"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Semaine des peuples premiers

Qu’on se le dise ! Du 20 au 29 novembre 2008, dans le cadre du mois du film documentaire, le coeur de la ville de Besançon battra au rythme des Amérindiens du Canada.

Une foultitude d’animations est prévue. Entre autres :

Jeudi 20 : Rencontre avec l’écrivain Marie-Hélène Fraïssé autour de son dernier livre Radisson, Indien blanc agent double (20 h, Librairie Camponovo)

Samedi 22 : Projections de Musahu Innu, l’Homme de la Toundra puis Mémoire Antérieure, Scapulomancie l’art de la divination (20h30, Salle Battant)

Lundi 24 : Projections de Ntesi Nana Shepen, On disait que c’était Notre Terre puis Mémoire Antérieure, Scapulomancie l’Art de la Divination (20 h 30, Petit Théâtre de la Bouloie)

Mardi 25 : Projection de Identités Attikamekws (20 h, CEntre Nelson Mandela de Planoise)

Mercredi 26 : Projections de Le silence des fusils d’Arthur Lamothe puis Chronique de Minganie d’Eddy Malenfant (20 h 30, Petit Théâtre de la Bouloie)

Jeudi 27 : Projection de Voyage en Mémoire Indienne de Jo Bélanger (20 h 30, Cinéma des Beaux Arts)

Vendredi 28 : Projection de Le peuple invisible de Richard Desjardins et Robert Monderie (20 h 30, Petit Théâtre de la Bouloie)

Samedi 29 : Projections de films et rencontres avec Survival France, le Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques, Four Winds, le Groupe International de Travail pour les Peuples Autochtones, Eric Navet, Laure Morali, Joséphine Bacon, Sonia Robertson, Frédéric Deroche, Julie Baudin, Khamtaar/Faire ensemble, etc. (de 14 à 19 h, Petit Théâtre de la Bouloie).

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83 Réponses

  1. Vincent

    A rajouter au programme :

    Samedi 22/11 : confrence de Dennis Yellow Thunder de la Nation Oglala Lakota (Sioux), homme médecine (Heyoka) de la médecine de l’Ours (16h, Salle Battant)

    novembre 21, 2008 à 12 h 51 min

  2. Ourko

    « Peuple premier » c’est la formule politiquement correcte pour « Indigène » (comme « Non-Voyant » plutôt qu’ « Aveugle »), c’est bien ça ?

    novembre 21, 2008 à 12 h 54 min

  3. Ourko

    « Les premiers seront les derniers », disait l’autre. Est-ce que ça marche aussi avec les peuples ?

    novembre 21, 2008 à 12 h 56 min

  4. amélie

    et « verticalement restreint » pour « nain » ?

    novembre 21, 2008 à 13 h 08 min

  5. amélie

    Pour ma part, j’aime beaucoup l’appellation Peuple Premier. D’abord, parce que dans premier, j’entends primitif, mais que dans ce cas précis, primitif se débarrasse des considérations péjoratives qui peuvent parfois accompagner le mot. Premier est puissant et a quelque chose de noble. Primitif peut parfois être assimilé à une ignorance et une passivité qu’on n’entend pas dans Premier….
    enfin bon…
    je trouve l’appellation jolie….

    novembre 21, 2008 à 13 h 19 min

  6. amélie

    Il semblerait (d’après ce que je trouve sur internet) que peuple premier remplace les termes « primitifs », « sauvages » et « sans écriture ».
    Le « sans écriture » m’interpelle…

    novembre 21, 2008 à 14 h 09 min

  7. amélie

    mais bon, la notion d’écriture aussi….

    novembre 21, 2008 à 14 h 15 min

  8. Vincent

    « Sans écriture » peut aussi se traduire par… « préhistorique » (car c’est à l’invention de l’écriture que commence l’histoire)

    novembre 21, 2008 à 14 h 55 min

  9. Vincent

    « Indigène », sinon, ça veut bien dire : « qui était là en premier« , nan ?
    (J’ai pas le temps, là, de fouiller sur le Net)

    novembre 21, 2008 à 14 h 58 min

  10. amélie

    oui oui… j’ai juste du mal à accepter ce qu’on entend par écriture. On en a déjà parlé ici je crois.

    novembre 21, 2008 à 15 h 02 min

  11. amélie

    ça veut dire aussi « qui n’a pas immigré »

    novembre 21, 2008 à 15 h 02 min

  12. Vincent

    Bonne question, ça : c’est quoi l’écriture ?
    Un prochain article, peut-être ?

    novembre 21, 2008 à 18 h 03 min

  13. Amélie

    On l’a djà fait…

    novembre 22, 2008 à 14 h 12 min

  14. 120

    Ecrit par Jean Malaurie :

    Ce n’est pas un hasard qu’ils résistent dans toutes les contrées du Monde : en Amazonie, en Afrique, en Australie. Il y a là comme un sens de l’Histoire. Les Peuples Racines sont en réserve. Ils ne sont pas en arrière de l’Histoire. Non, ils sont en réserve pour être nos éclaireurs et nous protéger de nos folies en rappelant les lois éternelles.

    (Terre Mère, CNRS éditions, 2008)

    novembre 27, 2008 à 13 h 40 min

  15. Craô

    Wahou !
    Quelqu’un s’oppose-t-il à ce qu’on nomme Jean Malaurie « Grand Sachem » (la plus haute distinction du PP) ?

    novembre 27, 2008 à 13 h 43 min

  16. 120

    Ecrit par Edward (dit Teddy) Goldsmith :

    Si nous examinons la vie sociale au paléolithique ainsi que celle de l’homme des sociétés tribales actuelles, nous découvrons que sous l’impressionnante variété des formes culturelles qui monopolise encore aujourd’hui les anthropologues, il existe des traits communs qui nous semblent fondamentaux, essentiels aujourd’hui pour réorienter nos propres sociétés.

    (Le bonheur d’une société stable, L’Ecologiste n° 27, Dossier : Peuples premiers, Une vision du monde pour aujourd’hui, Automne 2008)

    décembre 1, 2008 à 23 h 05 min

  17. Ourko

    Et c’est quoi ces traits communs, m’sieur Goldsmith ?

    décembre 1, 2008 à 23 h 06 min

  18. 120

    Ecrit par Edward (dit Teddy) Goldsmith :

    L’un des dénominateurs communs de ces sociétés tribales est l’absence relative d’institutions gouvernementales. Lowie souligne que « la fonction législative dans ces peuples primitifs est réduite lorsque nous la comparons à des civilisations plus complexes. »

    Toutes les exigences des rapports sociaux sont couvertes par la loi coutumière qui a davantage pour rôle de s’assurer de l’obéissance aux usages traditionnels que de créer de nouveaux précédents.

    Dans les sociétés préagricoles en effet, rien ne correspond à notre notion de gouvernement. Il y a rarement des rois ou des chefs, ni présidents, ni tribunaux, ni prison, ni force de police. Ce qui ressemble le plus à une institution politique est le conseil des anciens qui se réunissent parfois pour discuter de problèmes importants. Une telle société a été qualifiée de gérontocratie ou un gouvernement par les anciens. Il serait même encore plus approprié toutefois de parler d’un gouvernement des morts ! En effet, comme le souligne Lowie, le rôle des anciens est d’interpréter les traditions et les coutumes de la tribu qui incarnent l’expérience et les pratiques des génératiosn passées.

    Une telle société connaît un haut degré d’ordre. L’absence d’institution formelle, plutôt que laisser cours à une grande permissivité à laquelle on pourrait s’attendre, est associée à une discipline rigoureuse et l’adhésion stricte au code d’éthique de la tribu. Un comportement qui, dans une société instable serait réprimé par la coercition brutale, est dans une société tribale assurée par la pression sociale, la sanction des anciens et la peur de déplaire aux esprits.

    (ibidem)

    décembre 1, 2008 à 23 h 21 min

  19. Vincent

    Goldsmith (un des pionniers du mouvement écologiste en Grande-Bretagne) rejoint par là les thèses du grand Clastres (dont il faudra causer un jour ici) sur le rejet de toute forme, même embryonnaire, d’Etat — donc en quelque sorte l’anarchisme — des sociétés primitives.

    décembre 1, 2008 à 23 h 25 min

  20. Isidore

    fort intéressant, tout ça ! J’aime bien l’idée de Malaurie des peuples racines réserve, et surtout l’idée sous-jacente évoquée à divers endroits (articles sur CLS, Néanderthal en nous) d’une appartenance, malgré tout, de ces peuples à l’époque contemporaine, même s’ils vivent selon des lois et des coutumes pré-modernes, contrairement à cette autre idée qui voudrait les considérer comme irrémédiablement en retard du train de la modernité. Ils sont un « ailleurs » de cette modernité, comme le sont aussi d’une autre manière, toutes les marginalités plus ou moins viables de nos sociétés. Ils demeurent cet irréductible « Autre » que la modernité, dans son principe universaliste fondamental, tente de faire disparaître, et grâce auquel l’humanité a encore une chance de ne pas périr faute de renouvellement.

    décembre 2, 2008 à 8 h 56 min

  21. Vincent

    D’accord avec toi, Isi, ils sont « ailleurs » : cet « Autre » qui nous questionne et nous angoisse (nous hante ?) et que l’on préfère souvent ne pas voir.

    Mais en même temps, je pense aussi (notamment comme CLS dans les « citations choisies » en commentaire de l’article sur son centenaire) qu’ils ne sont pas si différents que ça : il sont même là, en nous, tout près, juste sous le « vernis moderne » de la rationalité scientifique.

    Deux points de vue apparemment inconciliables mais entre lesquels j’ai du mal à choisir.

    décembre 2, 2008 à 13 h 40 min

  22. Isidore

    « Deux points de vue apparemment inconciliables », sans doute, mais j’ai aussi idée qu’ils le sont dans notre système de croyance plus que dans la réalité qu’ils cherchent à circonscrire.

    En effet, on ne peut croire à la modernité qu’en se convainquant d’une rupture définitive avec l’ordre de la nature (l’ordre antérieur) et en inventant tout une série de fables comme autant de preuves justifiant cette croyance.

    Mais la réalité (cette perception instinctive que nous ne sommes pas si loin des primitifs que l’on voudrait le croire), nous révèle, en fin de compte, qu’il s’agit plus de croyance – mais de croyance nécessaire – que de réalité.

    Par contre je pense aussi qu’une autre illusion serait d’imaginer un quelconque retour en arrière possible. Non seulement il ne l’est pas mais il serait bougrement dangereux car une rupture a bien eu lieu, mais peut-être pas tant avec la « nature » qu’avec l’humain lui-même.

    J’ai l’impression qu’on se trouve là au cœur des questionnements de la post-modernité avec la nécessité de découvrir la nature du leurre qui nous égare dans nos propositions de post-modernité. J’ai toujours, pour ma part, le sentiment que ces propositions ne dépassent pas le cadre de la modernité et n’en sont qu’un avatar de plus. Tant qu’on ne parvient pas à sortir de notre système de croyance moderne (dont notre approche de la préhistoire et des peuples premiers), on ne fait qu’étayer un peu plus les fondamentaux de ces croyances tout en imaginant pourtant les dépasser.

    Il faut que j’arrive à formuler tout ceci plus clairement et plus précisément, j’en conviens… ce qui n’est malheureusement pas une mince affaire en ce moment…

    décembre 3, 2008 à 13 h 03 min

  23. Isidore

    C’est un peu comme le matérialisme qui croit s’être libéré du christianisme (et des religions en général) alors qu’en ne sachant pas dépasser son système de pensée, il n’en constitue finalement qu’un dernier avatar, mais sous la forme d’une croyance ignorant sa propre religiosité. On ne dépassera le christianisme qu’en allant au-delà de son système de pensée. Je reconnais toutefois que c’est le matérialisme qui, en sécularisant cette pensée, est le plus à même de nous aider à le faire.

    décembre 3, 2008 à 13 h 36 min

  24. Vincent

    Sur l’impossibilité de « retourner en arrière » :

    On ne peut en effet pas plus désapprendre à lire qu’à raisonner « scientifiquement » (selon ce qu’on considère être la « rupture » que tu évoques)… du moins à l’échelle individuelle.

    A une plus grande échelle (mesurée en millénaires), tout me semble à mon avis possible. Reste à savoir si c’est souhaitable (ce que je ne dis pas).

    décembre 3, 2008 à 20 h 38 min

  25. 120

    Ecrit par Jean Baudrillard :

    Lévi-Strauss, lui, est immortel. Il attend du fond de son immortalité académique le retour des sociétés sans écriture. Il n’a peut-être plus longtemps à attendre. Car celle qui approche, illettrée et informatisée, sera elle aussi sans écriture. C’est notre future société primitive.

    (Cool Memories IV, 1995-2000, Galilée, 2000)

    décembre 3, 2008 à 20 h 44 min

  26. Vincent

    C’est quoi qui a « fait rupture », pour toi, Isidore ?

    décembre 3, 2008 à 20 h 47 min

  27. Isidore

    Il me semble que la rupture a été consommée à partir du moment où le développement technique a autorisé la mise en place d’un mode de vie sans contact obligé avec la nature (les plantes, les animaux, l’eau, les excréments etc…).

    Cette perte de la conscience des fondamentaux de la vie physique ouvre le chemin d’une véritable émancipation vis à vis de la nature, mais nous égare aussi dangereusement dans le déni du réel et la pure abstraction d’un monde complètement virtualisé et aseptisé.

    En développant cette conscience et en m’efforçant de rester en contact avec ces fondamentaux par la pratique du jardinage, de l’élevage, du bricolage et par la relation avec ceux qui gardent encore un lien avec la nature (petits agriculteurs, chasseurs-pêcheurs, néo-ruraux désireux de s’y coltiner, etc…), je me dis aujourd’hui qu’un post modernisme capable d’inventer et de mettre en pratique à grande échelle un mode de vie moins déraciné de ces fondamentaux, et surtout susceptible de contenir les délires prométhéens actuels, n’est pas encore né, loin s’en faut.

    A titre individuel, il n’est pas si difficile, une fois que le pas est fait, de retrouver les sensations et la compréhension du monde d’avant cette rupture et de se rendre compte que la nécessité faisant loi, nos instincts de chasseurs-cueilleurs auraient tôt fait de se réveiller. On peut s’en faire une esthétique, une philosophie, un art de vivre…. mais ça ne change rien au problème, concrètement.

    Car pendant ce temps là, la ronde des énormes tracteurs déversant leurs pesticides sur les milliers d’hectares de terre environnantes, la noria des betteraviers faisant trembler la maison lors de leur passage à toute allure dans le village (ils sont au rendement) pour transporter ces montagnes de betteraves à sucre qui empoisonneront demain toutes nos denrées de supermarché, les tractopelles creusant le gigantesque dépotoir pour « déchets ultimes » du village voisin poursuivent inlassablement leur tâche titanesque, sans que rien ne puisse entraver cette marche folle vers l’abîme. Même la source du jardin est trop polluée pour être utilisable…

    Il y a un tel décalage entre ce que nous savons désormais et ce que nous faisons, que la tentation d’inventer une post modernité inaccessible et abstraite, comme un mythe rassurant des origines, constitue le meilleur refuge pour se protéger d’une réalité totalement effarante.

    Pour conclure, je crains en fait qu’une post modernité pensée et imaginée à partir d’une conception un peu trop fabuleuse de l’homme-nature, demeure quelque chose de bien abstrait et de bien inoffensif en regard d’une réalité d’une toute autre nature, agissant fort efficacement pendant ce temps là. J’ai peur qu’elle ne soit qu’une douce rêverie masquant l’impuissance d’une pensée agissante.

    décembre 4, 2008 à 12 h 18 min

  28. Amélie

    Je te rejoins sur beaucoup de choses que tu dis là Isidore. Mais ce en sont pas les pelleteuses qui enfouissent nos déchets ultimes (il faut bien les mettre quelque part malheureusement), ou les camions de betteraves qui circulent, qui font rupture, parce qu’ils sont aussi la réalité. Je pense que la rupture n’intervient vraiment, de façon totale et monstrueuse, qu’à partir du moment où on se place derrière un écran : en ayant ces contacts virtuels que nous entretenons sur le blog, en observant le monde par la lucarne des programmes télé, en faisant des « balades » en voiture sans mettre le pied dehors… je sens bien que l’excès d’écrans nous tue. Alors, je m’empoisonne, moi aussi, mais à toutes petites doses…et aussi parce que cette fuite derrière les écrans fait partie à sa façon, de la réalité.

    décembre 4, 2008 à 12 h 40 min

  29. Ourko

    Si le contact avec la merde est un des fondamentaux duquel on s’est un peu trop éloigné, pas d’inquiétude, on va bientôt tous être à nouveau dedans (si ce n’est pas déjà fait) !

    décembre 4, 2008 à 12 h 53 min

  30. Tout à fait d’accord avec ce que tu désignes comme potentiellement monstrueux dans notre mode de vie (excès d’écran, de voiture etc…). Par contre la question de la « rupture » concerne, dans mon propos, uniquement le « moment où le développement technique a autorisé la mise en place d’un mode de vie sans contact obligé avec la nature (les plantes, les animaux, l’eau, les excréments etc…) » sic. Mes exemples concernent donc évidemment la réalité pure et dure, on est bien d’accord.

    décembre 4, 2008 à 12 h 54 min

  31. Vincent

    D’accord avec Ourko (et tant pis si Isidore trouve ça « abstraitement rassurant ») :

    L’intérêt d’une planète ronde est que plus on s’éloigne de quelque chose… plus on finit par y revenir !!!

    décembre 4, 2008 à 12 h 56 min

  32. Vincent

    Ce qui me gêne dans ton propos, Isidore, c’est le terme de « nature », employé comme si ce n’était pas un concept abstrait (ou chacun met d’ailleurs ce qu’il veut, finalement, quand il veut), comme si c’était aussi évident de savoir quand on est à bonne distance (ni trop loin… ni trop près, j’imagine), quand la limite a priori fatale est franchie.

    décembre 4, 2008 à 13 h 01 min

  33. Vincent

    Le premier écran mis sur le contact direct avec le monde est le langage (et la pensée qui va avec). Tous les autres n’en sont que des reflets ou des conséquences. Prétendre parvenir à ôter ces derniers sans « attaquer » leur source me semble non pas abstrait mais… illusoire.

    décembre 4, 2008 à 13 h 06 min

  34. Par contre la tentation de diaboliser les apports techniques et celle plus pernicieuse de la nostalgie d’un monde d’avant ces excès techniques, me paraissent vaines et illusoires. Elles participent de cette impuissance à imaginer d’autres modes de vie plus en accord avec certains souhaits post modernes.

    Personnellement je trouve extraordinaire cet outil qui nous permet de converser ainsi à des kms de distance en sachant qu’il n’est pas très difficile de contrer sa monstruosité potentielle en se rencontrant de temps à autre, comme nous avons commencé à le faire et nous allons le continuer bientôt.

    Pareil pour la voiture. Je ne suis pas certain de rêver d’un monde sans véhicules aussi performants et pratiques. Qu’il faille songer à modifier pas mal de choses me paraît également fort souhaitable, mais là encore il nous faut imaginer quelque chose de nouveau qui ne soit ni du recyclage de l’ancien ni de la fuite suicidaire en avant. Alors, quoi ?

    décembre 4, 2008 à 13 h 09 min

  35. Vincent

    Le commentaire 33 est en quelque sorte ma réponse à la question que je posais à Isidore au commentaire 26 : pour moi, la « rupture » (s’il faut absolument en désigner une) est l’apparition du langage symbolique.

    Ce langage symbolique qui fait ensuite croire, entre autres, qu’il y a par exemple des « ruptures » radicales et irrémédiables dans l’évolution des choses ou des êtres (sans doute parce qu’il est lui-même « discontinu » — formé de mots tranchés — et qu’il ne sait voir autrement que par cet espèce d’oeil à facettes).

    décembre 4, 2008 à 13 h 13 min

  36. Vincent

    J’aime beaucoup (pour en finir avec mon laïus) l’idée que la conscience de la modernité vient justement du sentiment de rupture radicale avec le passé.

    (cf. citation de Jacques Le Goff en commentaire de Moderne… Vous avez dit moderne !)

    décembre 4, 2008 à 13 h 18 min

  37. Amélie

    Taper vôtre commentaire ici.Je crois que c’est avant tout une question de désir et d’attitude. Avoir encore l’envie du contact, de piocher la terre, de se promener dans les feuilles d’automne, de bavarder en tête à tête, de se retrouver, etc. C’est quand cette envie disparaît peut-être qu’on se perd ? J’en sais rien en fait…Je ne pense pas non plus qu’il faille diaboliser la technique. C’est notre abandon à cette technique qui m’inquiète. la démesure. Parce que du coup, renouer avec notre nous plus primitif demande un effort et que trop de technicité rend rapidement paresseux… vous ne ressentez pas vous aussi cet effet pernicieux ? Cette lente glissade ?

    décembre 4, 2008 à 13 h 20 min

  38. Amélie

    quant au langage, je suis partagée. Il fait peut-être partie des choses nécessaires. Comme le reste, tout est question de mesure, non ?

    décembre 4, 2008 à 13 h 23 min

  39. Tout à fait d’accord, Vincent : la modernité a besoin de la notion de rupture avec le passé pour exister et se légitimer. Mais tout ceci est bien sûr uniquement de l’ordre de la croyance avant tout.

    C’est pour cette raison que j’insiste un peu lourdement sur la relativité de cette rupture et surtout sur celle d’une prétendue rupture avec la nature. En effet, il est aisé de se rendre compte que retrouver ces fondamentaux n’est pas si difficile que ça et que le problème n’est pas là.

    décembre 4, 2008 à 13 h 25 min

  40. Cette lente glissade… oui, oui, je la sens bien, Amélie. Pourtant individuellement on peut quand même réagir assez facilement. mais collectivement ? On en est bien loin, malheureusement. Et c’est ça qui pose quand même bougrement problème, à mon avis.

    Quant au langage, et la rupture induite par le langage symbolique, pourquoi pas, Vincent ? Mais je ne vois par trop quelles conséquences pratiques tu en tires, ni ce que tu en déduis globalement concernant la post modernité.

    décembre 4, 2008 à 13 h 32 min

  41. Vincent

    De mon côté, je crois ne pas plus diaboliser la technique que… la démesure (qui sont l’une comme l’autre si… humaines)

    Je ne suis pas certain non plus qu’on ait perdu grand chose.

    Le vernis change avec le temps, brille parfois davantage, mais le « primitif » est toujours bel et bien là (même — voire surtout — dans le conduteur de tracteur, l’automobiliste, le blogueur, etc.).

    Est-ce un « Bien » ? Est-ce un « Mal » ? Faut-il ôter ou rajouter des couches de vernis ? A vrai dire, je ne sais pas. Et, pour tout dire, cela ne me préoccupe pas.

    décembre 4, 2008 à 13 h 36 min

  42. Vincent

    Pour le dire autrement (en termes de « conséquences pratiques » telles que tu le souhaites Isi), je ne perçois pas le PP en termes « révolutionnaires » (si c’est ce que tu entends par « pensée agissante »).

    décembre 4, 2008 à 13 h 43 min

  43. Parce que tu penses qu’une pensée « agissante » est forcément révolutionnaire ?

    Pour ma part toute pensée agit… mais son action peut être d’immobiliser, de condamner à l’impuissance. C’est le propre des pensées purement abstraites qui semblent se satisfaire de leur illusion éthérée mais qui n’en sont pas moins actives par la confusion qu’elles génèrent.

    décembre 4, 2008 à 13 h 56 min

  44. C’est comme la question du « bien » et du « mal » que tu soulèves, tant qu’on reste dans les idées abstraites, il n’y a pas de véritable problème et la question du choix ne se pose pas car tout fait partie du grand jeu de la vie et de la grande Maya de l’existence. Par contre la question morale devient imminente et incontournable quoiqu’on en dise, dès qu’on touche la vie réelle, le lieu de la pensée agissante car là, on est bien obligé de faire des choix. J’ai du mal à imaginer qu’à ce niveau là, ça ne te préoccupes pas plus que ça et que tu saches considérer tout et son contraire avec la même indifférence désabusée ou cynique.

    décembre 4, 2008 à 14 h 11 min

  45. Vincent

    Disons que le changement — rapide et radical — que prône toute pensée « révolutionnaire » a le mérite d’être plus visible que ce qui se passe souvent sourdement dans ce qui semble être un immobilisme.

    Mais en réfléchissant à la question (que je ne m’étais jusque-là, je crois, jamais posé), je me demande en fait si toute pensée n’est pas — par sa nature même — abstraite. Et si par ce mouvement même d’abstraction qu’elle représente — même quand elle se prétend « révolutionnaire » ou « agissante » — elle n’est pas avant tout un recul, une mise à distance, donc en quelque sorte une retenue.

    Le moteur de l’action me semble en effet davantage être l’instinct et/ou le désir. Des mots peuvent certes — éventuellement — être plaqués dessus. Quant à imaginer qu’ils puissent influencer leur orientation (dans un sens comme dans un autre), cela me semble finalement assez présomptueux de la part d’un simple « vernis ».

    décembre 4, 2008 à 14 h 16 min

  46. Vincent

    Pour moi (mais on retombe dans notre sempiternel et insoluble débat, il me semble) l’instinct et le désir sont premiers. La prétendue « morale » ne fait qu’entériner avec de jolis mots des choix qui s’effectuent « en-deçà ».

    décembre 4, 2008 à 14 h 19 min

  47. Que ce soit l’instinct, le désir ou quoi que ce soit qui nous agissent en premier lieu, ça ne change pas le problème, et la question morale ne se réduit pas à mettre des jolis mots pour entériner les choix qui s’effectuent en deçà, il me semble. Elle concerne plutôt la façon dont on assume ou pas ces choix compte tenu de leurs conséquences pratiques. Et là aussi j’ai du mal à imaginer que ceci ne soit pas dans l’ordre de tes préoccupations… au point de faire fi de toute question morale.

    décembre 4, 2008 à 14 h 36 min

  48. Pour en revenir à mon terme « nature », il me semblait (quoique l’abstraction inhérente à tout langage ne puisse être mise en question, je suis bien d’accord) que je m’étais efforcé jusqu’alors de lui donner une définition la moins abstraite possible à travers mes différents commentaires. Je la rappelle brièvement:

    « les plantes, les animaux, notre propre corps physique, les événements cosmiques dont on dépend, qui semblent échapper à notre gouvernance et aussi ce qui nous met en rapport avec la question de la vie et de la mort ».

    (27 fev 2008) « Je ne pense pas qu’il y ait une quelconque “nature” en soi, mais plutôt que ce terme désigne le type de relation qu’on établit et qu’on pratique avec les plantes, les animaux, les paysages,les saisons, son propre corps, la terre … et finalement tout ce qui évoque un monde qui échappe à la toute puissance humaine mais auquel on se sent et se constate irrémédiablement lié et dépendant du simple fait de notre “nature charnelle ».

    décembre 4, 2008 à 15 h 14 min

  49. Isidore

    Quant à la notion d’abstraction, je dirais que si tout langage et toute pensée procèdent du principe d’abstraction, il n’en demeure pas moins que l’abstrait se décline du réel au pure fantasme. Dans l’exercice de la pensée, jouer de l’abstraction en tentant de partir de la réalité pour y revenir et en maintenant le lien autant qu’il se peut, me paraît d’une autre nature « morale » que jouer de l’abstraction en se focalisant uniquement sur la jouissance du jeu et au mépris de tout lien avec la réalité.

    décembre 4, 2008 à 16 h 35 min

  50. Vincent

    Ok Isi et excuse-moi.

    Ta définition de la « nature » n’est en effet pas si floue que je le laissais entendre. Tu nommes donc ainsi, en quelque sorte (corrige-moi si je me trompe), tout ce qui ne dépend pas de l’humain : les autres règnes, les lois physiques et biologiques, etc.

    La Nature étant ainsi perçue en tant qu’Autre absolu, je conçois avec toi tout à fait qu’on puisse également l’interpréter, comme tu le pointes toi-même, en termes de relation.

    « (Re)prendre contact avec la Nature » signifie dans ce sens : sortir (autant qu’on peut) de soi, tâcher de prendre conscience de l’existence de l’Autre (quel qu’il soit) et tenter de tisser avec lui des liens cordiaux voire amicaux. C’est bien ça ?

    Jusque-là, rien à redire.

    Tout se corse cependant me semble-t-il (du moins pour moi) lorsqu’il s’agit d’intégrer dans cette réflexion la « nature humaine », bref ce qui, « en nous », échappe à notre contrôle : l’instinct, l’inconscient, les émotions… et globalement tout le « non verbal ».

    Notre désaccord est peut-être là : tu crois (implicitement, du moins) qu’il y a quelque chose en nous — sans doute la morale — qui reste « sous contrôle » (car sinon tout devient « naturel » et le concept n’est dèslors plus opérant) alors qu’a priori, de mon côté, je n’y crois pas. Une affaire de croyance différente, donc. Bien difficile à trancher.

    Qu’est-ce que tu en penses : ça te paraît juste ?

    décembre 4, 2008 à 19 h 11 min

  51. Vincent

    Pour reprendre sous un autre angle la question de la morale : je constate juste qu’on peut en formuler toutes sortes et qu’on finit toujours — à bien y regarder — par choisir celle qui nous arrange. Celle qui est compatible avec notre tempérament.

    décembre 4, 2008 à 19 h 23 min

  52. Isidore

    Ben là,il faut que je me creuse le ciboulot pour saisir ton point de vue… Reprenons calmement. Donc envisageons la Nature comme l’Autre absolu, tout ce qui échappe à notre contrôle et avec lequel on va tenter de
    tisser des liens cordiaux. OK.

    Ensuite ça se corse avec la « nature humaine » qui serait donc tout ce qui échappe à notre contrôle en nous même. OK.

    Puis deux croyances: La mienne qui considèrerait qu’une part de nous même est capable de ne pas échapper au contrôle de soi (la morale ou plutôt je dirais le sens moral), et la tienne qui pense que rien n’échappe au non-contrôle et qu’il n’y pas vraiment de différence entre le « je » et l »Autre ». D’où un sens moral très élastique en fonction de ce qui nous anime à l’instant T et sur lequel on n’a guère prise. C’est ça ?

    Intéressant tout ça… J’essaye d’imaginer un fonctionnement interne où le sentiment ou plutôt la sensation d’une unité personnelle n’a aucune pertinence ni aucune importance. Ceci signifie aussi qu’incarner autant de personnages différents que le sont les situations de l’existence, ne pose aucun problème non plus… quelques soient les contradictions à assumer puisqu’elles ne se révèlent jamais comme telles, faute d’un point central pour les comparer. Il s’agit d’une remarquable disposition caméléonesque absolue qui ignore et se fiche éperdument de toute conscience de soi. C’est du moins ce qui me paraît aller de soi à partir de ta position… Pourquoi pas ? J’essaye juste de savoir si ça peut fonctionner et je ne me préoccupe d’aucune considération morale en la matière… pour le moment.

    Mais avant de continuer à creuser, dis-moi si je m’égare.

    décembre 4, 2008 à 22 h 31 min

  53. Avant de continuer et pour éviter tout malentendu, je tiens à préciser qu’il y a pour moi une énorme différence entre la « morale » et le « sens moral ».

    La morale cherche à établir des critères pour juger de ce qui est Bien et de ce qui est Mal, avec le souhait tenace de les figer en dogmes intangibles et le désir inavoué d’une domination des consciences.

    Le sens moral concerne uniquement le souci de faire des choix d’existence dans le sens du « Bien », en fonction d’une éthique personnelle construite peu à peu grâce au discernement, à l’expérience, au tempérament et au désir d’une cohérence d’être. Il s’agit d’une dynamique qui ne peut se satisfaire d’aucun principe, d’aucune règle ni d’aucun système généralisable.

    Je ne connais d’ailleurs guère de féroces contempteurs de morale qui ne soient également animés d’un aussi féroce sens moral.

    décembre 4, 2008 à 22 h 56 min

  54. Vincent

    Je commence par le plus simple :

    Ok pour la distinction entre « morale » et « sens moral ». J’apporterais une simple nuance (qui ne change pas grand chose sur le fond, il me semble). La Morale, à mon sens, ne cherche pas particulièrement à « figer des dogmes intangibles » (on peut en effet très bien la concevoir souple et vivante) mais avant tout à s’universaliser donc s’imposer aux autres. Elle se distingue bien en cela au « sens moral » que tu décris en tant qu’éthique exclusivement personnelle.
    N’étant — pour ma part — pas (encore ?) capable de résister à la tentation de mettre des mots sur mes actes ni à celle, concommitante, de me donner à chaque fois le « beau rôle », je ne peux évidemment pas prétendre être un extra-terrestre exempt de tout « sens moral ». Disons simplement que je crois (j’espère) en faire peu de cas et n’en tirer aucune gloriole (préférant placer ma fierté ailleurs).

    L’autre point, plus complexe, maintenant (suite au commentaire 52) :

    « Rien n’échappe au non-contrôle » veut simplement dire, pour moi, je crois, que tout est à bien y regarder « naturel » et que donc ce concept de « Nature » ne désignant alors plus rien de précis est par là même inopérant (dans tes termes : une « abstraction déconnectée de la réalité »).
    Que le « je » soit ensuite pour moi une illusion n’implique cependant pas un éclatement total — et monstrueux — de la personne (qui est la crainte toujours exprimée par les farouches partisans de la théorie morale du moi). L’expérience me semble en effet montrer au contraire que sans la chercher particulièrement, sans en faire grand cas ni prêter particulièrement attention, une sorte de cohérence se forme dans les agissements « naturels » (innocents ?) d’un individu. Après on peut mettre les mots qu’on veut sur cette cohérence : « âme », « moi », « être intime », etc. si on est « moral » (si on aime se donner le « beau rôle »), « hasard », « pli », « habitude », etc. si on est plutôt cynique (ce qui est sans doute mon cas). Peu importe pour moi puisque les mots ne sont qu’un vernis (plus ou moins brillant) placé sur une réalité de toutes façons toujours déjà là.
    Tu vois ce que je veux dire ?

    Un troisième point en passant suite à ton commentaire 49 :

    Pour moi, a priori, la « réalité » ne s’oppose pas à l’ « abstraction » (car elle en est une) mais plutôt à l’ « illusion ». Mais bon… Ce n’est sans doute qu’un détail.

    décembre 5, 2008 à 0 h 14 min

  55. Craô

    Ca va les enfants ?
    Vous vous amusez bien avec vos jeux de mots et autres « tarababstractions » ?
    Vous n’avez rien d’autre à faire ?

    décembre 5, 2008 à 0 h 23 min

  56. Vincent

    Moi j’avoue que ça m’éclate.
    Et je crois qu’il ne faut s’être jamais engagé « corps et âme » dans ce genre de débat (qui ne mobilise pas que les neurones, j’ai bien l’impression) pour croire que ce ne sont là que de « vaines abstractions ».

    décembre 5, 2008 à 0 h 27 min

  57. Isidore

    Deux points de ton développement m’appellent à rebondir, non pas évidemment dans le but de réaliser une synthèse harmonieuse de nos points de vue respectifs, mais plutôt pour tenter de mieux formuler le mien et pour apprécier leurs divergentes richesses.

    En disant: « je ne peux pas prétendre être un extra-terrestre exempt de tout sens moral. Disons simplement que je crois (j’espère) en faire peu de cas et n’en tirer aucune gloriole », il me semble que tu mets l’accent sur une présupposée valeur positive du sens moral dont tu cherches avant tout à te débarrasser à cause de l’orgueil (le beau rôle) qu’elle révèle en réalité.

    Cette positivité du sens moral n’existe que pour celui qui a le sens moral. Celui qui ne l’a pas s’en contrefiche éperdument et ne considère pas que celui qui l’a se donne le beau rôle puisque ce rôle n’a aucune valeur à ses yeux.

    D’autre part je n’associe pas forcément sens moral et belle action (celle qui va valoriser son auteur pour aller dans ton sens du beau rôle) dans la mesure où justement faire le « Bien » pour moi dans telle situation, agir en cohérence avec un sentiment d’unité intérieure et avec des choix de vie, peut signifier agir fort mal selon les critères de la morale collective et choisir la situation d’opprobre et d’incompréhension plutôt que celle, plus confortable mais immorale à mes yeux, de la bien-pensance.

    Certes, dans mon for intérieur je continue à me donner le beau rôle, mais d’une part il est en partie compensé par celui, moins glorieux, que me donne le théâtre du monde, et d’autre part il n’est pas si mal d’avoir un peu d’estime pour soi-même, non ? On dit même qu’on ne peut aimer son prochain sans s’aimer un tant soi peu. Bon, d’accord ça va te sembler un peu trop chrétien, mais tant qu’on est dans la morale…

    Moralité: je ne suis pas convaincu de la fécondité d’une combinaison entre « sens moral » et « estime de soi », ni pour l’un ni pour l’autre car elle prête à confusion sur la nature et la fonction du sens moral.

    Tu dis également : « tout est, à bien y regarder « naturel » et donc ce concept de « Nature » ne désignant alors plus rien de précis est par là même inopérant. » Le danger de cette option me semble être de neutraliser ainsi toute possibilité de distinction entre l’humain et la nature. Alors que je pense pour ma part que par « Nature » on cherche uniquement à distinguer ce qui fait la particularité de l’humain pour nous identifier (ou nous inventer).

    C’est aussi dans cette perspective là que je trouve stupide la volonté de considérer l’homme comme un animal et de vouloir établir sa lignée objective. On sait bien que nous sommes aussi des animaux, mais ce qui est intéressant chez nous à creuser et à cultiver c’est l’humain. Le reste on s’en fout car il est là de toute façon.

    Je ne doute pas un seul instant que nous faisons partie du cosmos au même titre que tout ce qui existe, et qu’en ce sens nous faisons partie de la Nature. Cependant en introduisant une conception de la Nature qui s’oppose à celle de la Culture, nous avons inventé un outil de grande fécondité pour penser le monde et y agir. Nous découvrons aussi les limites de ce choix mais je ne suis pas certain que penser le monde sans cette distinction factice n’ait pas d’autres inconvénients plus fâcheux du fait des possibilités de confusion induites.

    Je pense donc pour ma part que l’artifice de cette distinction et donc le souci de concevoir la Nature comme l’Autre absolu de l’humain garde toute sa fécondité aujourd’hui et ne doit pas nous empêcher de nous concevoir aussi comme partie prenante de la Nature. Cette opposition est plus un outil conceptuel nécessaire qu’une réalité objective et effective.

    Disons alors, pour résumer, que cette part de moi-même (évoquée dans les commentaires précédents) qui échappe au non-contrôle absolu du principe naturel tel qu’on veut le concevoir, ce serait « l’humain » tel qu’on cherche à l’inventer… peut-être totalement artificiellement mais n’est-ce pas justement le propre de l’humain cet artifice ?

    Et je trouve bien plus féconde cette distinction artificielle et absolue car elle nous permet de sortir d’une appartenance exclusive aux lois qui régissent les plantes, les animaux et tous les cycles naturels. Elle nous a permis d’inventer le temps linéaire opposé au temps cyclique naturel et aussi de créer moult civilisations et projets humains aussi riches que variés. Certes, cet artifice comporte quelques risques qu’il est bon de se rappeler de temps à autres, mais de toute façon la nature veille à nous les remémorer…

    Je pense aussi que ce quelque part c’est le lieu de la conscience personnelle, du sens moral, mais aussi là où se forge l’estime de soi et le Désir.

    décembre 5, 2008 à 10 h 24 min

  58. Vincent

    Si c’est pas de la « divergente richesse », ça !!!

    décembre 5, 2008 à 12 h 52 min

  59. Craô

    …et de la politesse que de ne pas chercher coûte que coûte à « réaliser une synthèse harmonieuse des points de vue respectifs » !

    décembre 5, 2008 à 12 h 54 min

  60. Vincent

    Finalement, notre principale divergence est dans le fait que tu souhaites « creuser, cultiver, inventer » l’humain, notamment en revendiquant et développant son artificialité (ne serait-ce que pour la fécondité du concept), alors que je considère que l’humain étant déjà là, bien identifiable de surcroît, il n’y a pas besoin d’en rajouter dans la différenciation et de vouloir absolument le faire « autre » qu’il n’est.

    décembre 5, 2008 à 13 h 23 min

  61. Vincent

    Pour tout dire, ce qui me gêne dans la théorie de l’homme-artifice ou de l’humanité à construire et m’empêche de l’adopter sereinement c’est qu’elle me semble inévitablement induire une hiérarchie entre les humains (certains devenant « plus » humains que les autres).

    Et franchement (au-delà du simple jugement « moral » qu’on peut porter à cela), c’est super désagréable à vivre de sentir qu’on est sans cesse menacé par de bonnes âmes d’être renvoyé du « mauvais » côté de la frontière humaine artificielle. D’autant plus que l’histoire a souvent montré que les armes ne sont pas loin derrière.

    Tu vois ce que je veux dire ?

    décembre 5, 2008 à 13 h 35 min

  62. Isidore

    Le fait de valoriser un choix personnel (à savoir: cultiver une certaine conception de l’humain et concevoir les outils adaptés), doit-il automatiquement induire le mépris ou le déni de choix différents? Chacun est libre de concevoir et de pratiquer l’existence et l’humain comme il l’entend. Non ?

    A mon avis concevoir cette proposition de l’humain comme une valeur susceptible de hiérarchiser d’autres propositions en un système de plus ou moins bonnes propositions et donc plus ou moins humaines, me paraît procéder d’une certaine confusion d’ordre morale en ce qu’elle tendrait justement à moraliser tout et en particulier ce qui n’a pas besoin de l’être.

    De la même manière la peur ou le déni de toute hiérarchie, alors que tout procède à l’évidence de cet ordre dans la nature et dans l’humain, provient, il me semble, d’une fausse identification de valeur associée à l’ordre de la hiérarchie. Ce qui est en haut n’est pas forcément meilleur que ce qui est en bas et réciproquement.

    Cette confusion de genre et d’ordre procède encore une fois, à mon avis, d’une confusion entre la morale et le sens moral avec le réflexe systématique de tout moraliser (en supposant inconsciemment ou pas, que tout doit être situé dans une échelle de valeur objective).

    Ceci dit je ne doute pas un instant que ce réflexe soit monnaie courante.

    décembre 5, 2008 à 14 h 11 min

  63. Isidore

    J’aurais même tendance à dire que c’est la culture du sens moral, son appropriation personnel, qui permettent de nous libérer de la morale et de dépasser son aspect naturel, instinctif, moraliste…

    Mais bon, tu trouves peut-être que je fais un peu trop la morale…

    décembre 5, 2008 à 14 h 23 min

  64. Le psychologue du PP

    Chers amis,
    Merci de garder à l’esprit que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.
    Par ailleurs, je tiens à vous rappeler les horaires de permanence à mon cabinet : les mercredi et samedi, entre 12h00 et 14h00.
    Le Parti Préhistorique règle directement la consultation.

    décembre 5, 2008 à 15 h 58 min

  65. yatsé

    et vice et versa ?

    décembre 5, 2008 à 16 h 46 min

  66. Barbarella

    Y a de ça au niveau de la forme, mais il faut bien admettre qu’au PP, au moins, il y a du fond ! 🙂

    décembre 5, 2008 à 16 h 55 min

  67. Barbarella

    Pis y a même le tracteur !! 🙂

    décembre 5, 2008 à 17 h 00 min

  68. le modérateur du PP

    J’aimerais profiter de cette occasion pur insister sur l’importance de l’humour…qui n’est pas… oserais-je le dire ici… qu’une caractéristique humaine ! En effet il est possible que l’humour soit une disposition naturelle !

    décembre 5, 2008 à 17 h 05 min

  69. Bof, si on ne peut même plus s’amuser sans se faire remonter les bretelles, alors c’est pas du jeu, na !!!

    décembre 5, 2008 à 17 h 16 min

  70. Amélie

    Disons que pour qu’on s’amuse TOUS ensemble, et pas chacun son tour, il faudrait faire un petit effort de lisibilité…

    décembre 5, 2008 à 17 h 35 min

  71. Isidore

    Et pif dans les dents!!!

    décembre 5, 2008 à 18 h 54 min

  72. Craô

    Tout est compliqué avant d’être simple !

    décembre 5, 2008 à 19 h 47 min

  73. 120

    Ecrit par Henri Michaux :

    Ne désespérez jamais.
    Infusez davantage.

    décembre 5, 2008 à 19 h 50 min

  74. L'organe de la censure du parti

    Holla les philosophes en mer… heu, en herbe !!! A l’unanimité de l’avis d’un membre éminent du PP, vous êtes désormais priés:
    1- de vous taire
    2- d’être plus explicites dans vos propos
    3- de cesser de polluer la stratosphère avec vos élucubrations fumeuses.

    Toute récidive sera désormais passible de la peine suivante:
    copier sur le blog ci-joint : 4 pages de Kant et 5 pages de Hegel (de préférence tirées de « la phénomènologie de l’esprit »).
    De plus toute récidive supplémentaire vous verra dans l’obligation formelle de copier l’intégralité de la Bible (Ancien et Nouveau Testament) pour vous imprégner d’idées un peu plus catholiques… et un peu plus cathodiques par la même occasion.

    Amen!

    décembre 5, 2008 à 20 h 35 min

  75. Ourko

    Une censure ?
    Oulah… J’ai bien peur que ça les regonfle et les motive pour y aller de plus belle !!!
    (Sinon, bravo pour le résumé des Inconnus)

    décembre 5, 2008 à 22 h 33 min

  76. 120

    Ecrit par Konrad Lorenz
    (en écho au commentaire 46)

    “En vérité, la compréhension rationnelle la plus complète des conséquences d’un acte et de la consistance logique de ses prémisses n’aboutirait jamais à un impératif ou à une interdiction, si quelque source d’énergie émotionnelle, autrement dit instinctive, ne leur fournissait une motivation.[…] A elle seule, la raison peut tout au plus inventer des moyens pour réaliser des buts autrement fixés ; elle ne peut nous donner ni des buts, ni des ordres. […] Nous ne devons pas surestimer le pouvoir de la morale, et encore moins lui attribuer la toute-puissance. Les chances d’aider la responsabilité morale sont bien plus grandes, si nous admettons humblement qu’elle est “seulement” un mécanisme compensateur d’une efficacité très limitée ; et qu’elle tire sa force de sources de motivation de même espèce que celles qu’elle est destinée à contrôler. […] Vouloir contrôler l’agression en lui opposant un veto moral équivaudrait à vouloir diminuer la pression croissante dans une chaudière en fermant la valve de sécurité.”

    (L’agression, Flammarion, 1969)

    décembre 8, 2008 à 12 h 57 min

  77. Tout à fait d’accord, à condition de considérer que le sens moral procède de la raison et de la raison seulement. Ce que je ne pense pas. Ne peut-on aussi envisager une source instinctive ou simplement vitale, ou même spirituelle ?

    décembre 8, 2008 à 13 h 12 min

  78. Je suggérerais même que c’est lorsque le sens moral n’ a plus que la raison pour moteur, qu’il se fige dans la morale moralisante.

    décembre 8, 2008 à 13 h 31 min

  79. 120

    Ecrit par Eric Chevillard :
    (en écho au commentaire 49)

    A partir d’un certain degré de profondeur, telle une créature des abysses, la pensée perd contact avec le monde, perd les couleurs de la vie, se coupe de toute évolution et tourne infiniment, frappée de cécité, dans ce néant où ses palpes et ses antennes n’enregistrent que sa propre présence et où il est préférable sans doute que demeure à jamais englouti l’absurde et imprévisible monstre.

    Oui, mais à la surface ne respirent que les formes simples : les grenouilles gobent les mouches et vont les cruches à l’eau. Ce miroir redouble péniblement toute chose ; nous ne savons que faire nombre dans la série.

    Ayant donc montré dans une première partie que la pensée humaine n’était pas viable dans les grands fonds puis, dans une deuxième partie, que l’ennui nous guettait à la surface, je consacrerai cette troisième partie à mâchouiller le bout de mon crayon d’un air rêveur en attendant que sonne l’heure de rendre les copies.

    (www://l-autofictif.over-blog.com)

    décembre 8, 2008 à 17 h 50 min

  80. Isidore

    Entre l’ennui de la surface et la vanité stérile de la pensée statique des grands fonds, je préconise la vitalité dyonisiaque et jubilatoire de la pensée dynamique qui s’amuse à jongler entre ces deux espaces.

    Il s’agit bien aussi d’un membre de la famille Pensée. Cette forme – qui est aussi un style – séduit parfois, et agace, souvent, mais elle laisse rarement indifférent.

    C’est celle que pratique ces philosophes détrônés aujourd’hui et mis au placard, comme certainement devait l’être Socrate, et comme je ressens être Herman Von Kieserling, illustre contemporain méconnu et Balte de surcroît. J’ai hâte de retrouver ses bouquins pour vous propose un article à son sujet. J’ai d’ailleurs souvenir d’un autre article du PP où il était fait référence à quelque chose dans ce style, non ?

    décembre 8, 2008 à 18 h 52 min

  81. Vincent

    Pour revenir rapidement (et je l’espère simplement) sur la discussion qui nous animait, Isidore, je me demande si la « morale » de cette histoire de morale n’est pas que celle-ci dégénère chaque fois qu’elle ne vise pas à s’appliquer qu’à soi-même mais tend, d’une façon ou d’une autre, à s’imposer aux autres.

    Une morale du coup (du moins à mon sens) devrait avant tout se vivre, s’incarner dans les faits et gestes du quotidien… et ne jamais se formuler.

    Une morale qui se met en mots, pour moi, c’est une morale qui veut soit s’imposer aux autres, soit montrer à quel point elle est digne et belle, bref, qui « se la pète » (et n’est du coup pas si « morale » qu’elle prétend l’être).

    N’est ainsi « morale » pour moi que la morale qui s’ignore, ou — mieux encore — qui n’existe pas.

    décembre 10, 2008 à 11 h 13 min

  82. Vincent

    … et vice versa ! 😉

    décembre 10, 2008 à 11 h 13 min

  83. Ourko

    C’est ta morale que tu viens de mettre en mots, là, Vincent, c’est bien ça ?
    😉

    décembre 10, 2008 à 11 h 15 min

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