"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Joyeux Noël (joli bordel) !

La fête de Noël, quand on se penche un peu sur ses origines, paraît un peu complexe ; un beau mélange — postmoderne — d’antiques traditions plus ou moins remises au goût du jour :

La commémoration de la naissance de l’enfant Jésus, par exemple, date du IVe siècle. Le pape Jules 1er christianisa alors d’antiques fêtes païennes (les Perses et les Romains sacrifiaient en effet à cette date un jeune taureau, les Egyptiens fêtaient le soleil renaissant, etc.) et fixa donc à cette période de l’année hautement symbolique la date hypothétique du Sauveur chrétien.

La tradition du sapin de Noël semble quant à elle plutôt venir d’Europe du Nord où l’arbre illuminé est symbole de continuité et de renouveau. Condamnée un temps pour ses bombances par l’Eglise (comme la fête des feux de la Saint-Jean), cette tradition est cependant revenue en Allemagne au XVIIe siècle, puis en France à partir de 1870. C’est l’Amérique (plus précisément Boston en 1912) qui initia ensuite la coutume de placer des arbres de Noël illuminés sur les places publiques, pratique généralisée dans nos contrées après la seconde guerre mondiale.

La bûche de Noël, aujourd’hui pâtisserie glacée, est également d’origine païenne. C’était à l’origine une vraie bûche, décorée puis arrosée d’eau-de-vie avant d’être enflammée. Ses cendres étaient réputées posséder des vertus extraordinaires.

Le Père Noël, enfin, serait une laïcisation, au XVIIe siècle, du généreux Saint-Nicolas (Santa Claus). S’y ajouterait également des aspects du dieu païen germanique Thor : vieillard jovial, robuste et barbu, habillé de rouge, dieu des pauvres et des paysans qui vit dans un palais au milieu des icebergs et a l’habitude de descendre dans les maisons par la cheminée pour rencontrer son élément (le feu). L’Eglise tenta bien d’imposer, au début du XXe siècle, un enfant Jésus volant sur un sabot tiré par des oiseaux et apportant lui-même les traditionnels cadeaux de cette période de l’année, mais sans succès. C’est encore l’Amérique — notamment par l’intermédiaire de la firme Coca-Cola — qui relança et universalisa dans les années 30 du XXe siècle la figure bonhomme (mercantilement efficace) du Père Noël qui sévit aujourd’hui.

Une fête qui ne semble donc pas prête à disparaître tant ses racines sont nombreuses et, pour certaines, profondes.

Publicités

29 Réponses

  1. Vincent

    Saint-Nicolas est l’ancien évêque de Myre, né vers 270 et persécuté par Dioclétien.

    Orphelin très jeune et héritier d’une très grande fortune, Saint-Nicolas (Santa Claus) possède une solide réputation de bienfaiteur. Les nombreux miracles qui lui ont également attribués en ont fait le patron des jeunes filles à marier, des marins et routiers, des bouchers, des prêteurs sur gages et des écoliers. On raconte par exemple qu’il redonna vie à trois jeunes enfants qu’un boucher avait découpé et mis dans un saloir.

    Ses reliques furent transportées à Bari (Italie) en 1087 et son mausolée devint dès lors le point de départ d’un culte qui s’est étendu dans toute l’Europe.

    On dit qu’il se rend dans les maisons et interroge les enfants (« As-tu été sage ? ») avant de leur distribuer des friandises. Si la réponse est négative, le Père Fouettard (invention vraisemblable des « pédagogues » du XVIIIe siècle) prend sa place. S’il a trop à faire pour se montrer, Saint-Nicolas passe de préférence la nuit tombée déposer ses cadeaux dans les souliers que les enfants ont placés auparavant près de la cheminée, à côté d’une poignée de foin, de carottes ou du chou pour son âne.

    La Réforme qui souhaitait déboulonner les saints catholiques n’a pu faire disparaître ce personnage trop populaire : elle a simplement changé ses habits sacerdotaux (mitre et crosse) contre un accoutrement d’origine païenne germanique. C’est ainsi que Saint-Nicolas devint… Père Noël.

    décembre 23, 2008 à 18 h 22 min

  2. 120

    Ecrit par Michel Tournier :

    Le Père Noël est-il un Roi Mage ?

    […] Chaque ethnie et même chaque individu est libre de se reconnaître plus particulièrement dans telle ou telle page des Evangiles. Tandis que le génie espagnol, porté au dolorisme avec toutes les nuances sadiques que cela comporte, privilégiait le supplice de la croix, les pays nordiques se sont sentis plus particulièrement inspirés par la nativité. Noël est donc d’abord une fête nordique, et son importance n’a fait que croître à mesure que l’évangélisation remontait vers les pays à fort constraste entre été et hiver. Noël n’est sans doute pas situé pour nous au coeur de l’hiver, il en est seulement le seuil et comme l’inauguration solennelle, et il faut reconnaître que rares sont les années où nous le fêtons sous la neige. Mais il se place dans notre calendrier au moment des jours les plus courts, des nuits les plus longues et cela sans doute est plus important encore. Noël se doit d’être une fête nocturne. C’est d’ailleurs sous l’influence des pays nordiques que la naissance du Sauveur a été située le jour du solstice d’hiver, d’abord parce qu’il marque la mort et l’immédiate renaissance du soleil. L’Eglise penait aussi par là susbtituer le culte de Jésus à celui du soleil, et elle y est presque parvenue, si ce n’est que le vieil esprit païen perce en bien des points sous l’enluminure évangélique, et menace de le gauchir. Et pourtant le rapprochement de l’idée du Sauveur et de celle du soleil est explicite, aussi bien dans les Evangiles (Matthieu dit que sur le mont Tabor la transfiguration rendit le visage de jésus « radieux comme le soleil ») que par exemple dans la forme de l’ostensoir (ou monstrance) où l’hostie consacrée est offerte à l’adoration des fidèles.

    Il n’en reste pas moins que l’imagerie de la nativité — la crèche, le boeuf et l’âne, les bergers, puis la fuite en Egypte devant la menace d’Hérode — et celle du Noël nordique — le vieillard à barbe blanche dans sa houppelande rouge menant son traîneau tiré par des rennes et chargé de cadeaux — oui, ces deux imageries pourraient paraître singulièrement disparates, voire irréconciliables. J’emploie à dessein ce conditionnel, car il existe indiscutablement une passerelle entre ces deux décors également magiques, que dis-je une passerelle !, un pont d’une somptueuse architecture : les Rois Mages. Oui, la question doit être posée car sa portée est vaste : le Père Noël est-il un Roi Mage ?

    […] Combien étaient les Rois Mages ? Matthieu ne le dit pas. La tradition qui en compte trois repose sur les trois dons — or, encens, myrrhe. Mais le texte ne dit nullement qu’il y avait un roi pour chaque cadeau. Aussi bien leur nombre varie-t-il selon les récits et les représentations. Le romancier allemand Edzard Schaper a écrit un roman intitulé Le Quatrième Roi Mage. Je lui ai demandé s’il s’était appuyé sur une légende connue. Une légende russe, m’a-t-il répondu. L’Eglise orthodoxe se sentait humiliée de n’avoir pas eu de représentant à Bethléem. La légende voulut donc qu’un prince russe s’était mis en route avec un chargement de cadeaux. Mais parti de plus loin que les autres et surtout constamment retardé par les aumônes qu’il ne pouvait s’empêcher de faire en chemin, il était arrivé trop tard — et les mains vides — à Bethléem. Ensuite il avait erré trente-trois ans à la recherche de Jésus qu’il n’avait trouvé finalement que le Vendredi saint au pied de la croix avec sa seule âme comme cadeau à lui offrir. Avant Edzard Shaper, cette merveilleuse histoire avait été racontée par le pasteur américain Henry L. Van Dyke (1852-1933). Je m’en suis moi-même inspiré dans on roman Gasperd, Melchoir & Balthazar.

    Un homme menant à travers la steppe russe enneigée un attelage de rennes avec un traîneau chargé de cadeaux qu’il distribue en cours de route… Ce portrait du quatrième Roi-Mage inventé par la mythologie orthodoxe, n’est-e pas le Père Noël que nous cherchons ? Pour achever l’identification, il suffirait de dire qu’il a renoncé depuis deux mille ans à trouver l’enfant Jésus, et qu’il se contente de combler de cadeaux tous les petits enfants qu’il rencontre. Quant à sa barbe blanche, elle nous rappelle sa très longue quête, toutes ces années de généreuse cavalcade. Ainsi sera peut-être renoué le fil d’or entre les deux imageries également chères à nos coeurs puérils.

    (Célébrations, Essais, Mercure de France, 1999)

    décembre 23, 2008 à 19 h 04 min

  3. Vincent

    Deux petites nuances à ce long — trop long ? — texte de Tournier :

    – Plutôt que de suggérer que le 4e Roi Mage a « renoncé » à trouver l’enfant Jésus, pourquoi ne pas préférer dire qu’il le trouve bien, justement, en chaque enfant, tout prêt à naître et grandir ?

    – Noël est bien « au coeur de l’hiver » si, au lieu de borner les saisons comme les Modernes de façon astronomique (à partir des solstices et équinoxes), on opte pour la manière celte. Situé dès lors entre Samain et Beltaine (voir articles correspondants), Noël est donc bien — phénoménologiquement parlant — le coeur de la saison froide.

    décembre 23, 2008 à 19 h 13 min

  4. 120

    Ecrit par Jean-Marie Pelt :
    (sur l’histoire du sapin de Noël)

    Pierre Brosse relate que dans le calendrier des arbres du monde celtique, chaque mois lunaire de 28 jours correspondait à un arbre. Les 13 mois faisaient une année de 364 jours. Le jour manquant était le 23 décembre, jour de la mort du soleil, dédié à l’if. Mais le lendemain 24 décembre, jour de la renaissance du soleil, était dédié à l’épicéa, « l’arbre de l’enfantement ». D’où la pratique encore en usage, déjà signalée, de planter un épicéa le jour de la naissance d’un enfant. Comme tant d’autres traditions populaires, celle de l’épicéa n’ « épousa » que très laborieusement la fête de Noël. Le passage de l’une à l’autre est encore mal éclairci.

    (Fleurs, fêtes et saisons, Fayard, 1988)

    décembre 24, 2008 à 9 h 04 min

  5. 120

    Ecrit pr Jacques Brosse :
    (sur le même sujet)

    L’EPICEA

    […] Au Moyen Age, dans les pays germaniques et scandinaves, aux approches des fêtes de la Nativité, on allait en couper un dans la forêt que l’on dressait dans la maison, où on le décorait de guirlandes, d’oeufs peints et de friandises. C’était l’occasion de bombances, contre lesquelles s’élevait l’Eglise qui n’en ignorait pas l’origine païenne. La coutume se répandit jusqu’en Alsace où, au XVe siècle, Geiler von Kaysersberg, prédicateur renommé de la cathédrale de Strasbourg, stigmatisait les excès auxquels elle donnait lieu. Au XVIIe siècle, à Versailles, Elisabeth Charlotte, princesse Palatine, épouse de Monsieur, frère de Louis XIV, évoquait avec nostalgie les arbres de Noël de son enfance, surchargés de bougies, de guirlandes de sucre filé et de pommes caramélisées. Ce n’est, semble-t-il, qu’en 1840, qu’une autre princesse allemande, Hélène de Mecklembourg, qui avait épousé le duc d’Orléans, fils de Louis-Philippe, introduisit le Sapin de Noël à la cour des Tuileries, où il provoqua la surprise générale. Mais la coutume ne devint vraiment populaire qu’avec l’arrivée des Alsaciens expatriés après la défaite de 1870. Aujourd’hui, en France, on vend chaque année plus de dix millions d’arbres de Noël.

    (Les arbres de France, Histoire et légendes, Plon, 1987)

    décembre 24, 2008 à 9 h 18 min

  6. Vincent

    Des guirlandes de sucre filé ???

    décembre 24, 2008 à 9 h 19 min

  7. Craô

    Des « cheveux d’ange », si tu préfères :
    http://chefsimon.com/sucre_file.htm

    décembre 24, 2008 à 9 h 36 min

  8. Vincent

    En lien, un article de François Miclo (sur causeur.fr) où l’on apprend entre autres que le sapin de Noël n’est peut-être pas si celte qu’on le prétend et que Coca Cola n’est peut-être pas si impliqué que cela dans la création du Père Noël :
    http://www.causeur.fr/ca-sent-le-sapin,1568

    décembre 24, 2008 à 19 h 30 min

  9. 120

    Ecrit par Philippe Muray :

    Le Père Noël vous parle

    Coucou ! C’est moi, me revoilà. Vous ne me reconnaissez pas ? Pourtant, vous m’avez chaque année dans votre cheminée.

    C’est moi, oui, Big Father, avec ma grande barbe hydrophile, mon traineau à clochettes et des cadeaux dégueulasses plein ma hotte, emballés dans du papier clignotant.

    […] Une fois encore, ma grande terreur s’installe. Les semaines vont se dérouler comme des veilles funèbres. Les gens vont courir partout épouvantés, le long des façades, avec leurs paquets obligatoires.

    […] Comme je m’amuse, à contempler la joie qu’ils affichent et à connaître le fond noir de leurs âmes angoissées ! Qu’ils me craignent, pourvu qu’ils me célèbrent ! En vérité, ma menace les rend malades bien avant décembre. Chaque année, on voudrait espérer que je ne vais pas revenir. Chaque année, on me sent approcher comme un mal inconnu, un cauchemar, une fièvre. Le Père Noël fait peur. L’année dernière, au restaurant, j’en ai entendu plusieurs, à voix basse, dès le fin d’octobre, qui parlaient de moi avec la trouille au ventre : « Qu’est-ce que tu fais pour les fêtes ? » — Mais je ne sais pas. — Comment, tu ne sais pas ? — Non, pas encore. — Tu n’as rien prévu ? Mais tu es fou ! Il faut que tu t’en occupes ! Noël c’est demain ! Et la Saint-Sylvestre ! Tu ne te rends pas compte ! D’ici quinze jours, peut-être huit, il y aura des trucs partout ! Des guirlandes ! Des boules lumineuses ! »

    Oui, je flanque la panique ; mais il n’y a que depuis quelques années que je commence, chez certains, je le sais, à susciter la haine.

    […] Ma grande réussite, c’est qu’on croit que mon oppression ne dure que quelques semaines par an, alors que je suis le ressort des illuminations des douze mois de l’année. Noël c’est Noël. Et Pâques c’est aussi Noël. Et le 15 août. Et la Saint-Sylvestre. Et le bonheur de merde des vacances, cette paix des grands cimetières sous le soleil.

    […] Qui est plus philanthropique, plus humaniste, plus tartuffien solidaire que moi ? Qui règne davantage sur les plateaux ? L’avenir m’appartient. C’est moi le Cavalier suprême de l’Apocalypse en rose. Je préfigure si parfaitement la société future, l’humanité de demain bien gâteuse, bien transparente et transfrontières, bavante de positivité dans ses centres-villes toilettés, avecs ses Twingos foetales aux chouettes banquettes sièges-bébés, ses cadeaux infantiles, sa classe dominante d’apparatchiks du loisir, de tour-opérateurs, de charlatans de l’urbanisme rigolo, de promoteurs guimauve de la babyhilie définitive, d’entrepreneurs meurtriers de gaieté publique, qu’il faudrait la subtilité géniale d’un Kojève au moins (ce drôle de type qui avait placé sa fortune en actions de la Vache qui rit et qui avait des ennuis avec ses femmes parce qu’il refusait farouchement de leur faire des enfants) pour comprendre ce que je fabrique vraiment ; Kojève qui avait découvert, et dès 1943, qu’avec la fin de l’Histoire allait disparaître l’inégalité juridique entre l’enfant et l’adulte.

    […] La plus belle ruse du Père Noël, croyez-moi, c’est d’arriver à faire croire qu’il n’existe pas, donc qu’on ne croit pas en lui. Avec ça, je suis tranquille. Le monde m’appartient, cette post-Histoire à l’agonie qui, comme tous les régimes aux abois, appelle sous les drapeaux enfants et vieillards (je veux dire : l’enfant et le vieillard qui sont en tout adulte et qu’il ne faut jamais beaucoup d’efforts pour réveiller). Une puérilité sans limite prend possession de la planète sous mon contrôle. Puisque je n’existe pas, tout m’est permis. Le cinéma ne va déjà plus chercher son public que dans les garderies. La religion de la Santé fout tout le monde au lit. Refuser de s’occuper de ses malades est devenu une insulte à la communauté. Au soulagement du plus grand nombre, la comédie du règne de l’ « urgence » et de l’ « actualité » s’est substituée à la réflexion et au recul critique. Les sondages-minutes sont aussi vite bouffés et oubliés que le goûter de quatre heures. Toute notion de vie privé ou d’intimité disparaît (un enfant n’en a pas : pourquoi un adulte en aurait-il ?). Le monde contemporain est rempli de choses enfantines devenues folles. Morale en noir et blanc (ce qui fait pleurer le petit Jésus et ce qui lui fait plaisir), valeurs scouts (le coeur sur la main), universel envahissement des images (l’univers est une BD où les bulles elles-mêmes tiennent de moins en moins de place), le Petit Prince de Saint-Exupéry sur les nouveaux billets de cinquante francs, la positivation du spontané et du naturel, la négation morbide de la mort, le sport évidemment, l’idéal unisexe, parodie de la « période de latence », la vie pour la vie, le parler chimpanzé, ce télépatois national (« crapoto basta », vous savez, et puis « miam miam double télé »), la musique, envahisseur universel, Alien des néo-cerveaux en route vers l’outre-monde, l’interdiction d’être « nostalgique », « frileux », « pessimiste », « de mauvaise humeur », « esprit chagrin » ou « négatif », non communicant, non dialoguant, non fusionnant, brebis galeuse qui menace le contrat social en refusant de s’amuser avec les autres dans la cour de récréation, nos amis les bêtes, halte à la tauromachie, protégeons la Nature, sauvons les baleines.

    Ah ! je peux me vanter d’avoir bien travaillé, moi le Père d’après la fin des pères et de la fonction paternelle comme on dit. Moi le vieux mais vrai Dieu, le Père éternel dérisoire, nordique et omnipotent. Moi l’antique Noël, incarnation du tréma, cette ponctuation suspendue, ces deux points de Damoclès au-dessus du néant. Le millénaire nouveau peut arriver, avec sa société transformée en fratrie universelle, soucieuse d’ordre, de paix, d’harmonie et de vigilance, délirante de méticulosité et de mises aux normes NF et label CE. La refonte de la pensée par l’euphémisation terroriste du politiquement correct peut commencer à remplacer avantageusement l’institution primitive de l’interdit de l’inceste. Tout ce qui ne ressemblera pas à un conte de Noël, désormais, sera prohibé. Tout ce qui ne sera pas poetically correct devra disparaître ou s’amender. L’histoire de la littérature, l’histoire de l’art, l’Histoire tout court, seront réécrites dans ce sens précis. Ca commence seulement. On ira plus loin encore, toujours plus profond, dans le passé douteux des grands hommes, dans leurs biographies pendables et leurs pensées inconvenantes. Tout sera revisité, refait, rejugé, trié sous le soleil de la gentillesse la plus lamentable. C’est qu’on ne peut pas laisser n’importe qui participer au grand réveillon de l’avenir ! Sympa ? Pas sympa ? Frère ? Pas frère ? Clean ? Pas clean ? Un Henry Miller, par exemple, ne sera certainement pas invité à venir ouvrir les huîtres (si nos lois contre le harcèlement sexuel avaient existé de son temps, il n’aurait pas fait de vieux os en liberté). Et Picasso ? Hum. Pas sûr. Et Heidegger ? Ah non. Et Machin ? Et Chose ? Et Stendhal ? Et Sade ? Et tous les autres ? Entreront-ils dans la crèche ? Pourront-ils devenir santons à leur toutr ? S’embrasser sous les guirlandes avec nous ? Autour de mon beau sapin roi des forêts ? Mystère, suspense et boules de gui. La fête commence, je vous répète ! Elle commence tout juste ! En musique ! Et la nuit va être longue !

    (L’Idiot international, n° 94, 1994)

    décembre 25, 2008 à 12 h 33 min

  10. Ourko

    Merci 120 pour la « citation de Noël » (rigolote et provoc’) mais bon… Tu sais, les extraits c’est un peu comme les cadeaux : des fois plus c’est gros plus ça encombre (au lieu de faire plaisir) !
    😉

    décembre 25, 2008 à 12 h 41 min

  11. Vincent

    On présente souvent Philippe Muray comme un réactionnaire critiquant la Modernité. Je le considère, pour ma part, plutôt — du moins la plupart du temps — comme un Moderne condamnant la Post-Modernité… et ne partage du coup pas toujours ses points de vue, même si je me délecte du style féroce, cocasse et percutant qu’il manie (ou plutôt « maniait » puisqu’il est mort récemment) toujours avec adresse.

    Sur le Père Noël, par exemple (dans le texte dont 120 a cité ci-dessus de larges extraits), il me semble avoir raison de moquer l’angélification — sirupeuse et infantile — de la célébration. La disparition du pendant maléfique indissociable du gentil bienfaiteur (le Père Fouettard de Saint-Nicolas, par exemple) me paraît en effet un symptôme de la tentation actuelle — absurde et dangereuse — de « purification » du monde.

    Il ne semble en revanche pas percevoir la « part maudite » de tout rituel de distribution de cadeaux. Loin d’être un « Bien » moderne et politiquement correct, comme il semble le décrire, il s’agirait en effet plutôt d’une tradition a-morale de type « potlach » (entraînant le triptique donner-recevoir-rendre décrit par Marcel Mauss) remontant aux plus lointains temps préhistoriques.

    décembre 25, 2008 à 14 h 08 min

  12. 120

    Ecrit par Nadine Cretin :

    DISTRIBUTEURS DE CADEAUX

    L’origine indo-européenne de ces donateurs mythiques, connus à travers toute l’Europe sous des noms ou des aspects différents, est très ancienne : les généreux personnages, venus au creux de l’hiver lorsque le retour des beaux jours se fait attendre, personnalisent l’espoir. Ils sont accompagnés de personnages laids et affreux qui symbolisent la stérilité de l’hiver, tout en adoptant l’allure animale de l’homme sauvage et manifestant le souhait confus d’une vie après la mort. Ces personnages, que l’on trouve encore côte à côte lors de certaines mascarades du Nouvel An ou carnavals européens, ont peu à peu inspiré des êtres ambivalents : s’ils sont généreux, ils peuvent aussi punir. Cette menace subsiste toujours : « Si tu n’es pas sage, le Père Noël ne passera pas ! ».

    (Inventaire des fêtes de FRance d’hier et d’aujourd’hui, Larousse, 2003)

    décembre 25, 2008 à 14 h 24 min

  13. Vincent

    Tous ces traditionnels « distributeurs de cadeaux » (entre Noël et Nouvel An) avaient pour caractéristiques de se déplacer dans le ciel avec leur monture.

    On peut citer (notamment grâce à l’ouvrage de Nadine Cretin cité ci-dessus) :
    – La déesse Perchta accompagnant le « chasseur sauvage »,
    – La Tante Arie (ou Airie) en Franche-Comté ,
    – Chauchevieille (ou Chauchepaille) dans le Jura,
    – La Guillaneu (en Vendée) sur son cheval sans queue ni tête,
    – Le Père Janvier, particulièrement connu dans le Centre et le Nivernais,
    – L’Olentzaro (« la bonne période ») au Pays basque et en Navarre,
    – Saint Nicolas et le Père Fouettard dans le Nord Est,
    – La Dame de Noël alsacienne (quand Saint-Nicolas semble trop papiste pour les protestants);
    – etc.

    décembre 25, 2008 à 14 h 36 min

  14. 120

    Ecrit par Nadine Cretin :

    DAME DE NOEL

    La Dame de Noël, proche du Christkindel (l’ « Enfant Jésus » alsacien représenté par une jeune fille vêtue en ange), est un être mi-sacré, mi-profane qui passait le soir de Noël déposer son cadeau dans le sud de l’Alsace et en France-Comté. […] Souvent accompagnée d’un croquemitaine (Hans Trapp, le Père Fouettard, Peckeresel, Ruppels…), la Dame de Noël rendait autrefois visite aux enfants dès le premier dimanche de l’Avent, une corbeille de friandises dans une main et, parfois, une baguette dans l’autre. Comme tous les distributeurs de cadeaux, c’est un personnage ambigu.

    La représentation du Christkindel, appelée aussi « Dame de Noël », est apparue en Alsace après la Réforme (XVIe siècle) en milieu protestant, pour remplacer le personnage de saint Nicolas, jugé trop papiste. En décembre 1570, le « marché de la Saint-Nicolas », qui précédait le 6 décembre, fut transformé en « marché de l’enfant Jésus » et repoussé de quelques jours selon les ordres des prédicateurs de Strasbourg : ils préféraient que l’on se fit des cadeaux au moment de la naissance de l’Enfant Jésus. Parallèlement apparut la Dame de Noël pour remplacer l’évêque dans son rôle de distributeur de cadeaux : elle prit l’aspect de la sainte Lucie suédoise, personnification féminine de l’abondance qui apporte lumières et vivres en cette période sombre et désolée du solstice d’hiver. (L’Eglise avait remplacé une probable fête de l’abondance par celle de cette sainte dont le nom évoque la lumière — lux en latin –, fêtée le 13 décembre.) Cette blanche Lucia n’était pourtant pas uniquement évocatrice de pureté. Elle était à l’image de la « déesse infernale », Perchta, lointain avatar de la déesse nordique Freyja, cette Vénus germanique qui règne sur la magie et sur le monde des morts. Puissance du bien et du mal, fée et sorcière à la fois, Perchta symbolisait la fertilité et la vie, mais aussi la mort.

    (Inventaire des Fêtes de France d’hier et d’aujourd’hui, Larousse, 2003)

    décembre 25, 2008 à 20 h 44 min

  15. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :

    C’est une tradition familiale : juste avant le réveillon, un de mes oncles sort dans la rue puis revient avec le premier malheureux qu’il croise, un de ces clochards abrutis de misère, de solitude et de mauvais vin qui errent la nuit de Noël dans le froid. Les huîtres sont déjà sur la table, on entend à la cuisine grésiller le chapon. Alors nous demandons à ce pauvre hère de prendre une photo de la famille rassemblée autour du sapin avant de le flanquer dehors. Parce que l’appareil en équilibre sur une pile de livres brinquebalante, le voyant du retardateur qui clignote puis ne clignote plus, le cadrage approximatif, tout cela est bien incommode, bien fastidieux, nous n’avons pas encore ouvert les cadeaux et nous avons faim.

    (429, http://l-autofictif.overblog.com, samedi 27 décembre 2008)

    décembre 27, 2008 à 10 h 53 min

  16. 120

    Ecrit par Roger-Pol Droit :
    (sur le rôle symbolique des fêtes)

    […] En tant que rupture dans les régularités quotidiennes, toute fête ouvre une parenthèse dans la succession normale des activités. Par définition, elle interrompt la monotonie des travaux et des jours. En cela, elle semble couper avec le monde des nécessités, l’univers de la production, les tâches répétitives et réelles. Elle se donne pour une pure dépense, où l’on consomme comme s’il n’y avait jamais à produire, où l’on brûle son énergie comme si elle était illimitée, comme si elle n’avait pas besoin d’être reconstituée. Quelle que soit la fête, il semble qu’on assiste toujours à une déréalisation, à l’avènement d’un monde autre — pur présent de la jouissance, de la célébration, éphémère de la rencontre ou de l’explosion de joie et d’énergie.

    Il existe de fortes variations entre les fêtes rituelles et religieuses, qui viennent rythmer un calendrier liturgique, et les transgressives, les carnavalesques, les chaotiques, qui marquent une sorte de dissolution des normes habituelles. Toutefois, ces différents types de fêtes sont bien marqués par la rupture et la suspension du temps usuel, la déréalisation et la néantisation du monde dit « normal ».

    Toutefois — c’est le paradoxe –, cette rupture est aussi point de repère, inscription d’une marque temporelle. Les fêtes ritualisées sont célébrations d’un événement, inscription d’un message, remémoration d’un événement ou d’un mythe. Elles peuvent scander les anniversaires ou les moments principaux de la vie, mais elles peuvent aussi, en étant purement ludiques, venir marquer le temps. Il y a toujours un « avant » et un « après » à ce moment de pur présent.

    Mieux vaut donc ne pas s’imaginer que ces deux aspects (néantisation et inscription, mise entre parenthèses et repérage) soient des fonctions distinctes des différents types de fêtes : d’un côté, on s’éclate, de l’autre, on commémore. En fait, il y a partout ces deux faces en tension. On devrait même parler d’une véritable connivence entre ces deux aspects en apparence antagonistes ou incompatibles. Car la fête suspend le temps pour mieux le scander. Elle constitue un présent qui marque le rapport à l’avenir et au passé, comme une parenthèse qui viendrait s’inscrire dans un texte pour en assurer la continuité.

    La ruse de la fête, c’est donc qu’avec du présent, elle fait du temps. Avec de la déréalisation, elle fabrique des perspectives symboliques. Avec de la déliaison, elle tisse du lien. A partir de rien, elle inscrit des cadres fixes. Cette puissance autocréatrice pourrait être mise en rapport avec ce que Cornelius Castoriadis, en son temps, avait dénommé « l’institution imaginaire de la société » : à partir du chaos, l’imaginaire radical des collectivités humaines forge des ordres symboliques et impose au temps — qui sinon se ramasserait sur lui-même en un magma informe — une forme de scansion repérable par tous et qui sera désormais relativement stable.

    Peut-être cela explique-t-il aussi la forme de frustration individuelle que, de façon à peu près inéluctable, une fête généralement suscite. Nous y entrons avec l’espérance d’expérimenter un temps véritablement autre. Un temps de l’altérité, de la différence, de l’absence de contraintes, une forme de temps souverain qui rejoindrait l’éternité en cela qu’il serait soustrait à la rude répétition des instants, au retour inéluctable de leur succession. Malgré tout, en entrant dans cette parenthèse saturée d’inconnu et de promesses merveilleuses, nous savons déjà qu’elle aura un terme. Pire : nous le souhaitons, car cela nous rassure. Quelle angoisse, une fête qui, réellement, ne s’arrêterait pas ! C’est pourquoi la plus libre, la plus gratuite des fêtes revêt aussi, nécessairement — même à notre insu, même si rien n’en est dit explicitement — une fonction de repère. […]

    (La fête, une ruse avec le calendrier, Philosophie Magazine n° 21, juillet-août 2008)

    décembre 28, 2008 à 12 h 20 min

  17. 120

    Ecrit par Henri Gougaud :
    (sur la croyance au Père Noël)

    Vient l’âge où l’on éteint cette heureuse lumière. Le Père Noël n’existe pas. C’était un mensonge amusant. La merveille hier évidente, et l’espoir fou qui fait aimer l’hiver ? Réveille-toi. Regarde. Il n’y a rien. La rue, les murs, les gens, c’est tout. Le bleu du ciel ? De l’air. Les étoiles ? Des terres mortes. Et cesse de rêver, mon fils. Fais tes devoirs. Il va falloir lutter pour te faire une place. Il a dix ans au plus, l’enfant, quelque fois moins. Le voilà grand, c’est-à-dire désenchanté. Il en est, de ces enfants-là, qui ne croiront jamais plus au Père Noël. Ils diront à l’occasion qu’il ne fait pas y croire, comme on dit de ces choses froides, avec un grincement de porte mal fermée. D’autres en éprouveront une vague souffrance, leur vie durant. Ils rétréciront tout, de crainte d’être dupes. Une fois (une foi ?) suffit. Il ne faut pas croire au Père Noël. J’en connais qui ne se sont jamais relevés de leur chute dans cette épaisseur des choses que l’on appelle le réel. Certes, ils ont vécu, ils ont fait leur chemin, ils sont même, parfois « arrivés ». Mais quelqu’un geint au fond d’eux-mêmes. Quelqu’un, pour ne pas dire un ange, un enfant aux ailes brisées.

    Et si le mensonge n’était pas où l’on croit ? Et s’il était justement dans cette désespérante exclusivité offerte à l’apparence des choses, à la prétendue réalité ? Et s’il n’était pas vrai que ce sont les parents, à Noël, qui offrent les cadeaux ? « Oui, c’est moi qui l’ai acheté et qui l’ai déposé sous l’arbre. Mais je ne te paie rien, et tu ne me dois rien. Dans ce monde où rien n’est gratuit, quelqu’un est passé chez toi, il t’a offert cela et il est reparti on ne sait où sans même attendre ton merci. Qui a fait cette merveille ? Ni toi ni moi. Qui donc ? » Il serait bon de semer au moins cette question dans le regard de nos enfants. Au moins qu’ils aient une lumière vers où marcher, dans la forêt qui les attend.

    (Le rire de al grenouille, Peti traité de philosophie artisanale, Carnets Nord, 2008)

    décembre 29, 2008 à 10 h 37 min

  18. 120

    Ecrit par Maurice Carême :

    Noël des souris

    La neige éteint le bruit.
    Dansez, c’est la Noël,
    Dansez, souris jolies !
    La lune au bord du ciel
    Monte comme une hostie.

    Les chats frileux ont fui
    Jusqu’au jour du dégel.
    Dansez, jolies souris !
    Le grenier irréel
    Brille de tous ses fruits.

    Tous les gens sont partis
    Aux messes de minuit.
    Dansez, mes grises belles !
    Jésus, couleur de miel,
    De là-haut vous sourit.

    La neige éteint le bruit.
    Les chats frileux ont fui.
    Les hommes sont partis.
    C’est aujourd’hui Noël.
    Dansez, dansez, souris !

    (Pigeon vole, 1958)

    décembre 29, 2008 à 11 h 49 min

  19. 120

    Ecrit pas Sylvain Tesson :

    Sapin de Noël : on aura même réussi à rendre les arbres ridicules.

    (Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, Equateurs parallèles, 2008)

    décembre 29, 2008 à 12 h 05 min

  20. 120

    Ecrit par Pascal Quignard :

    Noël

    Le paradis a un nom dans le temps : Noël. L’éden se réduit à un arbre toujours vert. Ou au moins à la branche d’un arbre qui pique de partout. Ou à un fruit d’hiver gluant.
    Sapin, houx, gui.
    Des reflets de visages dans des boules de couleur.
    Animaux : dinde, chapon, sanglier.
    Crustacés : huîtres, langoustes, escargots.
    Sur la table : argent, vermeil, cristal.
    Un reste de grotte scelle le jadis avec un peu de paille et c’est la crèche.
    Guidés par une étoile errante dans le ciel les souverains sopranos se dirient vers ellle avec un chameau dans la main droite.

    *

    Dans le calendrier latin le 25 décembre était le jour exact du solstice. En 274 l’empereur Aurélien fit de ce jour la fête de cloture pour les Saturnales et la nomma par décret Natalis Solis Invicti. En 336 l’empereur Constantin fit coïncider la fête du soleil invaincu avec la fête de la naissance de Mithra dans une grotte et avec la fête de la nativité de Jésus dans une crèche.

    *

    Jadis dans les montagnes des Cévennes les quêteurs de Noël étaient vêtus d’une peau de loup.
    D’une peau d’ours dans les montagnes des Pyrénées.
    A Pulauges, le jour des rois de l’Epiphanie, on suspendait aux « bâtons des dons » des lanternes de couleur. Les rois allaient de porte en porte en chantant :
    Rois d’étrange contrée
    qui allez en Judée
    passant les bois, passant les monts,
    donnez des dons.
    Les rois blancs chantaient. Le roi noir collectait. La voix soprane de l’enfant portant l’étoile mobile faisait l’ange sur le chemin au-devant d’eux.
    Dans le village de Bergheim, sur le Jagst, dans le Wurtemberg, ce n’étaient pas des rois mais des lunes : une petite fille, une mère pleine, une vieille courbée sur son bâton. Elles allaient par trois et se jaunissaient les joues, le nez, le front. Les lunes chantaient :
    A l’est de la table
    la fève tu planteras
    dans un jaradin solitaire.
    Montera, poussera, lèvera.
    Au paradis fleurira.
    A Caen c’étaient trois petits garçons qui se grimaient en mages — l’un d’entre eux barbouillé de noir de fumée — qui frappaient et chantaient aux portes des maisons :
    N’oubliez pas l’or, l’argent, la myrrhe,
    le chant, ni le petit chanteur,
    ni la main qu’il vers vous tendit,
    ni la tristesse de son coeur,
    ni son ventre qui crie.
    A Fontaine près de Sens, dans l’Yonne, le message es sans doute le plus concis qu’on puisse concevoir :
    Adieu Noël,
    Bonjour les Rois.
    Adieu la Reine,
    Bonjour la Mort.
    Ce sont les quatre étapes de la vie en quatre vers de quatre pieds : L’étreinte, l’enfance, la génitalité, le cadavre. — Mais ma comptine préférée concernant le jadis est la suivante :
    Rataquin, rataqua,
    Madame des Mages
    tranchez-le en bas.
    Le roi boit. Le roi boit.

    (Les Paradisiaques, Dernier Royaume IV, Grasset, 2005)

    décembre 29, 2008 à 13 h 19 min

  21. 120

    Ecrit par Jean-Marie Pelt :
    (sur le houx)

    La logique eut voulu que l’on utilisât comme arbre de Noël le houx, car il est, avec le buis, la seule espèce arborescente sauvage des forêts de plaine ou de moyenne montagne dont le feuillage soit persistant. On conçoit son importance dans les célébrations de Noël ! Le houx est d’ailleurs une sorte d’arbre de Noël miniature, avec son feuillage piquant et ses petits fruits rouges aussi ornementaux que les boules de Noël.

    Aux yeux des premiers chrétiens du nord de l’Europe, cette plante était le symbole du buisson ardent de Moïse. Les piquants de la plante, ses baies rouges ressemblant à des gouttes de sang, rappelaient aussi aux fidèles que l’Enfant divin porterait un jour une couronne d’épines.

    […] Avec son feuillage pérennant et ses feuilles piquantes, le houx est richement doté en significations symboliques. Ses piquants, en diverses régions, signifient une origine diabolique ; ailleurs, ils dotent de pouvoirs protecteurs contre les mauvais esprits. Partout, son beau feuillage vert en fait un symbole de la permanence hivernale de la végétation, d’où sa présence constante dans toutes les « flores de Noël ».

    (Fleurs, fêtes et saisons, Fayard, 1988)

    décembre 29, 2008 à 13 h 35 min

  22. 120

    Ecrit par Nadine Cretin :

    SATURNALES

    Les Saturnales étaient des fêtes que la Rome antique célébrait autour du 17 décembre, au moment du solstice d’hiver. Elles étaient suivies, à peine deux semaines plus tard, par les calendes de janvier qui marquaient le retour de la nouvelle année. Plusieurs jours durant (de un à cinq suivant les époques), on marquait une trêve pendant laquelle on ne devait ni travailler ni faire la guerre. Cette période était ponctuée par de joyeux banquets présidés par des « rois » de fantaisie, où les maîtres de maison servaient leurs esclaves. Les « sigillaires », le dernier jour, donnaient lie à l’échange de sceaux d’argile (du latin sigillum, « sceau »), de chandelles de cire et de gâteaux.

    Les saturnales permettaient de revivre l’Age d’or, temps heureux où tous les hommes étient égaux. Ce mythe antique décrit par le poète grec Hésiode dans les Travaux et les Jours (probablement au VIIIe siècle avant J.-C.), évoque le règne du Titan Cronos, père de Zeus, souvent confondu avec Chronos, dieu du Temps. Dans le monde romain, ce mythe fut repris et modifié. Identifié à Cronos, le vieillard Saturne, après avoir été chassé de Grèce, arrivé par la mer en Italie, où il fut accueilli par Janus. Pour remercier ce dernier, Saturne, dont le nom évoque les semences et la fécondité, lui enseigna les techniques de l’agriculture et fonda une civilisation pacifique emplie d’abondance et de liberté.

    Les saturnales, ces « libertés de décembre », entraînèrent des pratiques licencieuses condamnées par l’Eglise qui, vers 330, les remplaça par Noël, fête de la Nativité du Christ. Elles ont néanmoins permis l’établissement de certaisn aspects des fêtes de Noël et de l’Epiphanie, comme le grand repas, l’échange de cadeaux et le partage de la galette. Les défilés de janvier, qui occasionnaient des défilés parfois débridés, sont à l’origine de ceux du Carvanal.

    (Inventraire des Fêtes de France d’hier et d’aujourd’hui, Larousse, 2003)

    décembre 29, 2008 à 13 h 50 min

  23. yatsé

    Joyeux noël à tous, les petits amis !!
    Un peu en retard, mais j’espère que Papa noël vous a gâté 😉

    décembre 29, 2008 à 13 h 57 min

  24. Ourko

    Ouf ! Quelqu’un d’autre que 120 qui cause… Je me demandais si ça allait durer encore longtemps !
    (Le blog, lui aussi, semble traverser une période hivernale)

    Joyeuses fêtes de fin d’année à toi aussi !

    (Au fait, tu les fêtes comment, toi, ces fêtes de fin d’année : plutôt à la façon chrétienne ou païenne ?)

    décembre 29, 2008 à 14 h 04 min

  25. Père Noël

    Heu… J’ai rien à dire, en fait. C’est juste une sorte de réflexe chez moi : quand on parle de moi et qu’apparaît le 25, je viens !

    décembre 31, 2008 à 14 h 09 min

  26. je veux pas dire, papa noël mais là t’es quand même un peu à la bourre !

    janvier 2, 2009 à 17 h 24 min

  27. le texte sur le clodo qu’on prend pour la photo est épouvantablement drôle 😀

    Et c’est pas faux qu’on vit un peu une dictature du cadeau, mais ca fait tellement plaisir d’en offrir !
    Même des pourris, c’est souvent les plus marrants 😉

    janvier 2, 2009 à 17 h 26 min

  28. Vincent

    Non seulement « ça fait plaisir », comme tu le dis Yatsé, d’offrir des cadeaux, mais c’est aussi — si j’ai bien tout suivi — la tradition de Noël la plus « préhisto » !

    Le Père Noël, l’enfant Jésus, même le sapin (du moins dans nos contrées) sont des « constructions » assez récentes finalement.

    Au départ (voir les commentaires de l’article sur l’hiver), on peut imaginer qu’il y a, en cette période de l’année, simplement et avant tout une grosse trouille de voir disparaître celui qui nous donne tout (chaleur, lumière, nourriture, etc.), le SOLEIL. Une grosse culpabilité (pré-judéo-chrétienne !) aussi, sans doute, et la supposition qu’il se lasse de ne rien recevoir en retour. Les premières offrandes hivernales ont dû se faire pour lui. Pour le faire revenir. Le remercier, l’imiter, l’adorer. Les premières religions devaient être « solaires ».

    Il faudrait peut-être relancer les cadeaux de Noël au soleil même si ça ne change peut-être pas granad chose qu’on s’offre désormais les cadeaux entre nous : le principal étant avant tout dans le mouvement de « dépense ». Le « plaisir d’offrir », comme tu dis… qui est à bien y regarder le plus bel acte de résistance à la marchandisation du monde.

    (Il va vraiment falloir qu’on développe un de ces quatre sur le potlach, l’Essai sur le don de Marcel Mauss et La part maudite de Bataille)

    janvier 3, 2009 à 11 h 48 min

  29. alphamandy

    Taper vôtre commentaire ici.
    voilà une belle fête pour les enfants et plus

    décembre 5, 2009 à 15 h 00 min

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s