"Aux explorateurs de l’inconnu qui aiment apprendre en faisant un pas en arrière sur le chemin des ancêtres." Pascale Arguedas

Cette idée folle…

Petite provocation — au sens premier d’incitation à discuter — en ce jour de rentrée :

Une civilisation dont les fondements (écriture, technique…) et l’organisation nécessitent près d’un tiers de la vie, hors d’elle (« entre les murs » pour reprendre un titre désormais célèbre), pour se préparer et s’adapter à y vivre, est-elle vraiment sérieuse ?

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101 Réponses

  1. Amélie

    hmmmm… sérieuse, sûrement, mais vivante ???

    septembre 2, 2008 à 15 h 30 min

  2. Amélie

    Après, il y a toujours eu transmission… quant au mode de transmission et la somme à transmettre…

    septembre 2, 2008 à 15 h 39 min

  3. Ourko

    Qu’elle ne soit finalement peut-être pas très « sérieuse » est en fin de compte une sorte de soulagement : elle a en effet assez de défauts comme cela, non ?

    septembre 2, 2008 à 16 h 52 min

  4. Amélie

    De toutes façons, ce n’est pas moi qui vais donner mon avis sur l’école et tutti quanti hein… ça va encore créer des froissements !

    septembre 2, 2008 à 16 h 53 min

  5. Vincent

    Oui c’est cela Amélie : la quantité sans cesse croissante de choses « indispensables » à transmettre (le temps et l’énergie que cela prend)… et le mode même de transmission (dans une sorte de sanctuaire, à l’écart d’un monde sans doute devenu — ou jugé — trop rude pour être abordé sans armes et boucliers).

    septembre 2, 2008 à 16 h 58 min

  6. tu veux dire qu’on sacralise l’école ?

    septembre 2, 2008 à 17 h 05 min

  7. Amélie

    Disons que c’est quand même étrange cette façon qu’on a de vouloir nous tenir éloignés de la vie pour nous apprendre à l’affronter, non ? Et quand je parle d’éloignement, je ne parle pas des « murs », mais de l’abstraction qu’on s’efforce de nosu enseigner, de cette façon qu’on a de nous faire tout tenir à distance en nous donnant des « concepts » à manipuler… un peu comme des chimistes manipulent les substances toxiques dans une cage en verre, avec deux bras gantés qui passent dans des trous…

    septembre 2, 2008 à 17 h 08 min

  8. en même temps c’est ce qui fait la « french touch » spécifiquement dans le milieu du développement des jeux videos … la créativité des ptits français est reconnue

    septembre 2, 2008 à 17 h 31 min

  9. Vincent

    Pour tout dire, en écrivant cet article, j’avais très exactement en tête le souvenir de l’introduction — récitée par Yves Robert — du film Les dieux sont tombés sur la tête, vu (et adoré) il y a plus de vingt ans et notamment ce passage qui m’avait marqué à l’époque et que je retrouve grâce à You-Tubes : « Plus il (l’homme civilisé) améliorait son environnement pour se faciliter la vie et plus il se la compliquait. Et maintenant ses enfants sont condamnés à 10 ou 15 ans d’études rien que pour apprendre à survivre dans le monde complexe et périlleux où ils sont nés ».

    C’est à 3:00 pile de l’extrait suivant : http://fr.youtube.com/watch?v=0u21WLsJtcI

    septembre 2, 2008 à 18 h 56 min

  10. Vincent

    C’est un peu simpliste — j’en conviens — mais ça m’amuserait qu’on prenne le temps de répondre, débattre et argumenter. Quelque chose me dit en effet que derrière de potentiels (et inévitables ?) froissements des pensées déroutantes, inédites et stimulantes risquent de surgir.

    Vous réagissez comment, vous, à cette introduction ?

    septembre 2, 2008 à 19 h 06 min

  11. Vincent

    Une petite anecdote sur ce film :

    Je l’ai vu en sortant d’un séjour à l’hopital (suite à une appendicite à complication pour faire simple) et j’ai tellement ri que l’on a cru que la « rechute » qui a fait suite était due à la cicatrice qui s’était malencontreusement réouverte.

    septembre 3, 2008 à 0 h 35 min

  12. 120

    Ecrit par Christian Bobin :

    Dans le village d’Albain, proche de celui de Saint-Sixte, il y a une école. Une seule classe. On y a regroupé une douzaine d’enfants d’âges différents. Un seul maître pour tous. Pendant que les plus jeunes dessinent, les plus grands apprennent l’histoire de France. Cela est la vérité officielle, la vérité pour les parents. La vraie vérité est différente : pendant que les plus jeunes dorment ou jouent aux billes dans le fond de la classe, les plus grands gravent leurs noms sur les bureaux, échangent des photos de chanteurs et lisent des bandes dessinées. Et le maître ? Le maître est là depuis le début de l’automne. Fraîchement nommé dans ce village, il se languit d’une bien-aimée qui n’a pu le suivre. Lui en Isère, elle dans le Nord, près de la frontière belge. Entre elle et lui, plusieurs centaines de kilomètres qu’il recouvre patiemment de timbres-postes et de mots d’amour. Il a divisé les heures de cours en deux parties inégales. Pendant la première, la plus longue, les enfants ont quartier libre. Dans le bourdonnement des voix, il écrit à sa fiancée, à ses parents, à ses amis. Il raconte sa vie dans ce village, ses promenades dans les alentours. Il évoque ses lectures et ajoute parfois le portrait d’un de ses élèves. Dans le dernier quart d’heure, il demande le silence et lit à voix haute la lettre qu’il vient de terminer. Les enfants écoutent et posent des questions sur ce qu’ils ont entendu. Le maître répond et glisse dans ses réponses un peu d’histoire, un rien de littérature, un soupçon de géographie. A la fin du premier trimestre, les élèves sont incollables sur l’économie et l’histoire de l’Isère. Ils savent aussi beaucoup de choses sur Isabelle, la fiancée du maître. Certains en sont vaguement amoureux. Etre amoureux, c’est souvent l’être « vaguement ». Le flou est propice aux états sentimentaux. Ils écrivent à leur tour des mots d’amour pour Isabelle. Ils les montrent au maître qui corrige les fautes, donne quelques règles de grammaire puis met leurs lettres dans une enveloppe, avec la sienne. La seule ombre dans cette histoire est qu’Isabelle ne réponde jamais aux lettres qu’elle reçoit. Les enfants ont interrogé le maître sur ce silence. Il leur a dit qu’elle avait beaucoup de travail et qu’un jour elle viendrait ici, en personne. Vers la fin du mois de juin, a-t-il précisé. Cette réponse a satisfait tous les enfants — sauf Albain. Albain a un doute dont il ne fait part à personne. Albain a plus qu’un doute. Albain est sûr qu’Isabelle n’existe pas, qu’elle n’est qu’une façon particulièrement sournoise de faire de la pédagogie. Albain connaît le mot « pédagogie » : le maître l’avait écrit dans une de ses lettres et il avait expliqué ce que c’était, ce que ça voulait dire. Vous en connaissez beaucoup, vous, des lettres d’amour où figure le mot « pédagogie », sans compter des informations détaillées sur les sous-sols du massif alpin ?

    (Geai, Gallimard, 1998)

    septembre 3, 2008 à 12 h 29 min

  13. Isidore

    C’est drôle, j’ai longuement fréquenté l’institution scolaire, travaillé avec des enfants, réfléchi à la pédagogie, émis des tas de théories concernant l’école… et puis maintenant devant le sujet qui s’offre là, tout cru, tout nu, tout prêt à être saisi… et bien rien, le silence, un immense silence qui envahit tout mon dedans et me laisse sans voix. Pourtant il y aurait tant à dire… Peut-être que justement tout a été tellement dit et fait, que tout est tellement connu depuis si longtemps pour ce qui concerne l’instruction et aussi l’éducation des enfants qu’il n’y a finalement pas grand chose d’autre à faire que de le faire, en silence et sans trop en parler pour ne pas effrayer les enfants. Vous savez, un rien leur fait peur, et après, hop, fermés comme des huitres, plus rien à en tirer!
    Trêve de plaisanterie, formidable sujet, Vincent!.. Mais par quel bout le prendre?

    septembre 3, 2008 à 14 h 50 min

  14. Vincent

    Je ne sais pas trop.

    Pour ma part, la question (du moins au moment de lancer l’article) n’était pas tant celle de l’instruction ou de l’éducation proprement dite que celle de l’école en tant que structure fermée, isolée de la « vie réelle ».

    Que penser de cette « mise à l’écart » ?

    Est-ce une façon somme toute assez rusée de prolonger en quelque sorte la gestation du bébé d’humain, en le maintenant un peu artificiellement mais le plus longtemps possible loin d’un monde réel jugé trop rude pour lui ?

    Est-ce plutôt une manifestation supplémentaire de la tentation maligne d’abstraction que pointait déjà Amélie dans les contenus d’enseignement ?

    Ou autre chose ?

    septembre 3, 2008 à 15 h 20 min

  15. Vincent

    Sans doute pourrait-on associer la réflexion d’Hugues Rebell, sur le blog « ami » de Denis Grozdanovitch ( http://raquette.blogs.liberation.fr/grozdanovitch/2008/08/lenfant-les-jeu.html ), qui écrivait le 28/08 :

    « (…) les jeux-vidéos (cette drogue dure, hallucinogène et décérébrante) n’est que le résultat logique de l’éducation qui nous est déjà dispensée dans nos écoles publiques où toute réalité du monde en marche nous est occultée par le trop plein d’abstractions (d’ordre mathématique ou encore prétendument rhétorique) qui nous est déversé pour mieux nous conformiser, nous mettre au pas.

    Pourquoi donc, en effet, n’est-il jamais prévu dans nos écoles la moindre visite des ateliers ou le monde actuel se construit (ou se détruit lentement, c’est selon…) ? Pourquoi ne fait-on jamais visiter aux écoliers aucune fabrique industrielle, aucun élevage en batterie, aucun abattoirs où sont parqués puis tués en série les animaux qu’ils mangent, pourquoi ne sont-ils jamais informés (pas plus que nous d’ailleurs) sur la fabrication de l’électricité par le nucléaire, pourquoi ne nous fait-on jamais visiter les égouts, pourquoi ne nous montre-t-on jamais comment sont cultivés nos légumes (à coups de pesticide cancérigènes), plus simplement encore pourquoi ne nous inculque-t-on jamais aucune notion de médecine (ou de secourisme), de mécanique, d’électricité, de menuiserie, de maçonnerie, d’informatique, ainsi que de toutes ces choses pratiques immédiates dont nos dépendons tous les jours, et pourquoi nous farcit-on la tête d’un prétendu savoir théorique de haut niveau (qui ne devrait être réservés qu’à ceux qui le veulent bien) si ce n’est pour mieux nous rendre dépendants d’un monde de spécialistes (eux-mêmes, ironiquement, isolés dans leurs spécialités et dépendant les uns des autres) et si ce n’est pour mieux nous embobiner, nous égarer et pour tout dire nous contrôler et nous empêcher d’avoir une vue claire et logique du fonctionnement réel des institutions ?

    Le plus tragique est que lorsque on prétend nous montrer le fonctionnement de certains rouages de la civilisation moderne, cela est précisément fait d’une manière doucereusement orientée et savamment édulcorée : tous ces polars télé où nous sont montrés des flics qui ne correspondent à aucune réalité sur le terrain, ces innombrables jeux vidéos, justement, où nous est « fabulisé » un monde d’images d’Epinal post-moderne totalement onirique, ces jeux guerriers où ne nous est reconstitué que le côté excitant et « sportif » de la guerre (la religion de l’exploit et de la performance !)

    Il me semble tout simplement que nous subissons chaque jour à notre insu – au point que très peu d’entre-nous en ont encore conscience – un méthodique lavage de cerveau consumériste et fatalement suicidaire, puisque aucun d’entre nous ne pourra jamais prétendre en réchapper, sans doute, d’ici peu… »

    septembre 3, 2008 à 15 h 38 min

  16. Vincent

    En grand lecteur d’Hannah Arendt que tu me sembles être, Isidore, partages-tu également son point de vue sur « la crise de l’éducation » ?

    septembre 3, 2008 à 16 h 00 min

  17. Vincent, en utilisateur averti, tu peux faire un trackback du lien de Denis, il sera ainsi averti qu’on parle de lui … (voir dans l’interface de rédaction, le champs trackback)

    septembre 3, 2008 à 16 h 18 min

  18. Vincent

    Heu… je vais essayer de voir ce que c’est… et si j’y arrive.

    septembre 3, 2008 à 16 h 28 min

  19. Isidore

    J’avais repéré ce commentaire de Hugues Rebell Chez D. Grosdanovitch et le trouvais intéressant également.

    Concernant le sujet de ton article (l’isolement de l’école par rapport au monde), plusieurs réflexions me viennent à l’esprit:

    – Cet isolement n’est-il pas nécessaire aussi? Hannah Arendt, justement, nous parle de cet entre-deux (entre la famille et le monde) de l’école dont une des fonctions est de préparer ce passage. Le cercle privé de la famille n’est d’ailleurs pas non plus le monde réel auquel tu fais allusion. Le monde réel n’est-il d’ailleurs pas la somme de ces sphères disjointes et complémentaires qui se côtoient?

    – Ceci ne pose-t’il pas aussi problème non pas du fait de l’isolement particulière de l’école par rapport au monde mais plutôt du fait de l’atomisation de toutes les sphères de l’activité humaine dans nos sociétés éclatées et fragmentées, l’école n’étant pas plus isolée du reste que chacune des sphères prises isolément? Chaque entreprise, chaque institution, chaque profession décline le monde à sa manière et entretient des relations plus ou moins difficiles avec les autres. Peut-on dire que l’école occupe une place particulière dans ce dialogue de sourds et de malentendants? Sans doute mais pas forcément celle qui lui donnerait un statut particulier dans son isolement par rapport au « monde réel ».

    – La question de l’espace privé et l’espace publique dans nos sociétés se retrouve posée et trouve un nouvel éclairage sous cet angle scolaire.

    Mais j’avoue que j’ai un peu de mal à circonscrire la question et à trouver une direction à développer avec un peu d’énergie…

    septembre 3, 2008 à 18 h 09 min

  20. Isidore

    En fait, je viens de relire ton commentaire, Vincent, et tu parles « d’isolement par rapport à la vie réelle » plutôt que par rapport au monde, comme je l’ai traduit. Dans ce cas là je partage ton point de vue tout en ajoutant que ce sentiment d’isolement par rapport à la vie réelle doit, à mon avis, tout autant se ressentir dans la plupart des professions en cours aujourd’hui, dans la mesure où il ne doit pas en exister tant qui offrent un véritable sens à l’existence et qui donnent le sentiment d' »être dans la vie réelle ».

    Cette fois-ci ce sont les questions du « réel » et de la « vie réelle » qui se trouvent être posées.

    septembre 3, 2008 à 18 h 41 min

  21. Amélie

    J’ai dit que je m’abstiendrais de développer mon point de vue; juste une chose à laquelle je pensais en douchant les enfants : de façon assez contradictoire, l’abstraction m’éloigne toujours du « sentiment de vérité ». D’où le fait que les discours tendent à appauvrir les choses profondes, bien souvent, le langage étant peut-être un stade suprême de l’abstraction.

    septembre 3, 2008 à 21 h 16 min

  22. Vincent

    Dommage que tu t’abstiennes car le thème de l’abstraction me semble fort intéressant… et pertinent. De façon plus générale, sans le focaliser forcément sur l’école, ce ne serait pas une piste à prendre ?

    Il y a sûrement des ponts, en plus, avec la « théorie des sphères disjointes » ou « de l’éclatement » d’Isidore, non ?

    Mais j’admets que ce n’est pas très simple à débrouiller tout ça. Je ne sais pas non plus par quel bout empoigner le sujet (alors que j’en ai bien envie).

    septembre 3, 2008 à 21 h 29 min

  23. Amélie

    Je retiens toujours mes leçons : faut pas parler école et éducation avec des professionnels de l’enfance ! 🙂

    septembre 3, 2008 à 21 h 39 min

  24. Isidore

    C’est vrai qu’il est difficile de maintenir un lien vigoureux entre le langage et la réalité et que l’égarement dans l’abstraction est facile. Mais ceci suffit-il pour renoncer au langage et à l’exercice des idées? Je ne suis pas certain que l’on puisse exprimer des choses profondes sans faire appel au langage.. mais tous les langages ne parlent pas forcément de la même manière aux uns et aux autres, et c’est tant mieux… à condition de laisser ouvertes toutes les formes possibles, non?

    Peut-être mon expression te semble t’elle trop abstraite? J’entends ta remarque mais je peux t’assurer que les idées que je manie et la pensée que je tente avec les moyens dont je dispose, de construire, entre autre grâce à la conversation, sont bien enracinées dans du concret et du vécu. Tu imagines bien alors que je ne vais pas les laisser réduire à de vaines et futiles abstractions comme ça, hop, sans que je fasse un peu d’effort pour les défendre, que diantre!

    septembre 3, 2008 à 22 h 19 min

  25. Isidore

    Houuuuu la mauvaise joueuse!!!!

    septembre 3, 2008 à 22 h 23 min

  26. Ourko

    Des professionnels de l’enfance ? T’en as vu où ? Des vacances, peut-être, mais de l’enfance, désolé, je n’en vois pas par ici !

    septembre 3, 2008 à 22 h 34 min

  27. Amélie à Isi

    Tu dois juste être plus doué que moi. IL n’y a pas que des « idées » qu’on souhaite partager; on est habités de tout un monde de choses ressenties, pressenties, vécues… (j’ignore volontairement el mot « pensées »). Pour ma part, plus ce monde là est riche, plus ce que j’essaie d’en partager par la bouche bute contre mes dents et refuse de sortir autrement que sous une forme factice, plate, et sans rapport véritable avec la chose d’origine. IL ne me reste plus que mes yeux pour parler mes bras, mes mains, mon ventre, mes épaules, mon souffle… mais pas les mots.

    septembre 3, 2008 à 22 h 40 min

  28. Vincent

    Tentons à tout hasard un biais pour aborder autrement le sujet :

    Sans préjuger de la pertinence ou non de l’école publique et de ses méthodes, disons qu’elle eu sûrement — et a peut-être encore — ses raisons d’être, dans un type de civilisation qui est en train sinon de s’essouffler, du moins de se transformer.

    Sans entrer tout de suite dans un jugement moral (savoir si c’est « bien » ou « mal »), peut-on au moins essayer d’entrevoir l’évolution possible de l’école ?

    A votre avis, dans 50 ans, dans un siècle… ou deux, l’école ressemblera à quoi ? Sans forcément savoir exactement pourquoi, qu’aimeriez-vous qu’elle devienne, que craigniez-vous qu’elle soit ?

    (Mouais, pas plu ssimple par ce biais là, non plus)

    septembre 3, 2008 à 22 h 42 min

  29. Amélie tant pis vous l'aurez voulu, je vais vous parler de l'école

    Il y avait sur France Inter l’autre jour un tour d’horizon des systèmes scolaires enropéens.
    J’ai retenu deux exemples :
    En Italie, c’est le grand retour de « l’école à la papa ». Les italiens font le même constat que nous : leurs enfants ne savent plus lire ni écrire et leur niveau « d’éducation » est bien inférieur à tout ce qu’il a pu être par le passé. Ils reviennent donc aux « bonnes vieilles méthodes », avec la discipline comme maître mot, le retour de la blouse, et de l’instruction civique…
    En Finlande, les enfants ne sont pas regroupés par classe, mais par groupe de niveau et par discipline. Il ne semble pas y avoir vraiment de jugement de valeur. On passe d’un groupe à un autre, sans calendrier strict (je crois); ce qui fait qu’on peut très bien être dans un groupe élevé en finlandais, et faible en maths; de toutes façons, on finira par passer toutes les étapes requises en maths, donc il n’y a pas de pression. On disait aussi que les finlandais, comme els français, disposaient de bibliothèques, médiathèques etc, mais que contrairement aux français, ils en faisaient un usage très intensif. Enfin, chaque instituteur dispose d’un bureau avec ordinateur, les instituteurs étant obligés, par contrat, de passer un certain nombre d’heures de travail hors classe, à l’école (préparations, réunion pédagogiques ultra fréquentes pour harmoniser les travail entre les groupes etc). Il semblerait que le niveau d »‘éducation en Finlande soit excellent.

    septembre 3, 2008 à 22 h 50 min

  30. Amélie tant pis vous l'aurez voulu, je vais vous parler de l'école

    Voilà donc deux tendances: une qui va vers plus de rigorisme, et une autre vers plus de souplesse… qui va gagner ??? hmmmmmmm, hmmmmmmmmm ?
    La France, va, je crois, plutôt suivre l’Italie (en tous cas c’est ce que j’entends entre les lignes des réformes).
    Je ne sais pas ce qui vaut le mieux. J’ai la nostalgie de la vieille école. Je ne comprends pas que les instituteurs (je ne cite personne 😉 ) se fassent tutoyer, et en même temps, j’ai fait mes études dans un endroit où on travaillait par groupe de 6 avec un prof, en buvant du thé et en mangeant des biscuits…

    septembre 3, 2008 à 22 h 53 min

  31. Amélie

    et maintenant, dites ce que vous voulez, moi, je me couche !

    septembre 3, 2008 à 22 h 55 min

  32. Vincent

    Pour ma part, je pense que l’enseignement par des fonctionnaires dans une école publique d’Etat — que je défends ne serait-ce qu’en en faisant partie — ne tiendra pas longtemps.

    De la même façon que l’Empire romain a laissé place aux petites structures mérovingiennes, que la grande distribution (ne serait-ce que pour des problèmes de coûts de transport devenant de plus en plus exobitants) sera remplacée par des « courts circuits » (type AMAP ou « jardin de Cocagne »), des associations de parents prenant en charge eux-mêmes l’éducation/instruction des enfants de leur « tribu » se substitueront progressivement — pour le pire comme le meilleur — à l’école telle qu’on l’entend aujourd’hui.

    septembre 3, 2008 à 22 h 58 min

  33. Isidore

    Pour en revenir à notre propos: « le dressage des petits n’enfants sous serres aseptisées », (petit clin d’œil à Bardamu pour les non initiés), je voudrais ajouter, pour calmer mon ahurissement devant la course à la performance qui semble gagner tous les secteurs de la vie de la cité désormais, et qui, dans le cas de ma fifille qui vient de faire sa rentrée en seconde, se manifeste par une mise sous pression dès le premier jour, menaces et intimidations à l’appui, des horaires à dormir debout (6h du matin pour avoir le car, jusqu’à 18h – repas à 13h30 (5 heures de cours le matin)) et un esprit de travail à vous dégoûter définitivement d’apprendre quoique ce soit.

    Quand je pense qu’à l’école publique Freinet d’Aizenay (Vendée), elle avait appris à se prendre en charge complètement dès le CE1, qu’elle savait travailler personnellement à son rythme avec d’excellentes fiches de progressions et une aide attentive des enseignants, qu’elle ne s’ennuyait pas une minute et circulait librement dans l’établissement pour l’usage de la bibliothèque mais aussi des toilettes, je suis effaré de la régression proposée par le collège et maintenant apparemment par le lycée.

    Certaines écoles primaires ont vraiment su faire un chemin de recherche et de réflexion qu’on a malheureusement bien du mal à trouver ensuite au collège et au lycée. Trop peu d’établissements existent en France qui sachent proposer des alternatives intéressantes et sérieuses. J’en parle en connaissance de cause puisqu’on a poussé la recherche assez loin en la matière. Pourtant tout ce qui a été expérimenté si difficilement depuis pas mal d’années suffit pour donner des pistes sérieuses d’amélioration des conditions d’apprentissages pour les jeunes. A la place on leur propose en grande majorité, la course à la performance, être le meilleur contre tous et éliminer, dégoûter de la joie d’apprendre le plus d’enfants possible en minant si possible la confiance en soi…pour en faire de bon sujet manipulables à souhait. C’est facile, une fois qu’on a perdu la conscience de soi et la confiance en soi…

    septembre 3, 2008 à 23 h 16 min

  34. Isidore à Amélie

    Mouais…

    septembre 3, 2008 à 23 h 32 min

  35. Mais alors, l’histoire de Christian n’est pas vraie ?
    quel dommage … 😦

    septembre 4, 2008 à 1 h 26 min

  36. Amélie

    En fait, je visualisais cette image de vieux sage sur sa place grecque, transmettant son savoir par le biais de la discussion à une petite dizaine d’enfants curieux, puis les emmenant marauder les figues et en profitant pour les faire courir, ramasser des feuilles sauvages, étudier les terriers…
    ça c’est mon idéal d’école.
    Pourquoi ne pas envisager d’employer les retraités qui le souhaitent à la transmission aux jeunes générations ?

    septembre 4, 2008 à 12 h 31 min

  37. Amélie

    … peut-être parce que la pédagogie, comme le reste, a été érigée en science ?

    septembre 4, 2008 à 12 h 32 min

  38. Amélie

    D’ailleurs je voudrais insister sur les bienfaits de la promenade, du mouvement, des sollicitations discrètes qui parfois, aident à dépasser des blocages dans une réflexion.

    septembre 4, 2008 à 12 h 34 min

  39. Vincent

    La pire chose qui soit peut-être arrivée aux élèves n’est-elle pas la « professionnalisation » de leurs enseignants, au nom de prétendues — et prétentieuses — sciences de l’éducation ?

    septembre 4, 2008 à 12 h 48 min

  40. Amélie

    Peut-être…
    En outre, je doute qu’on puisse avoir la passion de l’enseignement à vie.

    septembre 4, 2008 à 12 h 51 min

  41. Vincent

    A mon sens, en démocratie (régime politique donnant le pouvoir au peuple, induisant ansi le risque qu’il devienne son propre tyran) l’éducation/instruction de chacun est le problème de tous… et ne devrait donc aucunement ête accaparé par une caste professionnelle. Un système de mandat (du type électif comme pour les politiques) serait dès lors bien plus adapté que le fonctionnariat, vous ne pensez pas ?

    (Pour cela — soit dit en passant — il faudrait penser l’école comme une institution, non comme un service public)

    septembre 4, 2008 à 13 h 21 min

  42. Amélie

    Je ne suis pas sûre…
    Ca implique que tout le monde soit capable de juger des capacités des uns et des autres à enseigner, de leurs connaissances etc. Il me semble qu’un examen doit au moins valider le niveau de connaissances fondamentales.
    Ca te dirait de laisser ton fils dans les mains de quelqu’un qui fait 5 fautes par phrase ? (et je préfère ne rien dire sur la syntaxe de certains qui l’ont eu, le concours d’instit 😉 )

    septembre 4, 2008 à 13 h 53 min

  43. Amélie

    Finalement, je crois que l’unique objet de l’école est de séduire, puisque son seul but devrait être de faire naître (et aussi de sans cesse alimenter) le désir de s’interroger, et d’apprendre.
    Or l’école telle qu’on la vit souvent est tout le contraire. Loin d’être une séductrice, elle est la mégère qui attend le retour de son mari, bigoudis sur le crâne, air revêche et rouleau à pâtisserie au poing….

    septembre 4, 2008 à 14 h 18 min

  44. Amélie

    Il me semble que les enfants sont naturellement philosophes (« pourquoi ? » « xxxx », « oui, mais pourquoi xxxxx ? »). L’école devrait avoir pour vocation de développer cette nature, puisque finalement, ce qui importe le plus, n’est-ce pas le questionnement perpétuel, l’exercice éclairé du doute ? Et alors je vais revenir à ma vieille rengaine : l’école ne va-t-elle pas à contre-courant de ce qu’elle devrait être en assenant des « vérités à apprendre », plutôt qu’en incitant ses élèves à contredire, s’interroger, argumenter face à un enseignant humble, curieux, bienveillant, et surtout, capable de s’adapter au cheminement de la pensée qui se construit devant lui, et de rebondir pour enrichir cette pensée là, et pas celle qu’il avait pré-établie ?

    septembre 4, 2008 à 14 h 28 min

  45. Amélie

    Finalement, l’école n’insiste-t-elle pas trop sur la masse de connaissances, et trop peu sur la méthode ? Ne donne-t-elle pas le blé, au lieu d’enseigner à cultiver la terre ?

    septembre 4, 2008 à 14 h 29 min

  46. Vincent

    Réponse à la question du commentaire 42 :

    Le jeu de la démocratie implique justement qu’on accepte la décision majoritaire (c’est d’ailleurs ce qui le rend passionnant, je trouve). Si un vote choisissait donc quelqu’un qui « fait plus de 5 fautes par phrases », pour reprendre ton exemple, il me faudrait bien accepter le fait que la maîtrise de la langue (syntaxe et/ou orthographe) n’est plus une valeur capitale dans le groupe dans lequel que vis. Libre à moi ensuite, si cela ne me convient pas, de tenter d’inverser la tendance et de convaincre mes concitoyens de son importance… ou de me présenter afin de prendre la place de celui que je juge plus nul que moi.

    septembre 4, 2008 à 16 h 28 min

  47. Vincent

    Rebond sur le commentaire 44 :

    En apprenant avant tout à lire écrire, compter, l’école ne transmet-elle pas les outils et méthodes dont tu parles, plutôt que les vérités toutes faites que tu suggères ?

    septembre 4, 2008 à 16 h 38 min

  48. Vincent

    Du point de vue où je me place (qui n’est certes forcément pas objectif, mais bon… je fais de mon mieux pour prendre du recul) l’école est bien plus le révélateur des problèmes d’une société (notamment parce qu’elle porte implicitement ses valeurs auprès de ses êtres les plus fragiles : les enfants) que leur cause.

    Je ne partage du coup pas un seul instant l’idée — à mon sens illusoire (et tellement « facile ») — qu’une école, quelle qu’elle soit, puisse porter et transmettre des valeurs différentes de celles de la société dans laquelle elle agit, et donc puisse fabriquer toute seule des crétins illettrés — comme l’assènent certains — au sein d’une société subtile et raffinée qui n’aurait de son côté aucune responsabilité ou à l’inverse — comme en rêvent d’autres — des révolutionnaires pionniers de l’homme nouveau au sein d’une société fatiguée et décadente.

    septembre 4, 2008 à 16 h 51 min

  49. 120

    Ecrit par Karl Popper (en lien avec le commentaire 40) :

    En réfléchissant à ma propre expérience d’alors, en tant que jeune professeur dans de mauvais établisements, je suis parvenu à la conclusion que l’essentiel serait de donner aux mauvais enseignants la possibilité de quitter l’enseignement. J’ai constaté que seuls les êtres qui avaient un certain don — ce n’est pas à proprement parler un don intellectuel, mais un rapport intérieur avec les enfants — pouvaient être de bons maîtres. Et beaucoup d’enseignants sont en quelque sorte prisonniers de l’école, ils s’y trouvent malheureux, mais ne peuvent plus en sortir. J’ai émis une proposition toute simple : il faut faire à ces gens, qui ne sont pas plus mauvais que d’autres, des ponts d’or pour qu’ils puissent s’en aller ; et alors viendront à leur place des jeunes gens dont certains seront des pédagogues nés. (…) Tant qu’il y aura à l’école des maîtres aigris, et qu’ils y seront en grand nombre, terrorisant les enfants pour des raisons bien compréhensibles, et en partie aussi parce qu’ils sont eux-mêmes intimidés par leurs supérieurs, en particulier les inspecteurs, le système scolaire ne pourra s’améliorer.

    (L’avenir est ouvert, Flammarion, 1994)

    septembre 4, 2008 à 18 h 25 min

  50. Vincent

    J’aime beaucoup l’idée de la vocation « séductrice » de l’école proposée par Amélie (post 43). C’est ainsi également que je lis la fable de Bobin (post 12).

    septembre 4, 2008 à 18 h 32 min

  51. Vincent

    Que c’est dur cependant de parvenir a encore séduire des enfants semble-t-il de plus en plus prosaïquement repus, gavés, fatigués !!!

    septembre 4, 2008 à 18 h 34 min

  52. Vincent

    Le récit d’isidore (post 33) me paraît illustrer à merveille les limites de la volonté de changer le monde en commençant par l’école.

    Sur ce point, je partagerais plutôt le point de vue d’Hannah Arendt, qui préconise une école davantage « conservatrice » qu’ « avant-gardiste ».

    septembre 4, 2008 à 18 h 48 min

  53. 120

    Ecrit par Hannah Arendt :

    Dans la mesure où l’enfant ne connaît pas encore le monde, on doit l’y introduire petit à petit ; dans la mesure où il est nouveau, on doit veiller à ce que cette chose nouvelle mûrisse en s’insérant dans le monde tel qu’il est. Cependant, de toute façon, vis-à-vis des jeunes, les éducateurs font ici figure de représentants d’un monde dont, bien qu’eux-mêmes ne l’aient pas construit, ils doivent assumer la responsabilité, même si, secrètement ou ouvertement, ils le souhaitent différent de ce qu’il est. Cette responsabilité n’est pas imposée arbitrairement aux éducateurs ; elle est implicite du fait que les jeunes sont introduits par les adultes dans un monde en perpétuel changement. Qui refuse d’assumer cette responsabilité du monde ne devrait ni avoir d’enfant, ni avoir le droit de prendre part à leur éducation.

    *

    La compétence du professeur consiste à connaître le monde et à pouvoir transmettre cette connaissance aux autres, mais son autorité se fonde sur son rôle de responsable du monde. Vis-à-vis de l’enfant, c’est un peu comme s’il était un représentant de tous les adultes, qui lui signalerait les choses en lui disant : « Voici notre monde. »

    *

    L’homme moderne ne pouvait exprimer plus clairement son mécontentement envers le monde et son dégoût pour les choses telles qu’elles sont qu’en refusant d’en assumer la responsabilité pour ses enfants. C’est comme si, chaque jour, les parents disaient : « En ce monde, même nous ne sommes pas en sécurité chez nous ; comment s’y mouvoir, que savoir, quel bagage acquérir sont pour nous aussi des mystères. Vous devez essayer de faire de votre mieux pour vous en tirer ; de toute façon vous n’avez pas de comptes à nous demander. Nous sommes innocents, nous nous lavons les mains de vote sort. » Cette attitude n’a bien sûr rien à voir avec le désir révolutionnaire d’un nouvel ordre du monde — Novus Ordo Saeclorum — qui anima jadis l’Amérique : elle est plutôt symptomatique de l’actuelle aliénation du monde que l’on peut observer partout, mais que les conditions d’une société de masse font apparaître sous une forme particulièrement radicale et désespérée.

    *

    Notre espoir réside toujours dans l’élément de nouveauté que chaque génération apporte avec elle ; mais c’est précisément parce que nous ne pouvons placer notre espoir qu’en lui que nous détruisons tout si nous essayons de canaliser cet élément nouveau pour que nous, les anciens, puissions décider de ce qu’il sera. C’est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l’éducation doit être conservatrice ; elle doit protéger cette nouveauté et l’introduire comme un ferment nouveau dans un monde déjà vieux qui, si révolutionnaire que puissent être ses actes, est, du point de vue de la génération suivante, suranné et proche de la ruine.

    (La crise de la culture, Gallimard, 1972)

    septembre 4, 2008 à 19 h 19 min

  54. Est-ce que les enfants sont vraiment philosophes ? Ne serait-ce pas une vue de l’esprit qui te fait plaisir, Amélie ?

    Et toi, Vincent, tu prônes un instituteur séducteur, quelque part suffisamment commercial pour « vendre » sa connaissance 🙂

    Si on votait, je crois que je serais plus dans le clan des anciens (pour le coup !) avec la méthode à l’ancienne …

    La méthode douce, c’est trop mai 68 pour moi 😛

    septembre 4, 2008 à 19 h 54 min

  55. En tout cas, ce que je trouve pas mal avec l’école, c’est aussi tout ce qu’il y a autour : les camarades, les devoirs, les chahuts, les amoureuses, les images, les punitions …

    septembre 4, 2008 à 19 h 56 min

  56. Amélie

    ben, dans la mesure où un philosophe est juste quelqu’un qui pose des questions, tu vas vite te rendre compte que dès 2 ans, les enfants sont prodigieusement philosophes !!!

    septembre 4, 2008 à 20 h 38 min

  57. 120

    Ecrit par Daniel Sibony :

    Chaque année, le rituel de la rentrée… Drôle de mot. Rentrer dans quoi ? Pour les adultes c’est parfois dur : passer du vide des êtres vacants au boulot des plein-temps… (…) Côté enfants c’est plus drôle. Ca se voit qu’ils aiment bien ça, l’école. Une enquête le confirme, de ces enquêtes qui permettent de savoir ce qu’on sait déjà. Oui, ils aiment bien l’école (…) Soyons précis : ce qu’ils aiment c’est y aller, c’est-à-dire se retrouver y allant, allant y trouver des bribes de leur être qu’ils ne connaissent pas. Autrement dit, ils y vont pour quitter leur enclos ; pour sortir : pour en sortir. (…) Mais l’école, est-ce qu’elle aime ? Est-ce qu’elle en a les moyens ?

    (Du vécu et de l’invivable, Psychopathologie du quotidien, Albin Michel, 1992)

    septembre 4, 2008 à 21 h 06 min

  58. 120

    Ecrit par Fernard Deligny :

    Quand tu auras passé trente ans de ta vie à mettre au point de subtiles méthodes psycho-pédiatriques, médico-pédagogiques, psychanalo-pédotechniques, à la veille de la retraite, tu rendras une bonne charge de dynamite et tu iras discrètement faire sauter quelques pâtés de maisons dans un quartier de taudis ; et en une seconde, tu auras fait plus de travail qu’en trente ans.

    (Graine de crapule, Dunod, 1998)

    septembre 4, 2008 à 21 h 25 min

  59. Isidore

    Réponse au post 52 de Vincent.

    Puisque tu m’invites à réagir, Vincent, je m’empresse d’exaucer ton désir en proposant la réponse suivante:

    Ton interprétation de mon propos et du texte d’H.Arendt me paraît symptômatique de l’attitude autiste de notre Administration française en ce qu’elle semble de plus en plus encline à se considérer comme « la réalité » et à juger tout ce qui ne se plie pas à sa loi comme irréelle et dangereusement idéaliste.

    J’avais déjà abordé ce thème avec mon article au sujet de « l’espace publique », considérant que la disparition de ce dernier, tel que je le supposais, se manifestait par le fait que l’Administration, sensée incarner l’espace commun, devenait, dans une réalité sans espace publique, un simple espace privé parmi une multitude d’autres espaces privés, mais ayant la fâcheuse tendance à se crisper de plus en plus sur sa propre existence qu’elle sent menacée, en essayant par tous les moyens (en particulier l’intimidation, la menace et la contrainte) d’imposer sa vision des choses qui malheureusement ne représente plus qu’elle même et ses petits intérêts particuliers (entre autres et d’abord sa propre subsistance). J’avais illustré mon propos de mon expérience avec la Justice.

    Je te signale, par ailleurs que l’école Freinet dont je parle est l’école publique banale de la commune d’Aizenay, comme celle où tu travailles actuellement sauf que l’équipe d’instits publiques se bat pour faire vivre et enrichir les apports et les inovations d’un autre instituteur publique Celestin Freinet. Tu vois que tout ceci se passe bien dans la « réalité ».

    Alors quand à l’intérieur même de sa propre réalité l’école en arrive à ignorer ses propres réformateurs en les tolérant difficilement plutôt qu’en se vivifiant de leurs apports, quand de surcroît, elle demeure totalement sourde, aveugle et fermée à toute l’expérience du secteur privé (qui fait aussi pleinement partie de « la réalité », non?) età tout ce qui se passe à l’étranger, en ignorant même les noms de Montessori, Decroly, Steiner etc… et le travail passionnant réalisé depuis tant d’années, tout en s’obstinant à se poser des tas de questions résolues depuis longtemps par moults réformateurs sérieux, je ne peux m’empêcher d’exprimer une légitime consternation, d’autant plus que j’en pâtis personnellement depuis déjà un certain nombre d’années.

    J’ai un bon ami inspecteur primaire dans l’Isère, avec qui nous échangeons à ce sujet et il reconnaît lui même le peu de marge de manoeuvre pour faire évoluer ce grand corps sclérosé de l’Education Nationale, plus préoccupée par sa propre survie que par le service qu’elle a vocation d’assurer.

    En France, la seule obligation légale c’est celle de l’instruction des enfants. Depuis quand l’école publique s’octroirait-t’elle la prétention d’en assurer seule le service, et d’incarner la totalité de la réalité à ce sujet?

    septembre 5, 2008 à 17 h 47 min

  60. Vincent

    Il doit y avoir malentendu quelque part car je ne pense pas avoir ne serait-ce qu’imaginé que l’Education Nationale — que je ne crois pas sacraliser — puisse être la seule et vraie réalité.

    A vrai dire, si je crois comprendre ton point de vue (et entendre qu’il est issu d’une douloureuse confrontation), je ne reconnais pas l’Education Nationale que je perçois dans le portrait à charge que tu en fais. Comme quoi, selon les régions, les époques, les hasards de la vie, les points de vue de chacun — peut-être aussi les grilles de lecture — les choses peuvent être diverses et complexes… voire carrément opposées.

    Elle a des scléroses, certes, comme toute « grosse (et vieille) machine » mais ne me semble pas plus sclérosée que ça (en tout cas que les autres sphères du réel) . Elle est en crise aussi, mais comme la société à laquelle elle fait partie (comment pourrait-il en être autrement ?).

    Quant aux « réformateurs » historiques, non seulement ils ne sont pas superbement ignorés, mais au contraire, à mon sens, plutôt devenus depuis vingt ou trente ans la « bonne parole officielle » (comme aux temps d’Arendt en Amérique) des présomptueux pédagogos qui ont investis ses structures.

    Ton point de vue un peu univoque me semble — si tu me permets l’expression — un peu trop simpliste. Ce n’est certes pas une déesse intouchable, mais pas non plus une redoutable et maléfique sorcière !

    septembre 5, 2008 à 19 h 02 min

  61. Vincent

    Pour préciser mon point de vue :

    J’appelle « pédagogos » ceux qui résument la problématique scolaire à une question de pédagogie, considèrent celle-ci en termes binaire (telle méthode est vertueuse, telle autre vicieuse) et mènent dès lors une campagne guerrière, tout aussi sanglante que vaine.

    septembre 6, 2008 à 11 h 29 min

  62. Vincent

    Pour prendre l’exemple de l’apprentissage de la lecture qui a fait coulé beaucoup d’encre ces dernières années :

    Des études (qui me semblent sérieuses) ont montré qu’aucune méthode — globale ou syllabique — n’est objectivement « meilleure » qu’une autre. Pour résumer : si une part des élèves semble certes sensible à la pédagogie (apprenant mieux avec telle ou telle méthode), l’autre est en quelque sorte indifférente (et réussit ou au contraire échoue quelle que soit la pédagogie). Le « courbe de Gauss » se déplace donc effectivement un peu, mais perd en gros autant d’un côté qu’elle gagne de l’autre. En revanche, la « part du maître » semble être autrement plus agissante, pouvant plus ou moins élargir le faisceau de la réussite. Et cet « effet maître » n’est pas une affaire de pédagogie : mais d’adéquation à celle-ci.

    Ce qui rendait Freinet exceptionnel ce n’était pas — selon ce point de vue — sa pédagogie en tant que telle mais avant tout le fait qu’il s’était contruit celle qui correspondait le mieux autant à sa personnalité qu’à l’époque et le milieu dans lesquelles il exerçait. Demandez à quelqu’un d’autre de faire la même chose, s’il ne le sent pas, il n’obtiendra aucun résultat.

    La plupart du temps en plus, aucune des deux pédagogies (incompatibles en théorie) n’est appliquée de façon « pure » par la plupart des enseignants : chacun se constitue le mélange qui lui semble le plus adéquat.

    Il faut se faire à l’idée : les « recettes-miracles » — et les être exceptionnels — sont rares ici-bas, dans l’Education Nationale pas plus ni moins qu’ailleurs. Là n’est pas en tous cas — à mon sens du moins — l’éventuel « combat » à mener.

    septembre 6, 2008 à 12 h 10 min

  63. Vincent

    En rebond sur l’allusion à 68 de Yatsé (commentaire 54) :

    Je pense aussi que des méthodes type « Libres enfants de Summerhill » (un best-seller dans les 70’s et un modèle pour de nombreux « révolutionnaires ») étaient adaptées à une époque où les enfants souffraient d’une éducation familiale extrêmement rigoriste et peu épanouissante. Aujourd’hui la situation n’est plus du tout la même : beaucoup d’entre eux souffrent, au contraire, plutôt d’un manque — souvent cruel — de « cadrage ».

    septembre 6, 2008 à 12 h 36 min

  64. Isidore

    Et ça serait quoi, pour toi Vincent, « l’éventuel combat » à mener?

    septembre 6, 2008 à 20 h 11 min

  65. Isidore

    Ne te méprends pas sur mes propos, Vincent, quand je dis que « j’en pâtis personnellement depuis de nombreuses années », il ne s’agit nullement de me plaindre de la « méchante sorcière » mais simplement d’exprimer la difficulté ordinaire (que tu dois aussi bien connaître que moi) que l’on vit forcément lorsqu’on exprime des différents et qu’on refuse de gober tout cru le modèle dominant en place.

    Vis à vis de l’Education Nationale, j’entretiens des relations riches et fort courtoises depuis de nombreuses années en m’efforçant de rester fidèle à ce que je pense et exprimant mes différents d’une façon constructive de préférence et en sachant tout à fait reconnaître les qualités indéniables de notre « grand corps en crise ».

    Je ne pense pas que dénoncer ce qui ne va pas (même caricaturalement, j’en conviens) et s’intéresser aux réformateurs qui œuvrent depuis toujours et souvent conflictuellement forcément, à l’évolution institutionnelle, puisse nuire à l’école d’aujourd’hui et je trouve qu’il est aussi vain d’ignorer ce travail de réforme et de réflexion que de le dénigrer en le réduisant à sa facette « pédagogos ». Je ne pense pas que ceci rende vraiment service à notre chère école. Les « pédagogos » que tu dénonces avec pertinence, sont justement ceux qui ignorent le plus superbement ce dont ils ont de plus l’imposture de se réclamer. Et ils ne m’intéressent pas vraiment.

    De toute façon, comme dans tout corps institutionnel en bonne santé, il est normal que les réformes se fassent difficilement et conflictuellement… Il n’y a en cela rien de nouveau sous le soleil.

    septembre 6, 2008 à 20 h 52 min

  66. Vincent

    Le combat, selon moi ? Ou plutôt « les » combats (car il y en a sans aucun doute plusieurs). Heu… en vrac, tels qu’ils me viennent :

    – Relire Popper (cf. commentaire 49) et offrir des pistes de reconversion valables aux professeurs fatigués (et ils seront de plus en plus nombreux, notamment suite à l’alongement des années de cotisation)… voire carrément changer (progressivement) le statut des professeurs (je défendrais pour ma part davantage — à plus ou moins long terme — le mandat que le fonctionnariat).

    – Réduire le pouvoir que s’occrtoient à mon sens abusivement les professeurs dans les conseils d’école pour mettre en place une véritable concertation démocratique avec les représentants des parents d’élèves et de la municipalité.

    – En finir avec le système infantilisant (et contre-productif) des inspections pour une co-formation. Libérer plutôt ne serait-ce qu’une journée chaque année permettant d’aller dans la classe d’un collègue de son choix observer et discuter de sa façon de travailler.

    – Ouvrir les écoles en dehors des heures de classe pour qu’elles deviennent des lieux de vie et de culture non plus isolés mais centraux et vivants dans le quartier et/ou le village.

    – Revenir — au moins au niveau du collège (qui est, je crois, la structure à réformer en priorité) — sur le principe de la spécialisation disciplinaire des enseignants.

    – Revenir aussi — tant qu’on y est — sur le principe (abstraitement séduisant mais concrètement malsain) du regroupement des élèves par classe d’âge et favoriser le retour des « classes uniques ».

    – Ne plus demander aux enseignants d’évaluer eux-mêmes leurs propres élèves (et se retrouver dès lors dans la position perverse du « juge et partie »)

    – Accepter de réfléchir à l’idée d’un pouvoir accru accordé au directeur sur l’équipe pédagogique (notamment un avis dans le recrutement).

    – etc…

    Mais bon… Tout comme le pointe si justement Fernand Deligny (commentaire 58), l’école n’étant qu’un révélateur de la société dont elle n’est qu’un maillon, c’est surtout au-delà, au niveau sociétal plus général, que devront s’appliquer les combats (s’il faut vraiment conserver ce terme) qui voudront porter les plus grands effets.

    septembre 6, 2008 à 22 h 02 min

  67. Isidore

    Je signe immédiatement ton « manifeste des réformes urgentes ». Super!!!

    septembre 6, 2008 à 22 h 19 min

  68. Ourko

    Abandonner le français pour l’espagnol, l’italien, l’arabe… ou n’importe quelle langue phonétique, ce qui évitera à notre école — une fois le principe de la lecture et de l’écriture acquis — de devoir consacrer encore et encore des heures et des heures à l’apprentissage de règles d’orthographe dont on peut se demander si elles ont d’autres vocations que de bien marquer la distinction des classes sociales et nous faire passer dans lemême temps pour des cancres au niveau européen (quand on compare nos compétences sans tenir compte de cette particularité).

    septembre 6, 2008 à 22 h 21 min

  69. Vincent

    Yeah ! Merci Isidore.
    Car s’il y a certes une satisfaction — de type aristocratique — à se retrouver parfois un peu seul… il y en a une autre — plus plaisante encore — à constater ne plus l’être tout à fait.
    😉

    septembre 6, 2008 à 22 h 27 min

  70. Vincent

    Une ‘tite dernière (d’un autre ordre… plus corporatiste on va dire) :

    Lorsque des enseignants font grève, leur permettre ensuite — par l’intermédiaire des syndicats — de mutualiser les journées de salaire ainsi économisées pour en faire ce qu’ils souhaitent collectivement.

    septembre 6, 2008 à 22 h 38 min

  71. Vincent

    A bien y réfléchir, finalement, le principal « combat » — pour l’école comme pour la société qui l’englobe — n’est-elle pas celui de la « joie de vivre » ?

    septembre 7, 2008 à 12 h 12 min

  72. 120

    Ecrit par Georges Snyders :

    La réforme première de la formation des enseignants, ce serait, pour moi, qu’ils parviennent à un enthousiasme culturel, à la confiance que la culture qu’ils enseignent peut donner joie à leur élève ; en un sens, elle est destinée à donner joie, on l’enseigne pour donner la joie. (…) Si la joie à l’école est monopolisée par le festif et l’innovant, on se résigne à ce que le reste du culturel, à commencer par les apprentissages traditionnels, soit pure et simple corvée.

    (La joie à l’école, PUF, 1986)

    septembre 7, 2008 à 12 h 16 min

  73. 120

    Ecrit par Albert Einsetin :

    C’est le rôle essentiel du professeur d’éveiller la joie de travailler et de connaître.

    (Comment je vois le monde, Flammarion, 1992)

    septembre 7, 2008 à 12 h 21 min

  74. 120

    Ecrit par Daniel Sibony :

    Chaque enseignant sait d’instinct que ce qu’il enseigne ce n’est pas seulement « sa » matière, celle pour laquelle il est payé ; mais qu’en même temps, à côté, en marge, aux bords, il enseigne aute chose. Quoi ? Tout ce qui concerne l’être-au-monde, et le sien pour commencer, tout ce qu’il fait voir à son insu ; une mise en résonance de l’être : il montre ce qu’est un homme qui transmet ce qui le passionne, ou qui ressasse ce qui le passionnait, un être faible qui joue les forts, un être fort qui a des failles, ou qui accepte sa limite, ou qui accuse les autres d’ête ses limites ; un être qui a peur, ou qui accepte l’inconnu, ou qui joue à accepter l’inconnu à condition d’en être prévenu ; un être sensible à ce qui se passe ou qui ne laisse rien passer, ni se passer ; un être bof, un être bluff, un être parlant sa présence au langage, un être qui tient ou pas (peu importe sa lubie, sa méthode — directive ou pas –, c’est au-delà, c’est une certaine tension de l’être). Et les gosses ou les ados, ils ont le radar pour ça parce qu’ils ne sont qu’un appel d’être, un appel d’air, de souffle. L’enseignant donc met en enseigne toute une tranche de vie, et parfois, par détresse ou agacement, tout un retranchement de vie. (…) Et sur l’écran de cette enseigne, eux, les élèves projettent leur cinéma, qui comme on sait est tout un art, art d’images, d’émotion, de mouvement, d’éblouissement…

    (Du vécu et de l’invivable. Psychopathologie du quotidien, Albin Michel, 1992)

    septembre 7, 2008 à 12 h 36 min

  75. Isidore

    J’aime bien le commentaire de G. Snyders qui appuie sur l’apprentissage d’une joie reliée non plus au simple festif et innovant mais à tout ce que la modernité vouée à la production de biens matériels a enfermé finalement dans l’ennui et le stérile: le travail… En somme réinventer le travail dans sa puissance libératrice et joyeuse.

    L’enseignant a beaucoup plus de mérite, à mon avis, à donner le goût et les outils à ses élèves pour qu’ils affrontent l’âpreté et ce qu’il y a d’austère dans tout apprentissage, et puissent ainsi découvrir la joie d’une conquête personnelle plutôt que de leur faire croire à la facilité des choses en les enrobant artificiellement d’une confiture attrayante et faussement divertissante.

    septembre 7, 2008 à 12 h 43 min

  76. Isidore

    Mais attention à ne pas laisser la nostalgie du passé interpréter mon propos pour justifier le retour vers ces « bonnes vieilles méthodes » autoritaires qui n’ont, en réalité que su distiller ce perfide ennui contre lequel il a fallu réagir… pas forcément toujours d’une manière heureuse et en ouvrant parfois de nouveaux chemins d’égarements.

    L’idée de la joie au centre de tout apprentissage et enseignement me semble judicieuse, mais en la reliant à l’âpreté et à une certaine austérité inhérent à la conquête de toute connaissance car c’est là qu’elle plonge ses racines, à mon avis. Sinon, on plonge tout droit dans la tentation du divertissement et on creuse le lit de cette scission fatale entre le « travail » et le « loisir » qui caractérise notre époque.

    septembre 7, 2008 à 12 h 57 min

  77. « et puissent ainsi découvrir la joie d’une conquête personnelle plutôt que de leur faire croire à la facilité des choses »
    Woow c’est exactement qu’il faudrait et c’est drolement bien dit !!
    Mais ca me semble contradictoire avec le caractère séducteur que prône Vincent, non ?

    (et je sais bien que c’est pas le thème du débat, mais je vois pas trop comment mutualiser un manque d’argent gagné pour un jour de grève …)

    Et comment fait-on pour avoir des écrivains si plus personne ne connait les règles de syntaxe ?

    Et comment fait-on pour recycler les mauvais profs ? ils deviennent quoi ?

    Et pourquoi la spécialisation et le regroupement par année c’est pas bien ?

    pfiou tant de questions 🙂

    septembre 9, 2008 à 1 h 36 min

  78. Vincent

    Esquisses de réponses brèves à Yatsé (histoire de nepas s’arrêter là) :

    – Les profs « fatigués » (je préfère à « mauvais »), ben… ils reprennent une activité normale (C’est, soit dit en passant la même chose qui devrait se passer en politique s’il y avait une vraie loi sur le non cumul — chronologique — des mandats)

    – Il n’y a pas forcément contradiction entre séduction et effort, car la sournoiserie de l’enseignant (le bel exemple est celui imaginé par Christian Bobin) est justement de les amener à goûter les joies de l’effort, malgré eux, pace qu’ils sont généralement réticents au départ.

    – Le regroupement par classe d’âge favorise la compétition (la comparaison entre supposés mêmes) et l’agressivité (qui est biologiquement l’élimination du semblable de son territoire) au détriment d’une entraide pourtant naturelle entre enfants d’âges différents.

    – La mutualisation (utopique, j’en conviens) de l’argent pourrait se faire en demandant à chaque grève que l’utilisation de la « caisse noire » constituée par l’argent non versé aux fonctionnaires grévistes soit rendue publique. C’est une histoire de combat médiatique. C’est aux syndicats de changer leur politique (notamment médiatique).

    – Quant à l’avenir des écrivains, je ne me fais aucun souci pour eux : il y en a chaque année de plus en plus !

    septembre 11, 2008 à 13 h 16 min

  79. je ne vois pas comment un prof fatigué d’avoir fait 25 ans le même boulot peut se reconvertir … (comme dans tout corps de métier d’ailleurs)

    Pour la mutualisation pourquoi pas, mais je serais curieux de savoir si le surcout engendré par une grève n’est déjà pas supérieur aux salaires non payés. Et dans ce cas, qu’en faire ?

    sinon vu comme ca, je trouve ca pas mal le coup des classes multi-ages. Mais est ce que c’est pas beaucoup plus de boulot pour l’enseignant ?

    septembre 11, 2008 à 17 h 14 min

  80. Isidore

    J’ai connu quelques instits férus de classes uniques comme on peut parfois encore en trouver dans certaines communes reculées. Ayant eu l’occasion de travailler avec certains d’entre eux, je peux témoigner de la chance qu’ont ainsi pu avoir quelques marmots de fréquenter ce type de structure, très bien adaptée au cycle primaire.

    C’est vrai que s’agissant de pédagogues passionnés le plus souvent, compte tenu du travail que ça demande et de l’investissement en temps et en énergie, les enfants auraient eut de toute façon du pain béni.

    C’est dommage que le film-documentaire sorti il y a quelques années ( Être et avoir – 2002 de Nicolas Philibert) nous faisant découvrir ce type de classe dans un petit village d’Auvergne ait enfermé l’instituteur, Mr Lopez et ses marmots dans une image d’Épinal qui trahit la vérité des choses et alimente ce fantasme urbano-rural propre à bien des confusions (l’histoire a d’ailleurs finit en procès retentissant entre cet instituteur et le réalisateur, au détriment du premier). C’est dommage car il y avait matière à faire connaître quelque chose qui présente tout autant d’intérêt en ville et dans des écoles plus grandes, quoique ce soit un peu plus difficile à mettre en œuvre, surtout lorsque les choix politiques ne vont pas dans ce sens là. A Aizenay, dans l’école publique Freinet précédemment citée, les 10 classes sont organisées deux par deux en laissant de préférence deux niveaux par classe et en développant les activités de collaboration entre classes rapprochées. L’équipe est même parvenue, lors de la construction nécessaire d’une nouvelle école, à obtenir une architecture favorisant cette collaboration entre les enfants grâce à l’aménagement d’un petit atelier commun entre chaque groupe de deux classes. C’est très efficace et ne coûte pas plus cher à la construction. Cette expérience est réalisée justement dans le lieu le plus opposé à toute innovation et même à l’école publique en général puisqu’il s’agit de la Vendée, haut lieu de l’enseignement privé catholique.

    septembre 11, 2008 à 18 h 03 min

  81. Isidore

    Les avantages que je vois dans la structure classe unique sont les suivants:
    – l’entraide qui peut être mise en place par le maître entre les élèves, les plus grands parrainant les plus jeunes et assimilant d’autant mieux les apprentissages qu’ils sont aussi amenés à les transmettre.
    – l’apprentissage à l’autonomie pour chaque élèves nécessaire du fait que le maître ne peut pas être partout à la fois et doit organiser la classe pour que chaque enfant puisse apprendre à son rythme.
    – la possibilité pour chacun d’avoir une oreille qui traîne et qui capte librement ce qui est enseigné aux niveaux supérieurs.
    – le bénéfice de l’émulation par les plus grands et, pour les plus grands, celui de se sentir mûrir au regard des plus jeunes.
    – l’ambiance particulière de ce type de classe, souvent très vivante.
    – le nombre inférieur d’élèves autorisés par classe du fait des niveaux réunis.

    Mais il est aussi vrai qu’il faut être motivé pour se lancer dans ce type de classe et avoir un sens poussé de l’organisation et de la vie collective.

    septembre 11, 2008 à 20 h 27 min

  82. Vincent

    Réponse à Yasté :

    Les professeurs devraient tous — comme les politiciens avant qu’ils ne deviennent « professionnels » — avoir un « vrai » métier. Devenir enseignant à 20 ans, en sortant de la fac (donc en quelque sorte sans s’être confronté au monde « réel » hors enceinte scolaire), est à mon sens une abération.

    septembre 12, 2008 à 13 h 09 min

  83. Amélie

    moi je vois une différence énorme entre professeurs et instituteurs… Je trouve même qu’on ne devrait jamais faire cet amalgame.

    septembre 12, 2008 à 13 h 15 min

  84. Isidore

    Tu peux préciser un peu plus ta pensée, s’il te plaît Amélie ?

    septembre 12, 2008 à 22 h 03 min

  85. Amélie

    Non pas vraiment… et avant que tu m’arraches les cheveux, je précise que j’ai absolument tous les représentants du corps enseignant dans ma famille. Juste, je trouve que l’investissement des instituteurs est sans commune mesure aucun avec celui des professeurs. Pour faire une comparaison avec la restauration (question de nourritures peut-être), je trouve que les instituteurs relèvent du bouchon lyonnais quand les professeurs m’évoquent plus la cafet…

    septembre 12, 2008 à 23 h 17 min

  86. Vincent

    D’accord pour dire que ce n’est quelque part pas le même métier. En tant qu’instit, j’ai de mon côté l’extrême — et multiple — privilège de pouvoir :
    – enseigner toutes les matières (donc ne pas être cantonné à une seule),
    – être seul face à une classe (construire ainsi un enseignement cohérent),
    – disposer chaque jour non pas d’une seule mais de six heures (afin d’équilibrer et rythmer la journée de façon adaptée)
    – etc…

    Le travail des professeurs est en comparaison autrement plus difficile. De mon côté, je les admire plutôt car je serais bien incapable de faire ce qu’il font sans péter un plomb.

    septembre 13, 2008 à 9 h 14 min

  87. Ourko

    Si le généraliste (l’instit) est celui qui sait (et enseigne) un peu de choses dans plusieurs domaines, le spécialiste (le professeur), lui, sait (et enseigne) beaucoup de choses sur un seul.

    En toute bonne logique, on peut donc déduire que le comble du spécialiste, c’est… de « tout savoir sur rien » !

    septembre 13, 2008 à 9 h 18 min

  88. Amélie

    Tu pèterais un plomb parce que tu as une âme d’instit. T’inquiète pas : eux, ils « dispensent » leurs exposés. Peu rentrent chez eux le soir avec en tête les difficultés de tel ou tel élève…

    septembre 13, 2008 à 10 h 34 min

  89. Vincent

    Ben oui mais comment veux-tu qu’ils fassent autrement… ils en voient souvent plus de cent chaque jour et généralement à peine une heure.

    C’est l’éclatement (en disciplines étanches, en horaires fragmentés) qui est terrible, je trouve (pour les profs comme pour les gosses), notamment au collège. Pour moi s’il y a une grosse réforme à mener à l’EN, c’est avant tout sur ce problème-là qu’il faudrait oser se pencher.

    septembre 13, 2008 à 12 h 50 min

  90. Isidore

    Tout à fait d’accord. Je pense aussi que c’est le collège qui a besoin en tout premier lieu d’un bon dépoussiérage.

    septembre 13, 2008 à 14 h 17 min

  91. Vincent

    …voire carrément d’une bonne remise à plat (car ce n’est pas tant la poussière qui pose problème que les fondements, il me semble)

    septembre 13, 2008 à 17 h 11 min

  92. mais est ce que ce ne serait pas nous préparer aux multiples relations humaines que cette formation en entonnoir ouvert ?

    On commence avec un unique référent (instit), puis plusieurs (professeurs). Quand on est prêt à écouter plein de gens, alors on mixe aussi l’environnement c’est à dire nos camarades de classe qui deviennent multiples (la fac) pour déboucher sur le monde.

    Et là on est prêt pour le grand bordel de l’aventure humaine 😀

    septembre 15, 2008 à 12 h 08 min

  93. à fortiori, l’instit est celui qui « ne sait rien mais dans tous les domaines ? » 😛

    septembre 15, 2008 à 12 h 11 min

  94. Vincent

    Disons juste que si le système est sans doute adapté au niveau du lycée, le collège mériterait peut-être d’être à ce niveau-là moins violent.

    Une petite chose toute bête que l’on a évoqué ce wxeek-end en discutant du sujet : pourquoi diable sont-ce toujours les élèves du collège qui se déplacent de salle en salle et pas au contaire les profs qui viendraient dans « leur » classe ?

    septembre 15, 2008 à 12 h 51 min

  95. Amélie qui ricane

    peut-être parce que les enseignants ne sachant pas encore accorder les participe passé, on s’est dit qu’il était préférable de limiter leurs déplacements pour qu’ils puissent concentrer toutes leurs forces dans la maîtrise de la langue qu’ils enseignent….:-)
    ptdrrrr

    septembre 15, 2008 à 13 h 03 min

  96. Vincent

    Bon d’acord : évoquéE
    (T’as raté ta vocation, toi !)

    septembre 15, 2008 à 13 h 12 min

  97. Craô

    Eh oh la peste ! Si t’as rien de plus malin à dire, t’as qu’à te taire !

    septembre 15, 2008 à 13 h 13 min

  98. Amélie

    ok, ok, j’me retais…

    septembre 15, 2008 à 13 h 14 min

  99. 120

    Ecrit par Philippe Meirieu :

    Le film « Entre les murs » vous a inquiété. Pourquoi ?

    Ce film m’a fait peur. Je ne remets pas en cause l’oeuvre cinématographique de Laurent Cantet en tant que telle, qui est de très haut niveau, encore moins l’ouvrage de François Bégaudeau qui est une oeuvre littéraire stimulante. Ce qui m’inquiète, c’est la perception de ce film par l’opinion publique. Parce qu’il a reçu la Palme d’Or du festival de Cannes, il va devenir un produit social. Et je redoute que le professeur François Marin [personnage principal du film] ne devienne à son insu un modèle ou un contre-modèle, qu’il véhicule l’image du bon ou du mauvais prof. Je ne voudrais pas en tout cas qu’il soit considéré comme le porte-parole des pédagogues!

    Qu’est-ce qui vous gêne dans le comportement de cet enseignant?

    Le film montre exactement ce qu’il ne faut pas faire en matière de pédagogie. L’enseignant déborde d’intentions généreuses, mais sa pratique pédagogique est dangereuse. Elle est exclusivement fondée sur l’affect. Il gère sa classe dans un face-à-face qui devient un corps à corps. Sa pratique manque de rigueur et d’attention à toutes les personnes. Dans le film, seuls six élèves émergent du lot, du fait d’une relation affective ambivalente très forte avec leur professeur. On assiste à une pédagogie du vide, à savoir un cours magistral assaisonné de joutes verbales à peine maîtrisées. C’est à l’inverse de ce que je préconise, à savoir une pédagogie exigeante en termes de contenu. François Marin est sans cesse entraîné par les élèves sur leur propre terrain, au lieu de les tirer vers le haut, vers la culture et le savoir. On est au mieux dans le registre de l’animation socio-culturelle. La pédagogie différenciée, ce n’est pas être proche de ses élèves et les écouter. Ça, c’est l’image que veulent bien véhiculer de nous les adversaires de la pédagogie comme Alain Finkielkraut ou Jean-Paul Brighelli. Or je redoute que ce film n’ouvre un boulevard aux anti-pédagogues.

    La mairie de Paris vient d’annoncer qu’elle invite 10 000
    collégiens à une projection gratuite d’ « Entre les murs ». Vous le
    regrettez?

    Je m’interroge sur l’impact qu’aura ce film sur les jeunes. Va-t-il ouvrir le champ des possibles dans les relations qu’ils ont avec leurs enseignants? Va-t-il les renforcer dans leur rejet de l’école ou dans l’idée qu’il y a les profs sympas d’un côté et les méchants de l’autre? Je m’inquiète aussi de l’effet sur le public adulte. Car l’aspect documentaire de ce film est très discutable. Beaucoup de choses sont peu vraisemblables, comme le portrait très caricatural du chef d’établissement ou la scène du conseil de classe où deux jeunes filles se mettent à pouffer de rire entraînant de lourdes réactions en chaîne. On ne peut pas considérer qu’il s’agit d’une peinture juste d’un collège difficile. Il s’agit simplement d’une oeuvre d’art qui retrace la trajectoire singulière d’un prof fragile cherchant à établir le contact avec des élèves difficiles. Mais le risque aujourd’hui, c’est que les parents affolés sortent leurs enfants de l’école publique pour les mettre dans le privé. Enfin, je ne voudrais pas que la décision de la mairie de Paris nous fasse retomber dans l’éternel débat entre une gauche soi-disant permissive et une droite soi-disant autoritaire. C’est une opposition absurde qui tue le débat éducatif. L’autoritarisme n’a jamais tenu les gamins. Il permet tout au plus de maintenir le couvercle sur la marmite, jusqu’à ce que celle-ci finisse par exploser, encore plus fort. La vraie pédagogie, ce n’est ni le laxisme, ni l’autoritarisme. C’est quelque chose qui permet de structurer l’école et le travail de
    l’élève.

    Le film est-il au final un bon support de cours pour les
    enseignants stagiaires en IUFM?

    Oui, pour leur montrer ce qu’il ne faut pas faire. Heureusement qu’il y a les IUFM pour permettre aux jeunes de ne pas devenir des François Marin et éviter de tels ratages pédagogiques. Mais ce qui m’inquiète, c’est que la Palme d’Or a été attribuée à ce film le même mois où le gouvernement annonçait la suppression des IUFM!

    septembre 16, 2008 à 16 h 32 min

  100. Vincent

    Je n’ai pas encore lu le livre de Bégaudeau, ni vu le film (dans lequel il joue son propre rôle) mais je me méfie un peu de ce bonhomme à qui tout réussit (premier roman best-seller, premier film palmé à Cannes, première prestation de comédien plutôt convaincante, etc.).

    Chaque fois que je l’ai vu en interview, je l’ai vu en effet afficher un air un peu hautain et suffisant (genre « écoutez-moi, j’ai tout compris mieux que tout le monde ») qui m’indispose un peu. C’est sûr, il a de bonnes raisons de « se la péter », mais bon… sur ce genre de sujet un peu de prudence et de modestie ne fait de mal à personne.

    Quelqu’un a-t-il vu le film — ou lu le livre — « Entre les murs » ?

    septembre 18, 2008 à 12 h 19 min

  101. Vincent

    Apparemment, je ne suis pas le seul à avoir cet avis plus que réservé sur Bégaudeau (voir article du 28/09/08 et commentaires) :
    http://passouline.blog.lemonde.fr/

    septembre 29, 2008 à 11 h 56 min

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