"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Un petit « chaud et froid » pour les 100 ans de C.L.S.

Aujourd’hui, notre Claude Lévi-Strauss national a tout juste cent ans : BON ANNIVERSAIRE ! Afin de rendre hommage à l’auteur des Mythologiques, de La pensée sauvage, Le totémisme aujourd’hui, etc. je vous propose un extrait de son livre d’entretiens avec Didier Eribon (De près ou de loin, Odile Jacob, 1988) dans lequel il alimente notre lancinant débat sur la Modernité en opposant les sociétés « chaudes » et « froides » :

[…] Quand nous parlons de société « primitive », nous mettons des guillemets pour qu’on sache que le terme est impropre et nous est imposé par l’usage. Et pourtant, en un sens, il convient : les sociétés que nous appelons « primitives » ne le sont en aucune façon, mais elles se voudraient telles. Elles se rêvent primitives, car leur idéal serait de rester dans l’état où les dieux ou les ancêtres les ont créées à l’origine des temps. Bien entendu, elles se font illusion et n’échappent pas plus à l’histoire que les autres. Mais cette histoire dont elles se méfient, qu’elles n’aiment pas, elles la subissent. Tandis que les sociétés chaudes — ainsi la nôtre — ont vis-à-vis de l’histoire une attitude radicalement différente. Nous ne reconnaissons pas seulement l’existence de l’histoire, nous lui vouons un culte parce que — l’exemple de Sartre le montre bien — la connaissance que nous croyons ou voulons avoir de notre passé collectif, ou plus exactement la façon dont nous l’interprétons, nous sert à légitimer ou à critiquer l’évolution de la société où nous vivons et à orienter son avenir. Nous intériorisons notre histoire, nous en faisons un élément de notre conscience morale. […]

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47 Réponses

  1. Vincent

    Ce n’est finalement pas très différent de ce que disait Michéa dans :
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/10/13/moderne-vous-avez-dit-moderne/

    novembre 28, 2008 à 1 h 30 min

  2. Amélie

    Tiens, c’est drôle, j’aurais cru que c’était nous, les « sociétés froides », et que les sociétés primitives étaient les « sociétés chaudes ». Tu peux plus expliquer pourquoi/comment ?

    novembre 28, 2008 à 13 h 42 min

  3. Vincent

    Je ne peux guère dire plus que ce qui est là.

    Tout dépend peut-être de ce qu’on regarde et de ce qu’on veut montrer.

    A ce que je comprends de l’idée de CLS, « nos » sociétés peuvent être dites « chaudes » car elles craignent avant tout qu’il ne se passe plus rien (la stagnation est pour elles symboliquement synonyme de mort), elles font donc sans cesse « bouillir la marmite » afin de faire jaillir du nouveau.

    Les sociétés dites « primitives » ont une logique inverse : elles cherchent plutôt à calmer, éteindre, refroidir, les moindres véléités de rénovation, modernisation, révolution, etc.

    novembre 28, 2008 à 14 h 15 min

  4. Amélie

    C’est à dire que cette abstraction, tellement caractéristique de nos sociétés, a quelque chose de vraiment clinique, et donc assez froid pour moi. Tandis que la valorisation du contact simple et direct, de la sensation etc que j’imagine bien plus présente dans les sociétés primitives (et admet que c’est vers ça qu’on s’acheminait pendant notre petite semaine sauvage), paraît bien plus chaleureux…

    novembre 28, 2008 à 14 h 27 min

  5. Vincent

    Je ne sais pas si Claude Lévi-Strauss est le « penseur du siècle » qu’on pointe aujourd’hui, toujours est-il qu’il me semble illustrer à merveille l’avènement de la « post-modernité ».

    C’est en effet pleinement un « Moderne » (ne serait-ce que par sa formation, sa culture, ses références, ses méthodes, ses objectifs, etc.) mais qui, par les valeurs mêmes de la Modernité qu’il incarne, en les poussant simplement à leurs limites, en a sourdement sapé les fondements (notamment en soupçonnant l’humanisme d’être tout autant le symptôme que la cause de la séparation de l’homme et de la natire) et est à l’origine de cet « autre chose » qui est en train de naître.

    Un homme charnière donc.
    L’incarnation vivante de la fameuse phrase de Pascal : « Rien n’est plus raisonnable que le désaveu de la Raison. »

    novembre 28, 2008 à 17 h 56 min

  6. Vincent

    NOTA (pour Amélie) : C’est peut-être justement parce qu’il est avant tout « Moderne » dans l’âme (donc en quelque sorte et malgré lui « idéologiquement partisan ») qu’il préfère qualifier de « chaud » ce qui te paraît (à toi qui est déjà « Post-Moderne ») plutôt « froid ».

    novembre 28, 2008 à 18 h 02 min

  7. Ourko

    C’est un peu tiré par les cheveux, mais bon… il paraît qu’on a le droit, au Parti Préhistorique, de tirer par les cheveux.

    novembre 28, 2008 à 18 h 04 min

  8. 120

    Ecrit par Frédéric Keck (sur « le geste anthropologique » de C. L.-S.) :

    Le primitif et le sauvage

    Lévi-Strauss réintroduit dans l’anthropologie un terme qu’elle n’utilisait plus : celui de « sauvage ». Le sauvage, dans la pensée anthropologique du XVIIIe siècle, c’est étymologiquement « l’homme de la forêt » (sylvus), l’homme en rapport quotidien avec la nature, rendu célèbre dans la figure du « bon sauvage ». Au début du XIXe siècle, l’homme sauvage devient l’homme féroce, sanguinaire, sous l’influence ses souvenirs de la Terreur : la nature n’est plus ce à quoi il faut revenir, comme dans les rêveries rousseauistes, mais ce dans quoi il faut éviter de retomber, en rétablissant l’ordre de la civilisation. L’homme sauvage devient alors le témoin dans la modernité d’un état où l’homme vivait sans se distinguer de la nature, ce qui permet à une anthropologie « naturaliste » de revenir aux temps antérieurs à l’histoire. Les sociétés sauvages sont celles que les anthropologues allemands appellent Naturvölker, « les peuples de la nature ».

    Une transformation conceptuelle s’opère au milieu du XIXe siècle, sous l’infuence de la révolution darwinienne : lorsque sont découvertes les lois qui expliquent que l’homme ait cessé d’être un animal comme les autres, les sociétés sauvages ne servent plus seulement à contempler de façon nostalgique ou satisfaire une nature dont la civilisation s’est séparée, elles deviennent la clé pour la connaissance scientifique de l’évolution humaine. Le sauvage était l’autre de la civilisation, le primitif est la civilisation dans sa dimension la plus simpele. Le moderne contemple dans le primitif l’image passée de ce qu’il était, pour prévoir ce qu’il deviendra. L’anthropologie devient alors évolutionniste, elle décrit l’histoire de la civilisation.

    Le geste de Lévi-Strauss consiste à revenir en deçà de ce tournant évolutioniste, vers une anthropologie de la nature inspirée du XVIIIe siècle, et notamment de Rousseau. Mais il ne supporte pas pour autant que l’anthropologie observe dans les sociétés sauvages la nature en elle-même, dans sa bonté originelle. La nature ne se donne à voir à l’anthropologue qu’à travers les catégories que les hommes lui imposent. L’intérêt de Lévi-Strauss pour le sauvage ne vient pas d’une nostalgie de la nature, qui le rattacherait au XVIIIe siècle ; il est plus proche du surréalisme et de l’écologie, ce qui l’inscrit bien dans le XXe siècle. La pensée sauvage, c’est une pensée qui rend visible et exprimable la nature, à travers les classifications et les inversions qu’elle lui impose, mais c’est aussi une pensée qui retrouve en elle la dynamique créatrice de la nature, tout en assumant sa dimension de part en part culturelle.

    (Lévi-Strauss et la pensée sauvage, PUF, 2004)

    décembre 1, 2008 à 13 h 18 min

  9. 120

    Ecrit par Claude Lévi-Strauss (citations choisies… en vrac) :

    Plus on se voue à l’ethnologie, plus on prend sur l’histoire de sa propre société un regard assez distancié et on se rend compte que des choses essentielles et dramatiques dans le présent ne compteront pas beaucoup dans la perspective de plusieurs siècles.

    *

    Aucune civilisation ne peut se penser elle-même si elle ne dispose pas de quelques autres pour servir de terme de comparaison.

    *

    Il n’y a pas un fossé entre la pensée des peuples dits primitifs et la nôtre. Quand, dans nos propres sociétés, on notait des croyances ou coutumes étranges et qui heurtaient le sens commun, on les expliquait comme des vestiges ou des survivances de formes de pensée archaïque. Il m’apparaissait au contaire que ces formes de pensée sont toujours présentes, vivantes, parmi nous. Nous leur donnons souvent libre cours. Elles coexistent avec des formes de pensée qui se réclament de la science ; elles sont contemporaines au même titre.

    *

    La Révolution a mis en circulation des idées et des valeurs qui ont fasciné l’Europe puis le monde, et qui procurèrent à la France, pendant plus d’un siècle, un prestige et un rayonnement exceptionnels. On peut toutefois se demander si les catastrophes qui se sont abattues sur l’Occident n’ont pas aussi là leur origine. Parce qu’on a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite alors qu’elle est faite d’habitudes, d’usages, et qu’en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l’état d’atomes interchangeables et anonymes. La liberté véritable ne peut avoir qu’un contenu concret : elle est faite d’équilibres entre des petites appartenances, des menues solidarités : ce contre quoi les idées théoriques qu’on proclame rationnelles s’acharnent ; quand elles sont parvenues à leurs fins, il ne leur reste plus qu’à s’entre-détruire. Nous observons aujourd’hui le résultat.

    décembre 1, 2008 à 13 h 53 min

  10. Craô

    Nawa !

    décembre 1, 2008 à 13 h 56 min

  11. Yatsé

    alors alors quand est ce qu’on parle de l’inceste dans cette rubrique ?

    décembre 2, 2008 à 0 h 26 min

  12. Vincent

    L’inceste selon CLS ? Ou de façon plus générale ?

    décembre 2, 2008 à 8 h 28 min

  13. yatsé

    bah selon CLS, non ?

    décembre 2, 2008 à 9 h 56 min

  14. Vincent

    Bah… Je n’ai pas l’impression qu’il ait écrit des choses originales — ou simplement mémorables — sur la question.

    Je n’ai pas lu Les structures élémentaires de la parenté, mais il me semble avoir compris qu’il s’intéresse alors davantage aux diverses formes d’alliance que l’interdit de l’inceste favorise qu’à l’interdit lui-même.

    Tu as, de ton côté, d’autres éléments ?

    décembre 2, 2008 à 12 h 46 min

  15. Vincent

    En même temps, un ti article sur l’inceste (de façon général), un de ces quatre, est une bonne idée, je trouve, ne serait-ce que pour faire le point sur ce qui se dit et se sait sur la question.

    On y causera sans doute de Freud (et de son complexe d’OEdipe) mais surtout — j’imagine — de Cyrulnik qui, sur ce point, est le plus déroutant.

    décembre 2, 2008 à 12 h 55 min

  16. Vincent

    Pour CLS, apparemment, l’interdit de l’inceste fonde la société humaine, le passage de la nature à la culture.

    En ça — si je peux me permettre — il reste en quelque sorte « moderne », ou tout au moins « humaniste ».

    L’éthologie a en effet montré, depuis, que ce n’est pas si simple : l’interdit est en effet tout autant présent déjà dans le règne animal que, dans les faits, pas si « inhumain » que ça (beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit).

    décembre 2, 2008 à 13 h 04 min

  17. Amélie

    Vincent, tu peux reformuler? J’ai pas du tout compris ta dernière phrase…

    décembre 2, 2008 à 14 h 14 min

  18. Vincent

    Oui 😉

    1) Les animaux ont déjà — « naturellement » donc — une prohibition de l’inceste (Konrad Lorenz l’a entre autres montré) dès les années 40, je crois.

    2) Les humains pratiquent plus souvent l’inceste qu’on ne l’a prétendu (sa « prohibition » n’est donc pas si caractéristique de l’humain que ça)

    décembre 2, 2008 à 14 h 20 min

  19. Amélie

    C’est la transgression qui est caractéristique de l’humain.
    Et la perversion peut-être aussi.

    décembre 2, 2008 à 14 h 26 min

  20. Vincent

    Mais pourquoi donc vouloir à tout prix distinguer l’humain de l’animal ?
    Quelle crainte sourde (ou fol espoir)se cache-t-il donc là derrière ???

    décembre 2, 2008 à 14 h 51 min

  21. Amélie

    ben, c’est toi qui as fait deux catégories dans ta réponse : 1) et 2).
    Autre question : pourquoi toujours vouloir rapprocher les comportements humains à l’animal (alors que déjà chez les animaux, des différences de comportements énormes apparaissent entre races) ??? Quel besoin sourd de justifier tel ou tel comportement se cache derrière ?

    décembre 2, 2008 à 15 h 02 min

  22. Barbarella

    j’comprends pas de quoi vous parlez… ici, en tous cas, tous les matins quand on arrive au travail, on se renifle les fesses. Après, selon les cas, soit on remue la queue, soit on se roule par terre en grognant. Mais je sais que dans d’autres bureaux ça se passe différemment. Chez Yatsé par exemple, je crois qu’ils s’offrent des souris comme cadeaux…

    décembre 2, 2008 à 15 h 56 min

  23. 120

    Ecrit par Claude Lévi-Strauss :
    (sur la distinction entre humains et animaux)

    Qu’est-ce qu’un mythe ? […] Si vous interrogiez un Indien américain, il y aurait de fortes chances qu’il réponde : une histoire du temps où les hommes et les animaux n’étaient pas encore distincts. Cette définition me semble très profonde. Car, malgré les nuages d’encre projetés par la tradition judéo-chrétienne pour la masquer, aucune situation ne me paraît plus tragique, plus offensante pour le coeur et pour l’esprit, que celle d’une humanité qui coexiste avec d’autres espèces vivantes sur une terre dont elles partagent la jouissance, et avec lesquelles elle ne peut communiquer. On comprend que les mythes refusent de tenir cette tare de la création pour originelle ; qu’ils voient dans son apparition l’événement inaugural de la condition humaine et de l’infirmité de celle-ci.

    (De près et de loin, Odile Jacob, 1988)

    décembre 2, 2008 à 20 h 15 min

  24. Vincent

    J’aime beaucoup l’idée que ceux qui forcent la différence entre humains et animaux — tout autant que ceux qui la nient — sont mus par le sentiment « tragique » de la situation : se sentir frère mais désespérément banni de la fratrie animale.

    décembre 3, 2008 à 9 h 37 min

  25. Isidore

    Je ne vois pas exactement ce de quoi tu parles. En effet, je ne pense pas qu’on puisse honnêtement se sentir banni de la fratrie animale. Quoi de plus accueillants et fraternels que nos animaux domestiques ? Pour ce qui concerne les animaux sauvages, je les trouve souvent bien plus accueillants et fraternels que nous. Ils sont méfiants, certes… mais peut-on leur donner tort ? Non, vraiment, je ne vois pas ce à quoi tu fais référence.

    décembre 3, 2008 à 14 h 43 min

  26. Vincent

    Je fais allusion à la tragédie de l’incommunication évoquée par CLS.

    Elle n’a, il me semble, que trois issues :

    – Se conforter dans l’idée que c’est normal puisque nous sommes une espèce à part, élue.

    – Se projeter dans un monde fantasmé (rêve, magie, totémisme, etc.) dans lequel la communication est (ou était) possible.

    – En domestiquer certains.

    décembre 3, 2008 à 20 h 31 min

  27. Ourko

    Hé, 120, j’ai une citation spécialement pour toi, extraite des Entretiens avec Claude Lévi-Strauss de Georges Charbonnier (Juliard, 1961). C’est Charbonnier qui parle :

    « Je vous prie de me permettre une grossièreté : faire une citation. »

    Alors ? 🙂 Tu en penses quoi ? 🙂 🙂 🙂

    décembre 5, 2008 à 8 h 45 min

  28. 120

    Pffff…. J’trouve ça juste un peu… grossier !
    (mais ça ne m’étonne pas de toi)

    décembre 5, 2008 à 8 h 46 min

  29. 120

    Ecrit par Claude Lévi-Strauss :
    (revenant sur la distinction entre société « chaude » et « froide »)

    Je dirais que les sociétés qu’étudie l’éthnologue, comparées à notre grande, à nos grandes sociétés modernes, sont un peu comme des sociétés « froides » par rapport à des sociétés « chaudes », comme des horloges par rapport à des machines à vapeur. Ce sont des sociétés qui produisent extrêmement peu de désordre, ce que les physiciens appellent « entropie », et qui ont une tendance à se maintenir indéfiniment dans leur état initial, ce qui explique d’ailleurs qu’elles nous apparaissent comme des sociétés sans histoire et sans progrès.

    Tandis que nos sociétés ne sont pas seulement des sociétés qui font un grand usage de la machine à vapeur ; au point de vue de leur structure, elles ressemblent à des machines à vapeur, elles utilisent pour leur fonctionnement une différence de potentiel, laquelle se trouve réalisée par différentes formes de hiérarchie sociale, que cela s’appelle l’esclavage, le servage, ou qu’il s’agisse d’une division des classes, cela n’a pas une importance fondamentale quand nous regardons les choses d’aussi loin et dans une perspective aussi largement panoramique. De telles sociétés sont pavenues à réaliser dans leur sein un déséquilibre, qu’elles utilisent pour produire, à la fois, beaucoup plus d’ordre — nous avons des sociétés à machinisme — et aussi beaucoup plus de désordre, beaucoup plus d’entropie, sur le plan même des relations entre les hommes.

    (Georges Charbonnier, Entretiens avec Claude Lévi-Strauss, Julliard, 1961)

    décembre 5, 2008 à 14 h 19 min

  30. Amélie

    Je comprends bien la façon dont il l’argumente, mais ça heurte ma sensibilité. Pour moi, l’entropie produite par le monde moderne est une friction qui reste froide. Mais bon… c’est sans importance, au fond.

    décembre 5, 2008 à 17 h 13 min

  31. Vincent

    Ce qui me semble surtout important dans ce texte est l’idée que la société de type moderne a besoin de ce que la société primitive au contraire évite : l’inégalité entre ses membres.

    Donc, bien loin de tenter de la résorber (comme elle le prétend souvent), elle chercherait plutôt à la conserver (quitte à changer ses formes au cours du temps), voire carrément l’accentuer, car c’est pour elle une sorte de « moteur ».

    C’est énorme, vous ne trouvez pas ?

    décembre 5, 2008 à 17 h 25 min

  32. Ourko

    Un terroriste se cacherait donc sous l’habit vert ?

    décembre 5, 2008 à 17 h 26 min

  33. Isidore

    Et le plus drôle aussi, c’est que cette société moderne place l’égalité au centre de ses préoccupations. Elle en parle tant parce qu’elle fait justement le contraire, sans doute.

    décembre 5, 2008 à 18 h 51 min

  34. Isidore

    J’ai aussi envie de dire: quelle incommunicabilité avec nos frères animaux ? Je suis au contraire surpris de pouvoir partager tant de choses essentielles et si facilement, avec pas mal d’entre eux… même sauvages.

    Tiens, l’autre jour, je me promenais à Cachan et soudain mon attention est attirée par un corbeau, par terre dans un lit de feuilles mortes, apparemment très préoccupé par quelque chose que je ne perçois pas. Je m’arrête et je l’observe un peu plus attentivement. Il le remarque aussi et entreprend une gymnastique assez compliquée où je finis par comprendre qu’il souhaite, en réalité s’envoler avec deux morceaux de nourriture repérés sous les feuilles. Tout à fait conscient que partir avec l’un seulement signifie la perte de l’autre, d’autres énergumènes attendant leur tour, il réfléchit intensément en me prenant à parti par quelques regards bien appuyés et il finit par trouver une solution tout à fait judicieuse. Après avoir expérimenté la taille de chaque objet et sa meilleure position dans le bec, le voilà donc saisissant le premier, puis une fois bien calé à l’intérieur du bec et en s’assurant de conserver la mobilité suffisante, le second. Après un dernier coup d’œil goguenard, le voilà parti en criant : »hé, hé, pas si bêtes les osiaux, hein, gros malin ! » Et tout ça, en langue des oiseaux.

    décembre 5, 2008 à 19 h 35 min

  35. Vincent

    Le corbeau est souvent mal aimé (c’est vrai qu’il ne brille pas plus par son ramage que son plumage).
    C’était pourtant l’oiseau préféré des Celtes.
    Les éthologues modernes ont également montré que c’était un des oiseaux les plus intelligents : il serait notamment capable de compter jusqu’à huit.

    décembre 5, 2008 à 22 h 26 min

  36. Pascale

    Un pigeon voyageur plonge
    dans le monde
    y dépose un message
    qu’il aimerait comprendre.

    Comme l’oiseau-trompette
    aux durs de la comprenette
    il claironne : je vous merdre
    à défaut de nous entendre.

    Il pond trois petites fientes
    sur nos mémoires
    et s’envole arroser
    d’autres trottoirs.

    Chut, c’est un secret…

    décembre 6, 2008 à 0 h 25 min

  37. Isidore

    Le corbeau, dans la symbolique chamanique, c’est aussi le guérisseur et le magicien. Mais j’avoue ne guère faire appel à lui lorsque je me sens un peu patraque. J’ai sans doute tort mais il s’avère que je ne vis pas suffisamment dans cette conception magique du monde pour y trouver véritablement un sens pratique.

    Je trouverais d’ailleurs intéressant de creuser un tantinet sérieusement ces notions assez vagues et fumeuses de « magie » et de « symbolique animale » pour des modernes (ou même post modernes) comme nous.

    Je me demande franchement si on est capable de dépasser une vague compréhension abstraite, sans relation effective avec la réalité, ou alors un pur rejet épidermique traduisant une autre forme d’incompréhension toute aussi manifeste.

    Encore un sujet d’article en prévision: la pensée symbolique pour un moderne et pour un post moderne. C’est qui qui s’y colle ?

    décembre 6, 2008 à 12 h 30 min

  38. 120

    Ecrit par Jules Renard :

    LE CORBEAU
    — Quoi ? quoi ? quoi ?
    Rien.

    décembre 7, 2008 à 15 h 40 min

  39. Ecrit par Corneille:

    « Le corbeau ?.. Connais pas ! »

    décembre 7, 2008 à 19 h 53 min

  40. Fabulette en dentelle:

    Un corbeau alcoolique
    Fin cordon quoique austère,
    S’accordait un quart temps
    De cocu peu coquet.

    Chaque jour, sans détour
    Il s’offrait, à ses frais
    Du bon temps malgré tout,
    Car cocu n’est pas fier.

    La corneille, sa coquette
    Quoiqu’en disent les caquets,
    Du cocu, son corbeau
    Se moquait si cruelle.

    Cancanant, caquetant
    Ses dessous par-dessus,
    Si craquante en catin
    La coquine cartonnait.

    Tant elle fit qu’un beau jour
    Son corbeau écœuré,
    Alcoolique décati
    Et cocu accompli

    Prit ses cliques à son cou
    Coupant court aux cancans
    Et comprit sans alcool
    Qu’une cocotte n’est pas sotte.

    décembre 7, 2008 à 22 h 19 min

  41. Craô

    Nawa!

    décembre 8, 2008 à 12 h 52 min

  42. pour revenir sur l’inceste, il me semble que c’est cls qui a observé que certaines sociétés primitives empechaient la pratique de l’inceste non pour son immoralité mais pour l’absence des liens sociaux que cela créait avec les congénères.

    En gros : « ne te marie pas avec ton frère, tu perds la possibilité d’avoir une belle soeur »

    décembre 9, 2008 à 0 h 18 min

  43. Vincent

    Je ne sais pas si c’est lui qui l’a découvert. Disons que c’est un constat assez unanimement partagé aujourd’hui, me semble-t-il : l’interdit de l’inceste (que sa source soit « morale » ou simplement « biologique ») permet le brassage génétique… donc la survie de l’espèce.

    décembre 9, 2008 à 13 h 32 min

  44. Ourko

    Une thèse nouvelle sur la question (si vous me le permettez) :

    En faisant apparaître les « belles-mères », l’interdit de l’inceste crée un bouc émissaire qui devient le support du transfert de l’agressivité des individus qui du coup se tapent moins dessus… et survivent plus longtemps.

    Voilà la vérité !!!

    décembre 9, 2008 à 13 h 36 min

  45. 120

    Ecrit par Michel Tournier :

    Claude Lévi-Strauss, dont j’ai suivi les cours au musée de l’Homme, a eu sur moi une influence considérable […] Lors de ses cours, il nous a appris à respecter les gens qui ne sont pas de notre culture et à étudier la leur. Ce fut décisif pour moi qui, en ce temps-là, écrivais mon premier roman, Vendredi ou les limbes du Pacifique, inspiré du Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Dans ce livre, après vingt années de solitude sur une île déserte, Robinson voit enfin un compagnon arriver : Vendredi. Coup dur pour notre héros : ce n’est pas un Anglais protestant comme lui… C’est un « sauvage ». C’est-à-dire que c’est d’abord comme cela que Robinson le voit, avec la mauvaise vision que nous avons des « sauvages ». Mais, là est tout le sujet du roman, à vivre avec Vendredi, Robinson va s’apercevoir qu’il a un univers, qu’il a une langue, qu’il voit les choses d’un efaçon différente et que Robinson a tout intérêt à étudier cela et à adopter plus ou moins le point de vue de Vendredi. La version courte et plus légère de ce roman, intitulée Vendredi ou la vie sauvage est mon plus grand succès. Pour d’innombrables enfants, qui m’invitent d’ailleurs dans leurs écoles pour en parler avec eux, je suis l’auteur de Vendredi ou la vie sauvage, point final ! Eh bien, tout cela, je le dois à Claude Lévi-Strauss. Je n’ai jamais osé le lui demander, mais c’est à lui en réalité que j’aurais dû dédier ce livre.

    (Leçon d’humanités, Philosophie magazine n° 21, juillet-août 2008)

    décembre 27, 2008 à 11 h 37 min

  46. Pas eu le temps d’atteindre les 101 ans !

    On a appris aujourd’hui le décès de Claude Levi-Srauss samedi dernier :

    http://www.france-info.com/sciences-recherche-2009-11-03-l-ethnologue-claude-levi-strauss-est-mort-364504-29-32.html

    novembre 3, 2009 à 20 h 03 min

  47. 120

    Ecrit par Claude Lévi-Strauss :

    « […] Il y a une trentaine d’années, j’ai illustré la différence entre les sociétés dites primitives et les nôtres au moyen d’une image qui a suscité beaucoup de critiques, mais, je crois, parce qu’on l’avait mal comprise. Je proposais de comparer les sociétés à des machines, dont on sait qu’il existe deux types : les machines mécaniques et les machines thermodynamiques.

    Les premières utilisent l’énergie qu’on leur a fournie au départ. Si elles étaient parfaitement construites, sans que s’y produisent des frottements et des échauffements, elle pourraient en théorie fonctionner indéfiniment. Au contraire, les machines thermodynamiques, ainsi la machine à vapeur, fonctionnent sur un écart de température entre la chaudière et le condensateur ; elles produisent beaucoup plus de travail que les autres, mais en consommant leur énergie et en la détruisant progressivement.

    Je disais donc que les sociétés qu’étudient les anthropologues, comparées à nos sociétés modernes plus grosses et plus compliquées, sont un peu comme des sociétés « froides » par rapport à des sociétés « chaudes » : des horloges comparées à des machines à vapeur. Ce sont des sociétés qui produisent peu de désordre — les physiciens diraient « de l’entropie » — et qui tendent à se maintenir indéfiniment dans leur état initial (ou ce qu’elles imaginent être un état initial) ; ce qui explique, vues du dehors, elles paraissent sans histoire et sans progrès.

    Nos propres sociétés ne font pas seulement un grand usage de machines thermodynamiques ; du point de vue de leur structure interne, elles ressemblent à des machines à vapeur. Il faut qu’existent en elles des antagonismes comparables à celui qu’on observe, dans une machine à vapeur, entre la source de chaleur et l’organe de refroidissement. Nos sociétés fonctionnent sur une différence de potentiel : la hiérarchie sociale, qui, à travers l’histoire, a pris les noms d’esclavage, de servage, de division en classes, etc. De telles sociétés créent et entretiennent en leur sein des déséquilibres qu’elles utilisent pour produire à la fois beaucoup plus d’ordre — la civilisation industrielle –, mais sur le plan des relations entre les personnes, beaucoup plus d’entropie.

    Les sociétés qu’étudient les anthropologues peuvent donc être considérées comme des systèmes à faible entropie, fonctionnant près du zéro absolu de température historique. C’est ce que nous exprimons en disant que ces sociétés n’ont pas d’histoire. Les sociétés « à histoire » comme les nôtres connaissent de plus grands écarts entre leur températures internes, écarts qui sont dus aux inégalités économiques et sociales. […] »

    (L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, 2011)

    juillet 4, 2011 à 10 h 45 min

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