"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

L’hiver

A 12 h 04 précises nous — habitants de l’hémisphère Nord — sommes entrés en hiver.

Bienvenue, donc, dans la saison froide… ou des jours qui rallongent (selon votre humeur ou votre point de vue) !

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46 Réponses

  1. Le Mirliton

    Hiver –1

    Il fait Noël autour d’chez moi
    Que vais-je trouver dedans les bois ?

    Je sors pour voir
    Bon sang de bonsoir !
    L’étau
    Qui serre la peau
    Les os
    Le froid-taureau
    Qui cogne mon sang rouge et chaud
    Comme un marteau
    Je me replie au fond de moi
    Je cale ma vie
    Toute ma lumière
    Entre le foie et l’estomac
    Rester concentré
    Eveillé
    Surtout ne pas m’abandonner
    Ainsi donc j’avance
    Pataud (pas trop)
    Et en cadence
    Juste aveuglé
    Par la buée
    De mes naseaux

    Il fait Noël autour d’chez moi
    Que vais-je trouver dedans les bois ?

    Pas de vie
    Pas un brin
    Sur le chemin
    Juste quelques flaques
    Toutes verglacées
    Qui sous moi craquent
    Comme verre cassé
    Quelques corbeaux
    Leur font écho
    Pourtant
    Dans le chaudron
    Des maisons
    La vie est là, lente
    Et bouillonnante
    Comme une soupe
    Autour des flammes du charbon
    Dans leurs chaussons
    Les gens se groupent
    De sous la porte de ces chaumières
    Sort d’un bond
    Un glaive de lumière
    Et d’un jet coupe
    Les lourdes ténêbres
    Comme brille la lave
    Que d’une crevasse la terre bave
    Comme sort la joie
    De l’oeil jovial d’un gros Bouddha

    Il fait Noël autour d’chez moi
    Que vais-je trouver dedans les bois ?

    Rien
    Tout est éteint, étreint
    Par toute cette masse
    De glace
    Toutes ces caisses
    De neige épaisse
    Tiens !
    Les sapins
    Sous cette neige qu’ils portent
    On dirait des bougies
    Refroidies
    Mortes
    Je me sens seul dans cet espace
    Ca me fait peur d’y faire des traces

    Il fait Noël autour d’chez moi
    Que vais-je trouver dedans les bois ?

    Dans cet air sain
    Lutins et fées
    Gnomes et ondins
    Ne dansent pas
    Ne chantent pas
    Comme en été
    Ils sont rentrés
    Se taire
    Sous terre
    A six pieds
    Finie la grande mêlée
    La ronde folle par les planètes dirigées
    Le songe des nuits d’été
    Comme mes voisins dans leurs chaussons
    Comme moi
    Contre le froid
    Ils se replient en eux, en noeuds
    C’est la saison
    De l’introspection
    Surtout ne pas déranger !

    Il fait Noël autour d’chez moi
    Que vais-je trouver dedans es bois ?

    Chacun chez soi
    Chacun au fond d’soi
    Pour y trouver quoi ?
    Des peines ?
    Des maux ?
    Des nerfs comme des chaînes ?
    Des côtes comme des barreaux ?
    Une prison ?
    (Corps de chair
    Froide matière)
    Mais sous ces pierres
    Comme dans une grotte, là-bas
    Une lumière
    Un nourrisson
    Grelotte, déjà
    Retrouve-le
    Et dégage-le
    De cet amas de toi
    Souffle de ton mieux sur ce tison
    Il réchauffera la terre entière

    Il fait Noël autour d’chez moi
    Qu’ai-je donc trouvé au fond des bois ?

    Qui ça ?
    Non… J’y crois pas !

    décembre 21, 2008 à 14 h 13 min

  2. 120

    Ecrit par Albert Camus :

    C’est au coeur de l’hiver que j’ai compris que j’avais en moi un soleil invincible.

    décembre 21, 2008 à 14 h 17 min

  3. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    Le printemps
    A son porte-parole dans le coucou
    Quand les bois reviennent de la préhistoire,

    l’été dans l’hirondelle
    Quand elle s’en prend au tissu du ciel.

    L’automne aussi dans l’hirondelle
    Quand elle rengaine ses ciseaux.

    L’hiver a les corbeaux qui eux-mêmes s’étonnent
    De leur présence et signifient

    Que cela pourrait être pire, qu etout ces gris
    Pourraient être noirs comme eux,

    Et c’est contre cela sans doute
    Qu’ils ont ce cri venu d’un temps

    Hors des quatre saisons.

    (Etier, Gallimard, 1979)

    décembre 21, 2008 à 15 h 19 min

  4. 120

    Ecrit par Malcolm de Chazal :

    L’hiver n’a froid
    Qu’à l’approche
    Du printemps.

    (Poèmes et apparadoxes, OEuvres XV, Leo Scheer, 2005)

    décembre 21, 2008 à 15 h 23 min

  5. 120

    Ecrit par François Jacqmin :

    L’atmosphère a la dure fixité
    des musées.

    Le buste du monde a le regard
    pur et absent de grands anciens.

    L’existence cède au paradoxe
    de la pierre.

    Une promenade prend l’aspect
    d’un combat au burin.

    (Les saisons, Labor, 1988)

    décembre 22, 2008 à 13 h 12 min

  6. 120

    Ecrit par Emile Verhaeren :

    EN DECEMBRE

    Sous le pêle et rugueux brouillard d’un ciel d’hiver
    Le froid gerce le sol des plaines assoupies ;
    La neige adhère encor aux flancs d’un talus vert
    Et par le vide entier grincent des vols de pies.

    Avec leurs fin srameaux en serres de harpies,
    De noirs taillis méchants s’acharnent à griffer ;
    Des feuillages pourris s’effilent en charpies ;
    On s’imagine entendre au loin casser du fer.

    Oh ! l’infini du morne hiver ! il incarcère
    Notre âme en un étau géant qui se resserre,
    Tandis qu’avec un dur et sec et faux accord

    Une cloche de bourg voisin dit sa complainte,
    Martèle obstinément l’âpre silence — et tinte
    Que dans le soir, là-bas, on met en terre un mort.

    décembre 22, 2008 à 18 h 00 min

  7. Vincent

    Contrairement à ce qu’on peut être amené à penser au premier abord, l’hiver n’a peut-être pas été la saison la plus « dure » pour nos lointains ancêtres : chasse et conservatioon des aliments facilités, etc.

    C’est du moins une des nombreuses thèses du foisonnant Le Rat et l’Abeille, Court traité de gastronomie préhistorique de Raymond Dumay dont je suis en train d’achever la lecture.

    décembre 22, 2008 à 18 h 05 min

  8. 120

    Ecrit par Raymond Dumay :

    Dans le froid de Lascaux, la vie était si belle !… […]

    Presque tout entiers glaciaires, les derniers cent mille ans posent un problème nouveau. Peut-on être inventif, c’est-à-dire heureux, dans les glaces ?

    En lui-même le froid n’a pas toujours gêné l’homme. Jusqu’au XXe siècle, on a pu voir des indigènes vivre nus dans la neige, en Sibérie et en Terre de Feu. Avons-nous seulement le droit de parler de courage ou d’accoutumance ? Insensibilité conviendrait mieux. Longtemps, l’homme a pu être assimilé à un animal à sang frais, sinon froid. Sa sensibilité aux variations de température semble avoir été considérablement développée par l’usage régulier du sel, innovation dont nous signalerons l’importance.

    Pas de gêne donc, mas au contraire un lot de possibilités tel qu’on peut l’attribuer qu’à ce dieu inconnu à la bonté inépuisable, à qui les Grecs eux-mêmes n’ont pas réussi à donner un nom.

    Quel paysage en l’an – 80 000 ? Neige et glace recouvrent six mois par an un sol sur lequel il ne reste rien à cueillir : les herbes sont dessechées, les racines sont vides, les baies sont pourries. En revanche, le petit gibier laisse des traces : tapis dans les fourrés, les oiseaux se laissent surprendre, les rennes se hasardent aux portes des campements, les chevaux se laissent acculer dans les ravins aux pentes bien raides, rabotées de frais par les glaciers. Sur le bord des rivières, il suffit de casser la glace pour qu’affleurent les poissons et que viennent se pavaner oies et canards. Ces bonheurs du trappeur par temps de neige ne sont pas nés de quelque aliénation poétique, ils correspondent si bien à une incorruptible réalité que nos codes interdisent chasse et pêche dans ces conditions. Encore faudrait-il parler de battues inimaginables aujourd’hui, de ces hardes poussées et noyées dans des étangs masqués par une mince couche de glace…

    Le monde du froid n’était pas moins propice au transport du gibier qu’à sa capture. Tous les pays à hiver long sont réputés pour la facilité de leurs communications. Les fleuves gèlent, la neige nivelle tout. On n’est pas surpris d’apprendre que le traîneau ait été le premier moyen de transport connu. Son extension était considérable : l’abbé Breuil en aurait retrouvé des représentations jusque dans les peintures pariétales des grottes du Sud de l’Espagne.

    D’ordinaire si difficile à résoudre, le problème de la conservation des aliments ne se posait pas. Le « tout-glaciaire » se chargeait de la besogne. Maîtrisé depuis longtemps, le feu s’occupait du reste.

    Sans doute y eut-il déjà des jeunes gens qui s’ennuyaient, qui se plaignaient de vivre dans une société de consommation. Ce chaleureux dieu du Froid, qui leur donnait tout ce qu’on n’a pas revu depuis, ils le contestaient : le pays de Cocagne, à les entendre, courait à sa perte en ne conservant point un minimum de frugalité…

    (Le Rat et l’Abeille, Court traité de gastronomie préhistorique, Phébus, 1997)

    décembre 23, 2008 à 12 h 03 min

  9. Vincent

    Toujours d’après cet ouvrage :

    Avant l’âge glaciaire, l’homme vivait sous un climat tempéré, voire tropical, et se nourrissait essentiellement de cueillette (plantes à foison et petits gibiers). Avec le froid, les plantes sont moins nombreuses, la chasse et la pêche sont favorisées. Le régime devient donc principalement carné.

    Raymond Dumay ose faire l’hypothèse de la production — dès ce lointain « âge du renne » — d’un fromage (du type du longfil des pays scandinaves, d’origine lapone) comme d’un alcool (sève de bouleau agrémentée de baies de genièvres, fermentée au soleil et distillée simplement par le froid).

    Bref, de quoi supporter un long hiver, n’est-ce pas ?

    décembre 23, 2008 à 15 h 54 min

  10. 120

    Ecrit par Malcolm de Chazal :

    HIVERNAGE
    L’arbre prit racine dans l’air quand vint l’hiver et vécut dans les branches de ses racines.

    (Sens magique, OEuvres XIV, Léo Scheer, 2004)

    décembre 23, 2008 à 16 h 08 min

  11. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    Dans l’hiver aussi
    Il y a des charnières.

    Il faut bien qu’il y en ait
    Puisque tout cela s’ouvrira.

    La terre a beau maintenant
    Se couvrir d’hiver pour se cacher,

    Il y a de la lumière de plus tard qui entre,
    Du noir qui retourne vers ses tréfonds.

    Il n’est pas toujours facile de cacher
    Sa force et l’assurance
    Que ce n’est pas fini.

    (Etier, Gallimard, 1979)

    décembre 23, 2008 à 16 h 13 min

  12. 120

    Ecrit par François Jacqmin :

    L’hiver pèse cruellement ur
    le feu.

    Son noir mépris de
    l’incandescence se lit dans la
    syncope des braises.

    Il divulgue les secrets les
    plus chauds du charbon.

    On lui resiste à coups de légendes.

    (Saisons, Labor, 1988)

    décembre 24, 2008 à 12 h 20 min

  13. Le Mirliton

    Hiver — 2

    Ca y est ! La neige ! Enfin !
    Elle en a mis du temps la bougresse
    Un mois que le froid serre le poing
    Rentre le menton
    Et pince les fesses
    Sans qu’un seul grain
    N’apparaisse
    A l’horizon
    Il était temps que cela cesse
    Non ?

    Humains, voisins, poltrons
    Sonnez le tocsin, la messe et le clairon !

    Ouvrez les mains
    Et accueillez en liesse
    Cette caresse
    Chaude comme un sein
    Comme un marron
    Un édredon
    Lente papesse
    Lourde et épaisse
    Que rien ne presse
    Morceaux de satin
    Tendres flocons
    Que des mains
    Tressent
    En nappe
    En chapes
    De plomb
    Sur plaines et monts
    Plus rien, plus de vie
    De formes, de coloris
    Plus rien. Tout est fini ?
    Mais non

    Humains, voisins, poltrons
    Sonnez le tocsin, la messe et le clairon

    Pas de détresse
    De sanglots longs
    Vous n’êtes pas orphelins
    Voyons
    Un peu de sagesse
    Et d’attention
    Sous le linceul
    La vie a gonflé ses poumons
    Et retient sa respiration
    Elle est seule
    Mais forte
    Dans sa maison
    Son lit, son abri
    Plein de glaçons
    Elle n’est pas morte
    Gnomes et lutins aussi
    Sont là sous la surface
    Leurs carapaces
    De glace mais éveillés
    Humains, voisins, poltrons
    Hommes au sang chaud
    Comme eux rentrez
    Dans vos foyers
    Dans vos chaussons
    Et découvrez le gros charbon
    Rouge, allumé
    Sous le tas de cendres
    De décembre
    Vous avez trop dansé
    Cet été
    Comme fascinés
    Par l’illusion
    La profusion
    La danse
    Des apparences
    Vous avez oublié
    Qui vous étiez
    Réveillez-vous
    Faites un effort
    Ne croyez plus être ce corps
    Mort
    Découvrez-vous
    Dans cet esprit
    Qui vit encore
    Alors que tout
    Est froid dehors
    N’y a-t-il pas derrière vos côtes
    Et vos poumons
    Comme un tison
    Un lit de paille dans une grotte
    Un nourrisson qui grelotte
    Et qui attend qu’on le dorlotte ?

    Humains, voisins, poltrons
    Sonnez le tocsin, la messe et le clairon !

    Car sous les cendres
    De décembre
    Un dieu est né
    Hourra ! Aléluia !
    L’été viendra !

    décembre 24, 2008 à 12 h 40 min

  14. Crâo

    Et bien dites donc, ça l’inspire Noël et l’hiver, le Mirliton !

    décembre 24, 2008 à 15 h 38 min

  15. 120

    Ecrit par Malcolm de Chazal :

    Toutes
    Les cavernes
    Toussèrent
    Cet hiver.

    (Poèmes & Apparadoxes; OEuv res XV, Leo Scheer, 2005)

    décembre 28, 2008 à 13 h 18 min

  16. 120

    Ecrit par Emile Verhaeren :

    EN HIVER

    Le sol trempé se gerce aux froidures premières,
    La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,
    Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,
    Des coussinets de laine irisés de lumière.

    Passent dans les champs nus les plaintes coutumières,
    A travers le désert des silences dolents,
    Où de grands corbeaux lourds abattent leurs vols lents
    Et s’en viennent de faim rôder près des chaumières.

    Mais depuis que le ciel de gris s’était couvert,
    Dans la ferme riait une gaieté d’hiver,
    On s’assemblait en rond autour du foyer rouge,

    Et l’amour s’éveillait, le soir, de gars à gouge,
    Au bouillonnement gras et siflleur du brassin
    Qui grouillat, comme un ventre, en son chaudron d’airain.

    (Les flamandes)

    décembre 28, 2008 à 13 h 27 min

  17. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    On peut penser
    Que derrière ou bien

    Au sein de tous ces gris, dans l’intérieur
    De ce qu’ils sont et qu’ils deviennent,

    Il y a
    Une masse de noir, un océan

    Qui se cherche et tâtonne
    Et qui ne peut

    Percer la croûte ici ou là, venir
    Que lorsqu’il abandonne en partie sa couleur,

    Prend alors forme et mouvement,
    Conscience un peu.

    Car ce noir, ce n’est pas quelqu’un
    Qui spéculerait, modèlerait, modulerait.

    Il n’a conscience de rien
    Tant qu’il n’a pas pris forme.

    C’est du départ.

    (Etier, Gallimard, 1979)

    décembre 28, 2008 à 13 h 36 min

  18. 120

    Ecrit par François Jacqmin :

    L’esprit savoure l’air
    incisif.

    Il y retrouve une
    exactitude tant souhaitée.

    Il applaudit à la rigueur qui
    épelle chaque chose avec la
    netteté du silence sec.

    Sa jubilation est une braise
    taillée dans la glace.

    (Saisons, Labor, 1988)

    décembre 28, 2008 à 14 h 06 min

  19. 120

    Ecrit par Francis Ponge

    ECLAIRCIE EN HIVER

    Le bleu renaît du gris, comme la pulpe éjectée d’un raisin noir.
    Toute l’atmosphère est comme un oeil trop humide, où raisons et envie de pleuvoir ont momentanément disparu.
    Mais l’averse a laissé partout des souvenirs qui servent au beau temps des miroirs.

    Il y a quelque chose d’attendrissant dans cette liaison entre deux états d’humeur différente. Quelque chose de désarmant dans cet épanchement terminé.

    Chaque flaque est alors comme une aile de papillon placée sous vitre,
    Mais il suffit d’une roue de passage pour en faire jaillir la boue.

    (Pièces, Gallimard, 1962)

    décembre 28, 2008 à 14 h 12 min

  20. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    L’hiver m’était secourable avec le grand pardon de sa neige couvrant le monde. Quand sa blancheur engloutissait Le Creusot pendant mon sommeil, je découvrais au matin des rues exténuées de bonté et des usines féeriques d’où sortaient en silence des locomotives de neige.

    Entrant dans le parc enneigé de la Verrerie, j’ai eu la sensation de grimper sur un escabeau de neige haut de dix centimètres qui me rapprochait du ciel.

    Je veux être enterré dans un flocon de neige.

    *

    Plus céleste que les petits soldats d’or peints par les moines, mieux armé pour défendre l’invisible, était le givre qui, deux jours durant, a transfiguré les arbres du parc de la Verrerie. Avec la minutie d’une dentellière, il entrecroisait le vide et le plein, faisait s’ouvrir des fleurs de rien au coeur de l’air, saupoudrant de blanc les pointes des feuilles de houx sans toucher à leur vert, passant un doigt de lumière sur la blancheur cassante des branches — comme sur le bord d’un verre de cristal. Tout vibrait de pureté. Tout chantait en silence. Les icônes de givre ont été visibles deux jours. Au matin du troisième jour elles commencèrent à fondre, découvrant dans leur effacement leur plus grande gloire.

    Mon plus beau cadeau de Noël ce serait qu’on l’amène devant un saule pleureur couvert de givre et qu’on me dise : « Voilà, c’est pour toi. » Ensuite je repartirais les mains vides, ébloui.

    Un poète rencontre toujours un poète plus grand qui lui arrache le coeur d’admiration. J’ai rencontré le givre.

    (Prisonnier au berceau, Mercure de France, 2005)

    décembre 29, 2008 à 11 h 36 min

  21. 120

    Ecrit par Eugène Guillevic :

    L’HIVER

    L’hiver
    Hibernait
    Derrière l’hiver.

    *

    Le gel
    Croit apporter
    Un état de grâce.

    *

    A midi
    La mésange

    S’est vue reine
    De la plaine gelée.

    *

    Tu t’es donc gelé
    Toi aussi, soleil,

    Puisque moi, ruisseau,
    J’ai toujours
    Ma couche de glace.

    *

    Profites-en.

    Le temps
    Se fait eau
    Et se glace.

    *

    Un vent
    Tellement froid

    Que lui-même
    Doit souffrir.

    *

    L’eau qui toujours
    Cherche à s’évader

    Doit souffrir
    Dans la glace.

    *

    Est-ce pour être aiguisée
    Que l’eau se glace ?

    *

    Petits hivers pourant,

    Ceux que ton corps
    A connus, traversés.

    *

    Tu n’as jamais pu
    Admettre et même croire

    Que la glace
    Soit de l’eau déguisée.

    *

    L’hiver se glorifie
    De révéler la plaine
    Telle qu’elle est :

    De la clarté vide.

    *

    Essaie
    D’imaginer de l’hiver

    Venant vers toi,
    Tout sourire.

    (Relier, Gallimard, 2007)

    décembre 29, 2008 à 11 h 43 min

  22. 120

    Ecrit par Sylvain Tesson :

    Au Music-hall de la Nature, on donne chaque année le strip-tease de l’automne avant que ne tombe le rideau de l’hiver.

    *

    Traînées de neige sur la glace vive d’un lac : le froid a lâché ses cheveux dans le vent.

    *

    Flocons : l’hiver avance à pas feutrés.

    *

    Pris de froid, le temps se couvrit d’une écharpe de brume.

    *

    Le froid est un être subtil ; il mord, coupe, pénètre ou pique. Le chaud est une brute qui se contente d’assommer.

    *

    La neige : les éclats brisés du silence céleste.

    *

    La neige tombe en pattes de chats.

    *

    La neige : des copeaux de ciel rabotés par le froid.

    *

    L’hiver : tailleur qui drape les versants.

    *

    Neige, la poudre aux yeux de l’hiver.

    (Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, Equateurs parallèles, 2008)

    décembre 29, 2008 à 12 h 01 min

  23. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    L’arbre semble reposé.
    La neige l’a recouvert pendant la nuit de lumière pure, comme une mère relevant un drap sur le corps de son enfant endormi.

    *

    L’hiver oublie parfois d’être sévère, comme un professeur dans les derniers jours d’école.

    (La présence pure, Le temps qu’il fait, 1999)

    décembre 29, 2008 à 13 h 54 min

  24. 120

    Ecrit par Mario Rigoni Stern :

    Depuis toujours, le troglodyte mignon est le premier à signaler l’arrivée de l’hiver, quand il s’approche des maisons des hommes. C’est le plus petit des oiseaux d’Europe : un touffe ramassée de plumes brunes avec de fines rayures plus ombres et une petite queue courte toujours relevée. Son cri ressemble à un léger coup sur une clochette en argent : c’est ainsi qu’il demande à la neige de venir. Son nom indique une origine si ancienne que sa présence tenait certainement compagnie aux hommes de l’âge de pierre : Troglodytes troglodytes. Chez nous, en cimbre, nous l’appelons « rasetle », qui veut dire l’agité ou bien le fou-fou ; pour les Allemands, il est Zaunkönig : le roi des haies.

    Il vient de la forêt à la fin novembre ou en décembre ; on l’aperçoit et on l’entend, discret et familier dans les piles de bois où il se glisse, en quête d’araignées et de mouches. C’est ainsi que je me le rappelle depuis ma lointaine enfance, et aussitôt après lui, la neige arrive ponctuellement depuis les montagnes du nord : légère et sèche, une neige poudreuse sur les forêts et les maisons. Mais, si elle vient de l’est, elle progresse, abondante, de forêt en forêt ; elle recouvre les herbes sèches, la mousse, les buissons, et habille les arbres de blanc : tout devient nouveau, irréel, mystérieux.

    (Saisons, La fosse aux ours, 2008)

    décembre 31, 2008 à 14 h 20 min

  25. Vincent

    Juste pour savoir à quoi il ressemble (le Troglodyte mignon) :

    décembre 31, 2008 à 14 h 25 min

  26. Ourko

    Tu as bien fait, Vincent, de nous montrer l’image.

    Moi qui n’y connais rien en piaf, en entendant parler du « plus petit des oiseaux d’Europe », de « touffe brune » sur de « fines rayures », d’ « agité » surnommé « roi des haies » dont la venue « signale l’arrivée de l’hiver » et « le cri ressemble à un coup sur une clochette en argent » et — surtout — se reconnaît à sa « petite queue courte toujours relevée », je voyais plutôt…

    décembre 31, 2008 à 14 h 35 min

  27. 120

    Ecrit par Maurice Coyaud :

    Frelon d’hiver
    Cherche un endroit
    Pour décéder

    Murakami Kijô

    *

    Froid perçant. Je baise
    Une fleur de prunier
    En rêve

    Soseki

    *

    Le bruit du pot d’eau qui éclate
    (L’eau a gelé cette nuit)
    Me réveille

    Bashô

    *

    Sans compagnon
    Jetée sur la lande
    La lune d’hiver

    Roseki

    *

    Le Bouddha sur la lande
    Au bout de son nez
    Un glaçon

    Issa

    *

    Plus froide que la neige même
    La lune d’hiver
    Sur mes cheveux blancs

    Josô

    *

    Montagne. Rafale
    La grêle s’engouffre dans les oreilles
    Du cheval

    Tairo

    *

    Tout droit
    Un trou (j’ai pissé)
    Dans la neige dehor

    Issa

    *

    Arrivant sur la neige
    Elles font pott
    Les fauvettes

    Bôsha

    *

    Dans les yeux du chat
    La couleur de la mer
    Un jour ensoleillé d’hiver

    Yorie

    *

    Sans leurs cris
    On ne les verrait pas, les hérons blancs
    Matin de neige

    Chiyo-ni

    *

    Quel est le con qui est allé
    Pisser
    Sur cette neige fraîche

    Kikaku

    (Fourmis sans ombre, Le livre du haïku, Phébus, 1978)

    janvier 2, 2009 à 12 h 27 min

  28. Craô

    Je rêve où il se met à neiger sur le blog ???

    janvier 2, 2009 à 12 h 36 min

  29. et oui ! vive le vent d’hiver !! 😛

    janvier 2, 2009 à 14 h 58 min

  30. Blandine

    Au creux de cet hiver, au creux de ma tanière, je voudrais partager avec vous cette poésie de Fred Griot … j’ai des images qui vont avec mais je ne sais pas si je peux et comment les ajouter dans les commentaires (if somebody can help?)

    Blandine (qui essaie de tenir bon jusqu’à la sortie du trou …)
    ————————————-
    chant de sortie de trou et de la montée au jour

    là soudain
    lum lumière

    au creux sortent
    éclate soudain
    explose ciel
    éclatent couleurs

    là lumière
    là chaleur coule tiède sur la peau tiède
    là brise vent souffle soudain sur le visage
    et vue regard sur les îles lacs montagnes

    regard large porte au loin
    vaste large
    et encore plus

    là odeurs et vent
    mousse fougères arbres oiseaux plumes soleil

    là ciel
    fleurs nuages

    là soudain explosent couleurs
    jaunes bleus
    verts cétoines
    rouges terre
    et vent papaye

    ils sentirent soudain quelque chose
    quelque chose comme heureux

    kwoma kwoma kwoma
    kwoma om

    Fred Griot, Chants pour peintures papoues
    (lu l’autre jour à l’expo “Rouge Kwoma: Peintures mythiques de Novuelle-Guinée” au quai Branly :
    http://remue.net/spip.php?article2876
    voir aussi le Blog de Fred Griot :
    http://www.fgriot.net/notes/dotclear/ , en particulier l’article “La poésie est une non-intelligence”

    janvier 2, 2009 à 19 h 12 min

  31. 120

    Ecrit par Mario Rigoni Stern :

    Même si l’hiver semble donner à tout l’apparence de la mort, dans la lumière nouvelle de la forêt, on recommence à vivre. On avance, plongés dans cette blancheur, source de lumière, entre les hauts troncs couverts d’une mousse d’argent, et le temps aussi devient irréel ; l’on vit dans un monde métaphysique comme dans un rêve : le corps n’a plus de poids, le pas de marche est sans fatigue, et l’on avance, vagabondant d’une pensée à l’autre. Dans cet infini, parmi les arbres couverts de neige, les choses de la vie aussi semblent plus claires.

    (Saisons, La fosse aux ours, 2008)

    janvier 3, 2009 à 0 h 02 min

  32. 120

    Ecrit par Henry David Thoreau :

    La merveilleuse pureté de la nature en cette saison est quelque chose des plus agréables. Chaque souche pourrie, chaque pierre, chaque clôture recouvertes de mousse et les feuilles mortes de l’automne sont dissimulées sous un napperon immaculé de neige. Dans les champs dépouillés et les bois tintinnabulants, il faut voir quelle est la vertu qui survit. Dans les endroits les plus froids et les plus exposés au vent, la charité chaleureuse conserve encore un point d’appui. Un vent glacial et pénétrant chasse toute contagion, et ne peut y résister que ce qui abrite une vertu en soi. Par conséquent, nous devons respecter tout ce que nous rencontrons dans les endroits froids et exposés au vent, au sommet des montagnes, pour cette sorte de robuste innocence, de résistance puritaine. Tout le reste semble avoir été appelé à trouver refuge, et ce qui reste dehors doit faire partie du cadre originel de l’univers et être aussi vaillant que Dieu lui-même. Respirer l’air clarifié est tonifiant. Sa grande pureté et sa grande finesse sont visibles à l’oeil nu, et c’est bien volontiers que nous resterions dehors longtemps, même tard, afin que les bourrasques puissent soupirer à travers nous aussi, comme à travers les arbres défeuillés, et nous préparer pour l’hiver – comme si nous espérions emprunter quelque vertu pure et constante, qui nous serait d’une grande utilité en toutes saisons.

    Il y a un feu souterrain qui couve dans la nature et jamais ne s’éteint, et dont aucun froid ne peut venir à bout. […] Ce feu souterrain a son autel dans chaque poitrine humaine. En effet, par le jour le plus froid et sur la colline la plus exposée, le voyageur nourrit dans les plis de son manteau un feu encore plus chaud que celui que l’on allume dans chaque foyer. Un homme sain est, de fait, le complément des saisons, si bien que, en hiver, l’été est dans son coeur. Là est le sud. C’est là-bas qu’ont migré tous les oiseaux et les insectes et, autour de ses sources chaudes, dans son sein, se rassemblent le rouge-gorge et l’alouette.

    (Balade d’hiver, Mille et une nuit, 2007)

    janvier 3, 2009 à 0 h 31 min

  33. Vincent

    Ben dis donc, du Mirliton (commentaire 1) à Thoreau (commentaire 31) — en passant par Camus (commentaire 2) et sans doute plein d’autres auteurs que 120 se fera un plaisir de nous citer — la thématique de l’hiver révélant le « feu intérieur » de l’homme semble une constante poétique assez largement partagée.

    Difficile, du coup, quand on y est un peu sensible, de ne pas se sentir finalement un peu « chrétien » en cette saison. De ne pas croire sourdement à cette histoire de « divin enfant », porteur d’espoir, né en plein coeur de la nuit.

    janvier 3, 2009 à 0 h 39 min

  34. Ourko

    Alors ça c’est du coming out, Vincent, j’en reste sans voix ! Toi, qui t’affiches si souvent en matérialiste virulent…… ?

    janvier 3, 2009 à 0 h 42 min

  35. Vincent

    T’inquiète, Ourko, ce n’est qu’un accident saisonnier : les jours rallongent déjà. Tout va très vite rentrer dans l’ordre… et te rassurer ! 😉

    janvier 3, 2009 à 0 h 44 min

  36. 120

    Ecrit par Rudolf Steiner :
    (en écho au commentaire 33)

    Je porte dans les ténèbres hivernales
    Les clartés de l’esprit
    La joie d’être et de vivre de l’immense univers
    Se manifeste maintenant en mon être intérieur
    Le pouvoir créateur que renferme mon âme
    S’efforce jaillissant des profondeurs du coeur
    D’enflammer pour le bien en cette vie humaine
    Les énergies qui nous viennent des dieux
    Et le verbe divin dans la nuit de mes sens
    Transfigurant tout ce qui est, retentit
    Il cherche à devenir, se transformant lui-même
    Amour humain, oeuvre des hommes.

    (Le calendrier de l’âme)

    janvier 3, 2009 à 0 h 53 min

  37. Ourko

    Mouais…
    Mais encore ?

    janvier 3, 2009 à 0 h 54 min

  38. 120

    Ecrit par Friedrich Nietzsche :
    (qui conforte — à sa façon — le commentaire 33)

    L’hiver, hôte vilain, est assis dans ma demeure ; mes mains sont bleues de l’étreinte de son amitié.
    Je l’honore, cet hôte vilain, mais j’aime à le laisser seul. J’aime à lui échapper ; et si l’on court bien, on finit par y parvenir.
    Avec les pieds chauds, les pensées chaudes, je cours où le vent se tient coi, — vers le coin ensoleillé de ma montagne des Oliviers.

    (Ainsi parlait Zarathoustra, Un livre pour tous et pour personne, 1883-1885)

    janvier 3, 2009 à 10 h 27 min

  39. Vincent

    (en complément du commentaire 33)

    Je dirais même plus :
    Difficile en cette saison de ne pas intuitivement saisir le « Mystère de Noël », mais difficile aussi de ne pas devenir en quelque sorte dualiste… et moralisateur.

    En plein été, j’ai en tout cas, pour ma part, facilité à considérer que la vision du monde en terme de Bien et de Mal est une construction intellectuelle artificielle — humaine, trop humaine — plaquée sur le monde. En hiver, c’est soudain moins évident, tant l’angoisse sourde devant l’extension lente mais implacable de l’obscurité suivie par l’espoir fou du retour et de la victoire finale de la lumière deviennent des réalités palpables.

    Une bonne part des fables, contes et mythes (qui reprennent systématiquement ce schéma) me paraissent du coup la simple retranscription imagée de cette réalité naturelle… perçue vraisemblablement depuis la nuit des temps.

    janvier 3, 2009 à 11 h 16 min

  40. Vincent

    (suite)

    Combien de temps a-t-il fallu pour se rendre compte que les « beaux jours » reviendraient de toutes façons chaque année, même sans cérémonie, actes de dévotion ou sacrifice ?

    N’est-ce pas finalement à ce moment que nous sommes entrés dans la « Modernité » ?

    janvier 3, 2009 à 11 h 20 min

  41. Craô

    Et quelle cérémonie, aujourd’hui pour célébrer l’hiver ?

    janvier 4, 2009 à 12 h 43 min

  42. 120

    Ecrit par Mario Mercier :

    (répondant néo-chamaniquement à Craô)

    Chaque saison a son Esprit-Maître et ses génies auxquels elles obéissent. Pour ce qui est de l’Hiver, c’est le moment où la terre pense le plus, module ses futures créations.

    Mais on ne peut penser Hiver sans penser à la neige, cette puissance issue de la Déesse céleste, qui vient ensemencer la terre de son lait cosmique imprégné du psychisme des étoiles : il n’est pour cela que de voir les cristaux qui la composent, cristaux aux formes parfaites d’hexagrammes.

    Règne du Yin cosmique dans lequel se reflète le devenir céleste, la neige est la semence subtile du cosmos que l’impassible clarté lunaire réactive. Partout où il y a de la neige, il y a de la vie, mais une vie magique qui relie l’ême des étoiles, notamment celle des Pléiades, à l’âme de la terre.

    Il y a certains rites pour se concilier l’Esprit de la neige et être fertilisé par lui. Il faut alors se tourner vers le nord, à pleine lune, et tirer de son petit doigt, avec une aiguille de sapin, trois gouttes de sang que l’on disposera en triangle sur de la neige lorsqu’elle est illuminée par la lumière lunaire.

    *

    (faisant écho au commentaire 33)

    L’hiver, c’est le règne de l’eau, tout y est sous sa domination. Des animaux comme le canard sauvage, le sanglier, le plongeon… lui sont liés. Le feu du froid domine, paralysant tout par ses flammes fixes. Les démons de la peur agissent en maîtres, apportant la solitude et la maladie. Et pourtant, c’est en cette période particulière que le feu du coeur et de l’esprit, déposé en l’homme l’été précédent par les puissances éthériques du soleil, est le plus actif. C’est en hiver que l’initié qui s’est branché sur les puissances magiques du nord et du sud atteint sa culmination créatrice.

    (La nature et le sacré, Initiation chamanique et magie naturelle, Dangles, 1983)

    janvier 4, 2009 à 13 h 08 min

  43. 120

    Ecrit par Jean-Pierre Le Goff :
    (répondant lui aussi — à sa façon — à Craô)

    Un gemmail de billes sur le sucre de l’hiver

    W.A. Bentley vécut à Jericho dans le Vermont aux Etats-Unis. Adolescent, il fut émerveillé par des cristaux de neige vus au microscope, ce qui le détermina à passer sa vie à les photographier, s’en écartant parfois pour impressionner gouttes de rosée, givre ou gelée blanche. Sur des dizaines de milliers de photos qu’il prit il ne trouva jamais deux cristaux identiques. En 1931 la Société américaine de météorologie choisit deux mille de ses clichés et les publia en un volume : Snow Crystals. Peu après, W.A. Bentley mourut.
    Pour lui rendre hommage, à la première neige digne de ce nom, après le premier janvier 19912, je formerai une figure hexagonale étoilée au moyen de 259 billes irisées dans le jardin d’Etienne Leperlier à Conches (Eure), elle restera en place jusqu’à ce que la neige fonde.
    Le projet de cette inscription est né, outre du souhait d’émettre un signe de connivence envers W.A. Bentley, du désir de jouer de la pérénnité et de l’éphémère par l’entremise d’une rosace instable issue de la structure du cristal de neige.

    *

    Etoiles et boules de neige

    Les saisons passent. L’hiver est revenu et, en contrepoint, la neige. La neige d’antan, celle qui ne fond pas dans la mémoire mais dont l’immatérialité est l’absence de ce qui en nous a vécu.
    Par désir de rite, j’ai voulu disposer une nouvelle fois un étoilement sur la neige, le 21 février 1996, sur une pelouse près de la demeure de Philippe André Roger Guilbert, pour réinscrire le sceau du cristal sur la fourrure blanche.
    Pour varier le rite, je n’utilisai pas de billes, comme je le fis précédemment, mais des boules de neige que je pétris, en leur injectant ensuite des couleurs, au moyen de cinq seringues chargées chacune d’une encre différente. 36 boules se rayonnèrent et rutilèrent sous la lumière.
    Il faisait moisn dix degrés, l’encre gelait dans les seringues et les flacons, il fallait en permanence la réchauffer au moyen d’eau chaude. Je mis quatre heures à confectionner cette étoile, les mains froides comme paralysées et douloureuses et l’esprit aussi comme pris dans un gel.
    Au bout de cinq jours l’étoile fondit. Pour garder mémoire des expansions colorées, des photographies furent prises.

    (Le cachet de la poste (feuilles volantes), Gallimard, 2000)

    janvier 4, 2009 à 13 h 28 min

  44. Vincent

    Hééééé ! Vous avez vu ?
    Une poésie de Blandine est apparue au commentaire 30 !!!

    janvier 4, 2009 à 13 h 43 min

  45. 120

    Réalisé par Andy Goldsworthy :
    (en réponse à Craô)

    janvier 4, 2009 à 14 h 42 min

  46. 120

    Ecrit par Pierre Pelot :

    « […] Dehors, agrippé à la nuit de toutes ses griffes, le froid craque de partout et là-haut, en fait, les étoiles ne sont rien d’autres que des milliers de petites fissures brillantes. La neige est bleue avec des ombres de gouffres noirs, des luminescences à vous crever les yeux. On y voit presque plus nettement qu’en plein jour, sans demi-teintes pour faner les détails, à l’emporte-pièce, clair et sans bavures. Des lumières flottent au ras du sol, aiguës comme des cris, filtrées par le fentes des volets, les pas-de-porte, ou bien jaunies quand elles pendent aux poteaux des éclairages de la route et de certains chemins. Les bruits qui rôdent parfois, ici et là, paraissent tous venir immanquablement de loin, rampants, engourdis, comme des chiens vagabonds, des animaux stupéfaits et méfiants. Les arbres s’échangent des chuchotements qu’ils secouent au bout de leurs rameaux gelés. Dans la rivière coulent de l’encre et de l’argent fondu, des glaires de mercure, des filaments diamantifères, qui murmurent et se coulent dans le passage encore ouvert entre les berges éléphantiasiques méconnaissables sous leurs boursouflures de glace. Du surnaturel suinte dans l’air figé de ces sortes de nuits posées une strate supérieure dans la grimpée vers le perpétuel mystère caché. Vous n’êtes pas sitôt dehors que le froid se pose sur vos cils et s’insinue dans vos narines et vous mord le bord des dents par l’interstice entrouvert de vos lèvres, il vous lèche les joues, vous pince les oreilles, il est sur vos cuisses et vos genoux à travers la « grande culotte », vous auriez dû, comme maman le disait, mettre des caleçons longs. Il s’insinue entre les mailles des moufles, le froid posé sur le monde et qui tranquillement remplit la nuit à la craquer, vous grignote les ongles, et puis fera pareil avec vos doigts de pieds à travers vos chaussettes et le cuir graissé de vos godillots…
    C’est Noël demain. […] »

    (La montagne des boeufs sauvages, Hoëbeke, 2010)

    janvier 4, 2011 à 22 h 56 min

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