"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Une si fragile interface

Piqures, griffures, écorchures, éraflures, morsures, brûlures, gerçures…

Mais quel intérêt ont donc pu trouver nos ancêtres à troquer leurs cuir et fourrure protecteurs contre cette si fragile interface ?

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24 Réponses

  1. Vincent

    A mon avis (sans pouvoir cependant prouver cet apparent paradoxe), ce n’est pas parce que la peau humaine était nue qu’on s’est mis à porter des vêtements mais à l’inverse parce qu’on s’est mis à en porter (dans un but avant tout esthétique, symbolique ou mimétique) que l’hypothétique fourrure initiale est partie.

    Même chose, vraisemblablement, pour les cheveux : c’est parce qu’on s’est mis à les couper rituellement (toujours dans un but esthétique ou symbolique) qu’ils se sont mis à pousser.
    (Du coup l’image traditionnel du préhisto aux cheveux longs, ébouriffés ou dread logués est peut-être très éloignée de la réalité)

    septembre 14, 2008 à 15 h 53 min

  2. Vincent

    La « fragilité » ainsi acquise ne peut-elle être — en soi — un « intérêt » ?

    L’espèce humaine aurait-elle évolué comme elle l’a fait (sans porter le moindre jugement de valeur sur cette évolution) si elle avait été — dans tous les sens du terme — « protégée » ?

    septembre 14, 2008 à 16 h 00 min

  3. Vincent

    S’il me fallait vraiment choisir pour une une « théorie du moi », j’opterai sans souci pour celle d’Anzieu du « moi-peau ».

    C’est en effet là, pour moi — et non en nous ni à l’extérieur mais pile à l’interface — sur cette fragile membrane sensible autant aux coups qu’aux caresses, que se trouve notre plus fine « humanitude ».

    septembre 14, 2008 à 16 h 07 min

  4. Craô

    Mais non… tout vient en réalité d’Epiméthée !

    Lorsqu’il fut en effet chargé par l’Olympe de doter les créatures en armes et engins de survie, il donna tout aux bêtes (sabots, écailles, dents…) et oublia juste un peu l’humain dans sa distribution. Plus rien pour lui ! Peau de balle (c’est la cas de le dire) !

    Par bonheur — ou malheur — Prométhée vint ensuite réparer cette étourderie…

    septembre 14, 2008 à 16 h 40 min

  5. 120

    Ecrit par Régine Detambel :

    Je chanterai les sens, dit la peau. Les sens et les sensations présentes et les choses immédiates, voilà ce qui est vraiment profond.

    *

    L’être qui t’aime et l’être qui veut te tuer crient la même chose : j’aurai ta peau.

    *

    Parmi ceux qui vont nus, à jamais vêtus de leur seule peau, serrant pêle-mêle dans leur maigre sac leur sérum, leurs saletés, leurs corpuscules et leurs caillots : le ver et l’homme.

    *

    La cruauté classait ainsi les supplices chinois : d’abord la pendaison, peine la plus légère. Puis la décollation et enfin de dépècement. Le lingchi, écorchement glaçant et lent, était le pire : ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est sa peau.

    *

    Mon manteau de peau est fait de couches de moi. Mais, couches après couches, le moi s’atténue jusqu’à disparaître en profondeur. Je ne suis femme qu’à ma surface.

    *

    L’homme n’est homme qu’à sa surface. Lève la peau, dissèque : ici commencent les machines.

    *

    etc.

    (Petit éloge de la peau, Gallimard, 2007)

    septembre 14, 2008 à 16 h 59 min

  6. Ourko

    Vincent, tu nous as dit être revenu de votre « semaine sauvage » avec deux sujets de réflexion, la chasse et la peau, et tu choisis pour lancer l’article sur la peau le jour d’ouverture… de la chasse.

    Avoue que t’es quand même un peu tordu (ou du moins difficile à suivre) !

    septembre 14, 2008 à 23 h 11 min

  7. Craô

    Ah ah ah !
    Très drôle ta théorie, Vincent !
    Et donc, si on te suit, nos ancêtres n’ont jamais mis de vêtements autour du sexe ou sous les aisselles ?
    Ah ah ah ah ah !
    Trop fort !!!!

    septembre 15, 2008 à 11 h 48 min

  8. 120

    Ecrit par Régine Detambel :

    La corne, le durillon, le cal, la peau morte sont des documents humbles mais bien plus bavards que le sang. Comme le papyrus ou les tessons de terre cuite, ils gardent la trace chiffrée des travaux et des tâches, en sont la longue liste ouvrière, répétitive. L’imagination ne donne pas de cor, la rêverie ne fabrique pas de corne. Mais tout ce qui se répète et peut se considérer comme un labeur garnit la chair tendre d’une sorte de protection hâtive qu’il faut voir comme une blouse, un bleu, une salopette, bref l’un de ces vêtements indéchirables que l’on porte seulement pour peiner.

    (Petit éloge de la peau, Gallimard, 2007)

    septembre 15, 2008 à 11 h 56 min

  9. Craô (qui rit toujours)

    Les neurones, finalement, c’est un peu comme les poils :

    Ce n’est pas trop parce qu’on est con au départ qu’on dit des conneries, mais plutôt parce qu’on ne peut s’empêcher d’en dire (d’endosser des théories ridicules) qu’on finit par le devenir (perdre ses « poils d’intelligence ») !

    septembre 15, 2008 à 12 h 06 min

  10. Ourko

    Oh ben… tu dois être chauve, toi, alors ?

    septembre 15, 2008 à 12 h 07 min

  11. Vincent

    Héééé ! Du calme les archaïques !

    J’admets, ma théorie a quelques failles… mais bon, peut-être pas moins que celles que l’on trouve aujoud’hui dans la littérature scientifique.

    Petit florilège des thèses en vigueur tâchant d’expliquer la nudité humaine :

    – Les parasites s’étant multiplié quand l’homme est devenu sédentaire et a inventé le logement, la vie serait devenue insupportable si la perte des poils n’avait aidé à les pourchasser
    (il faut donc imaginer tous les velus mourir de maladie et seuls les « tarés » nus survivre…)

    – en devenant carnassier, l’homme, jusque-là végétarien, aurait sali et poissé son pelage ; il l’aurait donc perdu pour la même raison que les vautours ont perdu le plumage de leur cou
    (…ce qui tend à prouver que les les hommes, qui ont gardé des poils au cou, mangeaient autrefois beaucoup plus proprement que les femmes)

    – l’invention du feu a rendu le pelage inutile
    (…comme le chauffage central, on le sait, nous rend tous moins frileux et fait disparaître progressivement le manteau)

    – l’homme primitif aurait été un moment un animal pélagique, cherchant sa nourriture sur les rivages et dans le proche océan ; seule la tête restée hors de l’eau aurait gardé ses poils
    (…pélagique et acrobate, car le pubis et les aisselles restaient aussi hors de l’eau)

    – la nudité a la valeur d’un signal, elle est l’extension des taches de peau nue par lesquelles certains singes se reconnaissent
    (…les lunettes étant une invention tardive, ne se reproduisaient évidemment autrefois que ceux qui arrivaient à se faire voir et accentuaient donc davantage le signal de reconnaissance)

    – la femelle nue est plus séduisante que la velue et le mâle devient ensuite nu à son tour, mais à un moindre degré, par simple « contamination »
    (…c’est vrai quoi les filles, pourquoi vous habillez-vous d’ailleurs ?)

    – en passant de la forêt à la savane, donc de la vie arboricole et végétarienne à une vie de chasseur des plaines, le futur humain aurait eu trop chaud s’il avait gardé son pelage : il l’a donc progressivement perdu, a augmenté le nombre de ses glandes sudoripares et donc ainsi évité le coup de chaleur
    (…pendant que le lion, lui, crève au contraire de froid et prfère au contraire s’équiper d’une crinière)

    – etc.

    septembre 15, 2008 à 12 h 44 min

  12. Craô

    Quand aurez-vous donc compris que ce n’est pas telle ou telle théorie explicative qui est risible, mais bel et bien l’indécrottable besoin (ils ne vont pas bien ensemble ces deux mots ?) de « théoriser » ?

    Vous ne savez donc pas vivre les choses sans chercher forcément à les comprendre ?

    septembre 15, 2008 à 13 h 16 min

  13. Ourko

    Craô a raison, pour faire un éloge de la peau, plutôt qu’une théorie, faites donc un peau-aime !

    septembre 15, 2008 à 16 h 22 min

  14. Isidore

    C’est bien la nudité particulière de l’espèce humaine qui est pour moi le signe de sa différence essentielle avec toutes les espèces animales et de son non-appartenance ontologique au règne associé. Donc l’idée que l’homme aurait perdu sa fourrure me fait bien rigoler.

    La signification de cette nudité particulière me semble être la relation particulière que l’humain entretient avec l’Image, et dans ce cas sa propre image. Et l’habit a d’abord cette fonction relative à l’image.

    En somme l’homme est confronté ontologiquement à l’absence totale d’image de lui-même. Il est lui-même le seule œil qui puisse lui donner une image en miroir… Et évidemment, ça lui pose problème, en tant que juge et partie.

    Cette nudité propice au parement lui permet donc de jouer avec sa propre image et d’expérimenter une étrangeté qui n’appartient qu’à son règne: le miroir. Il y aurait d’ailleurs peut-être une façon de redéfinir l’humain en rapport uniquement à cette question du miroir et de l’Image plutôt que d’introduire d’autres »concepts-miroirs » comme ceux de « Dieu »ou « Satan » par exemple, peut-être beaucoup plus flous.

    septembre 16, 2008 à 8 h 11 min

  15. Craô

    T’as peut-être raison, Isidore, et dans ce cas « théoriser » ne serait-il pas une façon de construire une sorte d’image de ce que l’on essaie d’appréhender ? Cette manie est finalement aussi ridicule et risible que celle de vouloir absolument s’habiller, en quelque sorte. Pour la supprimer et nous en guérir je propose en premier lieu de s’habituer à vivre nu.

    septembre 16, 2008 à 8 h 19 min

  16. Vincent

    Tu viens de lire Lévinas, Isidore, ou quoi ?

    En tout cas, si c’n’est pas le cas, cours-y vite, il t’ouvrira les bras… et te confortera !

    septembre 16, 2008 à 13 h 08 min

  17. Ourko

    Offrez vite un miroir aux grenouilles, tritons, vers de terre et autres « culs nus »… qu’ils se désanimalisent donc (ne serait-ce qu’un peu) !

    septembre 16, 2008 à 13 h 10 min

  18. Craô

    Tiens, une question à mille balles (de foin ou de picotin) : de quand date — selon vous — le premier miroir ?

    septembre 16, 2008 à 13 h 13 min

  19. Ourko

    Pour Isi, ça semble clair : du premier humain !
    Mais reste à trouver une date maintenant…
    Si on peut remonter à la première flaque d’eau, moi je dis : le Déluge !
    J’ai gagné, Craô ?

    septembre 16, 2008 à 13 h 16 min

  20. Isidore

    Pour ma part je placerais l’origine de l’humain à l’instant précis où il découvre son image dans un miroir quelconque et se demande: « qui es-tu, toi là, en face de moi ? » Voici le début de l’aventure humaine… dans le cas où il y aurait un début (ce qui reste à prouver d’ailleurs, quelque soit l’inconfort d’une proposition aussi iconoclaste).

    septembre 16, 2008 à 14 h 29 min

  21. Craô

    On ne te demande pas l’origine de l’humain mais celui du miroir, je te ferais remarquer Isidore. Remarque, c’est peut-être finalement la même chose pour toi, non ?

    septembre 16, 2008 à 14 h 32 min

  22. Isidore

    On peut voir les choses de cette manière là.
    (C’est quand même nettement plus pratique de faire soi-même les questions et les réponses…
    J’comprends mieux maintenant Vincent cette jubilation particulière… J’espère quand même que nous n’avons pas trop de lecteurs anonymes , car sinon je ne sais pas comment ils peuvent s’y retrouver. Mais bon, ils sont déjà prévenus et c’est pas si mal)

    Oooohééééé, lecteurs anonymes, qu’en pensez vous ???

    A propos de Lévinas, j’avoue ne pas le connaître personnellement dans le texte. Je sais juste qu’il existe et apparemment je devrais donc aller y faire un tour. Je prends acte, merci Vincent.

    septembre 16, 2008 à 14 h 42 min

  23. Vincent

    Emmanuel Lévinas est un phénoménologue (donc dans la lignée d’Hanna Arendt que tu apprécies, je crois) qui s’est beaucoup penché sur le « visage » — ce qu’il signifie et implique notamment en termes éthiques — donc forcément, plus ou moins diectement sur sa nudité et la question du miroir.
    Mais bon… je ne le connaîs pas plus que ça non plus.

    septembre 16, 2008 à 16 h 49 min

  24. 120

    Ecrit par Georges Torris :

    Recherchons ce que l’homme gagne à la nudité.

    Il y gagne essentiellement une immense surface percevante, et secondairement la liberté de se vêtir selon son bon plaisir et non dans un unique vêtement comme celui que la nature impose justement aux animaux.

    Les quelques deux mètres carrés de peau humaine représentent en effet une surface peceptive exceptionnelle, qui serait pratiquement perdue avec un pelage. Grâce à elle, l’homme tire des voluptés inconnues des animaux, quand il offre son corps au soleil, au vent soit frais soit tiède (le « zéphyr »), à l’eau et à ses courants, et cela qu’il soit nu ou habillé, car des vêtements légers sont bien moindre écran à ces météores que ne le serait un revêtement de poils. (…) Mais bien entendu c’est dans la vie sexuelle que cette érotisation de la totalité de la peau apporte au plaisir des richesses insoupçonnées des animaux. Grâce à la nudité, l’homme et la femme ont dans leur corps en effet un instrument qui n’a plus de commune mesure avec celui de l’animal réduit à ses génitoires (…) L’homme et la femme ont ainsi le moyen de ressentir la volupté « de la tête aux pieds » et de donner leur tendresse au partenaire avec pratiquement toutes les parties de leur corps.

    (Penser l’évolution, De la bête à l’homme, Editins Universitaires, 1990)

    septembre 18, 2008 à 12 h 37 min

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