"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Notre plus lointain ancêtre

Non, non, nous ne descendons pas, comme on l’a dit longtemps, du singe mais plutôt du… rat. Au nom bizarre en plus : Purgatorius. C’est sûr, l’information n’est pas glorieuse. Peut-être est-ce pour cela qu’elle n’est pas bien diffusée.

Ses restes (des dents et un bout de mâchoire) ont été découverts il y a plus de quarante ans, en 1965 exactement, dans les montagnes Rocheuses. C’est tout bonnement le premier primate reconnu par les paléontologues, l’ancêtre donc des hominiens.

On aimerait bien savoir ce qu’il pense quand il observe sa descendance. Oserez-vous, à travers les millénaires, affronter son regard ?

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17 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Yves Coppens :

    Pourvu d’une bouche à 44 dents : 3 incisives, 1 canine (etc.), ce bien vieux parent devait vivre dans les arbres, se nourrir de fruits et d’insectes, et n’être guère plus gros qu’un petit rat (ses molaires ont 2 mm de longueur).

    […] Du Purgatorius, les paléontologistes ne connaissent pour le moment que des dents et des mâchoires. Mais si on le classe ainsi, c’est parce que la morphologie de ces dents et de ces mâchoires s’accorde précisément avec celle des autres Primates. […] Dans un monde où se développent des plantes à fleurs, les Primates, frigivores ou folivores, apparaissent comme les conquérants d’une nouvelle pêche écologique, d’un nouveau milieu ; il se « désolidarisent » de leurs parents insectivores. Et c’est ainsi que se dessine dans l’esprit du paléontologiste la silhouette discrète et souple de notre petit ascendant.

    (Le Singe, l’Afrique et l’Homme, Fayard, 1983)

    décembre 31, 2008 à 15 h 40 min

  2. Vincent

    J’aime beaucoup — pour ma part — l’idée d’un ancêtre peu glorieux, voire carrément l’absolu contraire de nos plus secrets fantasmes. Il me semble en effet que la réalité est souvent bien triviale (et différente de nos désirs) et qu’une question majeure est simplement celle du degré de vérité (variable selon les individus) qu’on est capable de supporter.

    Je trouve en plus qu’il nous ressemble beaucoup ce petit rat : contraint, dès le départ, de sortir de sa condition naturelle initiale (le régime alimentaire de ses ascendants) pour explorer, conquérir, inventer un autre monde.

    Contrairement à ceux qui reprochent à cette théorie de désenchanter l’histoire humaine, je trouve qu’on en ressort en fin de compte plutôt grandis. On s’en est en effet (du moins jusque-là) pas trop mal sortis, non ? C’était, semble-t-il, loin d’être gagné d’avance !

    décembre 31, 2008 à 15 h 53 min

  3. 120

    Ecrit par Raymond Dumay :

    C’était aors l’âge des forêts, des arbres énormes creusés par la pluie et la pourriture, fendus par la foudre, aménagés par les insectes, les oiseaux, les écureuils. Constructeurs et locataires. Ces creux étaient grange, silo, cuve, observatoire, laboratoire, grenier, cave, bibliothèque, salle de réunion, de festin. Abri aussi. La table y est servie même l’hiver ! Plat gratuit et succulent, le miel y abonde. De quoi faire naître une nouvelle vocation, le parasitisme.

    Ne tarda pas à se présenter un client sérieux et peu exigent dont le premier souci était de passer l’hiver sans travail et sans génie. Sans vanité non plus. Aussi a-t-il fallu bien du temps à nos savants détectives pour identifier cet amateur éclairé : le rat commun, le rat venu d’Amérique, celui qui n’a jamais osé révéler son origine même entre amis : « L’Homme c’est moi ».

    […] Alors commence l’aventure du rat et de l’abeille. Comment la nommer ? Prodige, miracle, fable, évidence ? Aucun terme ne semble convenir à une action qui paraît avoir été aussi facile à mener à bien qu’à raconter. De telles facilités nous incitent à supposer qu’il y a eu préméditation. On aurait suivi un programme. C’est renvoyer la question à l’étage au-dessus.

    Ce rapprochement du rat et de l’abeille n’est pas artificiel.

    Le rat est un des rares êtres vivants à ne pas craindre l’abeille. Même, il l’affronte. C’est elle qui le redoute, tous les apiculteurs le savent.

    A l’origine de cette situation, deux hypothèses opposées : ou bien il était immunisé au départ, ou bien il a été mithridatisé par les piqûres. Une troisième pourrait être celle d’un pacte.

    De l’abeille, Purgatorius apprit beaucoup et sur beaucoup de points, pratiques ou moraux, spirituels ou esthétiques. Depuis les leçons d’architecture jusqu’à l’art de vivre en famille, de l’affinement du goût à la didscipline et au travail, à l’exemple de la dure fraternité pratiquée dans la ruche-forteresse.

    […] Enfermé dans sa ruche, en tête à tête avec une maîtresse de maison rigoureuse, le rat allait d’une expérience à l’autre par contact direct. De gré ou de force, il enregistrait des connaissances qui avaient coûté beaucoup de temps à l’abeille au cours du tertiaire, une période très longue et très troublée.

    […] De découvertes en leçons, notre rat poursuiivait sa route. Peut-être suivait-il certaines de ces ouvrières. Elles connaissaient les bons endroits. Plein de force et de sagesse, il atteignit ainsi l’Ethiopie, qui fut peut-être le premier éden et, à coup sûr, un éden pour les abeille. Ce qu’il est resté. A côté du Nil, le fleuve hydromel, sur les bords duquel naquit Lucy, coule toujours. L’alcool né du miel est resté la boissons nationale des gourmets éthiopiens.

    Enfin debout, l’homme entrait dans le monde, portant en lui les sages leçons de l’abeille à travers les souvenirs ardents de sa vie de rat.

    Le rôle capital que nous accordons à l’abeille dans la formation du rat, qui l’aurait transmise à l’homme, risque de rester longtemps à l’état d’hypothèse, d’autant plus fragile que privée de toute référence scientifique.

    Au mieux, ce pourrait être une épopée littéraire avec unité de lieu et d’action, un « huis clos » : des personnages simples et peu nombreux, un dénouement conforme à l’expérience et à la morale, et dont la géographie de la préhistoire serait l’une des bénéficiaires. Halte au fossile, place au vivant ! L’abeille vibrante avant les silences de l’os et du silex !

    Ce pourrait être aussi une fable : « L’abeille et le rat ». Fable et épopée de la préhistoire, en un temps voué à l’oral où, faute d’écriture, elles ne devaient pas manquer.

    (Le rat et l’Abeille, Court traité de gastronomie préhistorique, Phébus, 1997)

    janvier 3, 2009 à 11 h 01 min

  4. c’est marrant mais il y avait justement un reportage très intéressant sur les origines animales.

    Et en gros, s’il y a eu le règne des reptiles, celui-ci a été révolu avec celui des mammifères.

    Le reportage expliquait cela par l’éclatement de pangée.

    il expliquait aussi que ce qui nous différencie des reptiles qui ont des attitudes très primitives (instinct de survie par la peur), nous les mammifères étions très différents par notre maturité très longue à acquérir, et le lien maternel nécessaire pour tout apprentissage.

    Il semble que chez les reptiles l’instinct maternel est inexistant.

    Un autre facteur qui nous caractérise est le plaisir du jeu, et son importance dans l’apprentissage avec la non gravité de l’erreur dans ce cas.

    pfiou passionnant ce reportage sur la 5 :
    http://www.france5.fr/programmes/index-fr.php?affnum=009328&prgnum=0&numcase=32&date=04-01-2009&plage=1900-2400

    janvier 5, 2009 à 1 h 22 min

  5. Vincent

    Je suis comme toi, Yatsé, les doumentaires (écrits ou audiovisuels) d’éthologie animale et humaine me passionnent. Je considère même le développement de cette science (tout récent à l’échelle de l’histoire des ciences) comme une des grandes avancées du XXe siècle… et de la Modernité (qui n’a donc pas à mes yeux que des inconvénients).

    Concernant cette fameuse néoténie que tu évoques (cette naissance prématurée, si spécifique à l’Humain) : je n’ai jamais trop compris comment on pouvait — comme la plupart des « intellectuels » actuels — à la fois considérer que cette « enfance prolongée » était la grande chance de l’Humain et, dans le même temps, condamner sévèrement l’infantilisation croissante du monde (du moins l’occidental).

    « Rester gamin » le plus longtemps possible, n’est-ce pas d’un ecertaine façon la vocation profonde de l’être humain ? Sa seule chance de survie (scientifiquement attestée) ?

    janvier 5, 2009 à 22 h 47 min

  6. Ourko

    Comme d’hab’ Vincent : que tout cela est énoncé pompeusement !
    Pas très néoténique comme style !
    Pourquoi ne pas dire plus simplement…

    janvier 5, 2009 à 22 h 50 min

  7. Ourko

    …………………………………………………….. prout ?

    janvier 5, 2009 à 22 h 50 min

  8. Vincent

    Tout simplement, mon cher Ourko, parce que le vrai « esprit d’enfance » — du moins pour moi — ne se mime pas… et ne se confond pas avec la vulgarité.
    Il jouerait même plutôt — naîvement — à « faire le grand », sans jamais trop y parvenir (ni même s’en soucier vraiment).
    Mais peut-être que cette « fraîcheur masquée » est au-delà de tes capacités d’appréhension ?
    😉

    janvier 5, 2009 à 22 h 55 min

  9. Isidore

    De toute façon, moi j’attends que la neige ait fini de recouvrir le blog pour sortir les skis et me vautrer dans un plaisir glissesque… Ce soir, chez moi, il neige pour de vrai et on commence déjà à sentir la douce ambiance feutrée des paysages enneigés. J’ai hâte de les découvrir demain matin au lever du jour. Comment le si rude hiver peut-il révéler ainsi une telle douceur ? Ceci dit je n’irais pas dormir dehors cette nuit…Non, non, même si vous insistez !

    janvier 5, 2009 à 23 h 28 min

  10. Vincent

    Ca me fait penser qu’on n’a pas fait de « nuit sauvage » depuis octobre dernier.
    Moins d’envie, cette année.
    Moins de découverte — de sentiment d’aventure — sans doute, puisque tout a déjà été « affronté » (le grand froid, la neige, la pluie… et même la marmaille en folie).
    Mais surtout, la dernière — au milieu des cerfs qui brament — a été (pour moi) si « magique » qu’il est peu tentant d’en recouvrir le souvenir d’une autre plus banale.
    Vivement septembre et octobre prochains !!!

    janvier 6, 2009 à 13 h 04 min

  11. Amélie

    j’en reviens pas que tu puisses envisager une seconde de trouver une nuit dans les bois avec moi « banale »… !!!

    janvier 6, 2009 à 13 h 19 min

  12. visiblement Vincent préfère la compagnie des cerfs à toute autre 😛

    janvier 6, 2009 à 13 h 41 min

  13. 120

    Ecrit par Eric Chevillard

    Issue de germain, cette cousine estime cependant nécessaire de me présenter son gros médecin de mari, lequel tout de suite veut savoir si ça se vend, mes petites histoires, laissant entendre que les gens ont de l’argent à perdre, à quoi je réplique qu’ils ont sans doute envie de s’offrir parfois autre chose qu’un ictère ou une gastrite avec leur paye du mois, puis nous nous séparons, bien résolus à nous éloigner encore de germain, définitivement et sans retour.

    *

    Et soudain, je me représente les infinies ramifications de l’arbre généalogique comme le tracé en zigzags d’une fuite éperdue de l’être loin de l’origine.

    *

    Comme il est mignon, ce veau ! Adorable ! N’y a-t-il vraiment rien à faire pour qu’il devienne autre chose qu’une vache ?

    (438, http://l-autofictif.overblog.com)

    janvier 6, 2009 à 14 h 23 min

  14. d’ailleurs pour finir sur ce que je disais, vous trouvez pas qu’il y a une (parmi d’autres) erreur dans jurassik park.

    Ce qui rend fascinant et terrrifiant les vélociraptors dans le film, c’est la capacité d’adaptation à un environnement et leurs actions calculées.
    Hors ils font partie du monde des reptiles … aie problème 🙂

    janvier 7, 2009 à 0 h 14 min

  15. 120

    Ecrit par Jacques A Bertrand :

    Le docteur Panksepp, chercheur américain, entretient avec ses rats des relations extrêmement amicales. Tous les matins, il passe la main dans leur cage et les caresse. Le rat raffole des caresses. Il se met sur le dos et attend les guili-guili en émettant des ultrasons qui — traduits en sons audibles — ressemblent étrangement au rire humain.

    Qui sait, l’homme prenant enfin conscience de n’être pas le seul à avoir le droit de rigoler dans cet univers, s’il ne finirait pas par retrouver le sens du ridicule ?

    (Les sales bêtes, Julliard, 2008)

    janvier 15, 2009 à 23 h 29 min

  16. Amélie

    eurk…
    j’ai connu beaucoup de gens qui avaient des rats comme animaux de compagnie… ils les faisaient même boire dans leur bouche. Personnellement, les rats me dégoutent profondément. Et pas seulement à cause des maladies qu’ils véhiculent.
    J’ai du dormi plusieurs nuits par terre dans une pièce sans lumière et infestée de gros rats bien lourds qu’on entendait trop bien se déplacer… je n’osais pas ouvrir les yeux de crainte de voir une multitude d’yeux rouges et scintillants…
    Il y a sans doute une grande part de fantasme collectif dans le dégoût du rat, entretenu par l’idée propagée régulièrement d’une véritable communauté souterraine organisée sous les villes.

    janvier 16, 2009 à 11 h 14 min

  17. 120

    Ecrit par André Leroi-Gourhan :
    (sur le travail d’anatomie comparée des paléontologues)

    Il y a une chose qui m’a toujours frappé dans l’exercice de la paléontologie humaine, c’est la modicité, la pauvreté des documents dont on dispose pour reconstituer le corps de l’homme. Les sinanthropes — qui sont les cousins germains du pithécanthrope et proviennent de la région de Pékin et de divers points de la Chine — ont été pressentis à partir de dents fossiles que l’on trouvait chez les apothicaires chinois qui les vendaient broyées comme « poudre de corne de dragon ».

    Voir une dent et y reconnaître une dent de primate ; et reconnaître que, parmi les primates, c’est une dent humaine : cela laisse un peu rêveur. Or, c’est ce qui est arrivé. Et, par la suite, on a retrouvé tout ce qu’il fallait pour étayer l’hypothèse… L’anatomie comparée est une des sciences les plus fermes, les plus convaincantes, parmi les sciences naturelles. La forme de chaque partie du corps est véritablement conditionnée par le corps tout entier. Souvent, l’interprétation est difficile, mais une dent de carnivore permet — lorsqu’il s’agit d’une dent compliquée, une molaire, par exemple — de serrer de très près, par référence à ce qu’est le monde animal ou humain d’aujourd’hui, la définition anatomique du fossile.

    (Les racines du monde, Entretiens avec Claude-Henri Rocquet, Belfond, 1982)

    janvier 17, 2009 à 9 h 45 min

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