"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

la marche est une méditation cadencée

Bien que je la pratique trop peu, j’adore la marche.

Elle permet d’évacuer les trop pleins, de redonner une forme de liquidité à un esprit confus, saturé, bloqué, à l’arrêt. Le souffle qui modèle les joues et rafraîchit le front, le rythme qui retrouve son échelle humaine et physique, la « démarche » en elle-même qui consiste à mettre un pied devant l’autre, chacun à son tour… les images qui se succèdent, les histoires qu’on imagine, la distance qu’on s’approprie… le brouhaha silencieux parfois… les odeurs….

La promenade est souvent la bonne amie qui sait recevoir les confidences et éclaircir les doutes.

La promenade nocturne sous la pluie a ça de plus qu’elle isole et scintille.

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41 Réponses

  1. Pascale

    Hasard, vous avez dit hasard ? je te copie un fragment de mon carnet:

    Mardi 4 novembre
    Premier jour de soleil, comme une éclaircie dans une vaste succession d’heures sous la pluie n’autorisant une sortie. Je retrouve enfin le plaisir de marcher. Un jour sans, je suis en manque. Marcher rend meilleur, même si ce n’est pas pour longtemps.

    « La croyance très ancienne dans les vertus de la marche (ses bienfaits, son efficience) reste vivante, même aujourd’hui, aussi hostile le monde contemporain lui soit-il très souvent. En effet, la marche, à notre époque, du moins en Occident où elle a cessé la plupart du temps d’être indispensable, devient une sorte d’acte revendicatif, une affirmation de valeurs de résistance. La marche ressemble à une lecture attentive. Sa pratique demande du temps, de la patience, une attention toute particulière, une ouverture, une disponibilité à l’apprentissage. Car la marche comme la lecture est une activité dans laquelle on peut progresser. […] la marche met en pratique l’acte d’engendrer et de fructifier. Lorsque le corps se déplace dans un paysage, il emmagasine différentes sensations, en particulier grâce au regard qui se pose avec fluidité sur les choses. L’esprit est alors stimulé tout à la fois par une attention scrupuleuse et la liberté de se détacher de la contingence du lieu. De tout ce que j’ai vécu jusqu’à ce jour, demande le marcheur, qu’est-ce qui me vient à l’esprit lorsque je suis face à ces choses et que je les contemple. »
    David Constantine in la revue Europe sur Philippe Jacottet, nov-dec 2008.

    novembre 5, 2008 à 20 h 25 min

  2. barbarella

    je savais que ça te parlerait ! 😉

    novembre 5, 2008 à 20 h 30 min

  3. Pascale

    ben oui, je m’en doute 😉
    pstt, ils sont gonflants avec leur voiture sur deux roues…

    novembre 5, 2008 à 23 h 32 min

  4. Isidore

    Ce satané monde moderne nous offre de sacrés paradoxes. En effet appréçiant aussi beaucoup la marche et ses effets salutaires pour l’esprit et le corps, je constate en même temps que je ne la pratique efficacement et naturellement qu’en deux lieux: la montagne et Paris. En campagne où je vis quotidiennement, je dois me programmer volontairement des marches si je veux pratiquer l’art du « un pied devant l’autre ». Sinon, tintin, c’est la voiture qui impose sa tyrannie. C’est quand même incroyable, ça ! Alors qu’à Paris je peux faire tout naturellement des kilomètres et des kilomètres, de la même manière qu’en montagne où je peux de surcroît profiter de l’ivresse particulière liée à cette hyperventilation que nécessite la marche en altitude… et qui vaut bien, à mon avis, toutes les drogues connues et inconnues… moins les inconvénients bien sûr. La marche ? Voici un bien beau sujet à méditer et à méditer encore… au rythme des pas.

    novembre 6, 2008 à 0 h 37 min

  5. Amélie

    Après, il y a le juste rythme…
    J’ai le souvenir, pas si lointain d’une longue promenade nocturne, en chemise de nuit, avec un gilet par dessus (!). C’était cette nuit là ma réponse à une insomnie. Par chance il n’y avait pas d’éclairage public, juste la lune, d’autant plus faiblarde que l’aube approchant, il faisait particulièrement sombre. Je suis partie d’un bon pas, sans sentir ni mes jambes, ni mes pieds, ni rien d’ailleurs, uniquement préoccupée par ce que j’avais en tête, aveugle et sourde. Et puis peu à peu, la grosse boule de noeuds s’est déroulée au fil des pas. Et avec ce début d’aube, quand j’ai commencé à discerner les contours des buissons, des arbres et des rochers, j’ai pu sortir tout doucement de ma tête et me reconnecter aux choses, à mon rythme.
    Bizarrement, même si c’est un exercice propice à la méditation, j’ai aussi le sentiment que la marche évite de se noyer dans trop d’abstraction.
    Et oui, Isidore, j’aime aussi Paris pour ça – juste pur ça, d’ailleurs, je crois ! 🙂

    novembre 6, 2008 à 9 h 44 min

  6. Pascale

    Je vais te répondre ici à ton commentaire sur le blog de Denis Grozda car apparemment, seuls les hommes ont le droit de réagir là-bas, mes messages ne paraissent pas:
    « Ce « syndrome de Verdun » est un éloge de la sagesse taoïste : dépouiller l’existence de ce qui n’est pas essentiel.
    Me rappelle une heureuse leçon de Lao-Tseu où l’homme est « complètement désentravé ». »
    On se retrouve encore, on dirait…

    novembre 6, 2008 à 10 h 41 min

  7. Pascale

    PS, ce message s’dressait à Isidore, je n’avais pas vu le com d’Amélie!

    Oui, Amélie, la marche, en tout cas pour moi, me permet d’y voir clair, me désembrume…

    novembre 6, 2008 à 10 h 42 min

  8. Ourko

    La marche est une méditation cadensée, certes…
    mais la danse est-elle une méditation qui a marché ?

    novembre 6, 2008 à 13 h 56 min

  9. 120

    Ecrit par Jacques Lanzmann :

    Marcher, c’est aller au bout de soi-même tout en allant au bout du monde.
    C’est redécouvrir l’homme qui prenait ses jambes à son cou lorsque le ciel lui tombait dessus.
    C’est geler en même temps que les pierres du chemin. Griller au feu du soleil. Partir à l’aube en pleine forme pour revenir sur les genoux en pleine nuit.
    Marcher, c’est rencontrer des créatures qu’on ne verait nulle part ailleurs. Marcher, c’est aussi aller nulle part sans renconter personne.
    C’est se mettre en vacances de l’existence. C’est exister en dehors des vacances.
    Marcher, c’est réussir à dépasser son ombre. C’est pouvoir se doubler soi-même en s’envoyant un gentil salut au passage.
    Marcher, c’est caresser le sol, le flatter, l’amadouer. Une manière de se mettre la terre dans sa poche avant qu’elle ne se referme à jamais.
    Marcher, c’est être dans le secret des dieux. C’est écouter à leurs oreilles entendre avec eux des bruissements, des murmures qu’on croyait éteints.
    Marcher, c’est se mêler à la conversation des arbres, aux commérages des oiseaux, aux persiflages des reptiles. C’est se fondre dans la nature, se couler au fond du moule.
    Marcher, est-ce que cela ne serait pas, en définitive, tourner avec ses pieds, au pas à pas, page après page, le grand livre de la vie ?

    (Fou de la marche, Robert Laffont, 1985)

    novembre 6, 2008 à 18 h 42 min

  10. Amélie

    On parle quasiment tous du pas à pas. Ca doit être très significatif. C’est très bénéfique de revenir à une cadence naturelle et d’appréhender les choses physiquement. En tous cas il me semble…

    novembre 6, 2008 à 18 h 48 min

  11. Craô

    D’autant plus que les « petits pas », de façon générale (notamment psychologique), ont toujours été plus difficiles que les grands bouleversements.

    novembre 7, 2008 à 13 h 20 min

  12. 120

    Ecrit par Kenneth White :

    Je jouis grandement de ces journées venteuses et pluvieuses de la fin novembre. Parfois le vent fouette la fenêtre toute la nuit, pour s’apaiser à sept heures du matin, faisant place à un étrange silence. Ou bien il continue toute la journée, effilochant les nuages et chassant des paquets de pluie. J’aime marcher le long de la plage déserte ces jours-là, voir les mouettes grises et blanches se disperser comme des lambeaux arrachés à l’écume ! Je regarde avec délice les étonnantes couleurs des feuilles de ronce en décembre : vert, noir, orange, rouge. Il y a toutes sortes de choses à voir et à entendre que l’on ne voit ni n’entend en été. Ces jours gris de novembre et de décembre (qui peuvent se prolonger jusqu’en mars et avril) ne sont jamais seulement gris. Ils sont toutes sortes de nuances, et parfois ils sont gris-bleu, gris-mauve, gris-rose (comme les galets de quartz et d’améthyste que l’on trouve sur certaines plages). On peut être en train de marcher sur le sentier de Ploumanac’h, par exemple, tout le paysage marin baigné d’une lumière gris argent, quand soudain un rayon de soleil illumine l’une des Sept-Îles, la parant d’une couleur vert émeraude légèrement vaporeuse.

    (La Maison des marées, Albin Michel, 2005)

    novembre 7, 2008 à 13 h 31 min

  13. 120

    Ecrit par Friedrich Nietzsche :

    On ne peut penser et écrire qu’assis (G. Flaubert). — Je te tiens là, nihiliste ! Rester assis, c’est la précisément le péché contre le Saint-Esprit. Seules les pensées qui vous viennent en marchant ont de la valeur.

    (Le crépuscule des idoles, ou comment on philosophe au marteau, 1888)

    novembre 8, 2008 à 13 h 14 min

  14. Amélie à Friedrich

    Dis donc, c’est quoi ce ton péremptoire ? hmmm ? Ca se dit philosophe et ça a des avis aussi tranchés ? Et de toutes façons elle est où, l’argumentation ?

    novembre 8, 2008 à 14 h 19 min

  15. Friedrich à Amélie

    Je revendique justement la philosophie « à coups de marteau » !
    Si tu préfères des philosophes maniérés, raisonnables, prudents et pas trop dangereux — bref « à petits pieds » — c’est sûr qu’il vaut mieux aller… du côté de chez Kant

    novembre 10, 2008 à 1 h 35 min

  16. amélie à ce gros fat de Friedrich

    Je ne peux décidément pas concevoir la philosophie sans le doute et le questionnement. Quant à Kant, si j’admire sa rigueur, je déplore sa quasi absence de sensualité et d’expérience physique des choses… pas très PP tout ça…

    novembre 10, 2008 à 13 h 52 min

  17. Pascale

    Il était fou à sa manière… fat, je en sais pas ;-).
    Zweig a écrit un très beau livre sur lui : http://pagesperso-orange.fr/calounet/resumes_livres/zweig_resume/zweig_nieztsche.htm

    novembre 10, 2008 à 20 h 13 min

  18. amélie à Pascale

    Sisi, Pascale… dans son commentaire 15, il est bien plus fat que je ne l’ai jamais trouvé dans ses écrits publiés. On se lâche sans doute plus sur un blog…;-)

    novembre 10, 2008 à 22 h 31 min

  19. amélie à Pascale

    au passage, très alléchante ta critique de Zweig… comme toutes tes critiques d’ailleurs. Tu devrais toucher des pourcentages des maisons d’édition pour donner à ce point envie de lire les livres cités.

    novembre 10, 2008 à 22 h 34 min

  20. Pascale

    Merci Amélie, si une seule d’entre elles pouvaient t’entendre, je serais riche…

    novembre 10, 2008 à 23 h 42 min

  21. Vincent

    Je me demande pour le coup si le doute (dont je pratique assidûment la religion) ne serait pas une de ces valeurs exclusivement « moderne » que je m’évertue à tenter de cerner.

    novembre 11, 2008 à 11 h 12 min

  22. Ourko

    Tu te le demandes ?
    Tu n’en es donc pas sûr ?
    En douterais-tu ?

    novembre 11, 2008 à 11 h 13 min

  23. Vincent

    Dans ton petit texte, Pascale, on retrouve trois mots qui à mon sens résument bien la pensée de Nietzsche : « sauvage », « énergie », « joie ».

    La « Grande Santé », me semble-t-il, lui importait davantage que la « bien-pensance » — voire que la « vérité » elle-même.

    Est-ce cela qui passe pour de la fatuité, Amélie ?

    novembre 11, 2008 à 11 h 21 min

  24. amélie à Vincent

    je commence à me demander si tu sais vraiment lire…

    novembre 12, 2008 à 13 h 05 min

  25. Vincent à Amélie

    Tu commandes à te démanger quoi ?

    novembre 13, 2008 à 13 h 02 min

  26. amélie à Vincent

    Si tu vas pâlir !!!!

    novembre 13, 2008 à 15 h 14 min

  27. à Amélie & Vincent

    Je suis pour la paix des ménages, cessez de vous chamailler!

    novembre 13, 2008 à 23 h 37 min

  28. 120

    Ecrit par Pierre Sansot :

    Mon flâneur n’a pas le sentiment de figurer au nombre des élus, de participer à une entreprise où les prodiges et les lieux sacrés se multplieraient — à la différence d’artistes inspirés qui déambulèrent dans une ville comme dans une forêt prodigieuse. Ainsi André Breton : « Je ne sais pourquoi, c’est là, en effet, que mes pas me portent, que je me rends presque toujours sans but déterminé, sans rien de décidant que cette donnée obscure, à savoir que c’est là que se passera cela. » Mais alors, si une ville n’instaure pas avec nous de fulgurantes correspondances, si nous ne trouvons pas en elle l’occasion d’exercer notre pouvoir de divination, pourquoi accorder une réelle valeur à une action presque banale ? En fait, le bonheur de la flânerie ne surgit pas de ce que nous dénichons par le regard mais dans la marche elle-même, dans une respiration libre, dans un regard que rien n’offusque, dans le sentiment d’être à l’aise en ce monde, comme s’il était légitime que nous en retirions l’usufruit.

    (Du bon usage de la lenteur, Payot, 1998)

    novembre 20, 2008 à 19 h 16 min

  29. à Amélie & Vincent

    « Du bon usage de la lenteur », quel livre merveilleux…

    novembre 20, 2008 à 19 h 27 min

  30. Vincent

    Et sa Poétique de la ville, tu connais ? Un gros pavé, mais foisonnant et vraiment unique en son genre.
    J’aime aussi beaucoup son travail sur Les Gens de peu.

    novembre 21, 2008 à 0 h 28 min

  31. amélie

    Taper vôtre commentaire ici.J’aime la lenteur dans tout parce qu’elle donne de l’intensité à chaque chose.

    novembre 21, 2008 à 13 h 07 min

  32. Pascale

    Non Vincent, pas lu ces livres de Sansot.
    Par contre, pas envie de découvrir Lanzmann quand je lis: « Marcher, est-ce que cela ne serait pas, en définitive, tourner avec ses pieds, au pas à pas, page après page, le grand livre de la vie ? » Que de grandiloquence bon marché (sans jeu de mots)…

    novembre 27, 2008 à 9 h 02 min

  33. Vincent

    Je suis d’accord avec toi, c’est de la poésie à deux balles, mais quel fondu de la marche !!! (c’est avant tout pour cela que j’ai eu envie de le citer)

    novembre 27, 2008 à 11 h 28 min

  34. Vincent

    Pour ce qui est de Pierre Sansot.

    J’ai découvert Poétique de la ville à l’époque où je travaillais pour une association d’éducation à l’environnement urbain. Il faisait figure de bréviaire secret dont la connaissance était partagée par quelques rares initiés. Peu d’entre eux étaient cependant parvenus à le lire ou le finir tant il est touffu, ardu, ventru et globalement mal écrit (c’est sa thèse de doctorat). Mais quel régal quand on franchit ces écueils !

    Il y développe en effet un regard sur la ville mi-scientifique, mi-poétique (un peu à la façon de Bachelard), vraiment sensible et totalement singulier. Honnêtement, on ne flâne plus pareil en ville apès l’avoir lu : on est assailli de trente-six mille impressions que l’on n’aurait pas soupçonnées.

    J’ai du coup ensuite voulu lire — forcément — les autres ouvrages de l’indien de la sociologie (je crois que c’est ainsi qu’on le surnommait), mais avoue ne jamais avoir trouvé le même souffle, la même inspiration : que ce soit ses ouvrages sur le rugby, les parcs, la séduction, etc. Il se la joue un peu trop « grand sage écrivain », à mon goût. Disons qu’ils se regarde et s’aime un peu trop en train d’écrire, si tu vois ce que je veux dire.

    D’accord toutefois pour sortir un peu du lot L’éloge de la lenteur (quoique pour moi sans plus…) et peut-être aussi Les gens de peu, qui est une sorte d’éloge des humbles (avec leur goût pour la pétanque, la pêche à la ligne, le Tour de France, le saucisson, etc.). A l’époque où il est de bon ton de s’en moquer (des Deschiens à Groland en passant par le « populisme » qui est devenu l’insulte suprême), c’est il me semble un ouvrage salutaire.

    PS : Depuis un mois environ, j’ai vu qu’il existait désormais en librairie une Poétique de la ville en double DVD. Je ne sais cependant pas ce qu’il vaut (Enfin, si… je sais qu’il est cher mais je ne sais pas si son contenu vaut son prix de vente)

    novembre 27, 2008 à 13 h 16 min

  35. Pascale

    J’ai lu « Eloge de la lenteur » il y a très longtemps, ne peux donc argumenter précisément mais j’en garde un sentiment de plénitude absolue. Peut-être l’ai-je lu au bon moment, je ne sais pas.
    Sinon, côté lecture, je reste concentrée sur mes incontournables. Ce sont des livres d’écrivains morts que je veux absolument lire ou des livres écrits par des contemporains parlant de la littérature aux siècles passés. Donc je fais l’autruche en ce moment sur tous les conseils bien intentionnés car je ne veux plus me disperser. En ce moment, j’ai replongé avec bonheur dans Sandor Marai, tu connais ?

    novembre 27, 2008 à 17 h 41 min

  36. Vincent

    Jamais entendu parler ! 😉

    novembre 27, 2008 à 17 h 43 min

  37. yatsé

    je vous avais parlé de Luc Gwiazdzinski. Qui a rédigé la préface de son bouquin « Si la ville m’était contée ? »

    Sansot biensur !
    http://www.decitre.fr/livres/Si-la-ville-m-etait-contee.aspx/9782708132696

    novembre 27, 2008 à 17 h 54 min

  38. Pascale à vincent

    Sandor Marai est le plus grand écrivain hongrois du XXe siècle.

    novembre 27, 2008 à 19 h 19 min

  39. Isidore

    « De la plante des pieds elle épouse la terre, talon voûte orteil posent des baisers de chair sur le sol sablonneux, les cailloux du chemin, les herbes tendres et les herbes dures des sentiers du rêve, car le rêve est le monde, et dans ce monde les humains se mettent en marche, passé présent et avenir confondus dans une même aventure, portés par le rêve de leurs pieds les humains parcourent le vaste espace, défaits de toute lourdeur les humains nomment et animent le monde, leurs pieds nomment toute chose du chemin, arbre pierre rivière, donnent histoire à toute chose, et les peuples se croisent, peuplent le monde de réseaux, des pieds par myriades foulent le sol en suivant les dessins du tableau, jaune, rouge, la terre se pique de myriades de pas, pour seule richesse et possession les humains ont leurs pas, leurs pas mot après mot qui tracent des phrases dans l’espace…. »

    Alina Reyes

    novembre 29, 2008 à 18 h 46 min

  40. 120

    Ecrit par Honoré de Balzac :

    Autant d’hommes, autant de démarches ! tenter de les décrire complètement, ce serait vouloir rechercher les désinences du vice, tous les ridicules de la société ; parcourir le monde dans des sphères basses, moyennes, élevées. J’y renonce.

    Sur deux cent cinquante-quatre personnes et demie (car je compte un monsieur sans jambes pour une fraction) dont j’analysais la démarche, je ne trouvai pas une personne qui eût des mouvements gracieux et naturels. Je revins chez moi désespéré.

    « La civilisation corrompt tout, même le mouvement ! Irai-je faire un voyage autour du monde pour examiner la démarche des sauvages ? »

    (Théorie de la démarche, cité dans Le goût de la marche, Mercure de France, 2008)

    décembre 18, 2008 à 14 h 22 min

  41. 120

    Ecrit par Heinz Wismann :

    LA PROMENADE

    Son but est, me semble-t-il, l’abolition du but. Sinon, c’est une marche forcée vers un lieu précis. Il n’est d’ailleurs pas si simple que cela de trouver le rythme d’une promenade. Arriver à cet état de quasi-apesanteur affecive qui se résume au simple fait de faire fonctionner harmonieusement son corps à chaque instant est bien plus difficile qu’on ne le pense. Dans la vraie promenade, il faut abolir l’effort qui est encore tendu vers un but. C’est la seule façon de rendre possible la rencontre avec la nature. Il faut délester le corps de toute finalité extérieure pour qu’il devienne un but en soi ; ne plus aller pour aller quelque part mais marcher pour marcher. Paradoxalement, c’est quand le microcosme qu’est le corps entre dans ce mouvement d’autoréalisation qu’il s’ouvre au macrocosme de la nature. Il faut s’abandonner et, dans cet abandon, le monde nous est donné.

    (L’art de saisir l’instant, Philosophie magazine n° 21, juillet-août 2008)

    décembre 27, 2008 à 11 h 25 min

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