autre façon de nommer la nécessaire préservation de l’ esprit d’enfance, toujours menacé d’être étouffé par la couche plus ou moins épaisse de « sérieux » que le temps pose dessus ?

Est en tout cas, pour moi,  avant tout « préhisto » (c’est-à-dire « profondément humain ») celui sait jouer, rire, chanter, danser…  et se laisser guider, de façon simple et légère, davantage par la joie de vivre que par la raison et la morale.

N’est-ce pas d’ailleurs — avec la néoténie qui lui est liée —  la force majeure qui a permis à notre espèce de franchir les millénaires ?

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10 Réponses

  1. Vincent

    Cela me fait penser à je ne sais plus quelle tribu qui, pour remettre un individu déviant dans le « droit chemin », avait développé la pratique de la… chatouille collective !

    C’est quand même mieux que la matraque ou la prison, non ?

    janvier 6, 2009 à 13 h 59 min

  2. je sais plus dans quelle conversation, on s’était dit que l’homme murit de l’enfance à l’âge adulte et ensuite que plus il vieillit et plus il redevient enfant …

    janvier 7, 2009 à 0 h 17 min

  3. et c’est marrant que tu parles de chatouilles, car justement dans le reportage dont je parlais sur l’autre billet, ils avaient testé le pouvoir de la chatouille sur des rats.

    Et ils en avaient conclu qu’ils pouvaient demander vachement plus à des rats qu’on chatouillait qu’à d’autres qu’on seulement caressait …

    janvier 7, 2009 à 0 h 45 min

  4. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    Les enfants sont les seules grandes personnes que je connaisse. Les enfants sont des gens du voyage, des âmes de grande circulation. Quand ils viennent dans ce monde, ils n’ont pas de vêtements, pas de mots, pas d’argent, aucun bien hors les biens du manque, de la faim, des larmes et du sourire. Les gens qui les accueillent, qui leur donnent asile pour vingt, trente ans, pour toute la vie, les gens qui disent aux enfants : entrez, faites comme chez vous, posez votre sourire dans un coin, il nous tiendra compagnie, il commence déjà à nous éclairer un peu, ces gens-là, hôteliers de l’enfance, on les appelle des parents. Les enfants restent où la porte s’ouvre. Ils jouent dehors dans la cour, ils rentrent au soir, ils demeurent là des années et pendant des années ils restent de passage avec leur âme fuyante. Les enfants sont des étrangers qui vivent chez les parents. L’enfant que j’étais n’a jamais voulu être quelqu’un. Aviateur, pompier, on veut l’être à sept ou huit ans. Mais je parle ici d’une époque ancestrale, plus proche des cavernes de Lascaux dans l’âme. Je parle des deux, trois premières années. L’enfant de deux ou trois ans ne veut exercer aucun métier. Il ne sait pas ce que c’est, un métier. Il ne veut profondément, foncièrement, qu’être rien, c’est-à-dire tout. Etre là dans la cuisine, salir la nappe de plastique avec des morceaux d’aliments, et être en même temps, avec la même intensité, dans la mouche qui danse contre la fenêtre, dans le ciel qui coule au dehors, et dans la forêt bénie des fées, cette forêt dont les loups ne trouvent jamais l’entrée, cette forêt de l’amour dont le monde est chassé, banni.

    (L’épuissement, Le temps qu’il fait, 1994)

    janvier 7, 2009 à 12 h 56 min

  5. Vincent

    Je ne suis pas surpris que « les cavernes de Lascaux dans l’âme » correspondent pour Bobin aux toutes premières années.
    La préhistoire est avant l’écriture.
    L’enfance (ne serait-ce qu’étymologiquement) avant le langage, avant son intrusion, son envahissement, son envoûtement.
    Qui n’est pas sourdement hanté par cette période d’avant les mots (qui nous séparent du monde et nous font croire à l’existence illusoire d’un Moi) ?
    Qui ne pressent pas que se niche là une réalité qui sans cesse nous échappe ?

    janvier 7, 2009 à 13 h 07 min

  6. 120

    Ecrit par Christian Bobin :
    (aphorismes sur le sujet)

    L’homme du sérieux est un des plus puérils qui soient. Il se penche sur sa vie comme l’écolier sur sa copie. Il s’applique et se scandalise de l’indulgence du maître pour les mauvais élèves qui savent que la vie est parfois grave, souvent légère — jamais sérieuse.

    (L’éloignement du monde, Lettres vives, 1993)

    *

    Il nous faut devenir adultes pour comprendre que les adultes n’existent pas et que nous avons été élevés par des enfants que l’armure de nos rires rendait faussement invulnérables.

    (L’éloignement di monde, Lettres vives, 1993)

    *

    L’enfance continuée longtemps après l’enfance : c’est ce que vivent les amoureux, les écrivains et les funambules.

    (Autoportrait au radiateur, Gallimard, 1997)

    *

    Aucun adulte dans cette vie — que des enfants préoccupés d’un jouet cassé ou refusé. Rares parmi eux ceux qui, oubliant de geindrre, se saisissent de la première lumière venue pour sauter à la corde. Ceux-là sont de bons compagnons. La terre est par eux enchantée.

    (Autoportrait au radiateur, Gallimard, 1997)

    *

    Cherchant en lui l’enfant qu’il avait été, je ne trouvais que son assassin.

    (Une bibliothèque de nuages, Lettres vives, 2006)

    janvier 7, 2009 à 13 h 21 min

  7. Vincent

    Même sans les adolescences post-modernes prolongées, vu la faible espérance de vie qu’on peut leur supposer, l’importance de l’enfance dans la vie des Préhistos étaient forcément plus importante qu’actuellement.

    Si l’enfance est aujoud’hui perçue généralement comme un état transitoire avant d’atteindre l’état abouti d’adulte (qui dure) ne peut-on pas ne serait-ce qu’imaginer que dans des temps plus anciens la référence soit plutôt l’état d’enfance, celui d’adulte n’arrivant à certains que par… accident ?

    janvier 8, 2009 à 13 h 22 min

  8. Ourko

    Vincent qui parle d’esprit d’enfance au plus loin du « sérieux ».
    C’est peut-être ce qui est le plus drôle dans cet article… et ce qui rend difficile aussi la discussion (car on se demande s’il faut le prendre au premier ou au deuxième degré)
    😉

    janvier 9, 2009 à 13 h 11 min

  9. Vincent

    Toujours le mot aimable, Ourko ! (avec le même doute sur le degré auquel il faut prendre ton propos).

    Je me demande si les politiques n’ont pas vu le même reportage que Yatsé et n’appliquent pas à la lettre — avec une efficacité diabolique — le procédé de la chatouille permettant d’en demander toujours davantage.

    janvier 9, 2009 à 13 h 14 min

  10. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    Bons mots, paradoxes, analogies foudroyantes, l’être humain est un prodige d’esprit et d’invention jusqu’à l’âge de 6 ans, puis, sérieusement repris en main par ses éducateurs, il n’énoncera plus se vie durant que des sottises et des platitudes, un trait ultime digne de ses premières élucidatioons fusant parfois encore cependant de la bouche de l’agonisant.

    (L’autofictif, Arbre Vengeur, 2009)

    janvier 19, 2009 à 2 h 15 min

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