"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Néolithiquons ! ou l’apprenti jardinier

Ca m’a pris je ne sais trop comment et ne sais trop jusqu’où cela ira mais voilà… j’ai le projet de m’engager concrètement dans le jardinage. En urbain néophyte, candide mais motivé. Et d’ouvrir sur ce blog une rubrique relatant les étapes — que j’imagine laborieuses — de cet apprentissage et les réflexions que cela pourra susciter.

Une façon supplémentaire, sans doute, d’approcher nos lointains ancêtres qui, au néolithique, ont initié et développé cette pratique. Une façon aussi sûrement de mieux comprendre cette fameuse modernité qui a vraisemblablement pris naissance à cette époque.

Une occasion aussi sûrement de prendre l’air, de m’activer (loin des livres et des écrans) à peu de frais, de mettre les mains à la pâte (ou du moins dans la terre), de manger des fruits et légumes avec un peu de goût (du moins j’espère), de me caler davantage au rythme des saisons, de faire de nouvelles expériences (et de les partager), de préparer (notamment aux enfants qui m’entourent) un hypothétique avenir moins opulent, etc.

Enfin bref… On verra bien. Encore faut-il que le droit de m’amuser sur le bout de terrain que je vise (en pleine ville) me soit accordé par la co-propriété à laquelle il appartient. Ce qui n’est pas gagné. Réponse le 30 novembre au soir, puisque c’est à l’ordre du jour de la réunion du syndic.

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32 Réponses

  1. Vincent

    Si je finis par obtenir quelque menue compétence en la matière, promis (comme déjà évoqué ici) je tente de mettre au point une technique simple de mini-potager sur jardinières (pour les urbains qui n’ont pas le privilège d’avoir accès à un terrain).

    novembre 24, 2008 à 0 h 36 min

  2. Ourko

    Dis donc, il n’a pas l’air très heureux (ni épanoui) le jardinier sur la photo !
    T’as vraiment envie de finir comme lui ?

    novembre 24, 2008 à 0 h 40 min

  3. Vincent

    La question du jardinage n’est pas nouvelle au PP. On en a effectivement déjà parlé, notamment en commentaire de cet article :
    http://www.partiprehistorique.fr/2008/04/14/la-rencontre-des-grands-esprits/

    novembre 24, 2008 à 12 h 58 min

  4. Vincent

    Histoire de poursuivre — et préciser — les propos que je tenais dans le lien ci-dessus :

    On a coutume de voir dans le jardinier une sorte de sage en retrait du monde (notamment de son agitation), un résistant en somme au progressisme moderne.

    Tout cela tient à mon sens davantage de la fable que de la réalité.

    Je vois en effet en lui plutôt un individualiste (connaissez-vous beaucoup de jardins collectifs ?) tyrannique (pliant la nature sauvage et rebelle à son implacable souci d’ordre et de morale) et profiteur (soucieux avant tout de rendement), bref un assez bon archétype du « moderne ».

    Je sens également pointer une « fièvre jardinière » (débordante et déraisonnable) qui s’apparente davantage au « sang noir » que l’on pointe chez les chasseurs qu’au sens de la mesure stoïcienne.

    Et pour tout dire, cela n’est pas pour me déplaire ! 😉

    novembre 24, 2008 à 13 h 55 min

  5. Isidore

    Pas mal comme introduction !
    Pour ma part il me vient ces deux pistes de réflexion:

    – Le jardinage étant une excellente discipline pour maintenir un lien concret avec cette nature si fantasmée, et étant de plus un élément toujours vivant de notre culture ancestrale, je trouve formidable que les pouvoirs publics n’aient pas encore trouvé le moyen de rendre sa pratique illégale sinon interdite. Ça viendra certainement sous la pression de l’industrie agroalimentaire qui fait tout son possible pour que l’on perde aussi ce savoir-faire. Mais pour un peuple de jardiniers comme le sont les français, ça ne va pas être de la tarte. Ceci dit il est déjà interdit de traire les vaches à la main pour tout agriculteur déclaré, et il serait même interdit de traire sa propre vache pour son usage personnel (à vérifier)… Vous voyez où on en est déjà… Mais bon, on commence à avoir l’habitude de ce genre de bêtises.

    – Il existe bien des façons différentes de concevoir et de pratiquer le jardinage, plus ou moins modernes et même post-modernes, et je ne pense pas qu’on puisse mettre dans le même sac toutes ces pratiques plus ou moins respectueuses de la terre et donc de la nature. Entre les méthodes dures des adeptes d’engrais et autre produits chimiques pour dompter la terre, les mauvaises herbes et toutes ces sales bêtes qui foutent en l’air la production, et les méthodes plus douces qui tentent d’établir une coopération intelligente et cultivée avec cette même nature, il y a tout un monde et même une conception du monde qui diffèrent de tout au tout. Il serait sans doute intéressant de voir exposées ces différences avec tout ce que ça implique dans la pratique.

    novembre 24, 2008 à 19 h 04 min

  6. 120

    Ecrit par Michel Tournier :

    Le nomade et le sédentaire

    L’histoire des hommes a commencé avec un meurtre fratricide. L’un des deux frères s’appelait Caïn et cultivait la terre. L’autre s’appelait Abel et élevait des bêtes. Caïn était sédentaire et entourait ses maisons de murs, ses champs de clôtures. Abel et ses enfants poussaient devant eux, dans les prairies sans limites ni propriétaires, d’immenses troupeaux de moutons et de chèvres. Le conflit était inévitable, un conflit qui jalonne sous des formes diverses toute l’histoire humaine.

    Car il devait arriver que les troupeaux d’Abel envahissent les cultures de Caïn et les saccagent aveuglément. La colère de Caïn le dressa contre son frère et la dispute se termina par la mort d’Abel. Yahvé en conçut une grande irritation. Il infligea à Caïn la punition la plus douloureuse qui soit pour un jardinier : partir, devenir à son tour un nomade, comme l’était son frère. Caïn partit donc, laissant derrière lui vergers et potagers. Mais il n’alla pas loin. Il s’arrêta bientôt et construisit Hénoch, la première ville de l’Histoire. Ainsi le cultivateur déraciné était devenu architecte et citadin, nouvelle forme de sédentarité.

    Dès le milieu du XIXe siècle, le Far West américain fut sillonné de grands troupeaux de boeufs et de vaches menés par des cow-boys (vachers) vers les nouvelles terres de l’Ouest. Mais d’année en année, les colons nouveaux venus construisaient des fermes et couvraient la prairie de champs de blé et de maïs. Dès lors le passage des troupeaux constituait un fléau insupportable. La lutte ouverte ou larvée entre cow-boys et fermiers connut en 1873 un tournant décisif en faveur des fermiers. Cette année-là, l’un d’eux appelé J.F. Glidden déposa une demande pour un brevet de fil de fer barbelé. Bientôt il monta une usine de De Kalb (Illinois) pour fabriquer son produit à grande échelle.

    Cette lutte a revêtu bien d’autres aspects. Les Touaregs du Sahara, réduisant en esclavage les cultivateurs noirs des oasis, ne faisaient que reproduire le schéma du noble chevalier d’Europe — dont l’animal emblématique, le cheval, est avant tout un instrument de voyage –, maintenant à leur service les serfs attachés à la terre (« manants »). Plus récemment on a vu l’idéologie nazie célébrer la communion de l’homme avec sa terre (Blut und Boden) et vouer à la destruction les Gitans et les Juifs, nomades « sans feu ni lieu, donc sans foi ni loi » (slogan nazi). Et périodiquement des populations se révoltent contre les projets de nouveaux autoroutes ou aéroports, destructeurs de la qualité de la vie.

    (Le miroir des idées, Traité, Mercure de France, 1995)

    novembre 24, 2008 à 20 h 05 min

  7. Ourko

    Et un point Godwin pour Michel Tournier… Un ! 😉

    novembre 24, 2008 à 20 h 06 min

  8. Vincent (à Isidore)

    Interdire le jardinage, une bonne idée pour… redonner envie de s’y remettre !!! (Avec un peu de trangression, on accepte en effet mieux le tour de reins et les ampoules)

    Quant à la diversité des pratiques jardinatoires, je suis d’accord avec toi : montre-moi ton jardin — pourrait-on dire — et je te dirais qui tu es. Je dois, à ce propos, avouer avoir plus d’attirance (et d’affinités ?) pour les jardins quelque peu « négligés » (tels que le tien, si tu me permets de le qualifier ainsi) que pour ceux — chimiques ou… « bio » — qui manifestent au contraire une discipline de fer, un souci d’ordre et de rigueur qui quelque part m’effraient un peu.

    Mais bon, j’ai bien peur que celui que je peux être amené à construire (surtout si — par malheur — on me laisse faire « tout seul ») ressemble au bout du compte davantage aux seconds qu’aux premiers.

    novembre 24, 2008 à 20 h 16 min

  9. amélie... se gratte le menton...

    qu’a-t-il voulu dire par « si – par malheur – on me laisse faire tout seul « …

    novembre 24, 2008 à 22 h 34 min

  10. Isidore

    Depuis que quelques jardiniers compétents m’ont appris que parmi la myriade de graines de toutes sortes que contient la terre, ne poussent en priorité que celles qui correspondent à l’état de cette terre dans son
    évolution naturelle, je porte un autre regard sur toutes ces « mauvaises herbes » qui viennent contrarier mon fantasme de « propre et net » appliqué au jardinage. Et j’essaye, dans la mesure du possible de maintenir un équilibre entre ce que j’ai décidé de faire pousser et ce qui pousse naturellement.

    D’une part parce que ce qui pousse naturellement est nécessaire au lopin que je cultive. Même en ce qui concerne cet affreux chiendent avec ses racines incroyables, je suis parvenu à modérer son envahissement en constatant qu’il s’acharne là où la terre est bien malade et a besoin de sa puissant thérapeutique pour se régénérer. Je dispose d’un jardin qui a subi de forts traitements chimiques et qui, lorsque j’ai commencé à le cultiver, voici 3 ans, ne contenait quasiment plus de lombrics. Les racines puissantes du chiendent permettent d’aérer la terre et de l’ameublir. Après nombre de bêchages (sans retournement de préférence pour ne pas mélanger les différents niveaux, grâce à la merveilleuse grelinette) et d’apports nutritifs (fumier et compost), il apparaît que là où la terre a retrouvé un peu de santé et aussi ses vers de terre, le chiendent ne s’acharne plus autant et devient plus facile à arracher et à contenir dans des limites raisonnables).

    D’autre part j’ai aussi commencé à apprécier la beauté de nombre de ces plantes sauvages qui poussent naturellement, lorsque leurs fleurs ont le temps de se développer. C’est vrai qu’ainsi le jardin paraît assez négligé mais pourquoi s’acharner contre toutes ces belles plantes dans la mesure où les légumes que je plante parviennent aussi à faire leur place et que j’obtiens malgré tout une production sans doute moindre mais suffisante?

    Etant de surcroît un partisan du moindre effort, j’ai pu observer que contrairement à ce que j’imaginais, les quelques poules de la maison qui vaquent librement (dans un espace assez vaste je précise), ne font aucun dégât notable dans le jardin, ne mangent ni graines ni légumes et nous débarrassent de surcroît des limaces et autres cloportes mieux que tout pesticide du commerce.

    Mais tout ceci ne m’empêche pas de rêver aussi d’un beau jardin à la française bien ordonné et bien organisé avec fleurs et légumes en abondance. Mais ce sera sans doute pour une autre vie…

    novembre 24, 2008 à 22 h 59 min

  11. Vincent

    J’ai déjà entendu ce genre de raisonnements lors des stages d’agriculture (et de jardinage) biodynamique que j’ai faits dans mon jeune temps.

    Je ne sais pas s’ils sont vrais (ça paraît parfois un peu trop « beau » pour l’être) mais force est de constater qu’ils amènent à une finesse du regard, de l’analyse et de la pratique assez désarmante.

    Pour reprendre un terme qui t’est cher, Isidore, cela développe une relation « vivante » entre le jardinier et son terrain, me semble-t-il.

    C’est en tout cas ce que je préfère (et retiens) de ce qu’impulsent les disciples de Steiner en matière agricole. J’ai en effet plus de mal avec leurs pratiques de véritable sorcellerie, à base de bouse de vache enterrée six mois dans une corne, etc… etc…

    L’idée du Chiendent comme symptôme/remède à une pathologie du sol, c’est quand même bien vu, non ?

    novembre 25, 2008 à 13 h 04 min

  12. 120

    Ecrit par Michel Tournier :

    Défense et illustration des mauvaises herbes

    Un jardin bien sarclé, biné, ratissé ressemble à ces tableaux du Moyen-Âge figurant le Jugement dernier. Le Jardinier suprême fait le tri entre les bonnes plantes et les mauvaises herbes. Et de même que les élus se dirigent en cortège vers le Paradis et que les réprouvés roulent en Enfer, la rose, le lis et le dahlia s’épanouissent dans les plates-bandes tandis que le mouron et le chiendent s’entassent dans le compost caché derière la haie.

    Enfant, je trouvais plus prestigieux les corps bruns et contorsionnés des réprouvés que le fade et anémique troupeau des élus en tunique blanche. Il m’arrive aujoud’hui d’intervenir auprès du jardinier pour sauver telle ou telle « mauvaise herbe », et j’ai fort à faire, car il considère comme telle tout ce qu’il n’a pas planté de sa main. Pour lui, la part spontanée de la végétation doit être réduite au minimum. […]

    (Célébrations, Essais, Mercure de France, 1999)

    novembre 25, 2008 à 13 h 31 min

  13. amélie... feuilletant son vieux voltaire d'un air absorbé...

    (ils seraient pas en train de nous développer une immense allégorie en travaux pratiques, les jardiniers ?)

    novembre 25, 2008 à 13 h 32 min

  14. 120

    Ecrit par Jacques Prévert :

    « Le vrai jardinier se découvre devant la pensée sauvage. »

    novembre 25, 2008 à 13 h 36 min

  15. amélie... croisant et décroisant les jambes sous son ordi...

    Il ne seraient pas en train de faire la démonstration que le bien et le mal sont des notions aussi fausses qu’interdépendantes ?

    novembre 25, 2008 à 13 h 49 min

  16. Ourko

    Michel Tournier en posture de grand écrivain (son nom sur les couvertures est toujours accompagné par <i »de l’Académie Goncourt ») qui dit à son jardinier ce qu’il devrait faire me fait penser à cette boutade (anonyme, je crois) :

    « Voulez-vous profiter vraiment de votre jardin? Mettez des vêtements souples et lâches, un grand chapeau de paille, ayez dans une main un râteau et dans l’autre une boisson glacée. Indiquez ensuite au jardinier quelle plate-bande il doit bêcher. »

    😉

    novembre 25, 2008 à 13 h 49 min

  17. Ourko

    Nan, tu te trompes Amélie, je crois.
    La métaphysique à la moindre occas’ (et pour le coup « à tout bout de champ »), c’est pas du tout leur truc !

    novembre 25, 2008 à 13 h 51 min

  18. Isidore

    Peut être que par « trop beau » tu veux mettre le doigt sur les dérives « spiritualofumeuses » de ce type de raisonnement qui s’égare parfois dans des considérations mi-magiques mi-rationnelles dont l’époque est friande, et que des penseurs comme R. Steiner ou Gurdjeff ont largement alimentées par leurs recherches érudites ? Je suis bien d’accord avec toi.

    Heureusement un remède existe pour trier le bon grain de l’ivraie, c’est l’expérimentation concrète. Car aussitôt on revient à une réalité souvent plus prosaïque qui évite de trop s’égarer.

    Le travail de Fukuoka au Japon (lire sa « révolution d’un brin de paille ») donne aussi beaucoup de bonnes choses pour aller dans le sens d’une coopération intelligente avec la nature. Il semble aussi que l’apport de la biodynamique a été déterminant pour le développement de l’agriculture bio et je pense qu’il existe suffisamment de chercheurs ouverts et intelligents actuellement pour obtenir des informations éclairées et sérieuses en la matière.

    De toute façon il me semble inévitable que dans cette période de recherche de nouvelles spiritualités, la question de la nature, donc de l’agriculture, suscite des questions en rapport direct et n’échappe pas aux errements collectifs inévitables. Ça fait partie du jeu.

    Effectivement dans ma terminologie, j’emploierais facilement le terme « vivant » pour désigner ce type d’approche. Ceci dit, je sais trop combien les mots peuvent se figer dans des approximations vagues et fumeuses pour ne pas m’y accrocher outre mesure… ou alors à condition de creuser vraiment le concept utilisé et de tenter d’y donner un sens compréhensible et libéré des préjugés communs. Est-ce possible ?

    novembre 25, 2008 à 14 h 01 min

  19. amélie...à Ourko

    Dommage ! Pour une fois que c’était incarné ! 😉

    novembre 25, 2008 à 14 h 16 min

  20. Ourko

    Tu veux dire : pour une fois que tu parviens à te rendre compte que c’est incarné ??? 😉

    novembre 25, 2008 à 17 h 19 min

  21. amélie...à Ourko

    ouais ouais… fais ton malin…
    😀

    novembre 25, 2008 à 17 h 57 min

  22. Barbarella

    Et ton oncle, OUrko ? Il est incarné ??

    novembre 25, 2008 à 18 h 09 min

  23. Ourko

    « Oncle incarné » : très fort, Barbarella !

    novembre 26, 2008 à 10 h 03 min

  24. Vincent

    Dis, Isidore, tu ne pourrais pas — avant qu’on le lise — nous faire un ti article sur La révolution d’un brin de paille de Fukuoka, histoire de nous allécher davantage ?

    Pour ce qui est de la nécessaire confrontation avec le réel — ou l’expérimentation concrète — c’est entre autres ce que j’avais apprécié chez les anthroposophes à l’époque où je les avais approchés.

    Ils ne restent, en effet, généralement pas dans des considérations zozotériques — ou spiritualofumeuses — et incarnent leurs délires dans des pratiques : agricoles (biodynamie), éducatives (écoles Waldorf), économiques (les AMAP avant l’heure), architecturales (les deux Goetheanum de Bâle), artistiques (eurythmie), etc.

    En matière agricole, comme tu le signales, ils impulsent une dynamique qui va bien au-delà de ce qu’on considère généralement être la culture « bio ». Il y a même, à mon sens, plus de différences entre un biodynamiste (qui développe le type de relation à sa terre que tu illustres assez bien avec l’histoire du chiendent) et un agriculteur « bio » traditionnel qu’entre ce dernier et un agriculteur « chimiste » (car si le « bio » vise à limiter les apports chimiques et développer la diversité, il partage essentiellement la même pensée).

    Entendre un biodynamiste parler de son jardin (comme un être vivant, avec ses maladies et symptomes et les tentatives de soin homéopathique qu’il lui tente de lui apporter) est en tout cas un véritable « voyage ».

    novembre 26, 2008 à 12 h 11 min

  25. 120

    Ecrit par J.M.G. Le Clézio
    (sur les « jardins forestiers cachés » des Mélanaisiens) :

    Le chef Willie me raconte comment, au moment où ils ont compris que leur départ était imminent, certains colons ont obligé les gens de Pangi à semer des ronces et des mauvaises herbes dans les plantations afin de les rendre inutilisables.

    Ce qui reste, dispersé, désordonné, donne l’impression d’une nature retournée à l’état sauvage. Pourtant, quand on marche vers l’intérieur, quand on gravit la montagne ou qu’on suit les cours d’eau au fond des ravines, c’est la présence des plantes nourricières qui vous frappe. La forêt est sillonnée de chemins étroits, à peine visibles, et au bout de chacun de ses chemins il y a un jardin caché. Dans une clairière, ou accroché comme un balcon au flanc de la colline. Ils sont secrets comme les villages, dissimulés de la côte dans les replis de la montagne. Ce sont les jardins de taros, pour lesquels depuis des millénaires les Mélanaisiens ont développé les techniques hydrauliques, goulets, réservoirs, canaux. Les jardins d’ignames sur les pans de terre rouge. Les jardins de palmes, qui fournissent l’huile et le sagou. Les jardins de manioc. Les vergers plantés de manguiers, de goyaviers, d’orangers. Partout, à chaque instant, on découvre sous la futaie, ou dans les fourrés, des bouquets de fleurs, des plantes à parfum, des réserves médicinales.

    Ce sont des jardins, non pas à la française, ni à l’anglaise, mais sinueux, mélangés, semés selon un plan qui doit ressembler à de la magie plutôt qu’à un ordre logique. Comme si les mains qui les ont semés avaient suivi le parcours de forces souterraines, de courants spirituels, lieux de naissance, sources, poches minérales, tombes, dont le secret ne peut exister que dans la mémoire des hommes et des femmes de ce lieu.

    (Raga, Approche du continent invisible, Seuil, 2006)

    novembre 26, 2008 à 12 h 29 min

  26. Ourko

    Le Clézio qui sourit ????
    Wahou ! Tu as dû la chercher loin, cette photo, 120, à moins que ce soit le Prix Nobel qui l’ait métamorphosé.

    novembre 26, 2008 à 12 h 30 min

  27. 120

    Je ne sais pas si le Prix Nobel l’a changé. Cette photo a été prise au moment où on lui annonçait qu’il était labélisé « PP ».

    novembre 26, 2008 à 12 h 32 min

  28. Vincent

    Le jardin « à la Mélanaisienne » donc — caché, sinueux, bordélique, illogique, voire carrément magique (bref, préhistorique) — comme troisième voie entre la « française » et l’ « anglaise ».
    J’aime forcément beaucoup le concept ! 😉

    novembre 26, 2008 à 12 h 36 min

  29. Isidore

    Là tu mets le doigt, pile sur mon drame actuel et récurrent depuis mon installation en Picardie: l’accès à ma bibliothèque. En effet tous mes livres (dont celui de Fukuoka) sont dans des cartons et me restent donc inaccessibles tant que je n’ai pas pris le taureau par les cornes pour fabriquer une bibliothèque. J’ai enfin l’endroit pour le faire… il me reste donc juste à le faire… parmi trois milliard d’autres choses et alors que je n’ai justement plus la moindre envie de faire quoi que ce soit. D’où drame. Mais bon, ça va peut être me stimuler…

    novembre 26, 2008 à 12 h 39 min

  30. Vincent

    Le parallèle est amusant : tu as un jardin et vas construire ta bibliothèque au moment où j’engage le mouvement inverse.

    Encore plus amusant. Dans l’excellent Rire de la grenouille, Petit traité de philosophie artisanale d’Henri Gougaud que je suis en train de finir (et dont je vais sûrement parler ici d’ici peu), je viens tout juste de lire ce parallèle métaphorique entre bibliothèque et jardin (tu connais ma pathologie, c’est difficile du coup de ne pas le citer) :

    […] Si la bibliothèque est le lieu où l’on peut réfléchir, concevoir, engranger des connaissances, échafauder des théories ou des lois utiles à notre santé sociale, le jardin, lui, est le lieu où l’on pousse, où l’on grandit, le lieu où s’accomplit le mystère de la vie, de la germination, de toutes les floraisons possibles. Il est le lieu de notre croissance. […]

    Mais que cela ne t’invite pas à retarder l’installation de ta bibliothèque, car les deux sont évidemment nécessaires !

    novembre 26, 2008 à 13 h 01 min

  31. Ourko

    Les deux sont nécessaires, oui, car… c’est en lisant qu’on devient liseron !

    novembre 26, 2008 à 13 h 03 min

  32. 120

    Dis donc, Ourko, tu pourrais avoir l’honnêteté de citer tes sources quand tu t’appropries les mots des autres : « C’est en lisant qu’on devient liseron » est de… Lise Delharme !

    novembre 26, 2008 à 13 h 07 min

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