"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Fêtons plutôt Samain !

Depuis quelques années, l’habitude anglo-saxonne de fêter Halloween la veille de la Toussaint s’est installée chez nous. Certains s’en plaignent, voyant là tout autant une américanisation de nos moeurs qu’une ruse commerciale grossière. D’autres se félicitent, en revanche, de voir dans cette tendance le retour d’un fond païen longuement étouffé par le christianisme dominant.

Au-delà de ces querelles, rappelons simplement que la coutume de fêter non pas le début (solstices et équinoxes) mais le coeur des quatre saisons remonte à notre passé celte. On a déjà évoqué Beltaine (1er mai) sur ce blog. Nous n’étions pas encore en ligne le 1er février pour parler d’Imbolc, ni près d’un écran le 1er août pour Lugnasad. Ne manquons pas aujourd’hui Samain, la plus importante de ces quatre fêtes annuelles puisqu’elle marquait non seulement l’entrée dans les trois mois les plus sombres de l’année mais, surtout, le passage d’une année à la suivante.

Samain signifie étymologiquement « réunion ». Christian-J Guyonvarc’h (le grand universitaire spécialiste des questions celtiques) nous apprend que les Irlandais le comprenaient ou l’interprétaient également en « fin ou récapitulation de l’été » par analogie avec sam, « été ».

La fête durait généralement une semaine, les réunions et festins s’étendant généralement trois jours avant et trois jours après le 1er novembre. Cette période un peu en dehors du temps était censée être un moment unique permettant de communiquer aisément avec l’Autre Monde. Pour cette raison, vraisemblablement, tous les événements capitaux des récits mythologiques de la tradition celte se déroulent à cette date.

Pas plus de chrysanthèmes, donc, que de citrouilles, mais un grand banquet (et peut-être un rituel symbolique d’extinction puis de rallumage des feux).

« Viande, bière, noix, andouille,

c’est ce qui est dû à Samain,

feu de camp joyeux sur la colline,

lait baratté, pain et beurre frais. »

(poème extrait de Hibernica Minora, édition Kuno Meyer)

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18 Réponses

  1. 120

    Ecrit par Nadine Cretin :

    La date de cette fête correspondait au retour de la saison sombre, de la même façon que la nuit de Belteine (du 30 avril au 1er mai) ouvrait la saison claire. Lors de ces deux nuits, l’Autre Monde (le Sid) était omniprésent : les hommes étaient incapables d’accéder par leurs propres moyens à ce pays des dieux et des êtres surnturels, seuls quelques heureux mortels étaient conduits par les messagères des dieux dans ce monde merveilleux d’ « éternelle jeunesse ». Les souvenirs de tous les ancêtres s’y est associé par la suite.

    La fête de Samain, qui coïncidait avec la fin des récoltes et le retour du bétail des pâturages, était marquée par de grands festins rituels réservés aux hommes de toute condition sociale, avec abondance de viande de porc et de boissons (vin, bière, hydromel). Le feu avait une grande importance : pas tant les feux qu’on allumait à l’extérieur, justifiés par les banquets, mais le feu domestique, le « feu nouveau », comparable à l’usage de la bûche de Noël connu dans toute la France. Après extinction de tous les feux, les druides en allumaient de nouveaux et distribuaient des tisons pour les feux domestiques. Cette fête se caractérisait aussi par des assemblées légales où l’on administrait la justice. Par ailleurs, cette nuit magique se prêtait aux divinations de toute sorte.

    Se son ajoutées progressivement des croyances relatives aux tours joués par les créatures surnaturelles et par les revenants (associés partout à la nuit et à la brume) ; d’autres relatives à la lumière, aux feux de joie et aux lanternes végétales ; d’autres, enfin, relatives aux tournées d’enfants, prometteuses pour le futur. Ces amalgames sont à l’origine des manifestations d’Halloween.

    (Inventaire des fêtes de France d’hier et d’aujourd’hui, Larousse, 2003)

    octobre 30, 2008 à 22 h 54 min

  2. 120

    Ecrit par Jean-Marie Pelt :

    En Gaule, la Toussaint coïncidait avec l’une des quatre grandes fêtes druidiques situées à la mi-temps des quatre saisons. Le 1er novembre faisait pendant au 1er mai, fête de Beltaine : l’un ouvrait l’hiver, l’autre ouvrait l’été. Pour les Celtes, en Irlande, Bretagne et Grande-Bretagne, la Toussaint était surtout le premier jour de l’année : la fête de Samain, fête païenne que l’Eglise a christianisée en associant la célébration des vivants et des morts aux semailles d’automne, lorsque les grains endormis rejoignent une terre débarrassée de toute végétation et reposée. La vie végétale en hibernation était protégée par les âmes des morts enfouis dans la terre, mais aussi par des êtres bienfaisants venus de l’au-delà pour l’aider à préparer sa croissance. Ainsi s’amorce déjà, à l’origine du néolithique, la double célébration d’une fête des saints et d’une fête des morts, l’endormissement des plantes étant mis en parallèle avec l’endormissement des morts. Le symbolisme astrologique va dans le même sens : le signe du Scorpion manifeste l’entrée de la nature dans la phase du long repos hivernal.

    (Fleurs, fêtes et saisons, Fayard, 1988)

    octobre 31, 2008 à 11 h 46 min

  3. Vincent

    Le parallèle entre Halloween et le Père Noël est étonnant : lui aussi est une résurgence païenne apportée sur le « vieux continent » (dans les années 30) par l’Amérique la plus mercantile (notamment la firme Coca-Colas)

    octobre 31, 2008 à 11 h 56 min

  4. Amélie

    En tous cas, moi j’ai vraiment envie de tout lâcher ce soir! Déjà ce matin j’allais de bureau en bureau en chantant la salsa du démon avec chorégraphie appropriée…

    octobre 31, 2008 à 12 h 09 min

  5. Amélie

    http://fr.youtube.com/watch?v=9GqOnLYtMxQ

    octobre 31, 2008 à 12 h 30 min

  6. 120

    Ecrit par Françoise Le Roux et Christian Guyonvarc’h :

    […] Ivresse et querelles servent de toile de fond à toutes les descriptions de la fête. On en conçoit aisément les effets sur des esprits prêts à l’amplification et au dithyrambe.

    Les boissaons courantes étaient la bière et l’hydromel. Mais quand le roi de canton ou de province était assez riche, ou qu’il se trouvait là un druide ou un efée assez puissante pour opérre le miracle (ce dont on connaît peu d’exemples !), on buvait du vin, denrée de luxe, précieuse et rare en Irlande. […]

    La viande de porc et le vin, la bière et l’hydromel donnent accès à l’éternité. Peut-on rêver nourritures plus agréables et plus substantielles, même si elles ne sont que l’illusion d’un moment fugitif, le simple reflet d’une ivresse sacrée ?

    (Les Druides; Ouest-France Université, 1986)

    octobre 31, 2008 à 12 h 32 min

  7. Ourko

    C’est pas mieux avec des images de l’époque ?
    http://fr.youtube.com/watch?v=C-QBJ9gaO5M&feature=related

    (Sinon, j’sais pas vous mais moi j’aime beaucoup dans la bouche de Vampirella : « le démon du sexe m’habite »)

    octobre 31, 2008 à 12 h 45 min

  8. 120

    Ecrit par Georges Dottin :

    Il y a dans cette mer une île dont le sable est d’or, et il y a une autre mer que l’on voit monter de Beltaine à Samain et descendre de Samain à Beltaine, c’est-à-dire une moitié de l’année à croître et une moitié de l’année à décroître. Les bêtes de cette mer et les baleines crient aussi longtemps qu’elle monte et elles se taisent aussi longtemps qu’elle descend.

    (Le Teanga Bithnua du manuscrit de Rennes, in Revue Celtique n° 24)

    octobre 31, 2008 à 12 h 50 min

  9. barbarella

    C’est précisément « dans la bouche » de vampirella que ça te plaît, Ourko ? 😉

    octobre 31, 2008 à 12 h 54 min

  10. Vincent

    Le passage à l’heure d’hiver, qui a lieu à peu de jours près à cette date, est en quelque sorte notre façon de marquer symboliquement l’entrée dans la saison sombre. Notre rituel (post)moderne de Samain.

    octobre 31, 2008 à 14 h 37 min

  11. D. saunier

    Bonjour à tous,

    Je travaille au rez de chaussée du bâtiment dans lequel se trouvent également les bureaux d’Amélie R.
    Si l’organisation qui se cache sous le nom de PP est responsable des agissements scandaleux de cette dame, je lui saurais gré d’intervenir au plus tôt. Je ne peux pas me permettre de recevoir mes clients sur fond de salsa du démon, ponctuée d’interventions aussi échevelées que mal chorégraphiées…
    Bien à vous,
    D.S.

    octobre 31, 2008 à 15 h 26 min

  12. Marie-Jeanne E.

    Quant à moi, j’aimerais bien qu’elle me ramène mes bottes à talons aiguilles en skaï !

    octobre 31, 2008 à 15 h 28 min

  13. Marie-Jeanne E.

    En plus, c’est même pas sa taille !

    octobre 31, 2008 à 15 h 29 min

  14. Caroline E.

    Mamaaaaaaaaaaan ! Elles sont à MOI, ces bottes !!!!!

    octobre 31, 2008 à 15 h 39 min

  15. yatsé

    Amélie R. celle qu’on surnomme Berthe pourquoi vous savez ?

    octobre 31, 2008 à 15 h 41 min

  16. Caroline E.

    Parce que MES bottes ne lui vont pas… pas plus que mes jeans, d’ailleurs, sans vouloir être méchante….

    octobre 31, 2008 à 15 h 43 min

  17. Jean-Louis L.

    Dites donc, ça vous dérangerait de vous remettre au travail ? C’est pas parce que c’est Samhain qu’on fait relâche hein… Y a du boulot… POUR PREPARER LA FETE DE CE SOIR !!!!!

    octobre 31, 2008 à 15 h 45 min

  18. Joyeux Samain à tous !

    On entre dans les 3 mois d’obscurité : courage !

    N’oubliez pas le petit rituel « officiel » :
    http://www.partiprehistorique.fr/2009/03/30/chronique-de-crao-8-le-changement-dheure/

    …ni d’inventer le vôtre :
    http://www.partiprehistorique.fr/2009/11/02/samain-citrouille-et-danse-des-morts-vivants/

    octobre 31, 2010 à 10 h 36 min

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